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Full text of "Comptes rendus des séances"

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A C A D i: M I K 



DES 



INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES 



ANNEE 1907 



MAt:n>, photat i ukiucs, imi'iumi:ihs 



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ACADEMIE 



DES 



INSCRIPTIONS & BKI-LKS-LriTHKS 



COMPTKS RENDUS 



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S 1^] A N C ES DE 1/ A X X E E 



11)07 






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LIP.HAIUIE ALPIIOXSE PICAliD VA' l ILS. 

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S"i , K r 1-: is'iN \ r \ I! r i . Si' 



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COMPTES HKNDUS DKS SKANCKS 



DE 



L'ACADÉMIE DKS INSCUIPTIONS 

ET BKLLKS- LETTRES 
PENDANT L'ANNÉE 11» 07 



PHKSIDKNCI-: DE M. SALOMUN UEINACII 



SÉANCE DU 4 JANVIER 



PRKSIUENCK UE M. SALOMON REINACH. 

>L Gagnât, président sortant, prononce l"allocntinn snivanle : 

« Mes chers Confrères , 

« Voici la dernière des séances que je suis appelé à ouvrir. La 
loi (jui nous réj;it m'atteint après mes devanciers ; riionneur 
précieux «{ue l'année dernière m'avait aj)porté, elle la emporté 
avec elle. Cet honneur, certains d'entre nous le reddulent ; 
d'autres le proclament souhaitable à tous éj'ards. .le me ran- 
j;erai sans hésitation du |)arti de ces derniers. 11 est utile que 
chacun de nous à son tour pénètre dans les détails de notre 
vie académique, se rende compte des ressources morales et 
matérielles dont nous disposons, puisse mesurer le bien qu'il 
est loisible de dispenser autour de nous à la science et à 
ceux qui s'y consacrent. M est bon encore, meilleur peut-être, 

190- 1 



2 SÉANCE DL' i JANVIKR 1907 

que nous soyons appelés pendant quelques mois à un contact 
intime avec tous nos confrères, les plus anciens comme les nou- 
veaux venus, à profiter de Texpérience des uns, à connaître les 
vues et les désirs des autres, à nous rendre compte par nous- 
mêmes de la bienveillance réciproque qui préside à nos rapports. 
A cet égard, mes chers confrères, vous avez comblé la mesure ; 
voire indulgence envers moi ne s'est pas démentie un seul 
jour; vous m'avez rendu la tâche singulièrement aisée, et de cela 
vous me permettrez de vous remercier bien cordialement. Si je 
voulais, en épigraphiste impénitent que je suis, caractériser nos 
relations durant Tannée qui vient de sécouler, je dirais de nous 
f|ue nous l'avons passée, comme tant de braves gens de nos épi- 
faphes romaines passaient leur vie , uno nnimo lahorantes, sive 
iilln luesione. Il me restera donc de ce consulat, avec un souve- 
nir reconnaissant, un attachement plus profond à vous et à noire 
Compagnie. 

« Ces sentiments, je suis d'autant plus heureux de vous les 
exprimer en ce jour, que je serai entendu par tous ceux qui 
m'entouraient l'an dernier à pareille époque. Ma présidence a été 
véritablement bénie ; elle n'a pas connu de deuil, même parmi 
nos nombreux correspondants, même à l'étranger. C'est pour moi 
une grande joie, d'autant plus grande qu'elle est exceptionnelle. 
« Va peut-être me sera-t-il permis d'en conclure que je ne vous 
ai pas rendu la vie Irop insupportable. 

<• \'ous allez dans (|uel(|ues instants, mon cher successeur, 
vous asseoir sur ce fauteuil. Pendant toute la durée de 1906, 
vous avez eu à votre droite un ancien camarade de mission — 
cela remonte au temps, déjà lointain, où nous accomplissions en 
Tunisie ce (|ue Tissot appelait spirituellement nos « milices 
équestres » ; en 1907, vous aurez à votre gauche un autre compa- 
gnon de roule. Il était écrit que l'.Afrique et Carthage vous 
encadreraient au bureau. Je vois dans ces souvenirs d'une vie 
passf'c un présage favorable pour r;innée qui commence. .Avec 
celui (pii arrive, comme avec celui (|ui pari, votre collaboration, 
cimcnlée par une vieille amitié, demeurera étroite; vous aurez 
à (iiur (le maintenir inlactes, d'un commun accord, ces tradi- 
tions qui fonl l'honneur cl le charme de nos réunions, le respect 
scrupuleux de bi liberté due à la pensée de tous nos confrères, la 



SÉANCE IH 4 JANVIER 11)07 3 

déférence à leurs vœux dans les limites de notre rèf;lement, si 
sage souvent dans ses restrictions, et le souci jaloux d'une haute 
courtoisie. » 

M. Salomon Rkinacu, en prenant le fauteuil de la présidence, 
prononce lalloculion suivante : 

(i Messieurs et chers Confrères, 

« Si l'honneur que vous nie faites, en ni'appelant à présider 
vos séances, me charge d'un devoir considérable, j'esjjère du 
moins que mon zèle à m'en acquitter vous attestera ma bonne 
volonté et ma gratitude. 

(( A défaut de la compétence qu'il me faudrait pour les diri- 
ger, j'ai du moins quelque expérience de vos travaux. Je ne suis 
pas encore un vieil académicien, mais je suis un vieil habitué de 
l'Académie. Quand vous m'avez élu, il y a dix ans, j'étais le plus 
jeune membre de cette Compagnie ; aujourd'hui encore, je n'ai 
qu'un seul cadet parmi mes confrères. Mais j'ai lu mon premier 
mémoire à l'Académie en 1883 et, pendant treize ans, je crois 
avoir, autant que pas un, fait appel à votre indulgence et à vos 
lumières en vous soumettant les résultats de mes recherches. Dès 
cette époque, j'ai contracté envers l'Académie une dette de 
reconnaissance, à laquelle sont venues s'en ajouter beaucoup 
d'autres. Pourquoi m'en cacher? J'avais le goût de ces lectures; 
je savais un gré infini à mes maîtres, à mes confrères d'aujour- 
d'hui, de bien vouloir m'entendre et souvent même m'écouter. 
Après la satisfaction de trouver la vérité, ou plutôt une parcelle 
de vérité, il n'en est pas de plus grande, pour un apprenti savant, 
que de la livrer au jugement des doctes et de goûter l'accueil qu'ils 
lui font. \'os séances ont toujours été libéralement ouvertes à ceux 
qui avaient quelque chose de neuf à vous apporter. Toutefois, la 
méthode que l'on a suivie pendant longtemps, pour l'établisse- 
ment de l'ordre du jour, exposait les personnes étrangères à 
l'Académie aux ennuis de longs ajournements, d'énervantes 
attentes. Ce sera le mérite durable de votre président sortant 
d'avoir trouvé un remède aussi ingénieux que simple à cet état 
de choses , dont l'amour-propre même le moins chatouilleux 
pouvait souiïrir. 11 me permettra de l'en remercier, non seule- 



4 * SÉANCE DU 4 JANVIEK 1907 

ment en votre nom. Messieurs, qui avez déjà pu apprécier les 
heureux ellels de celte réforme, mais au nom de tous ceux qui 
rehaussent lintérèt de nos séances en y prenant part. Aujour- 
d'hui, sauf des exceptions rares et dailleurs impossibles à pré- 
voir, chacun vient lire à son jour, à son heure, et, s il doit 
naturellement attendre son tour, est du moins certain de ne pas 
le perdre. 

« Un usaj^e s'est introduit depuis peu qui, sans être approuvé 
par le rès^lement, paraît conforme au\ intérêts de l'Académie et 
de la science. 11 consiste à disliny^uer les communications très 
brèves des mémoires, et à donner le pas aux premières en les 
admettant à se produire après le dépouillement de la corres- 
pondance. N'est-il pas opportun d'encouraj,-er cette pratique, 
de sorte qu'il ne se produise pas une nouveauté de quelque 
importance dans le vaste domaine de nos études sans que 
l'Académie en soit aussitôt informée? Il ne s'af,nt pas seule- 
ment, en l'espèce, de l'Académie. La salle de nos réunions a des 
parois sonores ; les paroles qu'on y prononce trouvent au dehors 
de multiples échos, grâce à la presse scientilique et quotidienne 
(jui les propage. L'ne nouvelle annoncée à l'Académie l'est, dès 
le lendemain, à tous les amis des lettres et de l'histoire. Nous 
faisons ainsi <euvre de vulgarisation, et de vulgarisation excel- 
lente, sans détriment pour nos travaux personnels, (^e genre 
d'utilité publique qu'olfrent nos séances ne s'est révélé (|ue 
depuis quelques aimées ; mais conmie il est hautement apprécié 
de tous, il nous appartient, semble-t-il, de satisfaire, dans la plus 
large mesure, la curiosité dont nos réunions sont l'objet. 

« Une autre habitude, celle-là moins heureuse, tend à s'établir: 
c'est de n'ouM-ir la séance qu'à trois heures et demie, tout en la 
levant exactement à cinq heures. Ne pensez-vous pas. Messieurs, 
que tout en restant fidèles à cette dernière règle, nous pouvons, 
nous flevons réagir contre une tendance qui n'ajoute guère à nos 
loisirs, mais abrège le plaisir que nous é|)rouvons à travailler 
ensemble ? 

« J'ose compter, Messieurs, sur votre bienveillance, dont vous 
m'avez déjà dotmé tant de marcjucs. Siégeant à côté de M. Cagnat, 
j'ai été à bonne école ; si je le fais souvent regretter, je v,»udrais 
(iiu" v Ire déception fût inoiii- un biâino pour moi qu'un hom- 



SÉANf:K DU 4 JA.WIKH l'.MlT 5 

ma^'-e de plus à son adiessc. En aUendaiit, il inapparlicnl 
d'abord de lui rendre hmninai;e, eu votre nom el au mien ; c'est 
la partie la plus facile de mes nouvelles ronctions ; pnissé-je, 
"•race à vous, si j'en dois ciumaître de plus dilHciles, n'être pas 
tenu d'en remplir de un uns agréables! » 

l.e Pkksiuknt annonce ensuite à l'Académie la mort de son 
correspondant M. (Uto Heniidnrf : 

u J'ai le pénible de\<)ir d'annoncer à l'Académie la mort d un 
de ses correspondants les plus estimés, M. le |)roresseur Otto 
BenudorC. directeur de l'Institut archéologique autrichien. Né 
en Saxe en I8:W, M. Henndorl' l'ut élève de l'institut archéolo- 
"ique de Itome, puis suci'essivemenl jjrdlesscur à Zurich, à 
Pra"ue el. depuis 1S77. à X'ienne. où il succéda à M. Alexandre 
Gonze. Quatre grandes campagnes de fouilles et d'explorations, 
celles de Samothrace, de Lycie, d'Adam-Klissi ( rro/j/jejjm Tra- 
jani) et d'Kphèse, ont été accomplies sous sa direction ou avec 
son concours. C'est à lui surtout que le Musée impérial de 
\'ienne doit de posséder les admirables sculptures du mausolée 
de Trvsa en Lycie, comme les statues et les bas-reliefs décou- 
verts plus récemment à Éphèse , au cours de fouilles que 
M. Benndorf avait provoquées (1895) et qui se poursuivent 
encore. M. Benndorf réunissait, à un degré éminent, les qualités 
de l'explorateur, de l'administrateur, du savant. On lui doit la 
fondation du séminaire archéologique de l'Université de \ ienne, 
pourvu d'une collection d'antiques et d'une bibliothèque spé- 
ciale dont bien peu de centres universitaires ollVent l'équiva- 
lent ; c'est lui aussi qui a créé, en 1898, lln^litul archéologique 
autrichien, dont l'organe scientifique, les Jahreshefle, rédigé 
avec autant de goût que de savoir, a conquis rapidement une 
place émincnte parmi les publications archéologiques. Tous les 
ouvrages de M. Benndorf, jusqu'à ses moindres articles, 
attestent une érudition exacte el j)rol'onile , relevée par une 
finesse d'observation et une élégance de langage ((ui eu sont la 
marque di>lin(live. Agé de trente ans à peine, il publiait, avec 
M. Schœue. le beau Catalogue raisonné du Musée du Lalran qui 
est resté le modèle de ce genre d'ouvrages. I/un des premiers, 
il >alua dan- la Vivloirc de Samothrace un chel'-d'ieuvre de l'art 



6 SÉANCE DU 4 JANVIEK lîHJT 

grec et, par une heureuse inspiration, la mit en rapport avec 
l'histoire politique de la Grèce et lui assigna une date précise. 
Son ouvrage sur les vases peints peut être considéré comme le 
point de départ de toutes les recherches modernes sur la céra- 
mique attique de beau style, en particulier sur les lécythes 
blancs; les feuilles de gravures qu'il publia, sous le titre de 
VorlecfehUifler. ont l'ait une grande part aux monuments de la 
céramique et en ont efficacement secondé l'étude. La relation de 
ses voyages dans le sud-ouest de l'Asie Mineure , sa monogra- 
phie sur le mausolée de ïrysa , ses mémoires sur la tête 
d'Eleusis attribuée par lui à Praxitèle, sur les grands bronzes du 
Musée de Xaples et sur la belle statue de bronze découverte à 
Ephèse, bien d'autres travaux encore que je ne puis énumérer 
ici, assurent à son nom une rennmmée durable et les pieux 
regrets de tous les amis de l'antiquité. L'.Académie des inscrip- 
tions qui, depuis 1895, comptait M. Benndorf parmi ses corres- 
pondants étrangers, s'associe au deuil de l'Académie de ^"ienne, 
où il représentait nos études avec tant d'autorité et d'éclat. >> 

M. le Ministre de l'Instruction publique et des beaux-arts 
écrit à l'Académie pour lui annoncer que la chaire de langues 
et de littératures de l'Europe méridionale et la chaire d'histoire 
fie la littérature latine du Collège de France sont déclarées 
vacantes par suite de la démission de M. Paul Meyer et de 
l'admission a la retraite de M. Gaston Boissier. 

En adressant à l'Académie les propositions de l'Assemblée des 
professeurs du Collège de France et l'exposé des travaux des 
candidats, le Ministre invite l'Académie à procéder à la dési- 
gnation de deux candidats à chacune de ces chaires. 

L'Académie procédera à cette désignation dans sa prochaine 
séance. 

M. G. Lafaye, l'un des candidats à la chaire d'histoire de la 
littérature latine , dans une lettre qu'il adresse au Secrétaire 
perpétuel, annonce qu'il retire sa candichiture. 

Le Secrétaire perpétuel fait connaître ainsi qu'il suit la situa- 
tion des Concours de l'Académie pour l'année 1907 : 



SÉANCE \)l i .lANXIKli lîMIT 7 

Puix (iKuiNAïKE [l'^ludier d'uprès les textes authentiques, la 
chronologie d'une ou plusieurs séries de grands feudataires 
français] : 1 mémoire. 

ANTigriTÉs DE i,A France : 28 concurrents. 

Prix Am.ier de Halterociie (numismatique ancienne) : 1 con- 
current. 

Prix Gobert : '1 concurrents. 

Prix Bordin (ouvrag'es relatifs à l'Orient) : 7 concurrents. 

Prix extraordinaire Bordin (au meilleur ouvrage imprimé 
relatif à un sujet concernant les études j^-recques ou latines) : 
3 concurrents. 

Prix Stanislas Julien (au meilleur ouvrage relatif à la Chine) : 
1 concurrent. 

Prix de La Grange : aucun concurrent. 

Prix Loubat (au meilleur ouvrage imprimé concernant l'his- 
toire indigène, la géographie historique, etc., du Nouveau 
Monde) : 3 concurrents. 

Prix Saintour (au meilleur ouvrage relatif à l'antiquité clas- 
sique) : 8 concurrents. 

Prix Estrade-Delcros (à un travail rentrant dans les ordres 
d'études dont l'Académie s'occupe) : I concurrent. 

Prix Auguste Prost (à un travail historique sur Metz et les 
pays voisins) : 6 concurrents. 

Prix Honoré Ciiavée (pour les travaux de linguistique) : 
5 concurrents. 

M. .Antoine Thomas, au nom de la Commission du prix Gobert, 
donne lecture de la liste des ouvrages adressés au concours. 

I/Académie procède à la nomination des Commissions de 
prix. 



8 SÉANCE DU 4 JANVIER 1907 

Sont élus : 

Commission du prix ordinaire {Étudier, d'après les textes 
aulhentiqiies, la chronologie d'une ou plusieurs séries de grands 
feudalRires français): MM. Delisle, Loiif^non, Paul \'iollel , 
( )m(int. 

Commission or prix Ai.i.iivk de Haiteroche (numismatique an- 
cienne) : MM. de \'ogiié, Schluinberj;er, Héron de N'illefosse, 
Haussoullier. 

Commission du prix Rordin (au meilleur ouvraj^e relatif à 
rOrient) : MM. Barbier de Meynard, Schlumberg-er, Senart, Ph. 
Berg-cr. 

Commission du prix extraordinaire Bordin et (Commission du 
prix Saintour réunies (au meilleur ouvraj-e sur l'antiquité clas- 
sique) : MM. G. Boissier, Alfred Croiset, Cagnat, Bouché- 
Leclercq, Potlier, Maurice Croiset. 

Commission di' prix Stanislas Julien (au meilleur ouvrage relatif 
à la Chine) : MM. Barbier de Meynard, Senart, Barth, Chavannes. 

Prix de Laorange : MM. Delisle, P. Meyer, Longnon, Emile 
Picot. 

Commission du prix Loubat (au meilleur ouvrage concernant 
l'histoire du Nouveau Monde) : MM. Senart, Barth, Hamy, 
Léger. 

Commission du prix I'^strade-Delcros (^à un travail rentrant 
dans les ordres d'études dont l'Académie s'occupe) : MM. Delisle, 
Heuzey, Barbier de Meynard, Senart, Boissier, A. (Croiset, 
de Lasteyrie, Lair, (Châtelain. 

Commission du prix Ai (iuste Prost (à un travail sur Metz et les 
pays voisins) : MM. dArhois de .luhainville, Longnon, de La 
Trémoïlle, Lair. 

Commission di' prix Honoré (Chavée (pour les travaux de lin- 
guistique) : M.NL Bréal, Barbier de Meyii ird, P. Meyer, Ph. 
Berger, Léger, Thomas. 



SKA.Nt.K 1)1 i JA.NVIi:i< 1907 9 

M. Daniel Serruys, direcleur adjoint à l'École des Hautes 
Etudes. sif;nale à r.\(M(lémie un IVa^nienl <i;Tec du canon histo- 
rique dl^usèbe. lequel nélail connu que par une version armé- 
nienne, la liadiiclioii la(ine de saint Jérôme, une épitomè 
syriaque et ([ui'lques bribes éparses chez les chroniqueurs byzan- 
tins. (]e Iraf^inenl assez étendu coni|)orle les séries chronolo- 
f;iques et le Spnfiiim hisloricuni de l'histoire juive depuis 
Abraham juscpi'à la i-aptivité de Jiabylone. Le texte concorde 
tanl(")t a\ec la traduction de saint Jérôme, tantôt avec le texte 
arménien, tantôt avec les passaj^'es par lesquels l' Epitomè syriaque 
et les dérivés byzantins se distinj,'-uent des deux autres tra- 
ditions du canon eusébien. II en résulte que le lraf;nient étudié 
par M. Serruys représente une édition posthume d'Kusèbe où 
les deux rédactions successi\es reconnues par M. .^chône se 
trouvaient amalgamées et qui l'ut la source de la tradition j;réco- 
syriaque. Cette édition lut élaborée à Alexandrie avant l'an 412 
de notre ère, puisque c'est elle-même qu'utilisi le moine alexan- 
drin Panodore : 

M. Senart appelle ratlenlion de l'.Vcadémie sur les nouvelles 
récentes qu'il a reçues de la mission Pelliot, en date des 5 et '21 
novembre. Il donne lecture de plusieurs fragments de ces lettres 
qui se rapportent notamment à des découvertes très intéressantes 
faites à Toumchouq : 



C"esl en grande partie [)our visiter Toumchoncj que j'avais renoncé 
à suivre de Kachgar à L'ieh-Tourfan la route des montagnes. Les 
ruines de ïoumch<)U(| ont élé signalées, [)ent-ètre pour la première 
fois, par Sven Hedin ; Pelerniann's Mitleilungen , Erganzungshefl 
131, p. 223 , f|ui les a crues musulmanes. En fait, dès avant le 
soulèvement montagneux qui sétend au sud-ouest du village actuel 
de Toumchouq dans une direction noid-ouest sud-est, on rencontre 
d'anciennes traces d hahilations, cpii se nudLi|)lient au nord de ce 
conlrefoil. Aujourdhui c'est une région absolument déserte, où les 
peupliers sont morts et où les tamaris et les saxaoul achèvent de 
mourir. Mais toute la région fui jadis extrêmement i)eni)lée. Dans 
une excursion vers le sud-ouest de Toumchoncj que jai faite à la 
recherche de grottes qui mavaient été signalées, mais qu'on na pu 
ensuite retrouver, j'ai rencontré sur un territoire de près de quarante 



10 SÉANCE DL 4 ja.\vii:r 1907 

kilomètres de diamètre de très vastes étendues jonchées de débris de 
poterie, et où la présence de verreries et surtout de sortes de clous 
ou fleurs de verre me paraît caractéristique de l'époque musul- 
mane. Aujourd'hui, c'est ou bien le tati, sol de sable durci où le vent 
fait venir à la surface les débris de poterie et les monnaies, ou un sol 
salé avec une croûte cassante qui cède sous le pied, ou enfin la dune 
de sable qui peu à peu avance de l'Est et du Nord-Est ses longues 
vagues sinueuses. Le centre de ce territoire paraît avoir été entre la 
petite chaîne de Toumchouq et le village qui porte ce nom aujour- 
d'hui. Là, de très nombreuses maisons en briques dressent encore 
leurs pans de mur déserts, et la tradition indigène y voit l'ancienne 
capitale du Barbar, où aurait régné le roi fabuleux Moqatil. Barbar 
de Toumchouq est associé dans la tradition musulmane à Khaïbar 
dans la direction d'Utch Tourfan. 11 est incontestable qu'il y a eu ici 
un royaume florissant et une grande ville. Or, en dehors des maisons 
de la plaine, des deux côtés du passage qui mène de plain-pied de la 
plaine de Tchar Bagh et Oqour Mazar à celle de Toumchouq, les 
rampes de la montagne sont couvertes de constructions en briques. 
Celles du côté sud, qui portent plus spécialement le nom de Toum- 
chouq. mot à mot « bec )> et aussi « promontoire », sont les plus 
nombreuses, mais aussi les moins importantes. Du côté nord, d'im- 
portants retranchements conduisent à la montagne deux murs qui 
grimpent des deux côtés d'un ravin et forment un ouvrage défensif 
complet en se rejoignant au sommet de la montagne par un mur 
transversal. De plus, une sorte de tour carrée, construite en briques 
sur huit étages de clayonnages en roseaux domine la plaine, mais 
son origine comme son but demeurent énigmatiques. Tout ce versant 
nord du passage, dans la direction du village de Toumchouq, est 
couvert de détritus, de poteries, d'ossements, et il n'est pas douteux 
que des maisons aujourd'hui écroulées le garnissaient entièrement. 
Les maisons, comme les retranchements, les murs, et vraisembla- 
blement aussi la tour, sont sans doute de l'époque musulmane; c'est 
ce que me paraissent attester les monnaies et débris de verrerie 
trouvés dans les environs, ainsi que la conservation même des pans 
de murs; jusqu'à nouvel ordre, il me semble qu'en dehors des stûpa, 
dont la masse résiste au temps et à l'homme, les constructions 
bouddhiques sont nivelées par le vent et l'eau, et que des pans de 
murs n'ayant souvent ((ue 0™ ,30 de large ne peuvent dater que de 
l'époque musulmane. Jusqu'ici je suis donc d'accord avec Sven 
Iledin. 

Mais outre ces maisons, ces murs et ces tours qu'on rencontre au 
nord-est du contrefort nord du passage et sur ce passage même, il 



sÉANCK itV i .ia.\vii:k lîHlT \\ 

Y ;t ciuoi'O. ;ui siuloiu'sl de ce contrefort, d'.Tutres ruines (jni sont ici 
plus spécialement connues sous le nom de Toqqouz Saraï, (( les neuf 
hôtelleries ». Mentionnons-y d'abord, en dehors de tout ensemble, une 
pt'tile construction carrée de dix mètres de côté, et dont les angles 
montrent encore intérieurement une décoration en alvéoles saillantes, 
colorées, qui deviul, je pense, se réunir jadis à une sorte de voûte 
ou coupole; c'est à cette disposition architecturale ([ue Sven fledin 
fait allusion en parlant de !'« Ornamenl-fries in Relief » de ce l)âtiment. 
11 ne me parait guère douteux que ce soit là en elTet une construction 
musulmane. 

Ce bâtiment mis à part, les ruines de Toqqouz Saraï appartiennent 
toutes à une sorte de (piadrilatère recouvert de terre et de débris, 
avec ((uelques lumuii annexes, et au centre duquel se dresse un 
bâtiment rectangulaire, avec une porte à l'Est, flanquée de deux 
colonnes. Ce second bâtiment date aussi de l'époque musulmane 
d'après Sven Hedin, et je le crois comme lui, mais c'est l'ensemble 
même du quadrilatère et les tumuli annexes qui nous sont apparus 
comme les restes d'un important temple bouddhique. 

Au cours d'une première visite, je remarquai sur le sol quelques 
fiagmenls de draperie qui ne me .semblaient pas pouvoir être d'ori- 
gine musulmane; je trouvai ensuite une main, enfin la partie supé- 
rieure dune tête de terre cuite d'un type indo-grec, et, en grattant 
le soi du bout de ma nagaïka, une tête grimaçante de quelque loka- 
pâla. Le doute n'était plus permis, et nous avons entrepris à tout; 
hasard quelques fouilles dès le lendemain. 

Je vous fais grâce du détail même des trouvailles et de leur ordre, 
et j'aj)pelle de suite votre attention sur ces deux faits que le temple 
a été complètement incendié et que nous n'avons trouvé que des 
ligures de terre cuite; il résulte de là qu'avant de détruire les 
temples on en avait retiré tous les objets de métal, cpii seuls pré- 
sentaient une valeur aux yeux des vainqueurs; le temple de Toqqouz 
Saraï a dû être ruiné par les apôtres de l'Islam. 

Quant aux terres cuites mises à jour, et qui étaient le plus souvent 
peintes, elles révèlent une décoration d'une très grande variété. Une 
petite chapelle nous a fourni à elle seule une trentaine de têtes de 
moyennes et de petites dimensions, et des bustes dont les draperies 
trahissent l'origine hellénique. Certaines têtes qui appartiennent 
sans doute à des Bouddhas, ont l'air d'Apollons, et quelques corps de 
femmes sont dans des poses de Vénus debout, nues jusqu'à la cein- 
ture. A côté de cet art d'origine grecque, d'autres figures de femmes 
à la taille amincie, aux seins proéminents et bien arrondis, sont plus 
voisines de l'art usuel de l'Inde tel qu'il a duré jusqu'à nos jours. 



12 SÉANCE DL 4 JANVIER i 007 

Le principal sanctuaire parait avoir été un grand tiimulus un peu 
en dehors du quadrilatère, (^est là que les statues de grandeur natu- 
relle nous sont apparues en grand nombre , malheureusement très 
détériorées par l'incendie. Par contre, nous sommes en train d'y 
dégager un « autel » qui a relativement moins souffert et qui était 
garni dune série de bas-reliefs en terre cuite représentant des épi- 
sodes de la vie du Bouddha. Hiemjue ces bas-reliefs s'effritent, ayant 
été à la fois endommagés par la chaleur de l'incendie et souvent bri- 
sés pai' la chute des murs, il y a encore quelques sujets reconnais- 
sablés, (^es bas-reliefs ne sont pas ce que nous entendons sous ce 
nom, mais en réalité des terres cuites moulées indépendamment et 
attachées sur le mur par des crampons dont les trous subsistent 
seuls aujourd'hui ; le résultat est qu'en dégageant ces tal)leaux il faut 
en soutenir tous les fragments ruineux. 

Dans la montagne, à hauteur du temple, une série de petits 

Bouddhas nimbés, assis sur une fleur de lotus, avaient été taillés dans 
le roc; ils sont aujourd'hui martelés et usés, mais parfaitement 
discernal)les. 

Enfin, les découvertes de Toqqouz Saraï me paraissaient assigner 
également une origine bouddhique à un fragment ramassé par 
Nouette de l'autre côté du passage, aux ruines proprement dites de 
Toumchouq, et qui semblait représenter un poignet avec la trace 
d'un bracelet. J'ai fait également là quelques fouilles : un jietit temple 
nous a encore livré quelques Bouddhas, et nous avons pu dégager 
deux pièces, dont l'une avait au centre un autel piesque carré d'assez 
petites dimensions 

M. Peliiot donne ensuite, sur le plan général des constructions 
à Toqqouz Saraï, des indications qu'il vaut mieux réserver 
jusqu'à rétablissement du plan (lélinilif. Il constate que plusieurs 
des constructions bouddhiques ont été surtout dégradées et 
détruites par les tombes que les Musulmans y ont à un moment 
donné installées. Le monastère se composait essentiellement de 
petits temples occupant les côtés surélevés d'une première cour 
assez longue et d'une autre en arrière, plus petite et presque 
carrée, ("est dans des chapelles qui longent la première cour, et 
aussi dans les tertres extérieurs transformés en tombeaux, qu'il a 
rencontré les restes d'une riche décoration, fragments sculptés, 
c est-à-dire le plus souvent moulés, restes de fresques, et ces 
bas-reliefs consistant en une série de morceaux moulés pour 
s applicjuer à une surface plane cl qui étaient fixés sur un fond 



LIVRKS OFFLHTS 



13 



de fimonl avec des fiches de l)(ns. Quelques pièces manuscrites 
soûl vc'iiuL's aussi récompenser les recherches. l*eu de chose en 
chinois, en dehors de sapèques dont les seules lisibles sont 
dessapèques \\'<iu-li'iiini , en usa-^eà répo(|ue des Ilan, mais qui 
ont pu servir beaucoup plus longtemps. Par contre, cpielques 
fra-mients de manuscrits religieux en brahmî, entre autres un 
l)etit rouleau qui pourra fournir un texte assez étendu. Quelques 
i'euillels en écriture cursi\e qui, n'étant évidemment pas 
destinés à être conservés, l'ourniront peut-être des indications 
familières et locales. 

On le voit, M. Pelliol et ses compa<^nous ont eu la main heu- 
reuse et nous pouvons nous promettre de ces dernières fouilles des 
résultats de bon augure pour la suite de la mission. .le regrette 
que la santé de nos voyageurs paraisse avoir été éprouvée. 
M. Pelliot massure qu'il se remet d'une grippe qui la tenu alité 
plusieurs jours, mais il m"aj)prend que le D' \'aillant a subi 
des accès de fiè\ re. Nous avons hâte de les savoir l'un et l'autre 
complètement rétablis. C'est le \(cu très sincère que, avec nos 
félicitations, nous avons à cccur de leur adresser. 



LIVHES OFFERTS 



M. l>Ki,isLK olTre, au nom des ailleurs, les onvraf^es suivants : i" Le% 
miitiaturisles frnnrnis, \y,\r \\o\\v\ Martin (Paris, i'JOfi, in-S") : 

• M. Ilcmv Martin, aujourd'hui adiniuistralL'ur de la Hihliolhèque 
de r.Vrsenal , à (.{ui nous devons vni volumineux et excellent cata- 
logue des manuscrits de ce dépôt, s'est livré, depuis plusieurs 
années, à une t'tude approfondie des nianuseiils à peintures, de 
ceux-là surtout (jui sont confiés à sa garde: mais il a peu à peu 
étendu le champ de ses observations, en sattacliant surtout aux 
œuvres françaises du moyen âge, du xni« au xv" siècle. Il en a signalé 
les mérites, rendant compte avec une absolue sincérité de ce qu'il a vu 
et analysant toutes les particularités (jui peuvent servir à entrevoir 
les procédés d'exécution et les caractères propres à chaque école et 
à chaque époque. Il s'est jiru<l(Mnnienl tenu en garde contre les attri- 



li LIVRES OFFËHtS 

butions hasardées, et s'est borné à résumer avec une prudente sim- 
plicité ce ({u'à l'heure présente on doit considérer comme acquis à la 
personnalité de nos artistes du moyen âge. Le livre de M. Henry 
Martin sera un bon guide pour les critiques qui voudront étudier 
l'histoire de la miniature en France du moyen âge, notamment pour 
le l'ègne des cpiatre premiers Valois. » 

2° A hand lisl of a collection ofhooks and manuscripts belonging to 
the R. H. Lord Amherst of Hackney, at Diddlington Hall, Norfolk, 
compiled by Seymour de Ricci (Cambridge, 1906, in-8°). 

La bibliothèque de Lord Amherst est une de ces grandes biblio- 
thèques anglaises dans lesquelles abondent les vieux livres anglais à 
peu près inconnus sur le continent, et où ont été recueillis beaucoup 
d'excellents livres fiançais, épaves de célèbres bibliothèques de 
notre pays dispersées à la fin du xviii"' siècle. Le catalogue, dont un 
exemplaire est offert à l'Académie, contient un millier d'articles choi- 
sis parmi les livres les plus rares des quatre derniers siècles. Malgré 
la brièveté des descriptions, tous les ouvrages ont été parfaitement 
identifiés par le rédacteur, M. Seymour de Ricci, qui, pour chaque 
article, renvoie aux bibliographes les plus dignes de confiance. 

M. \ lOLLirr a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de M. Alfred 
Gandilhon, archiviste du Cher, une étude intitulée : Contribulion k 
l'histoire de la vie privée et de la cour de Louis XI, H23-1 48 1 
(Bourges, 1900, in-S» . 

"- M. Alfred Gandilhon a mis à contribution les Archives nationales, 
les archives municipales de Tours, d'Amiens, de Nîmes, etc., et il a 
réussi à tracer un portrait, très étudié, très sûr, de cette figure 
étrange qui est celle de Louis XL L'érudition ne vient pas cette fois 
substituer une physionomie toute nouvelle à la physionomie tradi- 
tionnelle de l'hùte royal du Plessis : mais elle enrichit, elle précise, 
et sur une foule de points elle complète. » 



15 



SÉANCE DU 11 JANVIER 



PRESIDENCE DE M. SALOMON REINACII. 

L'Académie procède à la désif^nalion de deux candidats à la 
chaire de langues et de littératures de Tl^lurope méridionale et à 
la chaire d'histoire de la littérature latine vacantes au Collège de 
France par suite de la démission de M. Paul Meyer et de l'ad- 
mission à la retraite de M. Gaston Boissier. 

L'Académie désigne : 

1° Pour la chaire de langues et de littératures de l'Europe 
méridionale : 

En l"^" ligne, M. Morel-Fatio ; 

En 2^ ligne, M. Jeauroy. 

"i" Pour la chaire d'histoire de la littérature latine : 

En l'^'' ligne, ^L Monceaux; 

En -2" ligne, M. Pichon. 

M. d'Arbois DE JiBAiNviLLE l'ait la communication suivante : 
« Les Manapii que le géographe Ptolémée place dans la 
région sud-est de l'Irlande sont des Menapii venant du continent, 
des environs de Cassel, département du Nord. Ils arrivèrent en 
Irlande vers la lin du ni'" siècle. Un roi irlandais exilé s'était 
réfutrié chez eux et revint en Irlande avec une armée de Mena- 
pii. De là une colonie gauloise en Irlande, les Galiain comme 
disaient les Irlandais. Ils turent les meilleurs soldats de l'armée 
qui envahit l'Ulster pour conquérir le taureau divin de 
Cooley ' . » 

M. Chavannes donne lecture d'un mémoire de M. Pelliot sur 
deux sites archéologiques de la région de Kachgar. Le premier 
de ces sites est celui des « Trois grottes », à 15 kilomètres envi- 
ron au Nord de Kachgar; M. Pelliot a exploré ce sanctuaire 

1. Voir ci-après. 



16 SÉANCE UL 11 JANVIEK IKOT 

bouddliique ; il montre que les grottes ont dû être aménagées 
pour la première fois antérieurement au triomphe de llslam, 
qu'elles ont ensuite été saccagées par les musulmans, enfin que 
la décoration actuelle na été exécutée que vers le milieu du 
xvni" siècle. A deux kilomètres environ à TEst des Trois grottes, 
M. Pelliot a visité les ruines de Tegurman dont il a dressé le 
plan; dans ces ruines il a découvert un morceau de planchette 
portant sur une de ses faces des caractères en brahmî ; ce frag- 
ment est le premier spécimen d'écriture hindoue trouvé jusqu'ici 
dans les environs de Kachgar. 

M. Léon Dorez fait une communication sur le manuscrit 
latin 5784 de la Bibliothèque nationale, qui contient la mise au 
net autographe de la Vie de César de Pétrarque. Il croit pouvoir 
établir, à l'aide de divers contemporains et du volume lui-même, 
que ce manuscrit est celui auquel travaillait Pétrarque, dans la 
soirée du l.S juillet 1371, lorsqu'il fut surpris par une dernière 
attaque d'épilepsie sénile. à laquelle il succomba quelques heures 
plus tard. 

M. Salomon Heinacu communique une explication nouvelle 
dim tableau célèbre du Louvre, qui en précise le sens, en fixe 
la date et éclaire en même temps la question obscure posée 
par la réplique de la Vierge ,^^lx Rochers à la National Gallery. 
On n'a pas encore justifié, dans le tableau de Paris, l'attitude 
de l'ange, qui tourne la tète vers le spectateur et montre du 
doigt le jeune saint Jean-Baptiste, en prière devant l'Knfant 
Jésus qui le bénit. Ce geste prouve, suivant M. Reinach , que 
ce tableau a été peint à Florence et pour Florence ; c'est l'équi- 
valent d'un Veniie adoremus ^ car Florence avait pour patron 
saint Jean-Baptiste et l'ange exhorte les Florentins à rendre 
à Jésus le même culte que leur patron. Dans le tableau de 
Londres, le geste de l'ange est entièrement supprimé et l'ange 
ne regarde plus le spectateur. C'est qu'il s'agit dune réplique 
peinle par Léonard à Milan, avec l'aide dWmbrogio de Prédis, 
le peintre de la cour des Sforza ; à Milan, ce geste n'aurait plus 
eu de sens ; Léonard y a renoncé. Il suit de là : 1° que la Vierge 
a,ux Rochers du Louvre a été peinte avant le départ de Léonard 
pour Milan: "2" que les différences qui caractérisent la réplique 



UiNE COLOMt: (lALLOlSE KN IHLANDE 17 

de Londres ne soiil pas dues à im caprire du l'opislo ; !{" qu'il 
s cifiit bien d'une <f édition nouveile » du nicnu' tal)leau. niodilié 
par laiiisle en vue d'un autre public; i" qne plusieurs savants 
allemands se sont trompés en essayant de faire passer le tableau 
du Louvre pour une copie postérieure de celui de Lniuires. — 
Léonard (piilla Morence pour Milan vers I iS.M. 



COMMUNICATION 



LM-: COLOMH (lAULOlSE EN IRLANDE 

AL" TROISIÈME SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE, 

PAR M. d'aRBOIS de JUBAINVILLE, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Le De hello (jallico, \. IV, c. i, «:; *>, nous apprend qu'à 
l'époque où Jules (]ésar écrivait, on se rappelait qu'anté- 
rieurement Deuiciacos, roi des Suessiones, avait régné non 
seulement sur une grande partie de la Gaule, mais aussi 
sur la Grande-Bretagne; c'était un ed'et de la con([uête de 
la Grande-Bretagne par les Gaulois du lameau belge. 
Cette conquête peut avoir eu lieu au m'- siècle avant notre 
ère, vers le milieu de ce siècle. EnelVet, suivant les Annales 
de Tigernach, en l'an XVIII du règne de Ptolémée, fils de 
Lagos, cest-à-dire en 30() avant notre ère, Echu Buadach, 
père d'Ugaine le Grand, était roi suprême d'Irlande ', et le 
traité intitulé Flathiusa Ereml nous apprend qu'Ugaine le 
Grand régnait non seulement sur l'Irlande, mais aussi sur 
la Grande-Bretagne jusqu'à la Manche '^. La conquête gau- 
loise en Grande-Bretagne est postérieure à ce règne et elle 
a eu comme corollaire un établissement gaulois dans la 
portion sud-est de l'Irlande. 

1. Édition donnée pa^^^■hiH(■y Slokes. Heiuv celli(itie. t. \\III.p. M^i. 

2. Livre de Lcinster. p. t!l. col. 2, \. ;w, 39. 

1907 . ■- 



18 UNE COLOME GALLOISE EJN IRLANDE 

En effet la géographie de Ptolémée, 1. II, c. ii, § 7 et 8 
mentionne une Mava-ix ziX'.ç et des Mavir.ioi dont la situa- 
tion correspond à celle du comté de Wexford à l'extrême 
sud-est de l'Irlande, dans le Leinster méridional. Le p de 
Manapia, Manapii est étranger à la langue des Gôidels ou 
Irlandais, c'est une lettre gauloise et il faut vraisemblable- 
ment faire une légère correction, lire Menapia, Menapii, et 
reconnaître dans la population que ces noms désignent une 
colonie des Menapii de la Gaule Belgique, chez lesquels 
était Gassel, département du Nord K Or, suivant un texte 
irlandais publié par M. Whitley Stokes, Labraid Longsech 
ou l'exilé, arrière-petit-lîlsd'Ugaine le Grand, fut obligé de 
quitter l'Irlande et alla se mettre au service du roi des 
hommes de Menia^, et il revint en Irlande avec une troupe 
nombreuse de Gaulois, Gaullu, notation irlandaise de lac- 
cusatif pluriel qui est en latin Gallos. Ces Gaulois étaient 
au nombre de deux mille deux cents 3. Menia, d'oii Labraid 
arrivait, n'est pas autre chose que la prononciation irlan- 
daise de Menapia, nom du pays habité par les Menapii, là 
où est aujourd'hui en France le département du Nord. L'a 
de la seconde syllabe de Menapia, étant posttonique, 
tombe ; il est posttonique, puisque l'irlandais met l'accent 
sur la syllabe initiale ; quant au p, il disparaît puisque, 
avant saint Patrice, les Irlandais ne l'ont pas su prononcer. 
Passons au mot irlandais Ga//, à l'accusatif pluriel Gaullu; 
il a d'abord signifié Gaulois, c'est à partir du ix*' siècle 
qu'en irlandais ce mot a désigné les pirates Scandinaves 
et danois, confondus alors avec les Gaulois par les Irlan- 
dais qui, comme Cicéron, dix siècles plus tôt, croyaient que 
les Germains étaient Gaulois, 

1. Ptolémée, 1. II, c. 9, fj 5. 

2. Revue celtique, t. XX, p. 430 : ri[g] fer Menùu c'est la leçon du ms. 
Efjerton 1782. Suivant les lois de la phonétique irlandaise, rig fer Menia 
se prononvait ri ar Menia qu'on a traduit par roi d'Arménie. 

3. Orçfnin Dindrig, § 22, iiublié par ^\'llilley Stokes, Zeilschrift fur cel- 
tische Philologie, t. III, p. S. 



LIVKES OFFERTS 



19 



Dans la grande épopée formée en Irlande au vu" siècle 
de notre ère par la juxtaposition de morceaux beaucoup 
plus anciens, remontant aux temps païens, les habitants 
de la région occupée par les Manapii de Ptolémée 
apparaissent sous le nom de Galiain, c'est-à-dire (ialliani, 
mot dérivé de lîallia comme Romani de Ronia. Un corps de 
Galiain fait partie de Tarmée conduite par la reine Mève à 
la conquête du taureau divin d'Ulster. Dès le début de l'ex- 
pédition, ces Galiain montrent sur les Irlandais une grande 
supériorité : au conseil de guerre, Mève dit que si on les 
emmène, eux seuls auront l'honneur de la victoire et que, 
si on les laisse, ils profiteront de l'absence des guerriers 
pour se rendre maîtres de son royaume. « Il faut les tuer», 
dit-elle, mais cette proposition n'est pas acceptée. On se 
borne à supprimer le corps des Galiain en répartissant entre 
les dix-sept autres corps de troupes les guerriers qui com- 
posent ce corps d'élite K 



LIVRES OFFERTS 



Le SEcnKTAinE perpétuel dépose sur le bureau le fascicule VI 
du tome III des Inscripliones graecae ad res ronianas pertinentes 
(Paris, 1906, in-S"). 

Il offre, au nom de Lady Meux, un magnifique ouvrage intitulé : 
The Life and Miracles of Takla llâyniânôt; The book of the riches of 
Kings (^London, 190G, 2 vol. gr. in-4''). 

M. S. Reinacii offre sa publication intitulée : Tableaux inédits ou 
peu connus tirés des collections fran(;aises (Paris, 1906, in-fol.l. 

1. Tàin bù Cùalnye, cdiliou donnée en 1905 par M. E. Windisch , 
p. 50-55. 



20 LIVRES OFFERTS 

M. Gagnât présente de la part de M. Monceaux le 8'^ fascicule de 
son Enquête sur l'épujraphie chrétienne de V Afrique. 

M. HoMOLLE présente de la part des auteurs, MM. P. Perdrizet, 
maître de conférences à la P'aculté des lettres de Nancy, el R. Jean, 
sous-bibliothécaire à l'Union Centrale des arts décoratifs, une bro- 
chure intitulée : La Galerie Campana et les Musées français (Bor- 
deaux, 1907, in-8°). 

L'histoire de l'acquisition des collections Campana et delà consti- 
tution du Musée Napoléon III a été écrite récemment par M. Reinach; 
la Hi'vue archéologique a publié en 1906 deux articles de M. Besnier 
sur La collection Campana et les Musées de province ; le sujet est ici 
beaucoup plus restreint, il a par suite pu être traité avec une plus 
grande abondance et précision de détails ; il s'agit seulement des 
peintures, au nombre de 646, appartenant pour la plupart aux écoles 
italiennes des xiv^ et xv'' siècles, et qui auraient composé, dans leur 
ensemble, une série historique, presque sans rivale en dehors de 
l'Italie. 

Les auteurs exposent discrètement les jalousies, les ignorances, 
les légèretés qui, en 1863 d'abord, puis en 1872 et 1875-1876, ame- 
nèrent la dispersion de ce trésor artistique ou documentaire entre 
une centaine de musées. La part de Paris (Louvre et Cluny) 
se trouva réduite à 120 tableaux environ; des compositions 
furent dépecées et partagées entre deux, quelquefois trois villes, 
petites ou grandes, situées aux extrémités de la France, sans même 
<pi il fùl tenu un inventaire exact des sorties et une liste complète 
des répartitions. Ainsi fut détruite, comme le disait dès 1862 Eugène 
Delacroix, k une réunion précieuse, sans enrichir notablement les 
collections dans lesquelles ont été se perdre " les éléments disper- 
sés. 

On ne peut guère espérer reconstituer dans les musées de Paris cet 
ensemble unique pour l'histoire de l'art ; pour réparer, dans la 
mesure du possible, les erreurs du passé, il faudrait au moins : 

1" Posséder un catalogue complet des peintures Campana avec 
l'indication exacte du lieu où chacune d'elles est aujourd'hui déposée; 
2° Réunir dans un ;iil)uin photographique les reproductions fidèles 
de toutes les œuvres aujourd'hui éparses et souvent peu accessibles. 
MM Perdrizet et Jean ont accompli, non sans un labeur méritoire, 
la preuiière partie du programme. Ils donnent un catalogue complet 
de la galerie, en concordance avec ceux de Campana, Cornu et 
Reisel ; puis la liste des villes bénéficiaires des répartitions et celle 
des tableaux attribués à chacune d'elles ; ils indicpient ensuite les mor- 



LIVRIÎS (t||-|:iiTS 21 

ceaux (lispcisôs dont rasseml)lage est dès à présent certain ; ils ter- 
minonl par des remarques icono<4raphiques, qui montrent à la fois 
l'espi-il critique des antcnirs et la valeur de tableaux trop peu 
connus. 

Ils se proposent de faiic suivre, s'il se peut, celle [Mcniiri-e ébauche, 
d'un catalogue scientifique et illustré des 646 tableaux de la Galerie 
Campana. 

La manière dont ils ont exécuté la première partie de leur tâche, 
qui n'était pas aisée, prouve qu'on peut leur faire confiance pour la 
seconde. Elle sera très difficile et malheureusement aussi coûteuse, 
car il faudra des centaines de photographies que l'on devra soi-même 
aller ])rendre. Les auteurs ne plaignent pas leurs peines; il est très 
désirable ((u'ils puissent èlre secondés mieux (jue par une apprf)ba- 
tion et des éloges platoniques. 

M. B.VBELON a la parole pour un hommage : 

.< Je suis chargé de faire hommage à l'Académie, au liom de 
M. Martin Le Roy, du deuxième fascicule du catalogue illustré de sa 
collection (r()l)jets d'art du moyen âge [Catalogue raisonné de la 
collection Martin Le Roy . Fascicule 11 : Ivoires et sculptures, Paris, 1906, 
in-folio^i. Ce fascicule, dont le texte a été rédigé par M. Raymond 
Kœchlin et les planches exécutées par M. Paul Dujardin, renferme 
quarante monuments d'ivoire et une vingtaine de sculptures sur 
marbre, sur pierre ou sur bois. Parmi les ivoires on remarque une 
série de plaques de coffrets, de diptyques ou de triptyques qui 
comptent parmi les plus intéressants spécimens que l'on connaisse 
des écoles byzantine, lombarde et rhénane dans le haut moyen âge. 
L'art français des xiii'^ et xix" siècles est aussi brillamment repré- 
senté par des statuettes, des feuillets de diptyques, des boites à 
miroir, des tablettes à écrire. Plusieurs de ces objets, déjà connus, 
occupent une place éminente dans l'iiistoire des arts mineurs au 
moyen âge. 

« Parmi les monuments de sculpture, je signalerai en particulier 
un groupe en pierre, la Vierge et l'Enfant, de la seconde moitié du 
xii" siècle ; des anges, statues en bois de chêne du xiii" siècle, et de 
nombreuses statuettes, produits d'élite de l'art français des xiv% xx" 
et xvi« siècles. Il y a aussi (|uel((ues belles œuvres en terre cuite 
émaillée d'.Vndrea délia Robbia. Le fascicule se termine par une 
Vestale de Iloudon et un buste en terre cuite représentant le comé- 
dien Mole. 

« Si les planches (pii accompagncuit ce recueil sont le dernier mot 
de l'art de la photogravure, je dois ajouter tpie, dans le commentaire 



22 LIVRES OFFERTS 

des planches, M. Raymond Kœchlin a fait œuvre d'érudit ; son texte 
sobre et précis s'appuie sur des recherches comparatives, bien diri- 
gées, et dénote en même temps un govit et une compétence que nous 
avaient, au surplus, déjà fait apprécier les autres publications du 
même auteur. » 

M. Louis Léger présente un ouvrage qu'il vient de publier sous ce 
titre : Le cycle épique de Marko Kraliévitch (Paris, Leroux, 1907, 
in-18). 

Ce volume, qui fait partie de la Bibliothèque Slave Elzévirienne, 
reproduit un travail qui a été communiqué à l'Académie dans le 
courant de l'année 190o (voir Comptes rendus, 1905. p. 5.35). 

C'est la première monographie qui ait été consacrée en France à 
Marco Kraliévitch. Ce personnage joue chez les Slaves de la pénin- 
sule balkanique, serbe et bulgare un rôle analogue à celui du Cid 
en Espagne ou de Roland dans la France du moyen âge. 

M. Héron de Villefosse dépose sur le bureau, au nom du R. P. 
Delattre, correspondant de l'Académie, un travail intitulé : Le cime- 
tière romain de Mcidfa à Carthage (extr. des Comptes rendus de l'Aca- 
démie, 1906). 

M. Charles Joret a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur de faire, au nom de M. François Emmanuelli, 
hommage h l'Académie des deux premiers numéros de la Revue de 
Cherbourg et de la Basse-Normand ie, dont il est le rédacteur en chef. 
Je suis, en principe , loin d'approuver la création trop fréquente de 
nouveaux périodiques; mais, ces réserves faites, je suis heureux de 
reconnaître que la Revue de Cherbourg a été bien conçue et débute 
fort bien. Sans doute on pourrait lui reprocher son plan trop vaste 
et un peu ambitieux, — elle aspire à être à la fois « archéologique, 
historique, littéraire et économique» — ; mais il faut reconnaître 
qu'elle a publié jusqu'ici des articles d'un intérêt véritable et pleins de 
variété. Tels une notice sur le poète Alexandre Piédagnel, originaire 
de Cherbourg, une courte étude sur Octave Feuillet, deux pièces de 
vers non sans originalité, une publication curieuse sur Le bailliage 
de Coutances en 1789, deux articles sur Les embellissements de Cher- 
bourg et ses environs ; enfin une longue étude de M. Emmanuelli lui- 
même sur le Ilague-Dicke. L'auteur y examine successivement les 
diverses hypothèses mises en avant pour expliquer l'origine de cet 
énorme remblai, en particulier l'hypothèse de l'origine celtique ou 
romaine, et l'hypothèse de l'origine Scandinave. — Il laisse les autres 



SÉANCE DU 18 .lANVIER 1907 23 

de côté comme sans vahnir aucune. — Il repousse avec raison l'origine 
gallo-romaine, sans se déclarer toutefois ouvertement pour l'origine 
Scandinave, dont M. deGerville a été le protagoniste. Depuis quatre- 
vingts ans, des découvertes ont été faites qui ont ébranlé le système 
du savant archéologue : les tumuli voisins du Ilac/tie-Dirke, qu'il 
regardait comme l'œuvre des conquérants Scandinaves, ont été 
reconnus comme aj'ant, en dépit de leurs noms norois, une origine 
préhistori(}ue. N'en pourrait-il pas être de même du Ilague-Dicke? 
C'est la question que M. EmmanucUi, en terminant, pose, sans 
essayer de la résoudre, mais en conviant ses compatriotes à l'étudier 
à nouveau. » 

M. Scnn MRERGER dépose sur le Inireau son volume intitulé : Cam- 
pagnes du roi Amnury Z^"", de Jérusalem en Egypte, au Xll'^ siècle, 
avec une carte (Paris, 190G, in-8°). 



SÉANCE DU 18 JANVIER 



PRésiDENCE DE M. SALOMON REIN'ACH. 

M. DiEULAFOY donne lecture d'un travail sur ie théâtre édifiant 
en Espagne durant le siècle d'or. 

Après avoir montré la place considérable qu'occupent dans 
la littérature de nos voisins les Autos sacramentales et leur 
durée séculaire, l'auteur aborde les autres genres de la tragédie 
religieuse et les classe en deux catégories distinctes : les comédies 
de saints et les comédies divines. Il est alors amené à se deman- 
der quelle a été la cause première d'une évolution que le succès 
persistant et même grandissant des Aulos ne semblait pas néces- 
siter et aussi à quelle source puisèrent les auteurs de ces nou- 
velles pièces édifiantes. La source, M. Dieulafoy la trouve et la 
montre dans les Miracles de Noire-Dame qui avaient été tra- 
duits par Gonzalo de Berceo dès le xui'" siècle et dans la Légende 
Dorée. La raison, d'un ordre tout différent, résidait dans le désir 
de combattre le luthéranisme et de former un faisceau de 



21 SÉANCE DU IS JANVIER 1907 

toutes les forces vives pour en opposer la résistance aux progrès 
de l'hérésie. C"est dans ce dessein que les théologiens ofllciels 
inclinèrent du thomisme vers le molinisme en dépit de leurs ten- 
dances naturelles et que, sous leur inspiration, les grands poètes 
dramatiques, tels que Cervantes. Lope de Vega, Tirso de Molina, 
Calderôn, Moreto s'efforcèrent d'allier dans leurs œuvres l'inté- 
rêt dramatique à la démonstration vivante des mérites souve- 
rains du repentir et de la foi dans la miséricorde d'un Dieu infi- 
niment bon. Et pour que la démonstration soit complète et qu'il 
ne persiste aucun doute, M. Dieulafoy, après avoir cité et ana- 
Ivsé un très grand nombre de comédies édifiantes consacrées à 
l'exposition du thème direct, résume le Damné pour manque de 
confiance où Tirso de Molina met en présence un bandit sauvé 
parce qu'il a eu toujours foi dans la miséricorde divine et un 
religieux damné pour avoir cru à la prédestination absolue et 
antécédente. Enfin, passant au Trompeur de Séville . plus 
.connu en dehors de l'Espagne sous le nom de Don Juan, il fait 
la preuve que celte comédie fut écrite dans le dessein de ré- 
pondre à des critiques dangereuses et parce que l'auteur voulait 
établir que la foi et l'intention de se repentir ne sufTisent pas 
pour gagner le paradis, mais que l'intention doit être suivie d'efVet 
et que l'homme ne doit pas se dérober aux sollicitations inté- 
rieures de sa conscience ou aux avertissements extérieurs don- 
nés par le ciel. Le travail de M. Dieulafoy se termine par deux 
remarques qui viennent appuyer encore sa démonstration. La 
première a trait à la charité qui n'est guère exaltée que dans la 
Jeunesse du Cid de Guillén de Castro, simplement parce que la 
charité dont l'exercice est aussi bien recommandé par les églises 
orthodoxes que par les églises hérétiques n'était pas une vertu 
de combat. La seconde remarque s'applique à deux drames de 
Calderôn — La Vie est un songe et le Tétrarque de Jérusalem — 
où le grand poète tragique, essayant d'accorder, pour satisfaire les 
consciences inquiètes, la prédestination et la prescience divine 
avec le libre arbitre, développe la solution des docteurs de la loi 
islamique d'où vient cet accord. 

M. Sknakt présente quelques observations sur un fragment 
d'inscription du roi .Asoka (ni*' siècle avant notre ère , le célèbre 



UNE N0uvi;i.i.i: inschiition d'asoka 25 

souverain bouddhique. I/inscri|)tioii a été retrouvée récemment 
non loin (le Hénarès, au lieu oii le Huddlia j)asse pour avoir pour 
la première fois enseigné sa doctrine. Bien qu incomplète, elle 
est très curieuse par certains détails quelle lait connaître sur 
rorf^anisation des communautés religieuses d'hommes et de 
femmes au temps d'Asoka et par la preuve quelle apporte de 
lintérèt très vif que |irenait le roi aux détails de la vie reli- 
gieuse '. 



COMMUNICATION 



LNE NOUVELLE INSCRIPTION D ASOKA, 
PAR M. EMILE SENAKT, MEMBRE DE l' ACADÉMIE. 

Un fascicule récent de Y Epigraplùa Indien ^t. MU, 
p. I()6 suiv.) nous a apporté, entre autres nouveautés inté- 
ressantes découvertes k Sârnûth , un fragment important 
d'une inscription gravée sur le fût d'une colonne. C'est au 
cours des fouilles exécutées par M. Oertel dans Ihiver 1904- 
1903 que la trouvaille a été faite. C'est M. ^'ogel, le distin- 
gué collaborateur de VArchœological Survcy.qxù la présente 
et l'interprète. 

Je ne m'attarderai pas à reproduire ici les détails que 
personne ne manquera d'aller chercher dans son article, 
avec l'excellent facsimilé qui l'accompagne. Sârnâth, lieu 
voisin de Bénarès et longtemps connu par les restes d'un 
stûpa de date moins haute, semblait j^rédestiné à fournir 
une moisson précieuse à l'archéologie bouddhique. C'est en 
etl'et le heu très saint où pour la première fois, d'après la 
tradition . Sàkyamuni prêcha la doctrine parfaite dont il 

1. \i>\r ci-uprcs. 



26 UNE NOUVELLE INSCRIPTION d'aSOKA 

venait de se rendre maître sous Tarbre de rillumination. 
Hiuen Tsang' y avait vu encore un haut pilier couronné de la 
Roue de la Loi. Je ne déciderai pas si c est bien un frag- 
ment de cette colonne qui vient d'être rendu à la lumière. 
11 importe peu. L'essentiel, et M. V'ogel ne s*v est pas 
trompé, c'est que nous sommes en présence d'une épigraphe 
qui émane, comme ses cong'énères de Delhi et autres lieux, 
de Piyadasi-Asoka. Une pareille origine donnerait du prix 
aux débris les plus humbles. Celui-ci ne laisse pas que 
d'être important. 11 s'étend sur onze lignes ; il n'est dans 
aucune de ses parties un doublet pur et simple de rédac- 
tions déjà connues; il se rattache en certains points à des 
passages particulièrement difficiles et contestés, et promet 
sur eux quelque lumière. 

En voici la transcription : 

1 devâ 

2 e 

3 pâta ye kena pi saihghe bhetave e cuiii kho 

4 bhikhù va bhikhuni va saiiig-ham bhikhati se odâtâni 
dusâni samnamdhâpavivâ ânâvâsasi 

âvâsavive (.) hevaiii ivarii sâsane bhikhusaiho^hasi ca 
bhikhunisaiiighasi ca viilinapayitaviye (.) 

6 hevaiii devânampiye âhâ(.) hedisâ ca ikâ lipî tuphâkaiii- 
tikaiii huvâti sariisalanasi nikhitâ (.) 

7 ikam ca lipiiii hedisam eva upâsâkânaiiitikarii nikhipâ- 
tha (.) te pi ca upâsakâ anuposathaiii yâvu 

8 etam eva sâsanaih visvaihsayitave anuposatham ca 
dhuvâye ikike mahâmâte posathâye 

9 yâti etam eva sâsanaiii visvaiiisayitave âjânitave ca (.) 
âvàtake ca tuphâkaiii âhâle 

10 savata vivâsayâtha tuphe etena viyamjanena (.) 
hemeva savesu kotavisavesu etena 

1 1 viyaiiijanena vivâsâpayâthâ ( .) 



I 



TNF NOrVKr.I.E INSnRII'TinN n'vSOKA 27 

Malheureusement, et tainlis ([ue le reste est admirable- 
ment conservé, des deux premières lig-nes il ne nous reste 
que les deux caractères initiaux , et de la troisième une 
moitié à peine subsiste. Encore le commencement devà de 
devflnainpii/a qui ouvre la première li^ne et pfi/a de pâfa- 
liputa qui ouvre la troisième, présentent-ils ce vif intérêt 
d'attester d'une part que notre texte remonte bien au roi 
Piyadasi, et qu'il y mentionnait Pàtaliputra, sa capitale. 
Justement certains restes d'inscriptions à Allahabad et à 
Sanchi dont il semble bien que notre début se rapprochait 
fort, sont si mal conservés qu'ils n'apportent aucune aide et 
ne peuvent profiter que dans une mesure insif^nifiante du 
peu de clarté que fournit le document nouveau. 

M. Vogel en a examiné la teneur avec beaucoup de savoir 
et de pénétration ; il a été aidé dans sa tâche par MM. Kern 
et liloch dont il communique les très utiles remarques. 
C'est dire qu'il ne reste plus qu'à glaner. Je n'ai d'autre 
dessein que de consigner ici quelques observations, d'in- 
sister seulement sur les détails où j'oserais proposer quelques 
amendements. La traduction d'ensemble par où je termi- 
nerai montrera assez que ces courtes phrases ne laissent 
pas d'être instructives. 

Les premiers caractères consécutifs lisibles sont à la L 3 : 
ye kena pi san'tf/he bhetave c cum kho, etc. Comme l'a bien 
reconnu M. \'og-el, les derniers mots se transcriraient en 
sanscrit y an ca klialu : il faut ajouter que la locution, avec 
eu pour ca , emporte , dans la langue de Piyadasi , comme 
je l'ai montré à propos de D. I, 5, un sens légèrement 
adversatif. Elle commence donc une proposition qui s'op- 
posait plus ou moins expressément à la précédente sur 
laquelle il est bien superflu de spéculer puisque tout moyen 
de la reconstituer nous manque. Les derniers mots samghc 
bhetave évoquent l'expression samgJiam bhcttun'i^ bien 
connue pour dire « semer des divisions dans le saiiigha » ; 
mais cela ne nous avance guère. C'est seulement à partir 
de e cum kho qu'une traduction liée devient possible. 



28 UNE NOUVELLE INSCRII'TION D ASOKA 

Au e (yah) initial correspond dans la suite se [so) ; 
la construction s'impose. Je suis un peu troublé par la 
version que propose M. V. ? (( M'hatsoever monk or nun 
begs his lood (?) » ; où prend-il a nourriture »? Le texte 
porte saihgham. gouverné par hhikhati, de sorte que le sens 
se dég-age très limpide : « Mais quiconque, moine ou mo- 
niale, mendie le saihgha », c'est-à-dire « s'adresse en men- 
diant au sauigha ». Je suppose que cette idée d'un moine 
s'adressant pour mendier à la fraternité monastique a paru 
choquante à M. V. C'est précisément, suivant moi, ainsi 
qu'en va témoigner la suite, la particularité la plus curieuse 
de notre texte. Quant au détail, personne, je pense, n'hési- 
tera à approuver l'interprétation de M. Kern pour sa?hnaih- 
dhâpai/ii/a = saihnâhaijya, c'est-à-dire « après avoir fait 
revêtir ». Il n'y a pas lieu, relativement à odâta, de laisser 
planer aucun doute ; la couleur blanche est exclue par la 
règle monastique ; il ne peut être question que de vêtements 
«propres », neufs ou lavés récemment. A en juger par sa 
traduction, il semble que M. V. prenne âvâsayiye 
comme = âvâsayct ; ni la forme ni la construction ne 
s'accommoderaient de cette analyse. On ne saurait négliger 
la syllabe yi; ici comme dans ârahhiyisu du l''"' édit à 
Girnar, elle représente la formative du passif, et le sens est, 
non pas « qu'il demeure » , mais littéralement « qu'il soit 
fait demeurer» , en d'autres termes, « qu'il soit installé ». 
C'est avec ânâvâsasi que la difficulté commence. M. V. 
prend ânn = arhna, cest-à-dire anya avec un â long com- 
pensatif de la nasale tombée. Au point de vue de la forme, 
ce serait fort admissible. Il ne me paraît pas que le sens s'y 
prête aussi bien. La phrase serait : « mais si quelque moine 
ou moniale demande l'aumône au saiiigha, qu on le revête 
de robes propres et qu'on le loge dans une autre habitation. » 
Qu'est-ce que cette « autre habitation »? Je ne sais si le 
premier membre de j)hrase aurait expliqué cette façon de 
dire. Pour nous qui ne l'avons plus, elle est certainement 



UNE iNOUVELLE INSCKiniON d'aSOKA 29 

sinjji^ulière. Cette obscurité jointe à V;i initial (jui fait plutôt 
attendre un h étymoloi^ique, m'incline à douter que {'uiû- 
Vi'tsasi soit exactement transcrit par ani/âviise , et je me 
demande si ce n est pas âjnnvâse qu'il faut entendre. Ajnâ 
siijnifiant i< ordre, commandement >i , âjnâvâsa pourrait, 
semble-t-il, désig'ner soit un logement assigné par ordre, 
soit même un lo<;ement réservé régulièrement pour cet 
usaiii-o. Ce qui, en tous cas, est clair, c est qu'il est ici ques- 
tion de vêtements et de logements attribués par le saiiig'ha 
à des moines du dehors. Chose curieuse, ce sont des docu- 
ments postérieurs de plusieurs siècles qui commentent pour 
nous cette prescription. A Nâsik et ailleurs dans les grottes 
de l'Ouest, diverses donations ont pour objet de subvenir 
aux trais de vèture des moines de toute école et de toute 
provenance qui pourront passer le temps de retraite du 
var.sa dans certaines cellules réservées. Il me suftira de ren- 
voyer à ma notice sur ces inscriptions qui a paru dans 
\'Epi(/rn])/iiH Indica it. ^'Ill. p. 59 et sqq.), notamment aux 
n"~ 12, 17. 9, 10. A plusieurs reprises le prix de revient de 
chaque vèture est même mentionné et fixé à douze kârsâ- 
panas. Ainsi, dès le temps d'Asoka , les saihghas locaux 
étaient invités, évidemment pour entretenir l'unité dans la 
fraternité universelle de l église monasti([ue, le caturdisa 
saiiigha, à faire bon accueil aux religieux qui, tout spécia- 
lement il l'époque du var.sa , se retiraient dans les endroits 
abrités, à les loger dans des cellules réservées à cet usage, 
à les fournir de robes neuves conformément à la règle qui 
autorisait les religieux à en recevoir à cette date. Dès lors 
ils étaient munis à cet eiVet de ressources spéciales. Il n'est 
assurément pas sans intérêt de pouvoir remonter si haut 
dans le passé un usage r(ui n'était encore pour nous attesté 
que vaguement, et il est certain que si de pareils détails 
du régime intérieur étaient, sous le règne de Piyadasi, géné- 
ralisés et réglementés, c'est que, dès cette époque, l'orga- 
nisation bouddhicjue avait reçu un tlévcloppement bien 
complet. 



30 LNE NOUVELLE INSCRIPTION d'aSOKA 

A la 1. 6, il ne faut certainement pas séparer huvâti en 
deux mots, huvà + // [iti). Pour justifier vaille que vaille 
cet iti^ M. V. est obligé de faire de huvâti une proposition 
spéciale, comme s'il y avait evaih huvâti : « qu'il soit ainsi ». 
Même si elle se pouvait interpréter de la sorte, l'addition 
serait parfaitement oiseuse. Le double ca,dans hedisâ ca ikâ 
lipi et ikarii ca lipiih hedisam eva, coordonne d'ailleurs les 
deux membres de phrase dans un même mouvement ; huvâti 
est, dans le premier, le subjonctif qui correspond à nikhipâtha 
du second. Cette constatation a son prix ; elle aide à mieux 
juger du seul mot difficile, samsalana. Si ingénieux qu'il 
soit, je ne saurais pour ma part me rendre au sentiment que, 
dans un accord imposant, en expriment MAI. Kern, Bloch 
et Vogel. Ils y voient le sanscrit samsmara?ia, pour dire 
« mémoire». Nulle objection de forme. Quant au sens, il se 
dérive très naturellement du thème samsmarati , et le mot 
même samsmarana n'est pas sans usage dans la littérature 
classique. Encore n'y est-il employé ni habituellement ni 
de bonne heure. Je ne vois pas d'autre part qu'il soit con- 
sacré par la littérature pâli, et je ne saurais m'empêcher 
de- m'étonner un peu que cette langue de nos inscriptions , 
simple jusqu'à la maladresse, eût été chercher si loin et, 
pour exprimer l'idée de « mémoire » , eût substitué cet 
abstrait compliqué de sain au mot ordinaire et courant 
smrti. Ce n'est là que la moindre objection. Il ne faut pas 
perdre de vue que aihtikaih signifie « près de, à portée de », 
dans une acception toute matérielle et pour parler d'une 
proximité sensible; en traduisant tuphâkaihtikaih «pour 
vous » (for you), M. V. s'écarte arbitrairement non seule- 
ment de la littéralité, mais du sens normal. 11 n'en est pas, 
je pense, autrement pour nikhitâ ; niksipati s'applique en 
effet bien plus naturellement, sinon nécessairement, à la no- 
tion d'un dépôt tangible, matériel. L'anglais « to lay down » 
par lequel le rend M. Vogel fait illusion ; la littéralité dont 
il semble se prévaloir est, si je ne me trompe, plus appa- 



UNE NOUVELLE INSCRIPTION DASOKA 31 

rente que réelle, le verbe étant couramment usité avec des 
mots qui sig-nifîent loi, règlement ou quelque chose d'équi- 
valent, dans le sens lig^uré de «établir, formuler » qui n'ap- 
partient pas au verbe sanscrit. Evidemment M. V. est 
intluencé par l'idée qu'il s'est faite du sens de sainsulana. 
Mais il faut voir si, inversement, le tour général ne con- 
seille pas d'entendre ce mot même dans une acception 
ditlérente. N'oublions pas que le premier membre de phrase 
isole le participe nikhifû et l'énonce à part, après le verbe 
huvali, d'où cette traduction, si l'on maintient le sens pro- 
posé pour sainsalana : « que cet édit soit à votre portée, 
déposé dans la mémoire ». En soi la façon de parler serait 
très gauche; mais comment surtout expliquer que, dans le 
membre de phrase suivant, les autres éléments, aihtikaih, 
nikhip, étant d'ailleurs identiques, san'isalana puisse man- 
quer : (c déposez-le à portée des fidèles »? Tout, à mon sens, 
concourt à démontrer que nikliip et par conséquent san'isa- 
lana comportent un sens matériel, que l'un veut dire « dépo- 
ser, mettre en vue, afficher » en quelque sorte, que l'autre 
désigne un local déterminé. Cette conclusion se confirmerait 
au besoin pour moi du contraste très net par lequel le texte 
distingue entre Sf7.sa/2a pour désigner 1' « ordonnance », c'est- 
à-dire le sens qu'elle comporte et les décisions qu'elle pro- 
mulgue, et lipi « ledit », c'est-à-dire la rédaction fixée sous 
forme lisible et tangible. Il est vrai que san'isarana n'est pas, 
à ma connaissance, usité couramment dans l'emploi que je 
suppose. Il y a au moins un lexicographe qui lui attribue la 
signification de « place de repos pour les voyageurs » 
(PWB). Sans prêter à ce témoignage plus d'autorité qu'il 
ne convient, il prouverait, s'il en était besoin, combien le 
thème san'isar est apte à former un ternie indiquant un lieu 
de rendez-vous, de rencontre; l'usage seul, s'il nous était 
connu, permettrait d'en préciser la nature exacte. Je com- 
parerais volontiers le cas de samnivesa que la langue des. 
Jainas paraît avoir spécialisé pour des étapes de caravanes 



32 UNE NOL'VKLLli INSCKIPTION D ASOKA 

OU de processions (Jacobi, Acâranga siitra, p. x). Saiiisa- 
lana pourrait fort bien avoir été appliqué à la salle d'attente 
ou k l'oftice même des fonctionnaires auxquels s'adresse ici 
le roi. A coup sûr il doit désigner un local qui leur soit plus 
particulièrement propre ou accessible, puisque, pour la masse 
des croyants, ce n'est plus là — l'omission de sajhsalaiiasi 
en fait foi — qu'il faut afficher l'ordonnance. 

Les deux propositions qui suivent sont exactement symé- 
triques. C'est donc, je pense, par simple inadvertance que 
M. V. traduit anuposathaih de deux façons différentes ; 
seule la première est la bonne : « chaque jour d'uposatha ». 
Je prends yâvu, en face de yâti, comme représentant la troi- 
sième personne du pluriel du potentiel : on attendrait plu- 
tôt ijevu ; mais je ne vois pas quelle autre interprétation on 
pourrait sugfi^érer de cette forme. C'est bien ainsi que paraît 
également l'entendre M. V. ; seulement nous n'en tirons pas 
le même sens. 11 traduit : « let go », comme si c'était un 
impératif. Telle n'est pas l'acception ordinaire du poten- 
tiel; il implique bien plutôt une notion de possibilité, d'éven- 
tualité: « les croyants peuvent venir, ont chance de venir », 
tandis que le mahàmâtra, lui, ijâti^ vient sûrement, réguliè- 
rement, dhiivuye, comme il sied pour un service conmiandé. 

Il est plus malaisé de fixer la nuance de signification 
exacte qui s'attache à l'infinitif visvathsayitave. Je ne doute 
pas que M. V. n'ait raison d'y reconnaître le sanscrit viiivâ- 
sayitum. Je suis moins certain qu'il l'interprète fidèle- 
ment. Pour arriver à préciser, il est bon, je crois, détenir 
compte d'un détail qui me frappe. Dans la première partie 
du texte, l'ordonnance qui est ici en cause, qu'elle soit 
dénommée sâsana ou lipi, est désignée par le pronom ayaih, 
iyaih. Ici sâsana est précédé de eta, de même que plus bas 
viyamjana. Il est peu probable cjue ce changement soit 
accidentel : il est encore plus invraisemblable a priori que le 
roi appelle à « l'uposatha » ou envoie en tournée ses officiers, 
en vue de cette seule ordonnance. Je conclus que le pronom 



UNE NOUVELLK INSCRIPTION d'aSOKA 33 

etci a pour objet de donner au substantif plus deniphase et 
de généralité ot que cette fois sâsana vise et embrasse Ten- 
semble des instructions du roi. L'évolution du sens par 
laquelle on prétend devisvâ sayiluiii tirci' le sens : « se 
familiariser avec » me paraît peu plausible. Sans doute les 
objections de sentiment ne sont pas démonstratives. Il est 
au moins une difliculté qu'il ne me semble pas permis de 
néglij^er. Les deux phrases applicjuées l'une à la foule , 
l'autre aux fonctionnaires appelés mahamatras, sont exacte- 
ment parallèles, sauf en ceci que la seconde double vhvaiit- 
Siiyilave d'un autre infinitif, ùjânitave. Il y a là une inten- 
tion certaine. « Connaître » , venant après « se familiariser 
avec V, serait plus que faible, dénué de sens. Pivadasi. il le 
dit expressément dans d'autres inscriptions, attache du prix 
à ce que ces surveillants connaissent exactement ses pres- 
criptions; rien de plus raisonnable. Mais il faut alors décou- 
vrir pour le verbe précédent un sens qui paraisse con- 
ciliable. Je ne sais malheureusement aucun texte compa- 
rable, comme il en faudrait un pour nous fixer. Mieux vaut 
Tattendre que se perdre en conjectures. On me permettra 
seulement de faire remarquer que l'accusatif sâsana/n se doit 
construire également avec visvâsayiluih et iljnfiliiiix ; c'est 
donc que vinvâsai/itum est bien employé dans sa fonction 
normale de causatif. Dans l'hypothèse admise par M. ^ . , 
sâsana devrait être au locatif; c'est avec ce cas que se 
construit visvasati^ « se lier dans... ». A titre provisoire, et 
pour ne pas laisser boiteuse une phrase dont la portée géné- 
rale est en somme assez claire, je propose, de la traduction 
littérale « donner conliance », puis peut-être « donner auto- 
rité » , de déduire une acception « pratiquer, se conformer 
à ». La distinction s'établirait assez bien ainsi entre la foule 
qui n'a qu'à se conformer aux volontés du roi et les otli- 
ciers à qui il in<;ombe en outre de les bien connaître pour 
les mieux répandre. 

1907 .-î 



34 UNE NOUVELLE INSCRIPTION DASOKA 

La dernière phrase tire son intérêt de ce qu'elle fait 
parallèle à un passage difficile de l'épigraphe de Rùpnâth. 
M. V. veut hien faire remarquer que le contrôle est décisif 
en faveur des lectures que j'avais proposées, et, sur cer- 
tains points discutés, il admet mon interprétation. A mon 
tour j'ai plaisir k m'associer à lui pour rectifier, ainsi que la 
comparaison de certaines inscriptions de l'Ouest m'avait 
déjà à part moi amené à le faire, la traduction que j'avais 
admise pour âhâla^ âhàra. Avec MM. Kern, Bloch et Vogel, 
je l'entends maintenant au sens de « district », et comme 
exposant d'une certaine division administrative. Relative- 
ment à vivàsai/â/ha, nous sommes tout près de nous entendre. 
Il me suffira de faire remarquer que le mot de « mission », 
surtout appliqué à un fonctionnaire , n'implique pas néces- 
sairement en français la tâche spécialement religieuse à 
laquelle songe M. Vogel. Tout au plus le terme a-t-il 
l'avantage d'évoquer à l'esprit le fait qui ressort de tout 
notre contexte , que , au cours de ces déplacements des 
fonctionnaires, la part de l'enseignement moral et religieux 
ne devait pas être oubliée. Il est bien entendu, ainsi qu'il 
ressort du vivâsâpayâtha suivant, que, malgré sa forme 
causative, v'wâsayâtha dans cette proposition n'a pas plus 
de valeur que le thème simple. Je continue , confirmé par 
l'approbation de M. V., à entendre vyamjana comme 
« texte [d'un ordre], instruction». Quant au jeu de mots 
dont le voisinage d'à /lâra m'avait suggéré la conjecture, 
l'interprétation nouvelle du mot le rend, non pas inadmis- 
sible, mais, en somme, moins probable qu'il ne m'avait 
paru. 

Nous ne savons rien des divisions administratives de 
l'empire d'Asoka ; il nous est donc impossible de préciser 
le sens de kofavisavesu. Nous ignorons si, dès cette époque, 
visaya avait été fixé dans une application technique ; en 
tous cas, Ixoffa ne paraît pas se prêter très naturellement à 
un pareil emploi. Je préférerais donc, jusqu'à nouvel ordre, 



LiNE .NOUVELLE INSCKIPTION d'aSOKA 35 

au lieu de comprendre le composé comme dvandva, le 
prendre, avec M. Kern, comme désignant les « territoires 
[dépendant] des kottas », quelle que soit d'ailleurs la portée 
exacte du dernier mot. Tout ce qui semble sûr, c'est que 
âliiira désigne le district directement administré par le 
fonctionnaire auquel s'adresse le roi ; les kot(avhiirjas pour- 
raient être des territoires groupés autour de postes forti- 
fiés, soit qu'ils aient été soumis à une autorité militaire, 
soit qu'ils aient été laissés aux mains de petits feudataires. 
On le voit , sur les mots les plus épineux de Rùpnâth , 
vivâsa, vyiifha, ce parallèle ne nous apporte pas de lumière. 
Il ne nous fournit pas de prétexte pour reprendre les con- 
testations que ces mots ont soulevées. Quelle que soit l'in- 
terprétation que l'avenir ratifie, je ne puis encore, quant à 
moi et jusqu'à nouvel ordre, me résoudre à admettre que, 
côte à côte, des formes diverses d'un même thème, vivâse- 
lavii/n, vyufha, vivâsa, à côté de vivâsâpayâtha , aient pu, 
sans aucune préparation ni aucun avertissement, être em- 
ployées dans des sens et avec des applications profondé- 
ment ditîérents. 

Voici, sous le bénéfice des réserves que j'ai indiquées, 
comment, en somme, je traduis le fragment qui nous est 
rendu : 

« Mais quiconque, moine ou moniale, quête le 

saiiigha, que. après lui avoir donné à mettre des vêtements 
propres, on l'installe dans une demeure déterminée. Ainsi 
cette ordonnance doit être communiquée au saiiigha des 
moines et au samgha des moniales. Ainsi parle Sa Majesté. 
Qu'une inscription en ce sens soit affichée dans les 
bureaux, et faites placarder une inscription en ce sens sous 
les yeux des fidèles. Les fidèles pourront venir, les jours 
d'uposatha, se conformer à mes ordonnances, et à l'upo- 
satha chaque mahamâtra viendra régulièrement les jours 
d'uposatha se conformer à mes ordonnances et en prendre 
connaissance. Dans toute l'étendue de votre district allez 



36 UNE NOUVELLE LNSCRIPTION d'aSOKA 

vous-mêmes en tournée avec le texte de mes instructions. 
De même, dans tous les territoires des kottas envoyez en 
tournée [des représentants] avec le texte de mes instruc- 
tions. » 

Si court qu'il soit, ce texte, on le voit, offre un intérêt 
véritable. Pour la première fois nous y relevons dans la 
bouche du roi une allusion précise à l'organisation des 
communautés relij^ieuses d'hommes et de femmes. Les 
détails qu'il touche témoignent combien, dès l'époque 
d'Asoka, la constitution et les usages monastiques étaient 
fixés et combien semblables déjà à ce que nous entrevoyons 
ailleurs plusieurs siècles plus tard. Nous savons à quel point 
le bouddhisme est par ses origines, et en dépit des dévelop- 
pements qui ont pu dans la suite modifier sa physionomie, 
une secte monastique. Nous trouvons là de ce caractère un 
indice qui a son prix. 

On ne peut d'autre part manquer d'être frappé du soin 
minutieux avec lequel le roi, dans son zèle, s'ingère aux 
affaires du clergé. Par d'autres parties de ses édits, Asoka 
s'annoncerait presque comme un prince « éclairé », au sens 
du xvui'' siècle, s'inspirant d'une belle tolérance, supérieur, 
croirait-on, aux préoccupations confessionnellessecondaires. 
Voici qui prouve que cette largeur de pensée ne fit pas tort 
chez lui à un souci singulièrement attentif de la vie et du 
gouvernement ecclésiastiques. De pareilles instructions, 
entourées de prescriptions si spéciales, ajoutent vraiment un 
trait vivant et familier à la physionomie un peu vague et 
lointaine du vieil empereur. 



'M 



APPENDICl 



UAPI'OIIT l>K M. E. POTTIKH, MILMItlU-: \)K L ACADK.MIE , 
SLR LES TKAVAUX EXÉCUTÉS OU EiN'COURAGÉS 

A l'aide des arrékages de la fondation PIOT, 

LU dans la séance du 18 JANVIER 1907. 

Messieurs, 

J'ai l'honneur de vous présenter mon rapport annuel sur 
l'emploi des fonds du legs Piot en 1906. 

I. Fouilles, explorations, missions. — Comme les autres 
années, l'Africjue a été l'objet d'une sollicitude particulière. 
Le Père Delattre a reçu pour ses fouilles de Carthage une 
subvention de 3.000 fr. ; M. l'abbé Leynaud, curé de Sousse, 

000 fr. pour achever ses recherches dans les catacombes 
d'Hadrumète; M. Méhier de Mathuisieulx, 3.000 fr. pour 
compléter son exploration, commencée l'an dernier, de la 
Tripolitaine et de la Cyrénaïque. Ces diverses missions ont 
eu des résultats de valeur inég-ale. Vous avez pu lire dans 
nos Comptes rendus (1906. p. 3. 8. 10-21, o7, 60-63, 95, 

1 18, 131, 405, 422j les communications de M. de \'illefosse 
et les rapports du P. Delattre sur les découvertes dans les 
nécropoles puniques ou chrétiennes de Carthag^e, et appré- 
cier les persévérants efforts que récompense une belle 
moisson d'antiquités destinées à prendre place au Musée de 
Saint-Louis ou même au Louvre. Nous avons reçu de 
M. l'abbé Leynaud une note [Ici., p. 298-303, 483) sur les 
travaux de consolidation (jui permettent aux touristes de 
visiter une partie des catacombes de Sousse et sur les 
inscriptions chrétiennes recueillies au cours des nouvelles 
fouilles. La mission de M. de Mathuisieulx, en faveur de 



1 

38 RAPPORT SIR LA FnNDATlON PlOT 

laquelle vous aviez consenti un important sacrifice 2.000 fr. 
l'an dernier, 3.000 fr. cette année) pour pousser à fond son 
voyage en Cyrénaïque, s'est heurtée à de g^raves difficultés 
et au mauvais vouloir des autorités locales, interdisant aux 
voyageurs européens tout accès des provinces intérieures. 
Il est clair que nous devons de ce côté ajourner nos espé- 
rances. Néanmoins, M. de Mathuisieulx a pu déposer entre 
nos mains un mémoire de 70 pages, accompagné de deux 
cartes, de photographies, et un petit lot de monnaies, 
lampes et poteries achetées sur les lieux. 

En Italie, sur la demande de notre confrère MgrDuchesne, 
vous avez accordé 2.000 fr. à un membre de l'Ecole de 
Rome, M. Grenier, pour exécuter des fouilles près de Bo- 
logne. M. Grenier est venu ici même exposer les résultats 
de son travail et expliquer l'intérêt du problème si discuté 
de la civilisation étrusque et de ses origines : les tombeaux 
ouverts par lui ont apporté quelques documents nouveaux 
à la solution de cette question difficile (/f/., p. 287, 315- 
325). 

En France, les recherches des préhistoriens, qui depuis 
plusieurs années nous font connaître des monuments dart 
aussi précieux que surprenants, ont particulièrement retenu 
votre attention, M. Cartailhac et M. Rivière, dont vous 
connaissez de longue date le zèle et la compétence, ont reçu, 
l'un 600 fr,, l'autre 400, pour explorer des grottes de 
TAriège et de la Dordogne, Une note de M, Cartailhac avait 
récemment annoncé la découverte de nouveaux signes pic- 
tographiques , relevés soit sur les silhouettes des animaux 
eux-mêmes, soit sur les parois des cavernes, et insistait sur 
les curieux procédés d'envoûtement que semblent révéler 
ces dessins (/f/., p. 533-536), M, l'abbé Hermet, qui se con- 
sacre à une autre période de nos antiquités nationales, a 
reçu 300 fr, pour continuer les recherches dans la plaine de 
la Graufesenque (Aveyron), très fertile en importants débris 
de vases sigillés, souvent pourvus de graffites [Rev. arch., 
1904, I, p, 74), 



RAPPOHT srii I.A Ift.MjATKIN PIOT '.V.) 

Rappelons maintenant, à propos des fouilles, les rapports 
envoyés cette année par des personnes qui avaient bénéfi- 
cié de subventions antérieures. Ainsi, nous avons su que 
M. l'abbé Breuil avait pu étudier, g-râce à nos subsides, six 
cavernes de la province de Santander, en Espaj^ne , et y 
calquer d'importantes figures {Comptes rendus, 190(), p. 480- 
481). D'autre part, les résultats de l'exploration d'Aphro- 
disias, en Asie Mineure, que vous aviez subventionnée l'an 
tlernier. ont fait l'objet d'un rapport d'ensemble de M. Gan- 
din et d'une note de M. Mendel (/(/., p. 135, 158-184, 335). 
Enfin M. Big-ot a déposé au Secrétariat une notice et des 
planches sur ses fouilles du Circiis Maximus, à Rome. 

Après les fouilles, les missions. M. Léon Dorez a obtenu 
une subvention de 500 fr. pour aller terminer en Angle- 
terre le catalogue des 750 manuscrits conservés dans la col- 
lection de Lord Leicester à Ilolkham Hall (Norfolk). Son 
rapport, lu à l'Académie et accompagné de nombreuses 
photographies [Id., p. 335-337, 511, 537), vous a montré 
l'importance de ce travail, accompli avec un soin et une 
persévérance qui méritent nos félicitations. 

II. Ouvrages subventionnés. — Pour se conformer aux 
intentions du testateur qui songeait surtout à encourager 
l'étude des monuments artistiques, l'Académie a accordé 
des subventions affectées spécialement à l'exécution de 
planches qui doivent prendre place dans des publications 
archéologiques. En elfet, les planches, toujours coûteuses, 
sont souvent un obstacle à la reproduction intégrale des 
documents. Il est donc légitime que l'Académie vienne en 
aide, de ce coté, aux auteurs et aux éditeurs, sans prendre 
à sa charge les frais complets des livres. C'est dans cette 
voie que nous sommes entrés en donnant de nouveau 
2.000 fr. à M. llolleaux pour les planches en couleur des 
mosaïques de Délos, et 500 fr. à M. Dufour pour la repro- 
duction des photographies qu'il a rapportées de sa mission 
à Angkor, dans le Cambodge. On se rappelle avec quelle 



40 RAPPORT SUR LA FO^DATIO^■ PIOT 

chaleur notre confrère M. Senart a exposé les mérites de 
cette exploration périlleuse, qui a coûté la vie au collabo- 
rateur de M. Dufour, le regretté Carpeaux (/(/., p. 122- 
128). La contribution modeste que nous a permis notre 
budget prouvera au^moins tout l'intérêt que TAcadémie 
porte à cette œuvre courageuse. Quant aux fouilles de Délos, 
si généreusement subventionnées par M. le duc de Loubat, 
les résultats en sont bien connus de l'Académie, et le 
rapport du Directeur de l'Ecole française (/(/., p. 443, 546) 
atteste l'intérêt toujours croissant de ces découvertes. 
D'ailleurs, il convient d'ajouter qu'en aidant M. Holleaux, 
nous servons en même temps l'intérêt de nos propres publi- 
cations, puisque ces planches prendront place d'abord dans 
les Monuments et Mémoires de la fondation Piot^ avec un 
article d'ensemble de M. Bulard. 

Pour le fascicule paru de la même Fondation Piot^ notre 
éditeur M. Leroux a reçu 3.000 fr. Prochainement sera 
distribué un autre fascicule, spécialement consacré à la 
retentissante découverte du trésor conservé dans la cha- 
pelle du Sancta Sanctorum au Latran, que vous a exposée 
M. Lauer (/(/., p. 223). Nous avons également souscrit 
2.000 fr., à la demande de M. Heuzey, pour la publication 
du Journal des fouilles du commandant Gros, qui contient, 
avec une foule de levés de plans et de croquis pris sur place, 
le compte rendu détaillé des découvertes de Tello. en 
Chaldée. 

Telles sont. Messieurs, les différentes entreprises scien- 
tifiques qui ont reçu l'appui du legs Piot cette année. 
J'espère que vous voudrez bien approuver la gestion de ces 
fonds ; nous les souhaiterions plus riches encore , pour 
suffire à la diversité si grande des travaux qui méritent vos 
encouragements. 



41 



M\HI<:S OFFKRTS 



Le SEcnKTAiHE PEnPKTiKi. dépose sur le bureau : 

1° Le fascicule de novembre 1906 des (lomittoa renfln^ ilfs m'-nnrt'x 
de rAcadémie (Paris, 1900, in -8" ; 

2° Le fascicule du tome III de la (Jirnnitfiif de Michel le Syrien 
(1160-1 199), éditée et Iraduite par M. J.-B. Chabot (Paris, 1906, in-4»). 

Le Secuétaihe perpétitei. offre, en outre, de la part de l'auteur, 
une notice sur f.e baron J.-J.-A.-M. de Witte, 1808-1889, par le 
chevalier Edmond Marchai, secrétaire perpétuel de l'Académie royale 
de Belgique (Bruxelles, 1906, in-8", 96 pp., avec portrait) : 

« Les plus âgés d'entre nous, ceux qui appartiennent depuis le plus 
longtemps à l'Académie, n'ont pas oublié le savant associé étranger 
que nous avons perdu en 1889, le baron de Witte. Ils se souviennent 
de sa vaste érudition, dont les recherches s'étaient portées surtout 
sur les monnaies et sur les vases peints, de son aménité, de son 
obligeance infinie, du cordial empressement avec lequel, en toute 
occasion, il aidait de ses conseils les jeunes gens qui s'adressaient à 
lui et mettait à leur disposition non seulement les livres de sa biblio- 
thèque, mais encore les documents de tout genre, notes, dessins et 
calques, qu'il avait réunis au cours d'une longue vie de travail. Ils 
seront donc reconnaissants à son compatriote, M. Edmond Marchai, 
secrétaire perpétuel dune des classes de l'Académie royale de Bel- 
gique, (pii ma chargé d'offrir à la compagnie la très intéressante 
notice qu'il vient d'écrire sur la vie et les travaux de M. de Witte. 
On y trouvera les détails les plus précis sur les premières études de 
notre ancien confrère, sur ses relations avec les plus célèbres archéo- 
logues du dernier siècle, belges, allemands ou français, sur les voyages 
en Italie et en Grèce qui lui avaient rendu familières toutes les 
grandes collections de l'Europe, sur ses princi[)aux ouvrages, sur les 
libéralités par lesquelles il a enrichi notre Cabinet des antiques. A 
cette biographie est jointe une bibliographie méthodi(pie, dressée 
avec srrand soin. » 



42 



SÉANCE DU 25 JANVIER 



PRÉSIDENCE DE M. SALOMON REINACH. 

M. le Sous-Secrétaire d'État des beaux-arts écrit au Secrétaire 
perpétuel pour lui faire savoir que, par décret de M. le Prési- 
dent de la République , en date du 24 janvier, a été acceptée , 
pour le Département des antiquités orientales et de la céramique 
antique au Musée du Louvre, une lampe romaine, provenant 
des fouilles faites par M. de Mathuisieulx, offerte en don par 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il remercie l'Aca- 
démie de ce don généreux. 

M. DiEULAFOY continue sa communication sur le théâtre édi- 
fiant en Espag-ne au siècle d'or. 

M.. Gagnât entretient l'Académie des fouilles exécutées depuis 
quelques années en Algérie, par le service des monuments histo- 
riques, sous la direction de M. Albert Ballu. Ces fouilles se pour- 
suivent en même temps dans les ruines de cinq villes différentes : 
Timgad, Lambèse,Mdaourouch, Announaet Khamissa. M. Gagnât 
insiste seulement sur les deux dernières , où les travaux sont 
conduits par M. Joly, de Guelma, avec un dévouement et une 
habileté dignes de la reconnaissance des érudits. 

A Khamissa, on a déblayé à peu près tout le vieux forum qui 
offre les éléments habituels.aux forums romains dans un état de 
conservation suffisant pour permettre de les reconnaître. 

A Announa, il est plus difficile d'identifier les monuments 
découverts; les plus curieux sont une maison qui appartenait à 
la famille des Antistius, apparentés aux empereurs du ii" siècle, 
et une place, un petit forum, entouré de murs. 

On a découvert dans ces différentes fouilles une grande quan- 
tité d'inscriptions et un certain nombre de morceaux de sculp- 
ture. 



i.A viHitiu-; A /. i MASsrh: i'A 

M. S. RiiNACn fait une cominuiiicalion sur la \ lerf/c à Li 
massue. 11 s'ayit d'un type plastique assez souvent li^airé au 
xv" siècle, notamment clans l'art ombrien : celui de la \ ierge 
Marie, armée d une massue, qui frappe un démon pour réloig-ner 
d'un enfant qu'il a saisi. Dans les textes du moyen âge, il n'y a 
aucune trace de ce type, comme la constaté récemment encore 
M. Fertirizet. M. S. Reinach lexjjlique par une confusion du 
lang^age. La \'ierge Marie, qui tient les clefs du ciel, est clavi- 
gera; or clai'igera signifie aussi « porte-massue » (de clava). La 
confusion, sans doute volontaire et consciente, a dû être 
suggérée à un artiste par un clerc'. 



COMMLNICAÏIOX 



LA VIERGE A LA MASSL'E, 
PAR M. SAI.O:\ION REINACH, PRÉSIDENT DE l'aCADÉMIE. 

Dans un récent mémoire, M. Perdrizet appelait l'atten- 
tion sur un motif assez singulier, celui de la Vierge armée 
de la massue, « pour qu'un chercheur plus heureux, écrit-il, 
trouve le texte dont ce thème est 1 illustration ))"-. Un 
petit nombre de peintures, presque toutes onibriennes, 
datant du xv** siècle et du commencement du xvi", repré- 
sentent la sainte Vierge, armée d'une massue, qui apparaît à 
la prière d'une jeune mère pour menacer ou frapper un 
démon qui s'apprête à enlever un petit enfant. Ces tableaux, 
dont le plus connu est dans la galerie Colonna à Rome, 
sous le nom de Niccolô da Foligno dit Alunno (1430?- 

1. Voir ci-après. 

2. P. Perdrizet et 11. Jean, La yalerie Cainpana et les musées /^rançais. 
Bordeaux, 1907, p. 66. 



44 I.A VIERGE A LA MASS.UE 

i492j ', sont évidemment des ex-voto consacrés par des 
mères dont les enfants ont été sauvés, comme par miracle, 
d'une maladie grave ou d'un péril mortel. 

M. Perdrizet a vainement cherché un récit de ce genre 
dans les recueils français consacrés aux Miracles de la 
Vierge; il a également interrogé sans succès l'un des 
savants bollandistes de Bruxelles, le P. Delehaye. Si cette 
enquête a été infructueuse, cela tient, je crois, à ce que le 
type de la Vergine ciel Soccofso, ainsi armée d'une massue, 
n'est pas d'origine populaire, mais demi-savante; voici 
l'hypothèse que je crois pouvoir proposer à ce sujet. 

Le moyen âge s'est figuré la Vierge Marie sinon comme 
une guerrière — bien qu'on la trouve une fois revêtue d'une 
armure dans un tableau de Klosterneuburg en Autriche — 
du moins comme l'instrument de la victoire de Jésus sur les 
puissances du mal, suivant les termes d'une hymne publiée 
par Mone : per f/iiani regem superhiae Vieil Christ us rex 
gloriae-. D'autre part, les docteurs étaient unanimes à 
interpréter les paroles divines de la Genèse, sur le serpent 
dont la femme devait écraser la tête, comme une préfigura- 
tion ou une prédiction du triomphe de la sainte Vierge sur 
Satan : ipsa conferef capiit tuum. 

Parmi les nombreux attributs de la Vierge, dans la litté- 
rature pieuse et la poésie du moyen âge, figure la clef. 
Comme la Pallas /.AsiîcDycç de Phidias (Pline, XXXIV, 54), 
la Vierge Marie tient une clef; c'est la clef du ciel. Les textes 
ont été réunis par Salzer^; il suffit d'en rappeler ici 
quelques-uns ; Clavis clarissinia qiiae coeluin apcris ,' cla- 
vis aurea geinmis decorafa, per quam sunt aetlierea régna 
reserala; clavis sophiae ; coeli clavis ; clavis paradisi ; terrae 
vera clavis. Déjà saint Ephrem qualifie la Vierge de clef 
qui nous ouvre le ciel, y.Xcïç v.z tov oh^y^l^t y;ij.x; y; àvavouja. 

1. Lafenesli-e et RicliUMibci-ger, Home. l. II. p. 162. 

2. Saizer, Die Sinnhilder iind Beiicorte Mnriens. Linz, 1S93. p. 85. 

3. Saizer, ihid.. p. r)i9. 



I 



Liviu:s oi-Ti;urs 45 

Ainsi la Vierge Marie est porte-clefs, clavigera. Si elle 
ne paraît pas avec cet attribut dans les œuvres d'art, du 
moins à ma connaissance, c'est que la clef est devenue de 
bonne heure l'attribut presque exclusif de saint Pierre et 
que les artistes disposaient de bien d'autres moyens pour 
mettre en évidence la gloire virginale et la puissance de 
Marie. 

Mais clavi(/cr, épithète de Janus porte-clefs dans Ovide, 
est, dans le même poète, épithète d'Hercule porte-massue. 
CIhvIs. clef, et cLivn. massue, ont donné le même dérivé 
clavir/e/\ qui peut signifier porte-massue ou porte-clefs. 

Ce jeu de mots, qui devait se présenter aisément à l'es- 
prit d'un clerc, explique, suivant moi, le type de la Vierge 
porte-massue, créé par l'art vers la fin du moyen âge. 
Quand il s'est agi de représenter la Vierge mettant en fuite 
un démon et qu'il a fallu^ pour cela, lui trouver une arme, 
comme la tradition était muette, on s'est inspiré d'une des 
épithètes qu'elle attribuait à la Vierge et, sans lui en substi- 
tuer une autre, on s'est contenté d'en modifier le sens. 
L innovation purement graphique des peintres ombriens 
semblait justifiée par le langage des litanies; la Vierge à la 
massue était toujours la Vir<jo clav'ujera. Il y a là, semble- 
t-il, un exemple certain d'un type plastitpie né d'une confu- 
sion du langage. 



].IVHI<:S OFFKHTS 



Le Secuiîtaiue PEUPiiTiEL dépose sur le bureau de l'Académie le 
tome XV âos Moniiinenl^rl inrinoirea publiés, sur la foudalion Eup^ène 
Piol, par lAcadômie des inscriptions el bcllos-lotlres, sous la direc- 
tion de MM. (jeoryes Pehkot el Robert de Lastevhie i^Paris, 1906, 
10-4»). 



46 LIVRES OFFERTS 

M. II. Omont ofTi-e à l'Académie un exemplaire des Heures (VAnne 
(le Èrelayne, reproduction réduite des 63 peintures du manuscrit «, 

latin 9474 de la Bibliothèque nationale (Paris, in-S"). m 

M. Héhon de Yillefosse présente à l'Académie au nom de l'auteur, 
M. Luigi Cantarelli, professeur d'histoire à l'Université de Rome, un 
mémoire intitulé : La série dei prefetti dl Egitlo. I. Da OUaviano 
AïKjusto a Diocleziano (extr. des Memorie délia Beale Accademia dei 
Lmcei, CCCIII, 1906, in-4'>) : 

« C'est un archéologue italien, Giovanni Labus, qui, en 1826, établit 
pour la première fois, sur des bases scientifiques la série chronolo- 
gique des préfets d'Egypte, d'Auguste à Caracalla. Depuis quatre- 
vingts ans la science a marché; les découvertes épigraphiques et 
papyrologiques se sont multipliées, elles ont notablement accru les 
documents relatifs à ces grands fonctionnaires; des recherches 
critiques ont éclairci les questions obscures ou controversées. Le 
moment était venu d'utiliser ce vaste matériel archéologique et d'en 
coordonner tous les résultats. Pour accomplir cette tâche, personne 
n'était plus désigné que M. L. Cantarelli, professeur à l'Université de 
Rome ; ses études antérieures l'y avaient préparé. Il n'a pas hésité à 
refaire un travail dont la pensée première appartenait à un illustre 
savant de son pays : en le transformant, en Télargissant, en le 
mettant au courant des progrès de la science, il a composé une œuvre 
entièrement nouvelle et personnelle; il lui semblait en même temps 
remplir un devoir pieux et patriotique. 

« Le mémoire de M. Cantarelli renfermera la série raisonnéc des 
préfets d'Egypte depuis l'année 30 avant Jésus-Christ jusqu'à l'époque 
où le pays tomba aux mains des Arabes, au vii« siècle de notre ère. 
Le savant professeur nous en donne aujourd'hui la première partie 
qui s'étend d'Auguste à Dioclétien. Les préfets y sont présentés dans 
leur ordre chronologique. Le premier est C. Cornélius Gallus, l'ami 
d'Ovide et le condisciple de Virgile, qui resta trois années en Egypte 
(30 à 27 av. J.-C); le dernier de cette première série est Celerinus 
qui gouverna la province sous le règne de Carus (282 à 283). Une 
notice biographique, appuyée sur les documents les plus solides, 
est consacrée à chaque préfet; elle renferme non seulement tout 
ce qui peut nous renseigner sur l'existence du fonctionnaire, mais 
aussi la mention des événements qui se sont déroulés sous son 
administration, de sorte que' la réunion de ces biographies forme une 
véritable histoire de TÉgypte sous l'empire romain. M. Cantarelli n'a 
laissé écliap[)er aucun renseignement utile ; il a résolu avec autant de 
sagacité que de criticjue les problèmes chronologitjues les plus déli- 



LIVRES OFFERTS 47 

cals. Li's historiens peuvent recourir on toute confiance aux infor- 
mations (jue rantenr a patiemment réunies et sévèrement discutées. 
Nous souhaitons qu'il puisse achever i)romptement ce travail dont 
l'intérêt n'a pas échappé à l'Académie des Lincei puisqu'elle l'a jugé 
dig-ne d'être publié dans ses Mémoires. » 

M. llnnox de Villefossic offre ensuite à l'Académie au nom du 
K. P. Delatlre, son correspondant, un ouvrage intitulé: Un pclerinacje 
aux 7'uines de CarfJinge et au Miisâe LavUjerle , "i*^ édition, avec un 
l)l.in de Cartilage, 1906 : 

« Les illustrations insérées dans ce volume mettent sous les yeux 
du lecteur plusieurs spécimens heureusement choisis des monuments 
chrétiens exhumés du sol de (larthage. Grâce à ces images, on peut 
se faire une idée des documents précieux que renferme la salle chré- 
tienne organisée au Musée Lavigerie par les soins du P. Delattre. Le 
texte constitue une sorte de guide du touriste. L'auteur conduit 
successivement le lecteur des cimetières romains à l'amphithéâtre, 
de l'amphithéâtre au Musée dont il donne une description sommaire, 
insistant fort à propos sur les objets les plus dignes d'attention dans 
chaque salle. On pénètre ensuite avec lui dans le jardin-musée, riche 
en inscri])tions et en scul|)tures; puis on se rend dans la grande 
basilique de Damous-el-Karita où s'achève le pèlerinage. Ce petit 
livre, enrichi d'une carte archéologique de la ville et des environs, 
peut être fort utile aux voyageurs désireux de visiter Carthage d'une 
manière pratique et intéressante. » 



Le Gérant. A. Picard. 



MACO.N, PKOTAT FRliUES, IMl'ItIMUUKS 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1907 



PRÉSIDENCE DE M. SALOMOX HEIXAGII 



SÉANCE DU l^^r FÉVRIER 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 

Le Président prononce l'allocution suivante : 
M Messieurs, 

« Un des plus anciens et des plus illustres parmi nos associés 
étrang'ers . M. le professeur Graziadio Ascoli, sénateur du 
royaume d'Italie, est mort à Milan, le 21 janvier, à l'âge de 
soixanle-dix-huil ans. 

« Ascoli occupe un rang très élevé dans le groupe des savants 
du .\i\'' siècle qui ont constitué la linguistique moderne. Ilébraï- 
sant dès l'enfance — il était de naissance Israélite — un goût 
Idul spontané le porta de bonne heure vers l'étude des langues 
romanes ; âgé de seize ans à peine, il étonna les philologues par 
un travail comparatif sur les parlers de la \'alachie et du Frioul. 
Bientôt, outre le grec et le latin, il apprit le sanscrit, le zend, le 

190: 4 



50 SÉANCE DU l*"'" FÉVRIER 1907 

g-othique, le lithuanien, les langues slaves, presque toutes celles 
de l'Europe moderne, y compris le tsigane et les dialectes néo- 
grecs comme le tsaconien. Mieux armé qu'aucun de ses contem- 
porains pour la recherche des lois du langage, dans le vaste 
domaine conquis par son zèle de polyglotte , il fonda , à vingt- 
cinq ans, la première Revue de linguistique qu'ait possédée 
l'Italie, Sludii orienfali e linguistici. En 1860, il eut l'honneur 
d'inaugurer à Milan, où il le continua jusqu'en 1902, renseigne- 
ment d'une science depuis longtemps négligée dans la péninsule; 
la plupart des ouvrages qu'il publia dès lors furent le fruit de 
ses leçons, où se sont formées des générations de linguistes. Ses 
principaux livres, Fonologia comparala^ Sludii critici^ Lellere 
glottolngiche , ont été traduits en allemand et ont exerc'^' une 
influence durable au delà des monts. Non moins utile fut 
Texcellent périodique qu'il créa en 1875, sous le titre à' Archivio 
glottologico itaUano ; il y publia une foule de mémoires sur les 
langues de l'Inde et de l'Italie , objets favoris de son étonnante 
activité. 

« Convaincu de la parenté originaire des familles de langues 
aryennes et sémitiques, Ascoli n'a pas trouvé beaucoup d'adhé- 
rents sur ce terrain de comparaison, où peu de savants, d'ail- 
leurs, étaient capables de se mesurer avec lui. Mais il se révéla 
maître incontesté dans la phonétique des langues indo-euro- 
péennes et des langues romanes. Un des premiers, il introduisit 
dans ces recherches la phonétique physiologique , la connais- 
sance minutieuse des notations des sons par l'épigraphie, l'idée 
féconde que les différences régionales des langues de même 
souche sont dues soit au contact de langues d'autres familles, 
soit à l'habitude bien des fois séculaire d'une langue indigène 
chez les peuples qui adoptèrent une langue importée. C'est ainsi 
qu'il mit en lumière, dans le sanscrit védique, l'influence des 
langues dravidiennes de l'Inde, comme celle des langues cel- 
tiques dans certains parlers de l'Italie. L'étude des dialectes ita- 
liens modernes reçut de lui une énergique impulsion. Sur les 
contins du domaine italien , il fut le premier à analyser scienti- 
fiquement, dans sa conqjlexité et sa corruption, la phonétique 
du groupe rhéto-roman ou ladin, auquel il consacra un mémoire 
célèbre en 1872. La recherche des influences celtiques ou ger- 



siiA.NCE 1)1 1'' Ki;vi!ii;it l'.MlT 51 

inaniques le coiiduisil , (ruiu' pari, à rétiule des tlialectes du 
siul-L'sl de la France el de la Suisse, iiiteniiédiaires entre le 
Irançais et le provençal, de l'autre à celle des lanj;ues celtiques 
du moyen âge, en particulier de lirlandais. Il publia, depuis 187S, 
un coninienlaire philoloj^ique approfondi sui- le \ itnix manuscrit 
irlandais tle la bibliothèque Ambroisicnnc de .Milan. Vers la 
même époque, avec celle puissance d'encyclopédiste qui lui 
permettait de passer sans etl'ort d'un snjel à l'autre . d enri- 
chissait l'épi^i-aphie hébraïque d'un travail de |»reiuier ordre 
sur les inscriptions juives du royaume de Naples el de la cata- 
combe de V'enosa. 

« Je ne saurais exposer ici . même en substance, les mémo- 
rables conquêtes d'Ascoli dans le domaine spécial de la phoné- 
li(jue aryenne. Ses découvertes, qui concernent particulièrement 
les gutturales et les palatales de la lanj;ue mère, dont elles 
alTectent éjj;alement le vocalisme , sont d'une portée et d'une 
richesse telles que Fritz Bechtel, dans son Histoire de la phoné- 
nétique depuis Schleicher, publiée en 1892, eut besoin de près 
de vingt-cinq pages pour les résumer. I^e développement ulté- 
rieur des études de phonétique indo-européenne par MM. F. de 
Saussure, Brugmann et d'autres, a été préparé et prévu, dans 
une large mesure, par le génie du grand linguiste italien ; c'est 
là un hommage que les maîtres plus jeunes lui rendent à Tenvi 
depuis trente ans. 

« Ascoli ne rechercha pas les honneurs, mais il en reçut 
beaucoup. Membre de la plii[)art des sociétés savantes de l'Eu- 
rope, il fut élu associé de notre .Académie en 1891, à la place de 
l'indianiste Gorresio ; il était son correspondant depuis 1877 el 
avait reçu d'elle, en 1885, pour ses Letfere gloltologiche^ le 
jirix X'olney. En 1889. le i-oi d'Italie l'avait nommé sénateur. 
Milan lui a fait des funérailles solennelles. .\ux voix éloquentes 
qui se sont élevées sur sa tombe pour louer une existence si 
bien remplie, la respectueuse sympathie de ses confrères de 
France ne pouvait manquer ici de faire écho. » 

M. Ph. Berger communique à l'Académie une inscription 
punique trouvée par M. Merlin à Carlhage. (l'est l'épitaphe.dune 
grand-prêtresse donl le mari était sullete ainsi que tous ses 



^2 SÉANCE DL; 1^' FÉVKIER 1907 

ancêtres jusqu'à la quatrième j^énéralion. Il est très curieux 
de trouver une famille dans laquelle on était sulîète de père en 
liLs. Mais le fait le plus intéressant que nous révèle cette inscrip- 
tion est le titre de la défunte. Elle est intitulée, en effet, non pas 
« chef des prêtresses », mais « chef des prêtres », ce qui tendrait 
à prouver qu'une femme était placée à la tête du collèg^e des 
prêtres. 

Des observations sont faites par MM. l)n;ii.Ai-ov et Boicai';- 
Leclercq. 

M. Dnaîi.AKiiv termine sa lecture sur le théâtre édifiant en 
Espagne. 

MM. HoissncK, C.VGNAT, Héron niî Vn.LEFOSSE et Ph. Bergkr 
sont nommés membres de la Commission chargée de décerner la 
médaille Blanchet. 

M. Jean Psichari fait une communication sur une faute de 
syntaxe dont il suit les traces à travers toute Thistoire de la 
langue grecque. 11 insiste surtout sur un point de méthode en ce 
qui concerne les rapprochements que Ton peut établir entre le 
grec ancien et le grec moderne. Quelquefois il faut aller chercher 
jusque dans le grec homérique les origines de ce qui nous paraît 
plus tard une innovation : tel est le cas pour la particule néga- 
tive oùSév puis 5ÉV, forme actuelle, qui commence déjà à nous 
apparaître comme négation dans VU. A 244 oùoèv 'sT'.ca; , au 
lieu de où/., avec une nuance qui devient de plus en plus imper- 
ceptible et qui se perd de siècle en siècle, avec le développement 
de oùEèv que suit M. Jean Psichari. D'autres fois, au contraire, 
de ce que tel phénomène, tel solécisme, par exemple, se retrouve 
identique dans les états postérieurs de la g-récité et dans les 
textes les plus anciens, il faut conclure que les deux phénomènes, 
l'ancien et le moderne, ne sauraient s'appuyer l'un sur l'autre, 
parce que les conditions où ils se sont produits sont totalement 
différentes. Ainsi, des solécismes comme aVT[V£ç...xaTaXa[iôvT£ç, 
de la langue savante contemporaine, ou comme Xuyvtat...£TTO)Teç 
de l'Apocalypse, n'ont point leur pendant dans le toéa ap/ovT£ de 
Platon (etc.), ou le x£cpaXa\...X£Xt/[xoT£ç d'Hésiode (etc.). Les pre- 
miers aj)parliennent à un moment de la grécité oîi le sentiment du 



LIVRES OFFERTS ."3 

participe aor. est en train de se perdre, tandis que les autres 
nous replacent dans un temps où ce sentiment se trouvait en pleine 
vitalité. Aussi, l'exemple de Platon, cpii met en cause un duel 
et non pas un pluriel, tloit-ii avoir une explication toute spéciale ; 
quant au x£cpaXxt...X£Xi/u.ÔT£ç, ou bien il appartient à une époque 
postérieure, à une époque où ces fautes s'expliquent noiinale- 
ment — et ne serait plus chez Hésiode (pi'une interpolation — . 
ou bien il doit cire corrigé en ÀeXi/jxôtoç = BpâxovTo;, Theoj;-. 
824. Les autres passag-es analogues dans l'antiquité doivent de 
même, suivant la revue qu'en fait M. Jean Psichari, être consi- 
dérés comme suspects, en vertu de ce principe qu'il faut bien 
savoir discerner entre ce qui se ressemble et ce qui ne se 
ressemble pas dans l'histoire du grec, entre ce qui est un déve- 
loj)iiemeul normal et continu et ce qui ne lest pas. Une faute 
de construction, comme s!; avec un veri)e de repos peut se 
supporter, peut même se défendre dans le texte le plus classique, 
parce que tout le développement postérieur du grec nous montre 
le progrès envahissant de cette construction. Une faute comme 
ÀeÀ'yaoTj; ne peut se tolérer, parce qu'elle ne cadre pas bien avec 
le développement du grec et ne se retrouve plus dans la langue 
vivante, dans la langue parlée de nos jours. Mais, soit qu'il 
s'agisse de confirmer, soit qu'il s'agisse d'infirmer par la com- 
paraison, il est toujours utile, il est parfois indispensable, pour 
juger les phénomènes de la grécité la plus reculée, de se mettre, 
non seulement au point de vue des états postérieurs de la grécité, 
mais encore au point de vue purement moderne. 



LIVRES OFFERTS 



M. LoNGNON offre à l'Académie, de l;i pari de l'auteur, M. Pierre 
Champion, un ouvrage intitulé: Croniqiie Martiniane; édition cri- 
tique d'une interpolation originale pour le règne de Charles VU, 
restituée h Jean Le Clerc (Paris, l'.t07, in-8°) : 

« Publiée par Vérard peu après iiiSO, la Canonique Martiniane se 
compose do la Iraduclion française ilc la Chronique de Martin le 



54 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 

Polonais, écrite en latin vers 1270, et d'une suite de matériaux divers 
qui la continuent jusqu'à la fin du xV siècle : M. Pierre Champion a 
soigneusement déterminé l'origine de ces derniers. 11 n"a pas eu de 
peine à prouver que si le récit du règne de Charles VII est emprunté 
d'ordinaire au livre 11 de la Chronique de Monstrelet et au pseudo- 
livre m du même ouvrage, l'exemplaire de Monstrelet utilisé par 
Vérard était un exemplaire interpolé par un familier de la maison de 
€habannes. M. Champion a démontré en outre que ces interpréta- 
tions étaient l'œuvre d'un certain Jean Le Clerc, qui, après avoir été 
attaché à la maison de Chabannes, fut pourvu en 1475 d'un office de 
clerc de la Chambre des Comptes. Ce personnage n'est point d'ail- 
leurs un inconnu pour les curieux qu'intéresse l'histoire littéraire de 
la France au xv" siècle: Jules Quichcrat l'avait signalé jadis comme 
l'auteur d'une interpolation, analogue, de la chronique du règne de 
Louis XI, connue sous le nom de Chronique scandaleuse, interpola- 
tion que M. B. de Mandrot a reproduite intégralement, à la suite de 
son édition de Jean de Roye. 

u Je siirnalerai aussi, dans l'introduction du livre de M. Champion, 
les quelques pages consacrées à l'appréciation du rôle d'Antoine de 
Chabannes, et je mentionnerai également un appendice de quelques 
pages, où figurent de curieux extraits de la Marguerite des vertus et 
vices, compilée en 1497 par Jean Massue, prieur de Saint-Sornail , et 
dédiée par lui à Jean de Chabannes, comte de Dammartin ». 



APPENDICE 



Rapport du secrétaire perpétuel de l'académie des inscriptions 

ET belles-lettres SUR LES TRAVAUX DES COMMISSIONS DE PUBLI- 
CATION DE CETTE ACADÉMIE PENDANT LE SECOND SEMESTRE DE 1906, 
LU DANS LA SÉANCE DU l'^'' FÉVRIER 1907. 

Mes chers confrères , 

La reprise d'activité dans les travaux de l'Académie que je 
vous signalais, dans mon rapport du 3 août, s'est poursuivie 
malgré le loisir des vacances. Ont été achevés depuis mon der- 
nier rapport et seront distribués dès que l'Imprimerie nationale 
aura terminé le tirage et le brochage : 



RAPPORT DU SECRÉTAIKK PI-RPÉTUEL 55 

Le tome XXXIII de V/Iisloire Ullérnire de la France et le 
tome II des Historiens umiéniens des Croisades, dont linipres- 
sion avait été commencée il y a vingt ans, en 1887. 

Les derniers bons à tirer de ces deux volumes ont été donnés 
au mois de décembre. 

Vous avez reçu, en septembre, la deuxième partie du 
tome XXXMII des Notices et exlrnits. 

Le tome II des Ohituaires (diocèse de Chartres) vous sera 
remis aussi sous quelques jours ; il ne reste qu'à brocher le 
volume. 

Des ouvrages qui se publient sous les auspices et avec le con- 
cours pécuniaire de l'Académie, ont paru : 

Le fascicule VI" et dernier du tome III des Inscriptiones 
Greecre ad res romanas pertinentes ; le tome XV des Monuments 
et Mémoires [Fondation Piot), contenant ladescription du Trésor 
du Sancta sanctorum. 

L'impression du tome XXX VI II de nos Mémoires (première 
partie) est déjà engagée par le mémoire de M. Gagnât sur les 
Bibliothèques municipales dans l'empire romain et VFtude sur 
Didijmos de M. Foucart. Le tirage à part de l'un de ces travaux 
a déjà été distribué ; l'autre le sera très prochainement. Celle 
du tome XXXIX (première partie) des Notices et extraits est 
plus avancée encore. Le manuscrit malgache sur les campagnes 
de Lacaze qu'éditent MM. Froidevaux et Gautier est déjà tout 
entier en pages, et M. Delisle a reçu les placards de la notice qu'il 
consacre au Livre de Jean Stavelot sur Saint-Benoit. 

La première partie du tome XII des Mémoires présentés par 
divers savants comprend déjà les mémoires de MM. Monceaux, 
Toutain et Carton, qui sont tirés et qui seront distribués, en 
tirage à part, à très bref délai. Le mémoire de M. Albert Martin, 
Notes sur V ostracisme, vient d'être envoyé à l'imprimerie. 

Dans la série du Becueil des historiens de France dont sont 
chargés MM. d'Arbois de Jubainville et Longnon, le travail ne 
cesse point d'avancer, grâce à l'exemple d'infatigable activité que 



56 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 

nos deux confrères donnent aux collaborateurs qu'ils se sont 
choisis. La publication des Actes de Philippe I", procurée par 
M. Maurice Prou, sera bientôt achevée. Huit planches de fac- 
similés ont été tirées. Le bon à tirer des 36 feuilles dont se com- 
pose l'introduction a été donné. La copie de l'index a été adressée 
à l'Imprimerie nationale qui a déjà reçu l'épreuve corrigée d'un 
premier placard de cet index. Les "il feuilles comprenant les 
Actes de Lothaire ont été tirées. 11 ne reste en retard que la 
vingt-deuxième feuille où sont reproduits les Actes de Louis V. 
M. Louis Halphen, qui, avec M. Ferdinand Lot, a la responsabi- 
lité de cette édition, a terminé la copie de l'introduction qui vient 
d'être envoyée à l'imprimerie. 

>L Philippe Lauer a entre les mains les placards du texte des 
Actes de Louis IV. Il nous fait espérer que, la correction de 
ces placards étant presque terminée, le bon à mettre en pages 
pourra être donné prochainement. 

L'impression du tome III des Ohituaires {diocèses d^ Orléans, 
d'Auxerre et de Nevers) est très avancée. Les vingt premières 
feuilles sont tirées ou en bon à tirer. Les feuilles '21 à 41 sont en 
seconde épreuve, et les feuilles 42 à 56 vont être mises en pages. 
L'imprimerie recevra sous peu le complément de la copie (deux 
feuilles environ), et Ton commence à préparer l'index. 

Tome W. Diocèses de Meaux et de Troyes. Les textes sont 
presque entièrement réunis et pourront être remis à l'imprimerie 
au cours du présent semestre. 

On dresse actuellement l'index du tome VI des PouiUés. Il 
formera au moins une trentaine de feuilles. 

La commission de YHistoire littéraire de la France, après 
avoir achevé le tome XXXIII, a commencé à réunir les maté- 
riaux du tome XXXIV. Elle lit dans ses premières séances de 
1907 un article de M. Viollet par lequel s'ouvrira ce volume. 

La préparation des dilférentes parties du Corpus inscriptionum 
semilicarum s'est poursuivie pendant ce semestre, sans que j'aie 
pourtant le plaisir de pouvoir vous annoncer l'achèvement 



HAPl'Oirr nr secrétaiiîk PKRi'ÉTrKi, TH 

d'au moins un fascicule de celle imporlanle publicalion. A vrai 
dire, si le fascicule II du loinc II de In partie arnméenne n'a pu 
encore être dislrii)ué, la lame nen esl pas aux éditeurs, M. de 
\'o<;ué et son auxiliaire, M. labhé (Chabot; obligée d'employer 
à daulres Iravaux ses compositeurs et ses presses, arrêtée aussi 
parla maladie du correcteur qui était attaché à la révision de 
ces épreuves. l'Imprimerie nationale n'a paspu, depuis cinq mois, 
nous prêter un concours utile. Noire confrère lui avait donné, 
au mois d'août, le bon à lirer de vinj^t-six feuilles. Il n'en a été 
tiré, depuis lors, que huit. Deux autres ont été envoyées depuis 
cette époque. C'est donc vinj^l feuilles, toutes prêtes pour l'im- 
pression, que nous attendons en ce moment. I^es éditeurs ont 
entre les mains deux feuilles de tables composées en placards. 
Ils ne pourront, étant données les corrections indiquées sur les 
dernières épreuves, mettre ces tables au point (|uc le jour on ils 
auront sous les yeux les feuilles tirées de toute la livraison. 

Pour la partie phénicienne, l'impression du fascicule III du 
tome II a été retardée parle voyage qu'a dû entreprendre à Tunis 
l'auxiliaire de M. Philippe Berger, M. Schlouschz, chargé de 
faire au musée du Bardo et à celui de Saint-Louis de Carthage 
certaines vérifications nécessaires. M. Schlouschz esl tombé 
gravement malade au Maroc et n'a pu se remettre à l'dHivre 
qu'après un assez long temps d'inaction. M. Berger espère cepen- 
dant que, s'il ne survient aucun nouveau contretemps, ce fasci- 
cule pourra être terminé dans le courant du premier semestre 
de l'année 1907. Les dix premières feuilles, qui comprennent 
300 inscriptions, sont tirées, ainsi que les planches qui y corres- 
pondent. Les notices des six cents inscriptions qui compléteront 
le fascicule et avec lesquelles s'achèvera l'interminable série des 
ex-voto à Tanit seront incessamment livrées à l'impression. 

A la fin de 1906, il a été tiré trois feuilles du quatrième fasci- 
cule de la quatrième partie du Corpus [inscriptions hiniyariliques 
et sahcennes). De plus, l'atlas de planches en héliogravure 
Dujardin (planches XW'IIl à XL) esl prêt à paraître. Un seul 
des quarante-six textes qui doivent compléter ce cahier est en 
placard. 



58 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 

Je me suis fait un devoir de reproduire ici les indications qui 
m'ont été fournies par les éditeurs entre lesquels se partage la 
responsabilité de cette publication. J'y ajoute une simple cons- 
tatation. C'est en 1903 qu'a été distribué le troisième et dernier 
fascicule du tome I de la partie araméenne du Corpus. Depuis 
lors, pendant trois années entières, il n'a pas paru un seul cahier 
d'aucune des parties du recueil ; mais, selon toute apparence, 
sans les retards que l'Imprimerie nationale n'a pu se dispenser 
de faire subir au tiraye des bonnes feuilles, nous aurions eu, 
vers le commencement de cette année, le premier fascicule du 
tome II de la partie araméenne du Corpus. Il doit, je le sais, 
contenir un très grand nombre de textes d'une haute importance, 
particulièrement ceux qui proviennent du Sinaï, textes qui seront 
là, pour la première fois, publiés exactement et accompagnés 
du commentaire qu'ils appellent à tant de titres. Beaucoup de 
ceux qui sont entrés dans ces pages sont inédits. La publication 
très prochaine de ce cahier, qui sera très volumineux, suffira à 
prouver que l'Académie ne renonce pas à poursuivre une des 
entreprises qui l'honorent le plus, celle que notre illustre con- 
frère, Ernest Renan, avait, jusqu'à sa mort, conduite et poussée 
avec tant de zèle et d'ardeur. MM. Berger et Derenbourg pro- 
mettent de faire diligence pour que les parties du recueil dont 
la rédaction leur est confiée ne restent pas en souffrance. 

Pour ce qui est du Répertoire d'épigraphie sémitique, M. l'abbé 
Chabot me donne des nouvelles du premier fascicule du tome II, 
dont la préparation est assez avancée. Quatorze placards sont 
composés. L'imprimerie vient de recevoir la copie pour environ 
dix autres [)lacards. Le septième et avant-dernier fascicule de la 
Chronique de Michel le Syrien, qu'édite et traduit ce même 
savant, a paru il y a peu de jours. 

Nos Comptes rendus ont continué à paraître très régulièrement 
et, grâce aux soins qu'y apporte M. Léon Dorez, à une époque 
qui se rapproche de plus en plus de la date des séances qu'ils 
résument. Si vous n'avez pas encore entre les mains le cahier de 
décembre, c'est que l'impression en est toujours un peu retardée 
par le travail des tables à rédiger. M. Dorez a donné à l'impri- 



1 



i 



SÉANCE nr (S FKvniRR 1907 59 

merie le bon à mettre en pa^es de hi Tahle des Mémoires, 
de 1857 à 1882. On |)eilt donc espérer ([u'elle pourra être tirée 
et distribuée vers l*àcpies. M. Dorez a d'ailleurs déjà mis en 
train lexécution des planches et la rédaction du texte de lalbum 
où seront reproduites, prâce aux sacrifices consentis à la lois 
par l'Académie et [)ar la Société des bibliophiles français, les 
photographies (\cs plus belles miniatures de ces manuscrits de 
Lord Leicester dont il a entretenu l'Académie l'été dernier. 

Sous la direction de MM. Foucart et Gagnât, la publication du 
recueil des Inscripfiones Grpecte ad res romunns perlinenles se 
poursuit sans interruption. \'ous avez reçu le dernier fascicule du 
tome III. Le fascicule \' du tome I est en préparation. 

M. Gagnai n'a j)oint perdu de temps pour engager la pré- 
paration de ce Corpus des mosaïques que l'Académie songe à 
entreprendre et dont il a accepté de diriger les travaux prélimi- 
naires. Geux-ci, qui portent sur la Gaule et rAfri(|ue, ont com- 
mencé par la rédaction de fiches qui doivent constituer l'inven- 
taire d'après lequel il sera possible dévaluer le nombre des 
monuments qui seraient à publier. Il a déjà été dressé environ 
cinq cents de ces fiches. 

1/ Académie a entendu, dans sa séance de novembre, l'inté- 
ressante notice que M. Ilaussoullier a consacré à la vie et à 
r(euvre de son prédécesseur M. Oppert. Elle attend toujours les 
notices que lui doivent MM. Ghatelain et Thomas sur nos 
anciens confrères MM. Miinl/. et A. de Barthélémy, que nous 
avons perdus l'un en 1903 et l'autre en 1904. 



SKANCK DU 8 FÉVRIER 



PRESIDENCK DE M. S. REINACII. 



M. IlÉiioN DE Vu.LEFOssE fait uuc Communication relative aux 
fouilles exécutées à diverses époques, à Sainte-Golombe, près de 
\'ienne (Isère), sur un emplacement connu sous le nom de Palais 



60 LE PALAIS DU MIROIR 

du Miroir. On y a trouvé des richesses archéologiques impor- 
tantes et toute une série de statues. La phis belle et la plus 
connue est la Vénus accroupie du Louvre qui fut découverte 
avant 18'28. Au mois d'octobre dernier, M. Héron de Villefosse 
a pu retrouver le pied gauche de cette statue; il est heureux de 
le présenter à l'Académie'. 



COMMUNICATION 



LE PALAIS DU MIROIR- A SAINTE-COLOMBE-LEZ-VIENNE, 
PAR M. HÉRON DE VILLEFOSSE, MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Dans rantiquité, la ville de Vienne s'étendait sur les deux 
rives du Rhône. Sur la rive droite, à Tendroit où se trouvent 
maintenant les villages de Sainte-Colombe et de Saint- 
Romain-en-Gal, existait un quartier riche et très élégant. 
C'est là que depuis plusieurs siècles on a mis au jour 
des mosaïques aussi importantes par leur nombre que 
par leur ornementation : elles constituent une série admi- 
rable de pavages historiés , la plus belle qui ait été décou- 
verte en Gaule. Achille à Scvros, la lutte de Pan et d'Eros, 
la voûte du ciel avec les étoiles et les planètes, Zethus et 
Amphion, Orphée charmant les animaux, Bacchus et les 
Saisons, l'enlèvement de Ganymède, les Saisons avec les 
Travaux de l'année, la naissance de Vénus, des courses de 
chars dans le cirque , des scènes bachiques , l'enlèvement 
d'Hylas, etc., tels sont, pour ne parler que des tableaux les 

1. Voir ci-après. 

2. Cliorier, Recherches sur les antiquités de lu ville de Vienne, éd. 
Cochard, 1828, p. 160-166; Artaud. Lyon souterrain, p. lOi : Leblanc, Le 
Palais du Miroir, dans Congrès archéolofjique de France, A LU/" session. 
Vienne, 1879, p. 105-111, avec un plan; II. Bazin, Vienne et Lyon gallo- 
romains, p. i5-48; Savi^^nc, Histoire de Saitite-Colombe-lès-Vienne, p. 4-5. 



i.i; l'M.Ais m MiiKiiii 61 

plus frappants, les principaux sujets de ces mosaïques. 
Comme le territoire des deux communes est surtout planté 
en vi^^nes et en arbri's fruitiers, depuis un temps immémo- 
rial les paysans se soûl applicpiés à faire disparaître ces 
mosaïques afin de « rendre la terre plus capable de répondre 
aux désirs de ses possesseurs » '. Quelques-uns de ces 
curieux pavag-es ont échappé cependant à la destruction ; on 
peut les admirer aujourd'hui dans les musées de Lyon, de 
Vienne, de Grenoble ainsi qu'au Musée du Louvre. 

A l'époque romaine, les deux rives du fleuve étaient reliées 
par un magnitique pont de pierre qui subsistait encore au 
moyen ào^e. Si Ion en croit la chronique d'Adon, ce pont 
était le plus ancien des Gaules ; le chroniqueur en attribue 
la construction, on ne sait pour quel motif, à Tiberius 
Gracchus. Lorsque les eaux du Rhône sont basses, on aper- 
çoit encore au fond de l'eau les restes des piles de ce pont 
qui, sur la rive droite, venait aboutir à l'endroit où s'élève 
la tour de Philippe île \'alois, bâtie en 1343, pour en 
défendre l'entrée, après l'annexion de Sainte-Colombe au 
domaine royal. De superbes blocs romains en grand appareil 
soutiennent le quai en cet endroit -. 

Avant que ses fréquentes chutes l'eussent réduit au malheu- 
reux étal où il L'st , ilil ( lliorier •', il y avait une chapelle sur la 
pile du milieu, que K' eler^'^é et le peuple de ^'ienne allaient 
visiter le jour de la fête des Merveilles, qui se célébrait eu celle 
ville, au temps de nos pères, avec une mag^nificence et des 
réjouissances non communes, l'ne fj'rande croix de pierre était 
aussi éri^^ée sur le milieu du troisième arc, du coté de Sainte- 
Colombe, pour y être un témoignage de la piété des anciens 
directeurs de ce grand ouvrage '. 

1. Chorier-CoGhard, 1S28, [). 160. 

i. Sur le plan arclu'-oloj;i(iiK" do \'i<.'iiiu- qui accompagne l'ouvrage 
d'IIippolyte Bazin, Lyon el \'ienne (j:illo-romains, remplacement de ce 
puni est niartinr par le n" 25. 

.î. (^Iinrier-Cociiard, ]82,s, ]). Ilo. 

i. Une intéressante vue de ce vieux ponl, datée de 1555, a été publiée 
j>iir Leblanc dans le mémoire cilé plus loin. 



62 LE PALAIS DU MIROIR 

En 1407, à la suite d'un violent débordement du Rhône, 
le pont romain ne put résister à la force des eaux et 
s'écroula. Chorier donne de très curieux détails sur cet évé- 
nement et sur les quêtes qui furent org-anisées dans toute la 
contrée afin de subvenir aux frais de sa reconstruction. De 
nouvelles crues Tébranlèrent encore en 1371, en 160i et en 
1617; celle de 16ol causa son écroulement définitif. La 
traversée du Rhône se fit alors au moyen d'un bac à traille, 
de 1651 à 1829, époque à laquelle fut construit le pont 
suspendu actuel, placé un peu plus en aval. 

A peu de distance de la tour du bout du pont, s'élève 
l'église paroissiale de Sainte-Colombe, ancienne chapelle 
d'un couvent de Cordeliers. Le couvent, dont les bâtiments 
existent encore à côté de l'ég'lise, fut acquis après la Révo- 
lution par M. Michoud qui en fit une charmante habitation. 
Les jardins et les veryers qui l'entourent couvrent une 
vaste étendue de terrains entre la rive droite du Rhône et 
la route nationale n° 86 "'. A l'extrémité nord-est. au point 
où la propriété Michoud touche à la propriété Garon ^, se 
trouvent des ruines importantes, désig-nées de tout temps 
sous le nom de Palais du Miroir '\ Elles sont très voisines 
de la vigne de la Chantrerie où hii trouvée en 1773 la 
célèbre mosaïque d'Achille à Scyros'. 

1. Chorier, ihid., p. 113-124, avec les notes de Coehard : Leblanc, Ponl 
dii Rhône entre Vienne et Sainte-Colombe, dans Congrès archéologique de 
France, XLVt session, Vienne, 1879, p. 89-97. avec trois planches. 

2. Voir le plan archéologique de Bazin. 

.'i. Sur le plan de Bazin ce point est désigne par le n° 28. 

i. Mon savant confrère et ami G. Schhimberger pense que ce nom 
pourrait tirer son origine d'une des piscines qui subsistaient sur cet empla- 
cement. L'expression « miroir d'eau » est encore employée par les archi- 
tectes pour désigner un bassin. — A Soissons, il y a au nord de la ville des 
ruines romaines (jui, dès le xvi* siècle, sont signalées aussi sous un nom 
spécial ; on les appelle le Chasteaii d'Alebastre. Cf. F. Blanchard, Antiquités 
romaines découvertes au lieu dit le « Château d'Mebastre •>. dans \e Bulletin 
archéologique du (Comité, 1905, p. 321-^28. 

5. On sait qu'exaspéré par les visiteurs le propriétaire de cette mosa'iquc 
s'arma une nuit de sa pioche et la détruisit complètement. Cf. Millin, 



LE PALAIS DU MIROIR 63 

Dès l'année IGrJS, Chorier, parlant du couvent des Corde- 
Hors de Sainte-Colombe, écrivait ce qui suit : 

Au reste, le lieu qu'il occupe l'a été sans doute autrefois par de 
superbes bâtiments : ils étaient fondés sur des massifs d une 
profondeur et d'une larj^eur si merveilleuse, qu'ayant été décou- 
verts depuis quelques années on ne les a pu regarder sans conce- 
voir une haute idée de la magnilicence des Viennois sous l'em- 
pire romain ' . 

Et un peu plus loin il ajoutait : 

Non guère loin de là, on voit debout au milieu des quelques 
vignes, en un territoire nommé le Mireau ou le Miroir, des 
murailles dune rare structure. Elles étaient autrefois couvertes 
de petites plaques de marbre vert qui leur donnait une merveil- 
leuse grâce. C'est ce que les anciens nomment incrustation 
comme nous avons déjà remarqué. La terre ayant été creusée 
au pied il y a quelques années, on rencontra ce qu'elle cachait 
sous leurs ruines encore orné et enrichi de cette manière. Ces 
pièces de marbre y étaient attachées, et elles y avaient été appli- 
quées avec tant d'art qu'elles semblaient n'en composer qu'une. 
Les colonnes, les frises et les chapiteaux de marbre blanc, qui 
ont été tirés depuis peu d'années du milieu des masures répan- 
dues de tout côté, témoignent quelle a été la magnilicence et la 
beauté de cet édifice ^. 

Voyn(fe dans les dèpnrtemenls du Midi. II. p. 15 à 17: Cochard, Notice sur 
Sainl-Iioinain-en-Gnlles. p. 11-12: Haoul-Rocheltc. Monuments inédits 
d'unli([uilé fiçfurée. p. 115 : .\ilaud. Les niosu'uiues du Midi de la France: 
Atlas, 1)1. X^■III-X!X; Histoire, p. 7!S; Otto Jahn, Arctiiiolog. Zeitunij, 
X\'I 1858 , p. 157 à 160, pi. CXIII !>:ravuro en noir du tableau icnlral qui 
est indiqué à tort comme se trouvant au musée de Lyon) ; II. Bazin, Vienne 
et Li/on. p. 169. Voir aussi la note de Cochard dans l'édition de Chorier 
publiée en 1828, p. 162-163. 

1. Chorier- Cochard. 182S, p. 134. 

2. Itiid.. p, 160-161. Les incrustations dont parle Chorier formaient des 
plaques de revêtement. On eu Irouvc encore de nos jours au Palais du 
Miroir: le marbre de Paros, la brèche violette, le serpentin, le vert 
antique, le jaune, le porphyre, le cipolin y dominent, et les murs des pro- 
priétés voisines en sont parsemés. 



64 LE PALAIS DU MlROIfl 

Mais le bon Chorier avait peine à reconnaître en ce lieu 
des ruines remontant k l'antiquité païenne ; il préférait faire 
honneur aux premiers chrétiens de tout ce qu'on pouvait 
découvrir de beau et d'intéressant au milieu des murailles 
encore apparentes de son temps. 11 est certain, d'après 
le passage de son ouvrage transcrit ci-dessus, que des 
fouilles avaient été déjà faites au Palais du Miroir avant 
l'année 1658. Il serait intéressant de savoir si un bas-relief, 
envoyé à François P'" en 1536 pour enrichir les collec- 
tions de Fontainebleau, provenait de ces ruines, ou si la 
statue de Silène couché sur la dépouille d'un bouc ainsi que 
la statue de Diane au bain, expédiées en 1560 à Catherine 
de Médicis par le corps municipal de Vienne, en avaient été 
retirées. Gela ne paraît pas probable : on ignore, du reste, 
le sort de ces différentes sculptures ^ En dehors du texte 
de Chorier, il est presque impossible de recueillir un témoi- 
gnage précis sur les trouvailles faites au Palais du Miroir 
avant la Révolution •. 

Au commencement du xix^ siècle les renseignements 
deviennent moins rares. Schneyder, professeur de dessin au 
Ivcée de Vienne et fondateur du musée de cette ville, avait 
rapporté du Miroir un chapiteau ayant pour décoration des 
poissons au lieu de volutes, et des coquilles de mer contre le 
tailloir au lieu de rosaces. On v avait découvert vers le 
même temps une urne contenant du rob de vin cristallisé; 
^{me Michoud y avait trouvé aussi quatre pierres gravées 
d'un travail médiocre''. Du vivant d'Artaud, une partie de 
colonne cannelée en brèche rose, tirée du même lieu, ser- 
vait de support à une statue du Musée de Lyon ^. La pre- 



1. Clioi'icr-('(ichai'd, p. 102-10.3, note de Cochard. 

2. Leblanc, Congrès, p. 110, prétend que les marbres piccieux doul se 
compose le maître-autel de l'église de Vienne proviennent de cet empla- 
cement. 

3. Choricr-Cochard, p. 162, note de Cochard. 
-i. Ibid.. p. 551, noie de Cochard. 



LE PALAIS DU MIKOIR 63 

mière sculpture en ronde bosse dont on peut constater la 
découverte au milieu de ces ruines est un torse d'homme 
d'un style très pur et d'une belle exécution , conservé au 
musée de Vienne ; il fut trouvé vers 1800 et recueilli par 
les soins du docteur César Boissat'. 

En 1826, en 1828 et pendant les années précédentes, 
M. Michoud avait fait exécuter au Palais du Miroir des 
recherches qui lui procurèrent un grand nombre de débris 
curieux. Au cours de ces travaux, on reconnut l'existence 
dune salle d'étuves avec des fourneaux pour chauffer l'eau, 
une salle de bains assez vaste dont l'aire, les parois, les 
sièges étaient revêtus de marbre, un canal circulaire qui 
distribuait les eaux , etc. ^. G est alors que furent trouvées 
la « Vénus accroupie » du Louvre et une statue de la déesse 
Hvgrie. Malheureusement il n'est resté de ces fouilles aucun 
témoignage contemporain écrit, en dehors des renseigne- 
ments très sobres donnés par Cocha rd. 

En 1833, Prosper Mérimée, après son passage à Vienne, 
sa visite au Palais du Miroir et son examen des statues 
recueillies par M. Michoud, esquissa en termes si enthou- 
siastes l'admiration qu'il avait ressentie devant le marbre 
frémissant de la « Vénus accroupie », que cette œuvre d'art 
devint promptement célèbre et qu'elle attira à Sainte- 
(^olombe des visiteurs de marque. Mérimée proclamait hau- 
tement que c'était à son avis le morceau antique le plus 
extraordinaire que l'on puisse voir; il le comparait à la 
Sirène de Rubens, offrant des perles à Marie de Médicis, 
dans le tableau du départ de cette princesse pour la France, 
et il ajoutait : « Le statuaire a fait respirer son marbre ; 
on sent la peau et l'on s'étonne, quand on touche le marbre, 
qu'il ne cède pas sous les doigts mollement, trop molle- 



1. Delorme, Description du Musée de Vienne, n. 256; H. Bazin, Vienne et 
Lyon gallo-romains, p. 154 (avec un dessin). 

2. Chorier-Cochard, 1829, p. 161, note 1. 

1907 5 



66 LÉ Palais du miroir 

ment, comme les muscles de son modèle » i. Le Ivrisme du 
brillant écrivain eut pour résultat d'inciter les propriétaires 
voisins à faire aussi des recherches dans Tespoir de décou- 
vrir un nouveau chef-d'œuvre. 

Jusque-là on avait cru que les ruines ne dépassaient pas 
les bornes de la propriété Michoud. En 1836, un voisin, 
nommé Garon, fît des fouilles dans sa vigne : il mit à décou- 
vex't une quantité de fragments d'architecture, des marbres 
de diverses couleurs ; il trouva des voûtes dont on ignorait 
l'existence. M. Mermet , membre de la Société des Anti- 
quaires de France , signala ces découvertes au Préfet du 
Rhùne qui, de son côté, pria l'Académie des sciences, 
belles-lettres et arts de Lyon d'envoyer sur les lieux une 
commission compétente , chargée de faire un rapport sur 
l'intérêt des fouilles entreprises par M. Garon. Deux 
membres de cette Académie, MM. Rey et Chenavard , se 
rendirent à Sainte-Colombe et remirent leur rapport le 
27 juin 18372. 

Les découvertes faites par M. Garon consistaient en 
quatre galeries voûtées dont trois, parallèles entre elles, 
avaient 24 mètres de longueur sur 4 mètres de largeur. La 
principale avait son entrée formée par des jambages et un 
linteau d'un seul bloc. Ces galeries étaient complètement 
obscures : on y trouva entassés des décombres, des débris 
de murailles, des revêtements de marbre, des fragments de 
frise, des chapiteaux, dont l'amoncellement s'élevait jusqu'au 



1. Xoles d'un voyage dans le Midi de la France, p. 127 et sv. 

2. Rapport de l'Académie royale des sciences, helles-lellres et arts de 
Lyon sur les antiquités découvertes à Sainte-Colombe. — Ce rapport, resté 
longtemps inédit, a été publié en 1879 par M. J. Leblanc, bibliothécaire et 
conscrvatenr du musée de Vienne, dans le vol. du Congrès archéologique 
de France, XLVl" session. Vienne, 1879, p. 487-494. Un des auteurs de ce 
l'apport, l'architecte Chenavard, avait dressé un plan mentionné dans le 
vol. du Congrès, p. 86 et p. 494. C'est peut-être celui qui est inséré entre 
les p. 104 et 105, quoi<(u'il n'y ait aucune indication dans la légende dudit 
plan, pas plus que dans le texte du volume. 



LE PALAIS DU MIROIR 



&1 



sommet des voûtes. On y descendait par un escalier qui 
aboutissait au point de jonction de deux galeries. Sur le sol 
supérieur, près de l'escalier, se trouvait placé un hypo- 
causte, entièrement construit en briques de 0"' 45 de lon- 
gueur, "' 32 de largeur et '" OG d'épaisseur. Il se compo- 
sait d'un compartiment de 1 mètre de hauteur et de '" 70 
de largeur ; lu partie découverte était de 2 mètres ; le sur- 
plus restait encombré et indéterminé : 

C'est dans cet espace qu'élail jeté le combustible ; la l'umée et 
la llammc élaieut appelées par des tuyaux aspiratoires dans un 
aulre coni|iarlinient de même étendue, et dont le plafond formé 
par (les briques semblables à celles que l'on vient de découvrii-, 
était supporté par deux rangs de colonnes également en briques 
de 0'" 20 de diamètre. 

Le plafond de l'hypocausle était chargé d'une aire en béton de 
0'" 35 d'épaisseur, recouvert par des dalles de marbre blanc. 
Autour de la salle placée au-dessus était une suite de tuyaux eu 
terre cuite dont l'oritice présentait un parallélogramme de 0'" Il 
de longueur sur 0"" 07 de largeur. Ces tuyaux étaient en contact 
les uns avec les autres, semblables à un jeu d'orgues et commu- 
niquant entre cu\ par une petite ouverture latérale'. Ainsi rap- 
prochés, ils tapissaient les parois de la salle ; ils étaient recou- 
verts par des dalles en marbre d'une mince épaisseur, et avaient 
tous leur naissance à la bauteur du plafond du fourneau. C'est 
par ces tuyaux que s'échappait le calorique dont Ihypocauste 
était rempli. Il échauffait aisément les revêtements en marbre du 
pourtour de la salle supérieure et en élevait ainsi la température 
à un haut degré '-. 

1. II. Thédcuat. v hi/pocausis. hjipncausluin. tlans lo Dictionnaire des 
iinliqnilés de Saj;lio, III, p. 348, lif;. 39il,a (louiié lu coupe de Ihypocauste 
des thermes de Bade qui fait bien comprendre la disposition de ces tuyaux; 
cl', lit;. 39'»6. liôccmmcnl, dans les fouilles du bahu'-aire de Beauvais, on a 
retrouvé un certain nombre de tuyaux analogues dont les types sont 
dessinés par Acher et Leblond, Le balnéaire gallo-romain de Beauvais, 
pi. IV, 1-4, dans le volume du Congrès archéologique de France, 
LXXII° session, Beauvais, il905), p. .■}66-391 ; voir la discussion p. 380 et s^ 

2. Rey et Chenavard, Rapport, dans Congrès archéologique de 1879, 
l>. ini. 



68 LE PALAIS DU MIROIR 

Rey et Chenavard émettaient 1 avis que cette salle devait 
être un laconicum et se croyaient autorisés à affirmer que 
les ruines explorées étaient celles de thermes et non celles 
dun palais.. On a vu plus haut que Cochard, dès 1828, 
avait émis la même opinion. Plusieurs fragments recueillis 
par M. Garon furent placés dans l'intérieur et sur les 
terrasses de la tour de Sainte-Colombe où Chenavard et 
Rey les dessinèrent. Ces deux érudits relevèrent aussi le 
plan général des ruines ainsi que leurs élévations prises 
sur plusieurs points '. 

Vers la même époque (1836), l'architecte Hippolyte Le Bas 
fut envoyé en mission par le gouvernement pour faire des 
recherches à Sainte-Colombe. Il y découvrit une niosaïque 
qui fut envoyée au Louvre en 1838: on ignore ce qu'elle 
est devenue ~. Provenait-elle du Palais du Miroir? Je n'ai pu 
retrouver sur ce point aucun renseignement positif'^ 

En 1847, on découvrit encore chez M. Garon une tablette 
de marbre sans ornements, conservée aujourd'hui au musée 
de Vienne et portant une inscription métrique d'une 
époque assez basse. On y lit ce distique plus ou moins 
correct : 

Aetherius rnoriens dixit : Hic condite corpus. 
Terra^ mater rerum, quod dédit ipsa tegat ! 

La pensée était renouvelée de Lucrèce et même de Vir- 
gile 4. 

1. Voir plus haut la note 2 de la p. 66. 

2. Archives du Louvre. Inventaire du règne de Louis-Philippe. 1" partie, 
n. I7i7. 

3. Un cvcmplaire du rapport de Le Bas sur cette mission, conservé à la 
bibliotlièque de ^'ienne, a été donné à cet établissement par M. Valentin, 
juge d'instruction à Montélimart. J'ai le regret de n'avoir pu le consulter 
et je n'ai pu en retrouver un autre exemplaire à Paris. Brouchoud, Congrès 
de 1S79, p. S6, dit que ?c rapport mentionne le plan des fouilles de iS3t'. 
levé par l'architecte Chenavard en 1837. 

4. Allmer, Insrr. antiques de Vienne, IH, n. 403; Corp. inscr. lui.. XII, 
1932. 



LE PALAIS DU MIROIR 



09 




70 LE PALAIS DU MIROIR 

D'autres fouilles plus ou moins surveillées, plus ou moins 
improvisées, eurent lieu à différentes reprises dans le 
même terrain ; on peut dire qu'on en fît continuellement. 
Elles amenèrent sans doute de petites découvertes dont 
beaucoup restèrent ignorées : on en signale en 1 8o9, en 1894, 
en 1897. en 1898. Mais ceux qui dirigeaient ces fouilles ne se 
préoccupaient que dune seule chose, chercher des objets de 
valeur ou ramasser des fragments de marbre rare ; ils atta- 
quaient le terrain plutôt au hasard, sans se donner la peine 
de faire une constatation utile, comblant tout de suite, pour 
en creuser d'autres un peu plus loin, les trous qu'ils venaient 
d'explorer. 

Ces recherches fantaisistes, poursuivies sans méthode, 
ne devaient servir qu'à rendre plus difficile une exploration 
vraiment scientifique. Elles amenèrent pourtant la décou- 
verte de nombreux débris d'architecture : colonnes canne- 
lées, morceaux de frises sculptées de dimensions colossales, 
plaques de revêtement en marbre blanc, rouge, vert, jaune, 
d'une richesse de tons et d'une variété de couleurs extra- 
ordinaires, fragments de statues qui ne manquent pas d'in- 
térêt. Réunis aux autres débris du même genre trouvés en 
1828, ces différents documents formèrent une importante 
collection archéologique ^ particulièrement précieuse à cause 
de son unité d origine. On peut la voir encore aujourd'hui, 
un peu abandonnée, à l'entrée de 1 habitation Michoud. 
Les éléments qui la composent sont entassés sans aucune 
classification; ils ont été mis à l'abri des intempéries sous 
les arcades de l'ancien cloître du couvent des Gordeliers 

(%■ i)- 



1. D'autres débris lurent donnés au Musée de Vienne par M. Michoud, 
notamment un grand morceau de corniche sculptée. 

2. Un jeune archéologue, désireux d'acquérir de l'expérience, accompli- 
rait un travail utile et profitable pour lui-même en dressant le catalogue de 
cette collection et de tout ce qui a été trouvé au Palais du Miroir. 



LE PALAIS DU MIROIR 71 

Au mois de mars 1906, un habitant de Sainte-Colombe, 
connu pour son zèle archéolog-icjue, M. Tony Chaumartin, 
chargé des intérêts de la famille Michoud, entreprit avec de 
modestes ressources une tache fort utile et vraiment néces- 
saire. Il remit au jour les substructions antiques encore 
reconnaissables et il eut le grand mérite de relever lui- 
même, aussi exactement que possible, le plan de tout cet 
ensemble. Son exploration a donc le caractère méthodique 
qui manquait à la plupart des précédentes ; elle paraît bien 
digne d'être encouragée. Pendant les trois premiers mois, ses 
recherches ne produisirent pas grand résultat, mais lorsqu'il 
eut atteint les deux murs circulaires d'une salle qui se ter- 
mine en forme d'abside, le succès couronna ses efforts. Au 
mois d'octobre dernier, j'ai eu le plaisir de visiter son chan- 
tier et de parcourir l'ensemble des constructions dégagées. 
Je considère comme un devoir de soumettre à l'Académie 
les observations que m'a suggérées cette visite. Le plan de 
M. Chaumartin aidera à comprendre mes explications 
(%• 2). _ _ _ 

Comme je l'ai dit plus haut, d'après le témoignage de 
Cochard qui en avait été le témoin, les fouilles de 1828 
avaient permis de reconnaître un groupe de constructions 
appartenant à un établissement de bains somptueusement 
décoré. On avait notamment dégagé « une salle d'étuves 
avec des fourneaux pour chauffer l'eau » ; les fouilles de 
1836 confirmèrent complètement cette première impres- 
sion. Pour le moment, sans pouvoir indiquer exactement 
les points sur lesquels les recherches avaient été dirigées en 
1828 et en 1836, on doit constater que le plan des fouilles 
de M. Chaumartin laisse voir les amorces dune salle de 
proportions considérables, plus longue que large, arrondie 
à l'une des extrémités , carrée à l'autre , qui paraît corres- 
pondre au calclarium d'un établissement de bains (I). Cette 
forme est bien celle que l'on rencontre le plus ordinaire- 
ment dans cette partie du bain. Sous la voûte hémisphé- 



72 



LE PALAIS DU MIROIR 




FiG. 2. — Plan des fouilles de 1906. dressé iiar M. Tony Chauinartin. 



LÇ PALAIS DU MIROIR 73 

rique de l'abside et dans la partie centrale, était vraisem- 
blablement placée la vasque en porphvre. de "^ 80 de 
diamètre environ, dont huit fragments ont été recueillis pai- 
M. Chaumartin en particulier au point E) : ce vase était 
le lahrum, caractérisé par la foiine arrondie du boid. 
autour duquel se plaçaient les i)aii;neurs pour se laver et 
sarroser deau chaude ou d'eau froide. Derrière le mur de 
l'abside (E), des dalles carrées, disposées très rég-ulièrement 
de cinq mètres en cinq mètres, permettent de penser ([uil 
y avait là une décoration de colonnes appliquées ou de 
pilastres auxquels les dalles servaient de bases. Un prome- 
noir de cinq mètres de lari*-e , avec carrelag-e en i"ou<çère, 
paraît avoir été établi en plein air devant celte colonnade ; 
du côté extérieur, ce promenoir était bordé par Un mur qui 
dépassait le carrelage de 0'" 10 environ. 

Le tepidarium (H) se trouvait le plus souvent entre K' 
bain chaud et le bain froid. Il y a, au point D, à l'extrémité 
du promenoir et communi([uant avec lui, une pièce presque 
carrée, de dimensions assez restreintes, ne mesurant inté- 
rieurement que 8 mètres sur 0. (jui paraît en occuper la 
place : la pièce semble pourtant petite pour cette destina- 
tion. A coté se trouvait le frigidarium. La disposition de 
ces trois salles qui se suivent rappelle tout à fait celle des 
mêmes pièces dans le bain de la villa de Diomède, à Pompéi ' . 

Le frigidarium ou bain froid (III) dans lequel on se ren- 
dait au sortir du bain chaud, soit après une pause dans le 
tepidarium, soit sans aucune transition, est très vaste. C est 
la partie de ces grands thermes sur la([uelle nous sommes le 
mieux renseignés. L'ensemble avec ses dépendances est de 
forme rectangulaire, entouré d'un mur dont les plus grands 
côtés mesurent 59 "' 60 et les plus petits 28 •" iO -'. A l'extré- 
mité d'un des petits côtés et à 5 mètres au dessous du sol, 

1. Sagrlio, Dictionnaire des antiquités ç/recqiies et romaines, û^. T.')2. 

2. La largeur intérieure de la salle, entre les deu.\ grands murs est tle 
2G mètres. 



74 LE PALAIS DU MIROIR 

M. Chaumartin a dégagé les entrées de trois conduits sou- 
terrains dont deux sont de grandes dimensions. 

Ce bain froid est dallé en marbre. Il renferme deux 
piscines polygonales, exactement semblables comme forme 
et comme dimension (n. 1 et n. 2) dans lesquelles on des- 
cend par trois degrés. La profondeur de ces piscines est de 
1 "' 40 : enduites d'une double couche de béton, les parois 
étaient revêtues de marbre blanc et le fond était dallé de la 
même façon. Dans leur plus grande longueur, les deux 
bassins mesurent 10'" 50 et dans leur plus grande largeur 
5™ 10; ils sont situés parallèlement, à 12"' 60 l'un de 
l'autre, et séparés par un passage dallé en marbre blanc. Les 
gradins, qui baignaient dans Teau et permettaient de des- 
cendre dans les piscines, sont disposés à droite et à gauche 
de ce large passage. Un petit canal chargé d'amener leau 
à l'intérieur court de chaque côté sous le gradin supérieur; 
il était caché par une plinthe en cipolin de '" 45 d'épais- 
seur ; un troisième canal placé sous le passage dallé fait 
communiquer entre eux les deux premiers. Dans l'un des 
angles de chaque piscine, une bouche arrondie servait à 
l'écoulement des eaux et les conduisait dans un grand sou- 
terrain où elles se perdaient. 

Au point H existe un bassin carré bien cimenté, mais ne 
présentant aucune trace de revêtement en marbre. Au 
point I se trouve un réservoir rectangulaire beaucoup plus 
étendu, profond de 1"' 50 et enduit de béton rougeâtre; 
les murs qui ont plus d'un mètre d'épaisseur s'étendent 
dans un sens sur 10'" 90 et dans l'autre sur 10"' 70. 

Les découvertes faites à diverses reprises dans le frigida- 
rium sont des plus importantes. A l'aide du plan de M. Tony 
Chaumartin, on peut se rendre compte de bien des faits qui, 
iusqu'ici, étaient restés obscurs ; on peut notamment pré- 
ciser la place occupée par les statues retrouvées dans ces 
thermes. 

C'est à côté de la piscine n° 2 , dans un coin extérieur, 



LE PAF.AIS DU MIROIR 75 

exactement au point marqué A, quo la célM)re «Vénus 
accroupie » du Louvre a été découverte vers l'année ltS2»S. 
Réplique d'un orii^inal célèbre, exécuté au m'' siècle avant 
notre ère par un sculpteur orig-inaire de Bithynie. Daedalos 
ou Doidalsès, cette staLue fut acquise parle Louvre en 1S78, 
à la suite de l'Exposition rétrospective de Lyon où elle avait 
figuré en 1871). C'est un des marbres antiques les [)lus pré- 
cieux (jue le sol de la Gaule nous ait conservés, c'est la 
meilleure copie connue de l'œuvre de Daedalos ' souvent 
reproduite sur les monnaies de Bithynie et sur celles 
d'Amisus du Pont. 

Une femme nue, accroupie, aux formes puissantes, à 
l'aspect réaliste et sensuel, sortant de l'eau ou s'apprêtant à 
présenter son dos à une douche parfumée , était un sujet 
heureusement choisi pour la décoration d'une salle de bains. 
La petite main d'enfant, délicieusement potelée, qui subsiste 
au bas du dos de la déesse, montre qu'elle était groupée 
avec un Amour debout à ses côtés; elle regardait l'enfant 
avec tendresse, ainsi que lindicjue le mouvement du cou 
tourné vers la droite ■'. 

1. Voir le tcxto de Pline, H. N.. XXXVI, 34. 

2. Choriei'-Cochard, Recherche.i sur la; aniiti. de la ville de Vienne (l'-d. 
(le 1S2S , p. 161, note 1 ; P. Mérimée. Xnles d'un rni/af/e dans le Midi de la 
France (1833), p. 127 et. ss. ; J. F. A. Peirot, Lettres sur Xisuies et le Midi 
(1840j, II, p. 365 ; Ileni-y Beyle (Stendhal), Mémoires d'un touriste (éd. de 
ISôii. I, p. 190: E. de Chanot, La ^'ëniis accroupie de \'ienne, dans la 
Gazette archéologique, I87S. p. 68-73, pi. 13 et 14; Alfred Darcel. Expositioii 
rétrospective de Lyon, dans X&Gazelte des Beaux-Arts, I' série, XVI, p. 180; 
Félix Ravaiss'on-Mollien, La Vénus de Vienne, ibid., XIX, p. 401-414; 
Tony Desjardins, dans le Congrès archéolocfi([ue de France. Vienne, /<?7.9, 
p. 350-357; J. do Laurière, ibid., p. 316: (). Uayel , M(uiuments de l'art 
anlifiue, II, n. 53 (notice de Martha) avec une liéiiojrravui-c : L'intermédiaire 
des chercheurs et curieux, 10 décendire ls;»2. p. 633-6;i6 notes de Darcel, 
Tony de Charlronges, Cornillon et PrudJionune] ; Ch. Lcntliéric, Le Hhône : 
histoire d'un fleuve, II, p. 52-53 ; II. Bazin, Vienne et Lyon gallo-romains, 
p. 151 ; Tli. Heinach, L'auteur de la Vénus accroupie, dans la Gazette 
des Beaux-Arts, 1897, 1, p. 32 1 : CoIli|xnon, Histoire de la sculpture grecque, 
II, p. 684. fig. 302; Savigné, Ilist. de Sainte-Colombe-les-Vienne. p. 192, 
avec une pi.; S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, 
II, 371, 4. 



76 



LE PALATS DU MIROIR 




Fiu. 3.. — Statue tle ferinne trouvée en 1894. 



LE PALAIS DU MIROIR 77 

Une seconde statue de ("eninie, vêtue d une longue 
tunique serrée au-dessous des seins et d'un manteau ([ui 
s'enroulait sur le bras gauche, les pieds nus, la tète et les 
avant-bras brisés, fut trouvée prés de la » Vénus accroupie » ; 
la main tenant un serpent, recueillie au même endroit, fit 
reconnaître que c'était une statue d'Hyg^ie; elle a ligure 
également en 1876 à l'Exposition rétrospective de Lyon'. 
C'était encore là une représentation en rapport avec un éta- 
blissement thermal. 

On a dit qu'un bronze hellénique d'ancien style, un 
Silène criophore , aurait été trouvé en même temps que la 
Vénus accroupie-, mais le fait de la découverte des deux 
œuvres au même endroit reste très douteux. Ce qui est seule- 
ment certain, c'est que le précieux bronze de M"'*^ de Gérentet, 
aujourd'hui au Musée de Lyon, provient du Palais du 
Miroir ; la date de sa découverte n'est pas connue et l'en- 
droit j)récis de la trouvaille est également ignoré. 

La piscine n" 1 ne fut explorée que soixante-six ans plus 
tard. Au mois de septembre 1894, MM. Alphonse Michoud, 
H. Jacquemet et F. de Boissieu, dans une fouille improvi- 
sée au moment des vendanges, y firent une découverte très 
intéressante; ils y trouvèrent, au point B. trois nouvelles 
statues de marbre blanc-'. 

La plus importante représente une femme plus grande 
cjue nature, debout, drapée, la tête colifée d un large dia- 
dème et surmontée dune enceinte carrée ornée de créneaux 

I. Chorier-Cochard. lS2S,p. Uil.noLe 1. Elle est conservée chez M. Jacque- 
met : II. Bazin, Vienne et Lyon (fallo-romains, p. -io. en donne un dessin 
reproduit dans son Répertoire, II, 6"3, par S. Reinach qui la classe parmi 
les Femmes drapées. C'est certainement une Ilygie :1a pose, le costume et 
1 attribut le démontrent. — M. Chaumartin assure que l'on trouva dans la 
même fouille un Hermaphrodite et une tête colossale de Jupiter? 

'2. B"" de Witte. Le géunt Ascus, dans la Reine numisniatii/ue, In11, 
p. 2i-25; E. de Chanot, Silène criophore. dans la Gazelle archéologique. 
\h's, p. 17-19, pi. (J: W. Ero'hner, Coll. If. Hoffmann ; marbres et bronzes 
anliqiies , vente des 2S et 2'J mai ISSS , u. iSl, avec un dessin p. 12S. 

3. Ernest Babelon, Bulletin des .intiq. de France, 1894, p. 237-239. 



78 LE PALAIS Dt] JIlROtR 

(fig". 3). Le poids du corps repose sur la jambe gauche. 
L'avant-bras droit est brisé : de ce côté, la main droite devait 
reposer sur un attribut aujourd'hui disparu, placé à droite 
de la fig-ure ; il en reste la trace sur un support en forme de 
casque et on peut supposer que c'était un gouvernail. Au 




FiG. 4. — Slatue d'homme trouvée en 1894. 

bras gauche elle porte une grande corne d'abondance (dont 
le bout recourbé a été brisé) chargée de pommes de pin, de 
raisins et d'autres fruits. Cette figure doit être celle de la 
divinité protectrice de la ville de Vienne, simulacrum 
Viennae comme le dit une inscription qui n'a, d'ailleurs, 



\.K PALAIS nu MIROIR 



79 



aucun rapport direct avec le marbre de Sainte Colombe K 
Avec son socle elle ne mesure pas moins de 2 "' 2.*) de hau- 
teur. Le marbre est poli et luisant comme celui de la 
«Vénus accroupie- ». 




FiG. 5. — SlaLue iriioiiiiiic ti-ouxôe en 189i. 



1. Corp. inscr. lui.. XII, jS(il. 

2. Héron de Villefosse, Bull, des .Aniiq. de France. 1M'J4, p. 239-211: 
Savij^né, Histoire de Sainle-Coloinbe-le.i-Vieiuic , pi. Jointe à la p. 1", en 
donne nne iniaj;e incom])lèle : la eornc d'abondanee. qni s"appli(iue cxacle- 
nienl an côté puiclie tle la déesse. j;iL à terre à eoté d'elle. Cf. le bnin/.e de 
la coll. DuLuit : E. deClianot, Gazelle archéoloijique. 1879, p. 21(i.pl. XXI.X, 
2; l'^nehner, Coll. Auçf. Diiluit : bronzes (jrecs et romains, n. 18. pi. XXI; 
et la lijinre du Vatican publiée par Visconti, Museo l'io-Cleinentino , II, 
tav. XII, portant les mêmes attributs. 



80 LE PALAIS DU MIROIR 

La seconde statue est plus petite. C'est aussi une statue 
de femme dont la tête manque; les bras sont également 
brisés : la draperie disposée d'une façon particulière est 
traitée très simplement ; elle couvre tout le corps et 
retombe sur les pieds nus sans être serrée à la taille par 
aucun lien '. 

La troisième statue est celle d'un homme, vraisemblable- 
ment un Satyre, entièrement nu, assis, les jambes légèrement 
écartées. La tête, les bras et la partie inférieure des jambes 
manquent, mais une touffe de poils courts (hippouris) 
dont on voit la trace au bas des reins, semble le désigner 
comme un Satyre. Des deux mains il soutenait une petite 
coquille posée sur sa cuisse droite; au dessous, la cuisse 
est percée d'un trou pour le passage d'un tuyau de plomb 
qui servait à Fécoulement de l'eau. Le mouvement du cou 
et des épaules indique bien que le Satyre avait la tête 
inclinée en avant et qu'il suivait attentivement du regard 
l'eau tombant dans la coquille et s'en échappant aussitôt 
(fig. 4 et 5) '. Le corps est traité avec délicatesse ; les muscles 
du dos et les plis de la poitrine sont rendus avec une 
vérité qui ne manque ni d'accent ni de charme. Un tronc 
d'arbre, en marbre blanc, mesurant •" 70 de hauteur, 
également percé de part en part à la partie supérieure pour 
livrer passage à un petit tuyau de plomb, fut trouvé avec 
les trois statues. Faisait-il partie de la fontaine dont ce 
Satyre était le plus bel ornement, ou dépendait-il d'un 
autre agencement de même nature? 

En 1897, à cinquante mètres environ de la piscine n° 1, 
près de la pièce désignée plus haut sous le nom de tepida- 
rium, on trouva dans un souterrain, au point C, une tête 
de Satyre qui, par ses dimensions, paraissait pouvoir être 
rapprochée du torse découvert dans la piscine ; toutefois le 
marbre n'est pas tout à fait semblable et le travail paraît 

1. Cette statue figure à gauche de la première sur la fig. 3. 

2. Cette statue figure à droite de la première sur la planche de Savigné. 



Li: l'ALAlS DU MIROIR 81 

moins soigné. Lu ligure est imberbe; le front est bombé 
et très proéminent. La chevelure abondante et toullue cache 
les deux oreilles : relevée au-dessus du front elle est nouée 
à la partie supérieure de la tête ; sur les tempes elle retombe 
en grosses boucles formant accroche-cœur. Un ornement 
mobile en métal, une couronne de lierre, ornait la chevelure : 
on voit nettement la place quelle occupait, ainsi que les 
trous destinés à fixer le feuillage en bronze. Cependant cet 
ornement ne faisait pas le tour entier de la tête; il s'arrêtait 
au-dessous des oreilles: les deux extrémités de cette cou- 
ronne, nouées sur la nuque, sont sommairement taillées dans 
le marbre antique et font corps avec lui. Le nez qui manque 
avait été restauré dans l'antiquité (fîg. 6 et 7). Cette tête 
appartenait , je pense, à une seconde figure de Satvre-fon- 
taine, analogue à la première ', de sorte que l'on posséderait 
le corps de 1 une et la tête de l'autre. La présence d'un 
second tronc d'arbre , récemment découvert par M. Chau- 
martin , entièrement semblable au premier qui fut décou- 
vert en 1894, et percé aussi d'un trou pour le passage d'un 
tuvau. donne un certain crédit à cette hvpothèse. Probable- 
ment chacun des deux bassins était alimenté par une de ces 
fontaines originales. 

Enfin, en 1898, on découvrit au point D de grands enta- 
blements architecturaux d'un puissant effet décoratif. 

Grâce aux constatations de M. Chaumartin, la disposition 
de ces grands thermes devient donc facile à reconnaître. 
La décoration extérieure de l'édifice était en pierre, à part 
les grosses colonnes d'entrée qui étaient en marbre. C'est 
probablement à cette décoration extérieure qu'il faut 
rattacher un fragment de frise, en pierre blanche, avec des 
représentations marines, sur lequel on distingue encore les 
restes de deux Tritons. Un autre relief, également en pierre, 
nous montre un assemblage d'armes défensives, épaulière, 

1. Voir plus loin (fig. 9 et 10) le torse trouve en 1907. 

1907 6 



HÛ 



LE Valais du wlROtft 



cotte de maille, cuirasse avec lambrequins eu relief, bou- 
cliers indiqués par un larg'e trait. Des entablements avec 
corniches sculptées, retirés du souterrain voûté qui passe au 
point G, font supposer par leurs dimensions que le monu- 
ment s'élevait à une hauteur considérable. 

A rinlérieur rien n'avait été éparg-né pour la décoration. 
Les marbres les plus divers étaient employés avec profu- 



I 




FiG. 6. — Tête de Satyre trouvée en 1897. 

sion pour les colonnes, les pilastres, les chapiteaux, les 
corniches, les frises. Une vasque en porphyre, des plaques 
découpées en marbre rouge ou vert, des stucs et des enduits 
peints rehaussaient l'éclat de l'édifice; certains murs por- 
taient un revêtement en mosaïque '. Des œuvres d'art, 
d'aimables figures en rapport avec la destination du lieu, 
des images de divinités bienfaisantes comme Hygie, la statue 



1. Au point G, M. Chaumartin a reconnu sur une longueur de 15 à 
20 mètres un revêtement de mur en mosaïque bleue. 



Le K4LAfs r.t- AfTftotn 



8.1 



de la déesse locale protectrice de la cité, des répliques 
d'orig-inaux célèbres comme la (( Vénus accroupie » char- 
maient les regards des oisifs et des baigneurs. Des petits 
disques en marbre blanc [oscilla), ornés de sculptures dis- 
crètes, représentant des personnages ou des animaux 
l)achiques, étaient suspendus sous les portiques '. A un seul 
endroit, au point .1. on a constaté la présence d'un pavage 




FiG. ". — Tête (le Salyre. trouvée eu ISO' 



en mosaïque aujourd'hui complètement détruit. Il serait fort 
étonnant que ce genre de pavage n'ait pas été employé 
couramment dans la décoration d'un aussi vaste édifice, étant 
donné surtout que les constructions voisines possédaient 
toutes de magnifiques mosaïques. Au point K se développe 

1. Sur le débris d'un de ces disques, recueilli par M. t^haumartin, on voit 
la jambe dun homme en course ; sur un autre on distin^'ue un serpent. 



84 LE PALAIS t)U MIROm 

un corridor, large de 4 '" 90, dallé en marbre et bordé d'une 
plinthe de même matière. 

Un chapiteau de pilastre, en marbre blanc, de dimensions 
gigantesques puisc|u'il ne mesure pas moins de 1 '" 30 de 
largeur sur une de ses faces, a été retrouvé brisé; les sept 
morceaux aujourd'hui réunis furent recueillis assez loin les 
uns des autres, jusqu'à une distance de 8 mètres. 

Une lettre de 0"M2 de haut, un A soigneusement gravé 
sur une plaque de marbre blanc, au-dessus d'une moulure 
soutenue par une ligne d'olives et de perles en relief, appar- 
tient à la dernière ligne d'une belle inscription dont on 
regrette de ne pouvoir soupçonner le sens à l'aide de ce 
trop faible indice. 

Les habitués de rétablissement se livraient naturelle- 
ment au plaisir du jeu. Six dés à jouer, carrés, en os, por- 
tant sur chaque face de petits cercles pointés, comme ceux 
dont on se sert encore aujourd'hui, ont été retrouvés par 
M. Ghaumartin. Au commencement du mois de septembre 
1906, il a recueilli aussi, dans un petit aqueduc, au point F, 
un collier déjeune fille en or et en pierres dures, très bien 
conservé: seize petits disques ajourés en or alternent avec 
seize rondelles en pierre • de couleurs différentes (rouge, 
noir et gris bleu). Un des colliers découverts en 1843 chez 
les Frères de la doctrine chrétienne, à Lyon, présente une 
alternance analogue de pierres dures et de plaques d'or-. 
Un autre collier presque semblable, se distinguant seulement 
de celui de Sainte Colombe par le nombre des ornements, 
existait dans la collection Hakky-Bey, dispersée l'été der- 
nier ■^. Il faut signaler enfin, comme sortis des fouilles 
récentes de M. Ghaumartin, quelques pierres gravées repré- 
sentant des oiseaux, une tête de guerrier,... etc., des lampes 

1. Ou pâte de verre? Je n"ai pas vu le collier qui est actuellement à Lyon 
chez M"" Michoud. 

2. Comavmund, Description des antiquilès el objets d'art conservés dans 
les salles du Palais des arts de la ville de Lyon^ p. 477, n. \i, pi. IR. 

3. Catalogue des antiquités de la collection Hakky-Bey^juin, 1906, pi. XI, 
n. 28. 



LE PALAIS DU Ml ROI I'. 



8? 




FiG. 8. — Entrée des aqueducs du Palais du Miroir. 



86 LE PALAIS DU MIROIR 

en terre cuite, des poteries et plusieurs beaux fragments 
de vases rouges à reliefs. 

Des fouilles entreprises avant 1879, aux frais de la Société 
historique de Lyon, au couchant des ruines du Palais du 
Miroir, sur les indications de M. Leblanc, ont mis à décou- 
vert une voie romaine bordée de constructions: elle serait 
à o7 mètres au couchant de la façade du Palais du Miroir et 
à 37 mètres au levant de la route actuelle de Sainte- 
Colombe à Givors. Une autre voie allant de Vienne à Lyon 
longeait la rive du Rhône : près de la tour de Sainte- 
Colombe, à l'angle d'un mur, on peut voir les pavés de 
cette route encore sur leur lit de pose. On a pensé que la 
construction du Palais du Miroir aurait amené par voie de 
rectification la suppression de cette seconde voie. Il serait 
intéressant de rechercher au levant des ruines ce qu'est 
devenu le pavé de la voie et de vérifier s'il vient aboutir 
contre les substructions de notre grand édifice '. 

Les faits précis que je viens dénumérer, l'agencement 
et la disposition des murs relevés par ^L Chaumartin, 
démontrent avec évidence que les ruines désignées à Sainte- 
Colombe-les- Vienne sous le nom de (c Palais du Miroir <> 
appartiennent à des thermes antiques d'une certaine étendue 
et d'une véritable magnificence. C'était dès 1828 l'opinion 
de Cochard ; il était tout à fait dans le vrai. Les fouilles de 
1836 et celles de 1906 ne peuvent laisser aucun doute à 
cet égard. Il serait donc temps de renoncer à y voir une 
résidence des Empereurs et à en faire, sans aucune raison, 
le théâtre de la scène violente survenue en 392 entre 
Arbogast et Valentinien II, scène qui aurait précédé de 
quelques heures la mort tragique de ce jeune prince, arrivée 
à Vienne 2. 

1. Cl'. C. Brouchoud, Des voies de communications entre Vienne et Lyon 
dans l'anticiuité, dans le vol. du Conyrès de IS79, p. 84-86. 

2. Celte histoire imaginée par Mermet. reprise timidement par Leblanc 
en 1879, Congrès, p. 109, a été soutenue avec une superbe assurance par 
H. Bazin, Vienne et Lyon yallo-romnins. p. 47-48 : elle ne repose sur 



LK l'ALAIS DL MlhOlH cS7 

Une visite rapide et trop courte ne m'a pas permis d'exa- 
miner avec une attention particulière l'agencement assez 
compliqué des acqueducs, des é^^outs et des canaux disposés 
autour et au-dessous des salles déblayées (lig-. 8). Létude 
de cette canalisation serait lafîaire d'un architecte. Si on 
pouvait utiliser une des bourses de voyag-e, accordées chaque 
annéeaux jeunes artistes, en confiant à l'un d'euxla mission 
de reconnaître dans tous ses détails cet important ensemble, 
il trouverait là un sujet de travail attachant; dans une belle 
et savante reconstitution, il pourrait faire revivre l'antique 
Palais du Miroir et cette œuvre attirerait certainement au 
Salon annuel d'architecture l'attention de tous les amis de 
nos antiquités nationales ! Nos architectes se rendent en 
Grèce et à Rome pour étudier les monuments du passé. Ils 
ont mille fois raison, mais notre vieille Gaule leur oll're 
aussi un vaste champ pour exercer leur activité, pour mani- 
fester leur zèle, leur science et leur talent. Le nom de 
Caristie est désormais inséparable de l'histoire artistique et 
monumentale de la ville d Orang-e. Quel est celui de nos 
architectes modernes qui serait prêt à associer son nom à 
celui de la ville de Vienne? (7est rendre service à la patrie 
que d'en conserver les souvenirs et d'en faire valoir les 
richesses. 

Pour le moment, les fouilles de M. (^haumartin continuent 
avec de très modestes ressources. Cette semaine encore, il 
vient de découvrir, dans un trou de quelques mètres carrés, 
un torse en marbre blanc, entièrement nu. légèrement 
incliné en avant, ayant appartenu à une statue assise, 
un pilier orné de cannelures et une quantité de fragments 
de plaques de marbre comme il en a été si souvent trouvé 
dans ces ruines. Le torse est celui d'un homme qui a 
dépassé la première jeunesse : par sa position et par ses 

aucun fondemenl. La découverle d'uni' bulle en plomb de ^'alL'nlinien II, 
au miUeu de ces ruines. Géry. Hecue niimisHi.i/ir/ue. 2' série, III ;1858), 
p. 389-390) ne peul autoriser une pareille assertion. 



88 LE PALAIS DU MIROIR 

proportions il présente une grande analogie avec celui du 
Satyre trouvé en 1894 ^. La tète qui était retenue par un 
tenon, les deux bras près de l'épaule, les deux cuisses tout 
à fait au sommet, le bas du ventre même ont été enlevés 




FiG. 9. — Torse d'homme trouvé en 1907. 

intentionnellement. Les deux photographies que j'ai, 
l'honneur de présenter à l'Académie font comprendre la 

1. Je ne connais ce morceau que par une photographie de M. Chaumar- 
tin. Je me demande si on ne pourrait pas y voir une statue-fontaine analogue 
à celle des fig. 4 et 5, et si la tête de Satyre, tr. en 1897, ne peut pas en être 
rapprochée? 



LE PALAIS DU MIROIK 



89 



position de la lig-ure : le développement des pectoraux, 
rafîaissement des deux épaules, le mouvement du cou 
montrent bien qu'elle était penchée en avant. En exami- 
nant le revers du torse, on est frappé de la largeur du dos 
et de la puissance des épaules ; on remarque aussi la saillie 




FiG. 10. — Torse d'Iioninu' Iriiuvc en 1907. 



des bourrelets qui apparaissent sur les hanches (fig". et 10). 
La trouvaille ne manque pas d'intérêt et en fait espérer 
d'autres. 

Deux propriétés voisines du terrain Michoud, la pro- 
priété Garon et la propriété Moussier, restent encore à 
fouiller. Il serait d'autant plus urg-ent de terminer les 



90 



LE PALAIS DU MIROIR 



recherches que ces terrains vont être vendus pour y cons- 
truire des fabriques. L'industrie prend à Sainte-Colombe 
un g-rand développement ; elle envahit tous les terrains 
disponibles ; lorsque ces terrains seront couverts de cons- 
tructions, il sera trop tard pour song'er à leur arracher leurs 
secrets. La Société française des fouilles archéolos^iques a 
bien voulu me promettre, par l'intermédiaire de son Pré- 
sident, notre confrère M. Ernest Babelon, nne somme de 




II. 



Partie tlu pied g'auclie de la Vénus de \'ienne côté extérieur}. 



mille francs. Je saisis cette occasion pour lui adresser mes 
plus vifs remerciements et j'ose espérer qu'elle n'en restera 
pas là. J'appelle la haute bienveillance de l'Académie sur 
les fouilles du Palais du Miroir; je me permets de croire 
qu'elle approuvera et même qu'elle pourra encourager un 
jour les efforts et le dévoûment de M. Tony Chaumartin. 

Je voudrais ajouter encore un mot. Lorsque je me suis 
rendu à Vienne, à la fin d'octobre, je savais que les fouilles 



LE PALAIS DU MIHOIR 



91 



avaient lieu sur le point même où la Vénus accroupie avait 
été découverte. Mon but était surtout de recommander à 
M. Chaumartin de conserver avec soin les moindres débris 
de marbre statuaire qui pouvaient être retrouvés, surtout 
les fragments de bras ou de jambes, parties absentes dans 
la statue du Louvre. Malheureusement rien d'utile pour 
compléter notre statue ne fut découvert par M. Chaumartin. 
Avant de meloig-ner, j'eus la pensée d'examiner les 
débris de tous genres réunis depuis près d'un siècle sous 




Fiu. 12. — Fai'lic ilii pied j;auclu' de la W-nUï. i\v N'icniu* fiilé iiilriieui- . 



les arcades de l'ancien cloître du couvent tles Cordeliers. 
Là je retrouvai un pied gauche mutilé, en marbre blanc, 
qui me parut être celui de la Vénus accroupie : les doigts 
avec la partie antérieure du pied sont brisés, mais le talon 
avec la partie postérieure ainsi cjue les chevilles sont bien 
conservés. On observe sur ce pied le même travail réaliste, 
la même recherche du modèle vivant que dans les autres 
parties de la statue; le marbre est semblable: un y voit dans 



92 LIVRES OFFERTS 

les cassures des paillettes brillantes ; les dimensions con- 
viennent aussi à merveille (fîg. 1 1 et 12). De retour k Paris, 
lorsque je pus rapprocher de la statue elle-même ce pied 
mutilé, mon espérance se chang-ea en certitude. 

On sait que les deux pieds de la statue du Louvre ont 
été refaits en plâtre en 1878 afin de donner au torse un 
aspect un peu plus présentable. Il parait évident aujourd'hui 
que le mouvement du pied gauche doit être modifié ; ce 
pied ne reposait pas tout à fait à plat sur le sol ; le talon 
était légèrement soulevé et, par suite, la partie postérieure 
du pied, à la naissance de la jambe, prenait une inflexion 
gracieuse qui se prolongeait sur la jambe elle-même. La 
restauration en plâtre n'a pas rendu ce mouvement plein de 
naturel et de charme ; l'aspect du bas de la jambe au-dessus 
du pied, dans cette restauration en plâtre, présente un 
caractère de raideur et de sécheresse qui aurait besoin dêtre 
modifié. Pour compléter la jambe, il manque encore, du 
reste, un morceau important entre le pied et le mollet. 
Vraisemblablement, c'est vers 1828 que ce fragment du pied 
gauche fut découvert en même temps que la statue : déposé 
avec beaucoup d'autres débris sous le cloître des Cordeliers, 
il y attendait depuis près de quatre-vingts ans le moment 
où il pourrait être réuni à la statue dont il avait fait partie. 



LIVRES OFFERTS 



M. Babelon a la parole pour un hommage : 

« M. Ludwig von Sybel. professeur à l'Université de Marbourg, 
m'a chargé d'offrir de sa part à l'Académie, le premier volume d'un 
ouvrage dont il vient de commencer la publication et qui a pour 
titre : ChrisfUche Anlike. Einfûhrung in die altchristliche Kiinsl 
(Marbourg, 1906, gr. in-S"). Cet ouvrage est le développement dun 
sujet dont l'auteur a déjà donné une esquisse générale dans son livre 



LIVRES OFFERTS 93 

antérieur intitulé : Wellgeschichte der Kunsl im AUerium (2* édit., 
1903,1 : 

« Le premier volume des Chritttliche Aniike que je dépose sur le 
bureau de l'Académie traite de lart dans les Catacombes. M. von Sybel 
décrit toutes les catacombes chrétiennes, explique leur plan, leur 
aménagement, les ossuaires, les tombeaux, les inscriptions. Le 
commentaire des peintures, qu'il étudie principalement d'après le 
recueil de Wilpert, occupent la plus grande partie du livre. Je n'en- 
trerai pas dans le détail des observations approfondies que présente 
M. von Sybel à leur endroit. Je dirai seulement qu'il a voulu écrire 
un ouvrage savant, mais de lecture courante, rejetant dans des notes 
abondantes, au bas des pages, à la mode française, tout l'apparatus 
scientifique dont il a dû s'entourer ; il nous donne ainsi le fruit de 
longues et persévérantes recherches qui ont fait , durant plusieurs 
années, l'objet de sou enseignement h l'Université de Marbourg. 

« L'originalité de l'œuvre de M. von Sybel, dont l'importance pour 
l'histoire des Catacombes romaines sera reconnue de toutes les per- 
sonnes compétentes, réside principalement dans les efforts constants 
que fait l'auteur pour rattacher les productions de l'art chrétien pri- 
mitif à celles de l'antiquité classique ou orientale, soit en ce qui 
concerne la conception et l'exécution technique, soit comme symbo- 
lique ou comme inspiration des sujets. Ce point de vue déjà indiqué 
par d'autres auteurs, notamment dans l'excellent manuel de 
M. Pératé, a amené M. von Sybel à présenter des considérations 
philosophiques non seulement sur la Bible, les Évangiles et la litté- 
rature chrétienne, source directe et immédiate des sujets figurés 
dans les Catacombes, mais aussi sur les crovances et les relisions 
des peuples les plus divers de l'antiquité. Egyptiens, Babyloniens, 
Perses, Hindous, Thraces, Grecs et Romains. Dans cet ordre d'idées, 
on ne doit pas trop s'étonner que l'ouvrage, où les illustrations sont 
peu nombreuses, débute par la reproduction des bustes de Socrate 
et de Platon. Cette préoccupation de remonter jusqu'aux origines 
primordiales soit des idées, soit de la symbolique, soit de l'esthé- 
tique chrétienne, conduit M. von Sybel à rapprocher, par exemple, 
les peintures qui représentent la Cène du Christ ou la Multiplication 
des pains, des images qui reproduisent des repas chez les Égyptiens 
les Chaldéens, les Étrusques et les autres peuples de l'antiquité. De 
même pour les types du Bon Pasteur, de Noé dans l'arche, de Daniel 
dans la fosse aux lions, nous voyons défiler toutes les légendes de 
l'antiquité grecque orientale ou romaine qui paraissent avoir quelque 
rapport avec les traditions chrétiennes. Ces rapprochements sont 
souvent très intéressants, suggestifs et scientifiquement justifiés; 



Ôi SÉANCE Dt' 18 FÉVRIER l007 

quelques-uns poùitanl m'ont paru un peu éloignés, comme, pal* 
exemple, lorsque l'archange Gabriel envoyé à Marie est rapproché 
d'Hermès, lïiessagx'r de Zeùs, dans Homère. Le lien (jui rattache de 
pareilles scènes aussi bien au point de vue plastique qu'au point de 
vue littéraire, m'a paru parfois un peu fragile. Quoi qu'il en soit, on 
ne saurait qu'applaudir aux efforts que M. von Sybel a fait pour pla- 
cer l'art des Catacombes dans son véritable milieu antique et pour 
montrer que dans ses formes et son inspiration il n'est pas aussi 
complètement isolé et nouveau que quelques auteurs ont paru le 
croire. » 

M. Legeh présente, de la part du Musée d'anthropologie et d'ethno- 
graphie Pierre-le-Grand de Saint-Pétersbourg, un volume publié à 
l'occasion du 70® anniversaire du directeur du Musée, M. le D"" "V. V. 
Radloff, membre de l'Académie impériale des sciences et correspon- 
dant de l'Académie. Ce volume comprend une bibliographie des 
œuvres de M. RadlolT et une description du Musée dont il est le 
conservateur depuis 1804. 

M. Paul Meyek offre le volume de 1903-1904 des Proceedinys of the 
Brilish Academy (London, in-8"). 

M. Delislk présente à l'Académie le facsimilé que M. Léon Dorez 
vient de publier du ms. autographe de Pétrarque conservé à la 
Bibliothèque nationale (latin o784) et contenant la mise au net de la 
Vie de César (Paris, 1906, in-fol.). 



SÉANCE DU 15 FÉVRIER 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 



M. Gagnât lit une note que lui a fait parvenir M. Merlin, 
directeur des Antiquités de la Tunisie : 

« M. le capitaine Gondouin, qui possède à Rihana une propriété 
toute voisine des ruines d'Henchir-Douémis , vient de découvrir 
l'inscription suivante sur l'emplacement de l'ancienne Uchi 



séance; DU lo PÉVnlcn 10(I7 {».*{ 

Mil/us, ;i !•_>() mètres tMixiion aii su(l-c'>( tlii marabout de Sidi- 
Mohametl-Salali. I.e texte est {^ravé sur un -pds bloe de pierre 
haut de I mètre, large de ()'" l'I et épais de (»'" "•_» : 

h A ïi T H A G l \ \ Ci A \' G a S A C d 
K X Ci T E S T A M 1-: \ T t) Ci <j C( A I' |{ () N I c^ (j c5 F C^ 

A R N CJ \' I T A L I S C( H O N K S T A H Cf M E M O K I A K CJ \- l< 
QV I CJR i: I CJ 1^ CJ V C H 1 l\ ^44-Q-R-VM^4-€hM^^ I O K V M CJ A T C{ S '1' A 

MI LCiHTcb'I NCJEPV 

CiSVlci^CiTlCiSWLCi 

D A M CJ A D r I£ C T I O 

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LCJEinLATlONISCf 



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'^' /^ -'^ S 1 !■ Ci E T (^ E X ^T^TciVciMiCa F I E R I CJ C. \' R A \- I T Ci 

/C APRONI VS- EXTR ICA TV S AD EXORNANDAM M\ I, 
//■(CENTiaM FRATr I s BASEM C\M- I MI'ENSA PER^"EREN 
)AE■ET CONSTiTVENDAE STaTVAESVO SVMPTveT-CVRA 
P O S \' I T D • D 



Hauteur des lettres : O-" 07 à 0'" 35. 

Liji'iie .'}. VR {i et r liés', \'i retombe sans doute à la l'ois avant 
et après Vr : viri. 

Aux quatre dernières lignes, plus serrées (|ue les autres, les 
points remplacent les hederae ». 

M. Cagnat fait ressortir l'intérêt que présente une dédicace à 
Carthage divinisée. C'est la première mention qu'on en rencontre 
dans un texte épigraphique. 

-M. S. KiiiNAcu conmience la lecture d'un mémoire sur Actos. 

M. Edouard Cuq fait une communication sur un chapitre d'un 
règlement minier, du temps d'Hadrien . récemment trouvé à 
Aljustrel et signalé à l'Académie par M. (-agnal, le •21 juillet 
dernier. Ce chapitre a trait à Toccupation des puits de mine 
abandonnés et aux sociétés formées pour les exploiter. 

i. — Parmi les faits nouveaux que révèle l'inscription d'AIjus- 
Irel sur l'exploitation des mines d'argent et de cuivre appartenant 
au fisc (travaux de recherche des filons ou des gîtes métallifères, 



9G SÉANCE DU io FÉVRIER 1907 

mesures prises pour la sécurité de la mine, pari rései^vée au lise 
sur le minerai, droit des concessionnaires, juridiction du procu- 
fator metallorum), l'un des plus importants est la faculté accor- 
dée à toute personne d'occuper un puits abandonné. 

L'exploitation des mines du fisc aA^ait lieu par puits et galeries. 
Elle était confiée, en principe, à des colons ou entrepreneurs qui 
traitaient avec le procurateur impérial et qui achetaient chacun 
le droit d'exploiter un puits. En sus du prix d'achat, ils s'enga- 
geaient à payer directement au fisc le prix de la moitié du 
minerai extrait et prêt à être envoyé à la fonte. 

Ce mode d'exploitation diffère des systèmes que Ion connais- 
sait jusqu'ici : la ferme à des sociétés de publicains, l'exploita- 
tion directe par des condamnés aux travaux forcés. 11 diffère 
également du système que l'on croyait consacré par le règlement 
trouvé à Aljustrel en 1876 : exploitation par de petits entrepre- 
neurs, moyennant une redevance perçue par un fermier général. 
Le système pratiqué au temps d'Hadrien réunit les avantages du 
système de la régie et de celui de la ferme , sans en avoir les 
inconvénients : il assure au fisc le maximum de revenu en sup- 
primant l'intermédiaire du fermier; il l'exonère de tout risque 
en laissant à l'entrepreneur les frais de recherche, d'abatage, 
d'extraction el de ti'aitement du minerai. Ce régime est suffi- 
samment rémunérateur pour celui qui se charge de l'exploitation : 
l'entrepreneur a droit à la moitié du mincirai. Si la mine est 
riche , le colon est libre de vendre son droit à un autre colon 
aussi cher qu'il peut. Si la mine est pauvre ou si , pour arriver 
au filon, il faut des avances trop considérables, le colon a la 
faculté d'abandonner la concession. L'intérêt du fisc n'est pas 
compromis : toute personne qui a confiance dans la mine et qui 
dispose des capitaux nécessaires, peut prendre possession du 
puits abandonné et l'exploiter aux conditions prévues par le 
règlement. 

Cette faculté d'occuper un puits était déjà connue par l'inscrip- 
tion trouvée en 1876 : le dernier chapitre a pour rubrique Usur- 
paliones puleoruni; mais on pensait que l'occupation des puits 
avait lieu en exécution de la vente consentie par le procurator 
metallorum. Le nouveau document condamne définitivement 
cette manière de voir. 11 indique trois cas où l'occupation est 



SÉANCE DU 15 FÉVRIER 19(17 97 

permise : ce sont ceux où le colon qui a traité avec le fisc est 
déchu de son droit en raison de sa négligence. Le lise, qui a 
intérêt à activer l'exploitation pour augmenter ses recettes, 
n'admet pas que les travaux soient suspendus au delà d'un cer- 
tain délai, qui varie de dix jours à six mois. Passé ce délai, le 
colon encourt la déchéance de son droit. Toute personne peut 
occuper le puits, de sa propre autorité. 

Cette disposition est à la fois un moyen de stimuler le zèle du 
colon et une invitation adressée aux spéculateurs de se charger 
de l'entreprise s'ils croient y trouver leur avantage. Le droit au 
puits abandonné leur est concédé gratuitement : c'est la com- 
pensation des risques qu'ils vont courir. Si le colon néglige de 
conserver son droit, il y a présomption que lan'aire n'est pas 
bonne ou qu'elle exige des capitaux que ni lui ni un autre colon 
n'est en mesure de se procurer. Sans cela il ne manquerait pas 
de vendre son droit. 

La pensée qui a inspiré l'auteur du règlement est la même 
qu'on retrouve dans les règlements relatifs à la mise en valeur 
des domaines impériaux. D'aprè.s la lex Hadriana rapportée dans 
l'inscription d'Aïn-Ouassel, toute personne est autorisée à occuper 
les champs en friche dépendant du domaine impérial et les 
terres qui depuis dix ans sont restées sans culture. L'inscription 
d'Aïn-el-Djemala contient une disposition analogue sur les terres 
négligées par les fermiers. 

Le jus ocvupandi soumet l'occupant aux obligations (jui 
incombent au colon : travailler activement au forage et à l'exploi- 
tation des puits; s'abstenir de creuser des galeries ou de faire 
des sondages en dehors des limites assignées au puits; faire 
charrier le minerai dans les usines entre le lever et le coucher 
du soleil, payer au fisc le prix de la part qui lui revient, avant de 
faire fondre le minerai; étayer les puits et galeries ; ne pas péné- 
trer, sans un permis du procurateur, dans la zone de protection 
du canal souterrain servant à évacuer les eaux de la mine. .\Liis 
l'occupant n'a pas tous les droits du colon. Celui-ci a une situa- 
lion à part; ce n'est pas un simple entrepreneur: il acquiert ;i 
prix d'argent un droit sur le puits, droit qu'il peut vendre ou 
donner à un autre colon, à condition d'en faire la déclaration au 
procurateur. L'occupant ne jouit pas de la même prérogative : il 
1907 " 



98 SÉANCE DU IS FÉVKIER 4907 

a simplement droit à la propriété du minerai qu'il a extrait, sous 
déduction de la part qui revient au fisc. 

II. — L'exercice du Jus occupandi suppose en général que 
l'exploitation présente des difficultés ou des risques que le colon 
n'a pas prévus, ou qu'il n'a pas le crédit nécessaire pour se pro- 
curer des capitaux. Aussi la loi permet-elle à l'occupant de 
prendre des associés et de les choisir en toute liberté. Mais elle 
impose à ces associés l'obligation de contribuer aux frais d'exploi- 
tation sous peine de perdre leur part de puits. Cette part ne 
revient pas au fisc ; elle est attribuée à l'associé ou aux associés 
qui ont fait la dépense. 

Les associés doivent supporter les dépenses proportionnel- 
lement à leur part sociale : c'est une dérogation au principe de 
la liberté des cnoventions. Elle a été introduite pour limiter la 
responsabilité des associés qui n'ont pas engagé les dépenses. 

La loi suppose qu'un ou plusieurs associés ont fait des frais 
pour l'exploitation de la mine : leurs coassociés ne pourront 
alléguer qu'ils n'ont pas été consultés ni même qu'ils se sont 
opposés au projet. Le fisc avait intérêt à encourager les hommes 
d'initiative qui s'eiforcent de développer la production de la 
mine, mais il a marqué la limite qu'ils ne doivent pas franchir 
sous peine d'assumer tous les risques de l'entreprise. La loi leur 
assure un recours contre leurs coassociés proportionnellement à 
la part de ceux-ci dans la société. Mais les associés qui n'ont pas 
autorisé la dépense peuvent dégager leur responsabilité et refu- 
ser de payer, en renonçant à leur part de puits. 

Le règlement ne s'occupe pas des rapports des associés avec 
les tiers qui ont contracté avec eux. Ces rapports restent soumis 
au droit commun. 11 prévoit seulement le cas où les dépenses 
ont été faites par un colon. Si la loi donne à ce mot le même 
sens que dans les autres chapitres, il s'agit du colon qui avait 
acheté le puits et l'a ensuite abandonné. Le règlement lui per- 
met d'exercer un recours contre les associés pour répéter les 
dépenses qu'il a faites de bonne foi. Cette disposition lui était 
fort utile; car, n'ayant pas contracté avec les associés, il n'aurait 
pu, d'après le droit commun, se faire rembourser ses dépenses. 
L'action en répétition que la loi lui accorde est fondée sur le 
principe qu'on ne doit pas s'enrichir injustement aux dépens 



SÉANCE DU it) FÉVHIKH i907 ît'.l 

d'aulrui. 11 serait contraire à Téquilé de permettre à rnccu[):ml 
et à ses associés de profiler des dépenses faites de boniii- loi |);ir 
le colon avant lenr entrée en possession cl de lui rcl'user toute 
indemnité. 

Le recours du colon est moins étendu que celui des associés : 
un associé peut forcer ses coassociés à contribuer pour leur part 
à la totalité de la dépense; un colon ne peut se faire rembourser 
que les dépenses faites de bonne foi. 

La société formée pour l'exploitation dun puits abandonné 
prend fin dans un cas spécial prévu dans le premier chapitre du 
règlement : lorsque Toccupant fait fondre le minerai avant 
d'avoir payé au fisc la part qui lui revient, il est déchu de son 
droit, et le procurateur fait vendre le puits tout entier. Cette 
vente rend impossible la réalisation du but social; la société est 
dissoute conformément au droit commun. 

Les renseignements fournis par le nouveau document sur 
les sociétés minières sont d'autant plus importants qu'on ne 
soupçonnait pas jusqu'ici l'existence de ces sociétés; on ne con- 
naissait que les sociétés fermières. Il y aura lieu désormais de 
tenir compte de cette distinction et de rechercher si certains 
textes qu'on avait précédemment considérés comme s'appliquanl 
aux sociétés fermières de mines, ne doivent pas être entendus 
des sociétés formées pour l'exploitation de^ puits de mine. 

M. Havet commente quelques passages du fludens de Plante. 
Il restitue la forme primitive du vers 107 et montre qu'Ausone, 
qui écrivait à la lin du iV' siècle, s'est mépris sur la prosodie de 
l'expression virile secus. Interprétant les vers 150-1,51, il fait voir 
que les sacrifices pour, cause de voyage avaient lieu au lever du 
jour; quand on était invité au déjeuner {prandinm) qui suivait 
un tel sacrifice, on prenait un bain la veille au soir au lieu de le 
prendre le matin. 

L'Académie procède à la nomination de la Commission qui 
sera chargée de présenter la liste des candidats à la place d'asso- 
cié étranger laissée vacante par la mort de M. .Ascoli, à Mdaii. 

Sont désignés : MM. Boissier, Alfred Croiset, IIamv, IIomollk, 

C.VGNAT, O.MONT. 



100 

LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le tome II des 
Obituaires de la province de Sens, Diocèse de Chartres (Paris, 1906, 

in-4°). 

M. Ph. Berger offre à l'Académie trois tirages à part de ses confé- 
rences au Musée Guimet : 

^° Le Code d'Hammourabi (Paris, 1907, in-i2); 

2" La Tunisie ancienne et moderne, souvenirs de voyage (Paris, 
1907, in- 12); 

3° Les origines babyloniennes de la poésie sacrée des Hébreux 
(in-12}. 



SÉANCE DU 22 FEVRIER 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 

Le Secrétaire perpétuel donne lecture d une note de M. Paul 
Gauckler, correspondant de rAcadémie, sur la Niobide récem- 
ment découverte dans les jardins de Salluste, à Rome : * 

M. Théodore Reinach communique à rAcadémie une u llûle 
de Pan », en bois, découverte le 26 juin 1906 dans les fouilles 
d'Alise-Sainte-Reine (Alésia), L'objet, cassé en deux, a été 
recueilli au fond d'un puits de 23 mètres, où il gisait dans la vase, 
parmi de nombreuses petites antiquités d'époque g'allo-r.)maine ; 
dans les terres qui comblaient le puits on a trouvé un moyen 
bronze de Sévère Alexandre, ce qui peut servir à fixer approxi- 
mativement la date. 

1. Voir ci-après. 



SÉANCE DU 22 FÉVRIEU 1907 101 

La ilùte (le Pan a été habilcincul restaurée dans l'atelier de 
réparation du musée de Saint-dermain. Elle se présente sous la 
forme d'une mince tablette reclanmilaire de bois, haute de 
I 15 millimètres, large de 77, d'une épaisseur variant entre (> et 
11. L'angle inférieur gauche a été rabattu pour alléger l'aspect 
de l'instrument. Une des faces est lisse, l'autre décorée d'orne- 
ments géométriques. Lîn trou percé vers le bas servait à passer 
un cordon d'attache. Dans la tranche supérieure s'ouvrent les 
orifices de sept tuyaux, forés dans l'épaisseur de la tablette et 
qui s'y prolongent inégalement ; un huitième tuyau, plus court 
encore, a disparu dans une cassure qui a enlevé vers la gauche 
environ 8 millimètres de la tablette ; on aperçoit encore sa paroi 
interne, portant les traces de l'outil — un fer rouge, pointu à 
l'extrémité — qui a servi à la perce. Les tuyaux sont de forme 
cylindrique, mais se rétrécissent brusquement à leur extrémité 
inférieure et se terminent presque en pointe. \'oici leur profon- 
deur, de droite à gauche: 71 millimètres, 6.3, 55, 50 1/2, 43 1/2, 
39, 35 1/2, (31 1/2). 

L'instrument, on le voit, dillere assez sensiblement de la syrinx 
ordinaire, figurée sur les monuments ou décrite dans les textes 
littéraires, qui se composait de tuyaux séparés (ordinairement 
en roseau), assemblés à l'aide de cire et de rubans. Il v a lieu de 
croire cependant que l'époque alexandrine et romaine a connu 
des syrinx perfectionnées de ce genre : Cicéron parle, à propos 
de Gains Gracchus, d'une fisUiln ehiirneola [De oratore, 111,00). 

Gelte fliite de Pan, comme le font pressentir ses petites dimen- 
sions, produit des sons très aigus; c'était d'ailleurs la règle pour 
les instruments de cette espèce : un problème aristotélique 
(p. 111 Jan) identifie la syrinx et la « voix haut perchée » 
(ôçEïa çcov/]). Pour déterminer exactement la gamme de notre 
instrument on peut recourir soit au calcul, soit à l'expérience. 

1° Calcul. — On appliquera la formule des tuyaux sonores fermés, 

V 

où n désigne le nombre de vibrations complètes à la seconde, 
V la vitesse du son dans l'air (340 mètres à la seconde), X la lon- 
gueur (lu tuyau considéré. On obtient ainsi pour les tuyaux suc- 



102 SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1907 

cessifsdela flûte cFAlésia les nombres 1197, 1349, 1545, etc., 
qui, rapprochés des vitesses vibratoires des sons de la gamme 
tempérée, correspondent aux valeurs sonores suivantes de la 
cinquième octave, celle qui commence avec l'Ut suraigu de la 
voix de soprano : 

Ré (ou Mi bémol) 

Mi (ou Fa) 

Sol 

La bémol 

Si 

Ut (ou Ré bémol) 

Ré (ou Mi bémol) 

Mi (ou Fa) 

Ces résultats ne peuvent pas être considérés comme tout à fait 
exacts parce que l'embouchure des tuyaux est fortement usée ; 
en outre, la formule ne s'appliquerigoureusement qu'autant que 
le tuyau sonore a au moins 12 calibres, ce qui n'est pas le cas de 
notre instrument (orifice des tuyaux : 9 millimètres de diamètre ; 
longueur maxima : 77), 

'2° Expérience. — Quatre habiles flûtistes, consultés séparément, 
ont réussi à produire sur l'instrument une gamme qui ne présente 
que de légères divergences : 

Ré 

Mi (très mauvais et difficile à sortir) 

Fa dièze 

Sol 

Si (ou Si bémol) 

Ut (ou Si) 

Ré 

gamme qui embrasse une octave complète, et que surmontait 
probablement à l'aigu un Mi, correspondant au tuyau brisé. 

Cette gamme qui, elle-même, ne difl'èi-e que fort peu de celle 
indiquée par la théorie, est-elle vraiment celle que le facteur 
avait en vue? Se réservait-il de rectifier les sons défectueux en 
introduisant un bouchon de cire, ou — comme les Roumains 
joueurs de Xaïou — des balles de plomb ou de sureau dans les 
tuyaux trop longs? C'est ce que nous ignorons. Peut-être aussi 



SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1907 103 

n'exigeait-on pas une justesse absolue d'un instrument qui servait 
plutôt à exécuter de rapides arpèges — en promenant la lèvre 
d'un bout à l'autre de l'échelle — que des mélodies dessinées, à 
intervalles disjoints. 

Sous le bénéfice de ces observations et en suppléant par la 
pensée le degré qui semble omis à dessein entre le 4'^ et le 5*^ on 
obtient la gamme hypophrygienne. 



le»» 



à 



-t^ 






Le ton ou échelle de transposition serait le trope hyperlydien 
qui, d'après l'Anonyme de Bellermann (c. 28), était très usité 
dans la musique d'orgue, dérivée, comme on sait, de la musique 
de syrinx. 

Quoi qu'il en soit de ces détails techniques, la flûte de Pan 
d'Alésia constitue une trouvaille archéologique du plus vif intérêt. 
Nous avions déjà des flûtes, des trompettes et même des frag- 
ments de lyres antiques, voici que la syrinx vient, à son tour, 
s'ajouter à notre musée instrumental gréco-romain. Après 
1700 ans passés au fond d'un puits, on excusera celle-ci d'être 
un peu enrhumée, et l'imagination doit aider la science pour 
réveiller « le concert endormi dans ce morceau de bois ». 

MM. Hamy et PoTTiER présentent à ce sujet quelques obser- 
vations. 

M. d'Arbois de Jlbainville a la parole pour une communica- 
tion : 

(( Quand le demi-dieu Cûchulainn , le grand héros de la plus 
vieille épopée irlandaise, voulait faire un acte qui exigeait des 
forces surnaturelles, il se transformait par d'horribles contor- 
sions, il prenait une taille gigantesque, un de ses yeux lui ren- 
trait dans la tête et devenait invisible, l'autre œil sortait de 
l'orbite, alors la circonférence de cet œil était égale aux bords 
d'une coupe d'hydromel ou même à ceux d'un chaudron assez 
grand pour qu'on pût y faire cuire une génisse. Cet œil était 
donc alors énorme et rond comme celui du cyclope Polyphème, 
et momentanément Gûchalainn était borgne. Pourtant il avait 



104 LA >'10BIDE DES JARDI>S DE SALLL'STE A ROME 

alors près des femmes un succès si prodi-iieux que par amour 
plusieurs devenaient borgnes comme lui. {.'Odyssée ne dit pas 
que Polyphème ail eu autant de bonheur avant (l"ètre aveu};lé 
par Ulysse '. » 

M. Hkron oe Vu.i.iîfosse lit un rapport du P. Delaltre sur les 
fouilles qu'il \i('iit de diriger à Gartha^^e, dans une basilique 
chrétienne dont il a letronvé les i-uines sur le terrain appelé 
Mcidfa^. Ces lra\aiix lui ont permis de reconnaître Texistence 
d'un vaste enclos rectanj^ulaire rempli de tombes qui foi-mail 
comme Tannexe de celte basilique. Parmi les objets sortis de 
ces fouilles, il faut sif,'-naler de nombreux fra-^menls d'architecture, 
un cadran solaire, des lampes et des plats chrétiens, quelques 
bronzes, mais le résultat de cette nouvelle exploration a sniinut 
un intérêt épigraphique. Plus de .'i.U()(» morc-eaux dinsciiptions 
ont été exhumés qui, pour la plupart, appartienneiit à des 
épitaphes chrétiennes. Ces fouilles permettent de ilxer sur le i)lan 
de Carthaj^e un nouveau point correspondant à une des basi- 
liques les plus anciennes, antérieure, croit le P. Delaltre, à 
la prise de Carlhage par les Vandales. 



COMMUNICATIONS 



LA MOBIDE DES JARDINS DE SALLUSTE A ROME, 
PAR M. PAUL fiAUCKLER, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

Je dois à robligeante libéralité de M. G.-B. Pag-e de 
pouvoir olFrir à rAcadémie des inscriptions la primeur de 
Texcellente reproduction qu'il vient de faire exécuter de la 
statue de Niobide découverte l'an dernier, le 16 juin 1!>06, 
à Home, dans la villa Spithoever, jjropriété de la Banque 
commerciale italienne. 

1. Voir ci-après. 

2. Voir ci-après. 



Comptes rendus, 1907, p. 105. 




CLICHÉ ANDERSON, ROME 



PMOr. BERTH*UO FRÈRES 



LA NIOBIDE 

DES JARDINS DE SALLUSTE 



LA NIOBIDE DES JARDINS DE SALLUSTE A ROME 105 

Cette trouvaille , due au hasard et survenue dans un 
domaine privé, n'a pas eu le retentissement qu'elle méri- 
tait. C'est à peine si elle a été mentionnée dans les faits 
divers de quelques journaux italiens. Seule une revue d art 
allemande, la Kunstkronik de Leipzig^, a donné, dans son 
numéro du 30 novembre 1906, une description sommaire de 
la statue; le 6 décembre suivant, M. Furtwaengler ^ en a 
parlé à l'Académie des beaux-arts de Munich. C'est là, si 
je ne me trompe, à peu près toute la publicité que le monde 
savant a jusqu'ici accordée à cette découverte d'un chef- 
d'œuvre de la sculpture grecque, d'un chef-d'œuvre inédit 
et presque intact. 

La villa Spithoever est située dans le quartier Ludovisi, 
entre les rues CoUina, Flavia, Servio Tullio et Sallustiana : 
elle occupe l'emplacement des anciens jardins de Salluste-', 
à proximité d'un nymphée, du temple de Vénus Erycine ', 
et des trois temples de la Fortune puhlica primigenia'\ 
On avait déjà découvert dans ce terrain et dans la région 
avoisinante un grand nombre d'œuvres d'art, dont je ne 
citerai ici que les plus connues : en 1360, deux statues 
de nymphes, et Amalthée avec la chèvre et Jupiter enfant^ ; 
vers 1566, un Faune colossal portant Dionysos enfant^, et 
le grand cratère dionysiaque conservé au musée du Louvre'^, 
trouvés dans le voisinage du nymphée de Salluste. Au 
début du XVII'' siècle, en creusant les fondations de la villa 

1. Kunstkronik, 30 novembre 1906, col. 104, 105. 

2. Ibidem, 21 décembre 1906, col. 139, 1 iO. Le rapprochement que la 
Kunstkronik établit entre la Niobide Spithoever et la soi-disant << Vénus 
de l'Esquilin », au musée du Gapitole, me parait absolument inadmis- 
sible. 

3. Cf. Jordan-Huelsen, Topographie der Stadl Rom im Alterthum, III, 
p. 435 et suiv., 2= partie, § 17, et pi. VII. 

4. Cf. Lanciani, Bull, coman., XVI, 1888, p. 3; Huelsen, Mittheilungen, 
IV, 1889. p. 270; Jordan-Huelsen, ibid., p. 415 et suiv. 

5. Jordan-Huelsen, ibid., p. 413 et suiv. 

6. Pirro Ligorio, manuscrit du Vatican, 1129, fol. 309. 

7. Jordan-Huelsen, ibid., p. 436, note 121. 

8. Clarac, Musée de sculpture, p. 333, pi. 130-131, n» 1556. 



106 LA NIOBIDE DES JARDINS DE SALLUSTE A ROME 

Ludovisi, Ton découvrit, dit-on, les trois statues de Gaulois, 
dites le Gladiateur mourant et Arria et Paetiis ',puis l'her- 
maphrodite Borg-hèse ~, et diverses têtes isolées. En 1714, 
dans les fouilles de la villa Verospi '■'', l'on mit à jour les restes 
d'un casino romain de style égyptisant, contenant encore j 

quatre statues colossales en granit rouge ou en basalte 1 

noir, aujourd'hui conservées au musée égyptien du Vatican. " 

A partir de 1882, le morcellement du terrain de l'ancienne 
villa Ludovisi, et les travaux de construction qui s'y effec- 
tuent de tous côtés, amènent de nouvelles et précieuses 
trouvailles : en 1882, trois statues, dont une d'adolescent, 
découverte dans la tranchée ouverte pour l'établissement 
de la rue Fia via '* ; en 1883, rue Quintino Sella, une Minerve 
armée de l'égide '^\ en 1886, dans la fondation de la maison 
Bai, un autel cylindrique avec les Génies des Quatre Sai- 
sons*^, une réplique de la Diane de Versailles^, et la Nio- 
bide acéphale ^ de la collection Jacobsen k Copenhague ; 
puis, au mois d'octobre de la même année, cachées dans un 
caveau étroit et profondément enterrées , plusieurs statues 
qui, d'après les renseignements recueillis par M. Lanciani, 
représentaient Léda, Endymion, une réplique du Faune de 
Praxitèle , un mouton de marbre rouge antique, et enfin le 
Niobide gisant^ de la collection Jacobsen. 

1. La provenance n'est pas certaine. Cf. .Tordan-Huelsen, ibid., p. 436, 
note 121. 

2. Pietro Santé Bartoli, Mem., 32; Carlo Fea, Varietà di Xolizie, p. 161. 

3. Jordan-Huelsen, ibid.. p. 433, note 120; Bottari, Mas. Capit., III, 76, 
77; Winckelmann, Storia d. arti, trad. Fea, I, 127; Braschi, De trih. stal., 
I, 5, et Ficoroni, Mem., 15. 

4. Renseignements de M. Lanciani. 

5. Notizie degli Scavi, J885, p. 42. 

6. Bullelt. comnn., 1886, pi. X, p. 314 et suiv. 

7. Visconti. ibid.. p. 299: Lanciani, ibid.. pi. XIV-XV et p. 390. 

8. Notizie deçjli Scavi. J.S86, p. 232. Par contre Arndt, La glyptothèqiie 
Ny-Carlsherg, pi. 38-40, dit que cette statue a été trouvée à Rome en 1873 
dans la construction du nouveau quartier de TEsquilin, debout sur une 
haute terrasse. — Cf. aussi Furtwaeng^ler. Arch. Anzeiger, 1891, p. 70. 

9. Arndt, La glyptothèque .\y-Carlsberg : « trouvé dans la villa 
Spithoever sur l'emplacement des anciens jardins de Salluste », pi. 31-52. 



LA MOBIDE Di:S JARDINS DE SALLUSTE A ROME 107 

C'est ég-alement au fond d'une cachette antique qu'a été 
retrouvée la statue de la Banque commerciale ; et le soin 
même que l'on avait pris à dissimuler la présence de cette 
œuvre d"art,pour la soustraire aux atteintes d'envahisseurs 
iconoclastes, prouve le prix qu'on y attachait. La statue fut 
descendue à io mètres de profondeur, et déposée sur le sol 
d'un caveau que l'on combla ensuite de terre meuble et 
triée, sans aucun autre débris de sculpture ni d'architec- 
ture. On Ta retrouvée presque intacte, dans l'état même où 
on l'enfouit. Seul, le bras droit était brisé; mais la cassure 
était nette, et le raccord s'effectuait avec tant d'exactitude 
que la restauration n'a pu altérer en aucune manière le geste 
de l'original. Les doigts de la main droite sont aussi cassés ; 
mais les phalanges manquantes n'ont pu être retrouvées, ce 
qui permet de supposer qu'elles avaient été mutilées dès 
l'antiquité. L'épaule droite est légèrement meurtrie en 
arrière, la hanche gauche a une blessure insignifiante: la 
pointe extrême du nez, le lobe de l'oreille droite, le petit 
orteil du pied droit ont été enlevés par des éclats. Manquent 
également : un pan de la draperie, à gauche et en bas. trois 
orteils du pied gauche, le pouce de la main gauche, main- 
tenu par un tenon de fer qui subsiste en partie : mais ici les 
sections très nettes prouvent que ces divers morceaux 
avaient déjà été raccommodés à l'époque romaine ; ces 
pièces rapportées, soudées à la poussière de marbre, s'étaient 
détachées, selon toute apparence, bien avant l'enfouisse- 
ment de la statue. Le reste est absolument intact. Le marbre, 
un beau Paros à gros cristaux, conservant le poli primitif, 
a pris une merveilleuse patine ambrée, donnant aux formes 
nues le ton de chairs vives qui semblent palpiter. Les 
cheveux présentaient , paraît-il , au moment de la décou- 
verte, quelques traces de peinture qui ne sont plus guère 
reconnaissables aujourd'hui. La statue comportait quelques 
accessoires de métal : les lobes des oreilles sont percés de 
trous évidemment ménagés pour le passage de boucles 



108 LA MO BIDE DES JARDINS DE SALLUSTE A ROME 

d'orfèvrerie ; dans lomoplate droite est forée une profonde et 
étroite mortaise cylindrique où s'enfonçait la flèche d'Apol- 
lon. Le socle, aux bords irrég-uliers, est de forme ovale, sans 
trace de tenons ni d'arrachement. 

La statue est de g-randeur réelle, haute de 1 '" oo. Elle 
est sculptée avec une sobre souplesse qui sait sacrifier le 
détail inutile : par exemple, les cheveux ondulés, ceints 
d'un bandeau uni, sont indiqués par grandes masses, peu 
fouillées, et cependant légères. Le haut de la tête et toute 
la partie postérieure du corps et des draperies sont traités 
avec moins de fini et de perfection dans le travail, ce qui 
prouve que la statue ne pouvait être regardée que par devant 
et d'en bas. Elle devait couronner la façade d'un édifice. 
D'autres indices très probants nous permettent dafïîrmer 
le caractère architectonique de cette sculpture et même de 
préciser la place qu'elle occupait dans la décoration du 
monument contre lequel elle était appliquée. C'est d'abord 
1 importance accordée au torse, aux dépens des jambes qui 
s'efTacent et dont le développement est restreint autant que 
possible : tout l'ensemble plafonne, si je puis m'exprimer 
ainsi. En arrière , le modelé du corps et des draperies se 
maintient systématiquement dans le même plan vertical 
uniforme : la statue était évidemment adossée à un 
mur. Enfin sa silhouette générale correspond assez exacte- 
ment à l'aspect que présenterait une équerre à dessin dressée 
sur le petit côté de l'angle droit. Cette disposition trian- 
gulaire de la masse sculptée était sans doute commandée 
par l'arrangement analogue de la paroi qu'elle décorait, et 
qui devait être le tympan d'un fronton. L'hypoténuse du 
triangle rectangle correspond à la pente du rampant. La 
statue était donc placée à la droite du groupe principal, et 
probablement assez près , puisqu'elle mesure encore 1 '" 55 
de hauteur. On remarquera d'ailleurs qu'elle est faite pour 
être vue de trois quarts, à peu près sous l'angle où la repro- 
duit notre planche, et non de face. Elle appartenait donc à 



LA NiOBlDE DES JARDINS Dhl SALLUSTE A ROME 109 

un groupe de statues, rangées contre le fronton d'un temple 
grec, et disposées de telle façon que le spectateur placé 
dans Taxe de l'édifice, à une trentaine de mètres en avant 
de la façade, pût saisir et embrasser d un seul coup d'œil, 
sous leur aspect le plus favorable , tous les éléments de 
l'ensemble. 

C'est une Niobide, mais d'un modèle inédit, et d'une per- 
fection de formes et d'attitude qui laisse bien en arrière les 
statues les plus justement vantées de la même série. Elle 
représente une jeune fille à la fleur de l'âge, dans le premier 
éclat de sa chair délicate à peine épanouie. Les formes, gra- 
ciles et tendres, sont presque d'un éphèbe. L'innocente 
victime vient d'être frappée à l'improviste par un trait 
d'Apollon. La flèche venant de gauche l'a atteinte dans le 
dos, sous l'omoplate droite. Fidèle aux plus nobles tradi- 
tions de l'idéalisme hellénique, l'artiste s'est gardé de mon- 
trer la blessure: il la fait deviner avec une habileté infinie. 
Le spectateur placé de face ne distingue au-dessus de 
1 épaule gauche de la statue que l'extrémité empennée de 
la flèche de bronze : mais tous les détails de l'attitude 
et des gestes s'accordent à lui indiquer l'endroit précis 
où elle a pénétré. Ebranlé par la violence du choc, le 
corps ploie et défaille. La tête penche à gauche. Le buste 
se renverse. La jambe gauche, ramenée en arrière, s'affaisse, 
le genou descendant presque au niveau du sol, tandis que 
la jambe droite , se portant en avant pour rétablir l'équi- 
libre, s'arc-boute fortement contre la plinthe. L'écartement 
subit des membres inférieurs distend et arrache les drape- 
ries ; elles glissent le long du corps, laissant à nu le torse 
et la jambe gauche, et viennent se masser en plis multiples 
sur la jambe droite qui les empêche de tomber tout à fait. 
L'étoffe est faite d'une laine fine et souple aux bords légère- 
ment dentelés et ondulés, comme ceux d'un burnous arabe. 
Les deux bras se portent en arrière, au secours de la partie 
lésée. Le bras droit, d'abord dressé tout droit, puis rabattu 



410 LA NIOBIDE DES JARDINS DE SALLUSTE A ROME 

sur lui-même en arrière, d un g-este brusque et très osé, 
arrache la flèche à demi enfoncée dans le thorax. La main 
gauche seconde son effort. Largement ouverte, et la paume 
tournée en dehors , elle comprime les chairs au-dessous de 
l'omoplate, en sens contraire du trait, pour en chasser le 
dard qui les a pénétrées i. En même temps, elle ramène un 
jDande draperie qui tombe, et s'apprête à le maintenir contre la 
plaie béante pour arrêter l'épanchement du sang. Le visage, 
bien que douloureux, a gardé toute sa beauté. Seuls les yeux, 
dilatés, expriment la terreur, tandis que les lèvres charnues, 
à peine contractées, s'entrouvrent légèrement, laissant 
apercevoir la denture supérieure. Le profil très pur, le nez 
droit, le galbe ovale du visage rappellent les meilleures 
œuvres de l'école de Polyclète. La coiffure est celle des 
jeunes filles d'Athènes au v** siècle de notre ère. 

Serait-ce donc à cette époque, et à l'école attique, qu'il 
faudrait attribuer la Niobide de la villa Spithoever? Quelle 
que soit la beauté de l'œuvre, il me paraîtrait téméraire de 
l'affirmer. Son extrême habileté même me met un peu en 
garde contre un jugement trop favorable. Tout y est trop 
calculé, trop savant : l'on n'y retrouve point le sérieux, la 
majestueuse simplicité des œuvres de la grande époque. Les 
formes nues s'y étalent avec trop de complaisance, et l'admi- 
ration sensuelle qu'elles excitent atténue singulièrement 
l'impression de souffrance tragique qui devrait dominer. 
Enfin la pose a, il faut l'avouer, un je ne sais quoi de 
moderne et de théâtral, qui fait penser aux sculptures hellé- 
nistiques d'Asie Mineure. Invinciblement ma pensée se 

1. C'est le geste de l'un des Niobides du Musée des Uffizi à Florence 
(cf. Rcinach, Clarac de poche, pi. 587, p. 315, n° 1271-1272) ; de la Niobide 
la plus i'ap|)i'ochée tl'Apollon sur le sarcophage Casali (cf. Visconti, Musée 
Pio-Cleinentin, tome IV, pi. 17, p. 110 et suiv.^-; d'un des Niobides du 
relief Canipana à Saint-Pétersbourg (cf. Roscher, Lexicon, Niobé, p. 403, 
fig. i; d'un des NioI)ides du disque du British Muséum (Roscher, Lexicon, 
ihid., p. i05-l06, lig. 5). Somme toute, l'altitude et le vêtement de la Nio- 
bide Spithoever conviendraient mieu.\ à un ephèbe qu'à une jeune lille. 



LA N'IOBIDE DES JARDINS DE SALLtJSTE A ROME IH 

reporte vers ce groupe des Niobides décorant un temple 
d'une localité inconnue de Syrie, que G. Sosius, ami de 
Marc Antoine, dépouilla au profit du sanctuaire d'Apollon 
situé à Rome près du cirque Flaminien^. 

Enfin l'exécution n'est pas sans défaut, loin de là. J'ai 
déjà dit que le dos de la statue présentait l'aspect d'une 
ébauche très poussée. Même en avant, dans la partie la 
plus soig-née des chairs et des draperies, l'on relève cer- 
taines erreurs de proportion et une sécheresse qui étonnent. 
La beauté de la tête et du buste contraste étrang-ement 
avec la faiblesse des parties inférieures. Mais ces incorrec- 
tions sont parfois voulues; et, en tout cas, elles n'ont 
aucun rapport avec la lourdeur, la grossièreté, les méprises 
inintelligentes des copies romaines. Elles s'expliquent en 
gi'ande partie par le caractère architectonique spécial de la 
statue. D'ailleurs elles se retrouvent également dans les 
deux statues de la collection Jacobsen, découvertes à 
Rome, dans la même région, et que M. Furtwaengler 
n'hésite pas à attribuer au même ensemble : une Niobide - 
fuyant à gauche, un Niobide inanimé'^ gisant à terre, sans 
doute à l'extrême droite du fronton. Faut-il v voir, comme 
le pense l'illustre critique d'art allemand^, des originaux 
grecs de l'école de Krésilas et des morceaux du groupe 
des Niobides qui ornait le temple d'Apollon Patroos à 
Athènes? Je n'irai pas jusque-là, pour ma part ; et tout en 
me refusant à voir, dans la Niobide de la. Banque commer- 
ciale, une simple copie romaine d'un original grec, je serais 

1. Cf. Pline, Hist. natur., 36, 5, 28; Collignon, Histoire de la sculpture 
grecque^ II, p. 541. 

2. Arndt, ihid., pi. .38 à iO, n" 1017. — Cf. Furtwaenfj:ler, Arch. Anzeiger, 
1891, p. 70; Aindt-Amelung, Einzelnverkauf, I, 2, p. 19 ad. n" 113, et texte 
ad. n° 806-807. 

3. Arndt, ihid., pi. 51 et 52. Ces statues comportaient, comme la nôtre, 
divers ornements accessoires de mêlai, dont les mortaises subsistent. 

4. Furtwaengler, Silzungsherichle Bayerischer Akadeniie, 1899, II, 2, 
p. 279. 



ii'2 LA MOBIDE DES JARDINS DE SALLLSTE A ROME 

tenté d'attribuer cette statue (sinon celles de la collection 
Jacobsen) à quelque artiste hellénistique d'Asie Mineure 
du ii*^ siècle avant notre ère. Faut-il l'identifier avec l'une 
de celles qui firent partie du butin de C. Sosius? Je n'ose- 
rais l'affirmer, mais j'y vois en tous cas une œuvre grecque, 
qui fut transportée k Rome après la conquête de l'Orient 
hellénique, et peut-être dès le temps de Salluste, amateur 
assez éclairé pour en savourer la beauté et la faire participer 
en bonne place à la décoration de ses magnifiques jardins ^ 

P. -S. — La note qui précède était déjà communiquée à 
1 Académie des inscriptions (séance du 22 février 1907), 
lorsqu'à paru k Rome un fascicule du Bulle ttino délia 
Conimissione archeologica comunale "^, contenant un fort 
intéressant article de M. R. Lanciani sur le même sujet. 
Cette étude, où l'auteur se maintient strictement et de parti 
pris sur le terrain topographique , confirme et complète 
les indications que j'avais pu recueillir d'autre part sur 
la trouvaille de la Niobide Spithoever et des statues de 
la collection Jacobsen. M. R. Lanciani v si^rnale, en 
outre, sans le décrire, l'existence d'un fragment d'une 
autre Niobide, absolument inédit jusqu'ici , qui fut décou- 
vert le 22 septembre 1888, k peu de distance de la 
villa Spithoever, exactement k l'angle des rues Boncompa- 
gni et Quintino Sella. J'ai pu voir ce débris k ÏAntiqua- 
riutn communal du mont Célius, où il est déposé dans le 
jardin, k gauche de l'entrée de la galerie, derrière un massif 
de bambou qui le masque. Ce n'est que la partie inférieure 
de la jambe gauche d'une femme drapée, brisée un peu au- 
dessous du genou. La pose du membre et l'arrangement 

1. On sait d'ailleurs que les jai-dins de Salluste servirent de vilk'-fiiaturc 
estivale au.\ empereurs jusqu'au iv- siècle de notre ère, nutaïunuMil à 
Vespasien, Ncrva, Aurélien et Maxence. Ils furent saccaf^és et détruits par 
les troupes dWlaric pendant le sac de Rome en lin. Pr((CO|i. Vundal.. I, 2. 

2. 1{. Lanciani. Il gruppo dei Niobidi nei {jiardini di Salhistio, Bullcl. 
comunale, 1906, fasc. III-IV, p. 157 à 183 et planches IV, V, \'I. 



L"N CVCLOPE EN IKLA.NDi; 113 

des [)lis (le la robe qui le recouvre presque entièrement sont 
si caractéristiques qu'il n v a aucun doute sur lidentilication 
[)roposée par M. 11. Lanciani. C'est un fraji^ment dune 
statue de Niobide reproduisant le type que nous a déjà fait 
connaître la Niobide Ghiaramonti du Musée du Vatican ii 
lîome ', et une réplique plus médiocre du Musée des Lf/izi 
à Florence-'. Mais, ici, la copie affecte des dimensions colos- 
sales. De la plinthe au g'enou , la jambe mesure déjà plus 
d'un mètre de hauteur, ce qui suppose près de quatre 
mètres de hauteur pour la statue conqjlète. En outre, la 
matière est faite de marl)re pentélique 'K et non plus de 
Paros. Le travail est très différent et ne permet d'admettre 
entre ce débris et la Niobide de la Banque commerciale 
aucune autre parenté que celle du sujet. 



UN CYCLOPE EN IRLANDE, 
l'AR M. d'aRBOIS de JUBAINVILLE , MEMBRE DE l'aCADÉMIE. 

Une des plus anciennes mentions des cyclopes se trouve 
dans la Théogonie d'Hésiode, où le cyclope, d'abord unique, 
est triplé; pour Hésiode, Brontès, Stéropès, Aro^ès, c'est-à- 
dire tonnerre, éclair et foudre, sont trois cyclopes*. Mais 
primitivement il n'y a qu'un cyclope, Knkl-ôps, qui est fils 
d'Ojpavcç, c'est-à-dire du ciel ^. Son œil de forme ronde, 

1. Cr. Collignon, //js<ot/-e de la sruljjliire (jrecrjiie. II. p. 539. lig. 279: 
Uoinach, Cliirnr de poche, I, p. 310. pi. 577, n" I2i5. 

2. Rcinach, Ibid.. p. 312. pi. 581, n» 1257. 

3. Comme lApollon de la collection Jacobsen également trouvé à Rome, 
et peut-être aussi dans la même réi^ion. Cf. Arndt, La. glyptolhèque Xi/- 
Carlsherçf, pi. 33, n" 1056 : " marbre de grain très fin scnu- de [larcellcs 
de mica. » 

i. Théogonie, vers 139-141. 

5. 'EXÀavt/.ô; 0£ toj: Kjy.XfD-a: o-zoaivS-jOa'. à-ô Kj/.aoj-oç, -jÎoo Ojpavod. 
Scholie sur le vers 139 de la Théogonie, fragment 176 d'IIellaiiicos chez. 
Charles et Théodore Millier, Fragmenlu hisloricornin graecoruin. l. I. 
p. 69; cf. Roscher, Ausfiihrliches Lexicon der griechischen und rômischen 
Mythologie, t. II, col. 1676. 

1907 8 



414 UN CYCLOPE EN IRLANDE 

-/.jy.Àcç, est identique au cercle, v.jyj.zz, du soleil, "HXioç, qui 
voit tout suivant l'Iliade et V Odyssée et aussi suivant 
Eschyle'. C'est au ciel que Kuklops, synonyme d'Hêlios, 
fabrique pour Zeus le tonnerre , l'éclair et la foudre , ses 
doublets chez Hésiode, et qui, tous trois, comme le vrai 
Kuklôps leur auteur, leur père, si Ton veut, n'avaient, dit- 
on, qu'un œil au milieu du front^. Le Kuklôps primitif est 
un géant dont l'œil seul, le soleil, est visible pour les 
humains; c'est un coureur merveilleux qui, ayant pendant 
le jour parcouru le ciel entier de l'est à l'ouest, revient la 
nuit à son point de départ-^ Le nom de ce personnag^e divin 
est Varunas, Mitras dans la mythologie védique, Ahura- 
mazda chez les Iraniens, A^uotan chez les Germains ^. 

Homère, conservant aux doublets du Kuklôps primitif 
leur œil rond et unique , augmente leur nombre , les fait 
descendre du ciel sur la terre ; mêlant la tradition mytho- 
logique avec le souvenir de la population qui a précédé les 
Indo-européens dans une grande partie de l'Europe, il nous 
raconte qu'ils habitent des cavernes, ne cultivent pas la 
terre'' et n'adorent pas Zeus, dieu suprême des Indo-euro- 
péens^. Au milieu d'eux, Polyphème est le cyclope par 
excellence : vingt fois dans V Odyssée , il est désigné par le 
seul mot Kuklôps ^ Il nous ramène à la mythologie. 

C'était suivant le poète un monstre horrible ; il ressem- 



1. "HsXtô; 6"o; Tzâvx' içopà;, Iliade, 111. '2'1 . cf. XI\', 311, 345; Odyssée, 
VIII, 271; XI, 109; XII, 323. Tov ::avd7:Tr)v /.j/.Àov 'IIXîou /.aX<7), vers 91 du 
Promèihée enchaîné dans rédilion d'Eschyle donnée chez Didot par 
Ahi-ens. p. 3; cf. Roscher, Aiisfuhrliches Le.rihnn. t. I, col. 1997. 

2. Mouvo; o'à^0aÂ[i.6; ;j.£aaft) svixciTO 'j.e-«\-('), Théogonie, vers 143. 

3. Odyssée, X, 191, 192. 

4. Roscher, Ausfiihrliches Lexicon, t. I, col. 1907. 

5. Odyssée, IX, 106-114, 122-124, 400, 40l. Suivant le poêle, vers 109-111, 
357, 35<S, la terre leur donne sans culture froment, orge et raisins ; c'est de 
rimagination. 

6. Odyssée, IX, 27.'). 

7. Odyssée, 1,69; II, l'J; X, 2U0; XII, 20!»: 1\, 296,316, 319,345,347,362, 
364, 415, 428, 474, 475, 492, 502, 548; XX, 19; XXIII, 212. 



UN CVCLOPE EN tRtANÙÈ iio 

blait non à un homme (jui manj,'-e du pain, mais au sommet 
boisé des hautes montagnes '. Il était d'une force inouïe; il 
ferma l'entrée de sa caverne avec une pierre si grosse et si 
lourde que vingt-deux chariots à quatre roues n'auraient pu 
l'emporter - ; il remuait cette énorme pierre aussi facilement 
que si c'eût été le couvercle d'un cai-quois -K Pour se venger 
d'Ulysse qui s'échappait par mer, il lança au navire du 
guerrier fugitif le sommet d'une montagne ''. Son œil unique 
apparaît plusieurs fois dans VOch/ssc'e; Ulysse le creva -^ et 
Polyphème devint aveugle*^. 

Le savant Dictionnaire des antiquités grecques et ro- 
maines de MM. Daremberg et Saglio reproduit, tome P'", 
seconde partie, p. 1695, une peinture étrusque où l'on voit 
la perche pointue d'Ulysse entrer dans l'œil rond qu'a 
Polyphème au milieu du front. Cette planche a été de 
nouveau éditée d'après l'ouvrage français dans une impor- 
tante publication allemande, VAusftihrlichcs Lexicon der 
(jriechischen und rôniischen Mi/thologie, dirigé par M. W. 
H. Roscher, t. II, col. 1685-1686. 

Le cyclope de l'épopée homérique reparaît dans la plus 
vieille littérature de l'Irlande, à cette dillerence près, que 
chez lui l'œil unique n'est pas au milieu du front et que per- 
sonne ne vient crever cet œil du cyclope irlandais. 

Ce cyclope est Gûchulainn, fds du dieu suprême Lug 
et de la sœur de Gonchobar, roi d'Ulster. Quand il rencon- 
trait un obstacle par trop supérieur aux forces humaines, 
chez lui nécessairement surélevées, j)uisque dans ses veines 
coulait le sang d'un dieu, la colère lui faisait faire des con- 
torsions terribles qui le grandissaient, le transformant 

1. Odyssée, IX, 190-192. 

2. Odyssée, IX, 240-214. 

3. Odyssée, IX, 313, 314. 

4. Odyssée, IX, 481, 482. 

5. Odyssée, l, 69 ; IX, 333, 387, 388. 453, 503. 

6. Odyssée, IX, 416. 



MO L'.N CVCLOPE ES lUI.A.NDE 

en un géant énorme. Son corps s'allong-eait tellement 
qu'entre chacune de ses côtes et la côte voisine un g^uerrier 
eût pu mettre le pied^. Ce développement de son être phy- 
sique était accompagné d'autres déformations que produi- 
sait un ensemble de contorsions, en irlandais riastar; il 
était contorsionnr, si l'on me permet ce néologisme par 
lequel on pourrait traduire l'irlandais riastarda. Dahord 
ses jambes tremblaient, tous ses membres tremblaient, tout 
tremblait chez lui depuis les pieds jusqu'au sommet de la 
tête, puis ses pieds et ses genoux passaient derrière lui, ses 
talons, ses mollets, ses jarrets venaient devant-, etc., etc. 
Nous abrégeons, cependant il y a encore trois phéno- 
mènes qui méritent d'être signalés : ses cheveux étaient 
avalés par sa tête, si l'on peut s'exprimer ainsi, en sorte 
que seulement quelques extrémités de poils noirs restaient 
apparentes'^; il faisait rentrer un de ses yeux dans sa tête si 
profondément qu'une grue n'aurait pu atteindre cet œil : il 
faisait sortir l'autre qui devenait aussi grand qu'un chau- 
dron où cuirait une génisse '. Cet œil aurait donc été bien 
grand, mais on comparait aussi la circonférence de cet œil 
aux bords d'une coupe d'hydromel '. 11 résulte de là que cet 
œil était rond comme celui des cyclopes grecs, notamment 
celui de Polyphème. 

1. Rosini iai- sudi, co taillfed fertraiji^ feroclaig oler cadi asna do Fled 
Bricrend, c. 27; Lebor na hUidie. p. 103, col. 1, 1. 6, 1 : Windiscli, /rrsc/ie 
Texte, t. I. p. 2fi6, 1. 2. 3; Tluiinovsen, Sagen uns dein ullen Irlmid, p. 3S. 

2. Ti'iin 1)6 (U'inlnije, cdilimi Wiiidisch, p. .'{(iK, 3ii0, lij;nes 2r)S9-2596: 
cf. Lehiir na hUidre, p. "9, col. 2,1.22-30; traduction do Wiiiilri-d Faraday, 
p. S9, 90. 

3. Fled liricrend, S 27. dans Lcbor na iil'iiiii', p. 103, col. 2. 1. 1-5; 
Windisch, Irixche Te.rle, t. I, p. 265, 1. 21-23 ; p. 266, 1. 1 ; cf. Zimmer. dans 
Zeilschrifl fur celiische Philoltnjie. t. 1. j». 7». : riiinncysen, Sayen ans dem 
allen Irland, p. 3S. 

1. Serfilifii' ('onciilainil, S 5, dans I.chor na lil'idic. p. 13, col. 2. 1. 17-19; 
Wiiiiiiscli. Iriscfic Te.rle. t. 1, p. 2(17. 1. 1-3. — Aiilnl (itiiH tiiaic Carhada, 
§ 10, Livre de Leinstcr, ]). lOK. col. 1.1. Il, 12; WliilUy Slnkes dans Revue 
celtique, t. XIV, p. 101. 

5. Tain hô Cfialnge. Lehov na liL'idrc.p. :)9. col. l. i. 39 ; édition O'KeefTe, 
p. 16. I. 391, 393; traduction de ^\■inilred Faraday, p. 18, 19. 



IN CVCLOPK Ei\ IllLA.NbE 117 

Un point sur lequel s'accordent les vieux récits épiques 
de l'Irlande relatifs à Cûchulainn, c'est que lorsqu'arrivaient 
pour le héros mythi([ue irlandais les moments où se déve- 
loj)[)ait sa force surhumaine, il devenait borgne ; ces mo- 
ments étaient fréquents, et de là cette conséquence que ses 
admirateurs le considéraient comme le guerrier borgne. 
Tandis que les femmes amoureuses de Conall Cernach imi- 
taient Gonall Cernach en se courbant comme lui, tandis 
que les femmes amoureuses de Guscraid le Bègue bégayaient 
comme Guscraid, les femmes qui aimaient Gûchulainn 
devenaient borgnes à force d'amour et pour ressembler à ce 
merveilleux guerrier'. On ignore si, avant d'être aveuglé 
par Ulysse, Polyphonie avait eu près des femmes le même 
succès. 

Une fois transformé et rendu borgne par ses contorsions, 
( 'ûchulainn avait une force au moins é"-ale à celle de Polv- 
phème. Bricriu avait fait construire en bois une salle à 
manger qui pouvait contenir trois cents invités et qu'un 
étage surmontait. Gûchulainn, voulant assurer à sa femme 
l'honneur d'y entrer la première, avait soulevé une paroi 
de cette vaste salle, et. en retombant, cette paroi, sans se 
séparer du reste de l'édifice, était entrée en terre à une pro- 
fondeur de sept coudées, plus de trois mètres. Bricriu, du 
premier étage, était tombé sur le fumier. Mis en demeure de 
redresser cette grande salle , Gûchulainn fit d'abord d inu- 
tiles efforts, puis recourant aux contorsions, et ayant acquis 
par elles une merveilleuse force, il réussit -. Quand sur son 
char armé de faux et sur lequel Lug, son père, l'accompa- 
gnait, Gûchulainn, faisant trois fois le tour de l'armée de la 
reine Medb, tua cent cinquante rois et un nombre énorme 
de guerriers inférieurs , il avait commencé par faire d'hor- 

1. Serglifie Conculainn, § 5; Lcbor na hUidrc, p. 43. col. 2, 1. 12-16; 
Windisch, Irische Texte, t. I, p. 206, 1. 27-31. 

2. FIcd flri'crend, § 2S ; Lebor na hUidri-, p. 103, col. 2,1. î). 10; M'indisch, 
Irische Texte, t. I, p. 266, 1. 5. 6; Tliuriieysen. Safjen aux dem nlten Irland, 
p. 38. 



118 l'area kt la basilique de mcidfa 

ribles contorsions et l'œil qu'il n'avait pas rentré dans sa 
tête était tombé sur sa joue^. Cet œil n'était donc pas au 
milieu du front comme celui de Polvphème ; mais , quoi 
qu'il en soit, Gûchulainn au moment de sa merveilleuse 
victoire était borgne, comme l'adversaire malheureux 
d'Ulysse, et il accomplissait des exploits qui peuvent, sans 
contradiction possible, supporter la comparaison avec les 
hauts faits du cyclope homérique. 



l'area chrétienne et la basilique de mcidfa, a carthage, 

PAR le R. p. DELATTRE , CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

Depuis l'envoi de mon premier rapport à l'Académie sur 
le cimetière chrétien de Mcidfa,]W continué l'exploration 
méthodique du terrain. Ces travaux m'ont permis de recon- 
naître l'existence d'une véritable area chrétienne à laquelle 
les fidèles de Carthage ont ajouté une grande basilique. 

L'area était un assez vaste enclos rectangulaire dont 
l'étendue peut être comparée à l'area païenne de Lambèse. 

Dans le mur qui fait face à l'abside nous avons reconnu 
des baies correspondant aux entrées. Toute Y area était rem- 
plie de tombes, les unes disposées en séries d'auges paral- 
lèles, les autres enfermés dans de petits enclos particuliers. 

Du côté de la basili({ue, l'area renfermait une citerne^. 

Quant à la basilique elle-même, elle a été complètement 
détruite. On ne rencontre en place dans le sol que les fon- 
dations d'un certain nombre de piliers. 11 est facile de consta- 
ter l'analogie du plan de cet édifice avec celui de notre 
basilique de « Damous-el-Karita ». L'une et l'autre église se 

1. Tliin ho Cùnliufe, I>fbor na hUidre, p. 79, col. 2, p. 60, col. 1-2 : Livre 
de Leinstcr, p. 77, col. 2. p. 78, col. 2; éd. Windisch, p. 368-387. 

2. Longue de 1 " 65, large de 3" 95 et liaule de 4 mètres. 



l'area et la basilique de mcidfa 1 1 

composaient d'une large nef centrale accostée de plusieurs 
petites nefs latérales. 

Il n'y a plus trace de dallage. Comme vestiges d'archi- 
tecture, nos fouilles ont exhumé des tronçons de colonnes, 
des bases, des chapiteaux, des débris de corniches, des 
pierres cubiques creusées d'une mortaise, des portions de 
chancels. 

Quelques terres cuites, briques, cuvette, amphores, 
portent des marques doliaires très anciennes, du second 
siècle de notre ère. Une brique à rebord porte tracé au doigt 
la lettre S haute de 0"" 115. Une autre a reçu l'empreinte 
d un sceau au nom de FELIX. 

L'état de dévastation dans lequel nous retrouvons cette 
basilique est dû, je crois, en dernier lieu, au voisinage de 
La Marsa et de Sidi-bou-Saïd. Lorsque les habitants de 
ces deux localités eurent besoin de matériaux pour construire , 
le terrain de Mcidfa leur offrit à proximité une mine d'un 
facile accès. Il semble même que les Arabes aient séjourné 
dans ces ruines avant leur complète disparition, car une 
inscription gravée sur un tronçon de colonne de marbre 
reproduit trois fois le nom de Messàoud. 

Parmi les principales pièces sorties des fouilles, je citerai 
un cadran solaire concave, un morceau de cadran plan, des 
fragments de sarcophages à strigiles et à personnages, une 
poulie en pierre, une meule en pierre volcanique. 

Un seul endroit, situé derrière l'area, nous a donné des 
lampes chrétiennes , des fonds de plats décorés de la croix 
ou du monogramme du Christ, des vases de verre, brisés, 
des poids et des bouchons d'amphore, en pierre. 

Comme bronzes, l'ensemble de nos fouilles ne nous a 
fourni jusqu'à présent que peu d'objets : une croix de la 
grandeur d'une croix pastorale d'évéque, un stylet, une 
fibule, une bague, un bracelet, une applique en forme de 
feuille de vigne, enfin des monnaies en assez grand nombre, 
grands, moyens et petits bronzes parmi lesquels il n'y a 



120 



L AREA ET LA MASILIQUE DE MCIDFA 



pas une seule pièce byzantine. Quatre monnaies trouvées 
dans une tombe appartiennent au règ^ne de Licinius et de 
Constantin. Le résultat de nos fouilles a surtout un intérêt 
épi^raphique. Nous avons exhumé présentement 3.963 mor- 
ceaux d'inscriptions. 

Presque tous les textes sont des épitaphes chrétiennes. 
Quelques lettres se lisent sur des fraj^^ments de mosaïques 
tuiH'raires. En réunissant plusieurs morceaux dune dalle 
de marbre, nous avons lu le titre de clericus (lig. '. Celui 
de virgo sacra se reconnaît sur im autre marbre. 




îf n p-^ 



> 




Parmi les symboles, outre le mono^i^ramme du Clnist 
sous ses dillerentes formes et outre la croix, nous avons 
relevé les emblèmes du navire, de l'ancre, du phare, de la 
palme, de la couronne, du paon, de la cohuube, du vase, etc. 

Comme spécimens d'épi^raphie funéraire, je donnerai ici 
quelques épitaphes, en les classant autant que possible 
dans l'ordre clironolog-ique qui leur convient. 

Parmi les épitaphes. il y en a quelques-unes en très petit 
noml)re (jue l'on peut croire païennes. Telles sont les deux 
suivantes : 



I 






i/aHKA et la liASlLIQLE iJi; -MCIDl-A 121 

1. D ' M ' S' 

Q • C O R N n L I V S M A X I 
MVS CELSINVS IMVS 
VIXIT ANNIS XXXIII 
MEN'I'DIE XVIII 
H ' S ' E ' 

Hauteur des lettres, ■" 01 ï. 

2. D • M • S • 
PVBLICIAE-RHODOPE 
NAT ITALIC-VIX-ANNXXII 
QVAE SECVTA EST- PVBLk//n;/ 

MARITET COLLI Bertum 
FECIT • FVBLlciuslll///l 

Hauteur des lettres, 0'" 012. 

Ce n'est pas la première fois que nous voyons dans l'épi- 
^rapliie funéraire de Garthage, mentionner l'orig-ine ita- 
lienne d'une épouse. Sur un marbre du cimetière des offi- 
ciales, un mari désolé s'adresse à sa jeune épouse défunte 
et, dans une épitaphe versifiée, lui dit ' : Bomn iihi genus 
est, fatum fuit ut Lyhis esses. 

Malc^ré la présence des sigles D'MS je reconnaîtrais 
plutôt, à cause de la forme du nom, une épitaphe chré- 
tienne dans l'inscription suivante : 

3. DM S- 

Q V I N 

TVLOSA 
V • A N V 

Hauteur des lettres, "' 023. 

I. Corp. insrr. hl.. \"1I1. l'JTi'i. 



122 



L AREA ET LA BASILIQUE DE MCIDFA 



Celles que je donnerai maintenant sont certainement 
chrétiennes. En voici une dans laquelle le cognomen est 
précédé du nomen : 

4. SENTIVSC^VICTORINVSC^ 

INCJPACECÎ 

Lettres de bon stvle, hautes de 0"' 27. 

Sur une plaque de marbre blanc longue de ■" TH, et haute 
de ■" 22 : 




[[XÎtVQC^NTf 



jl>V T ex U A [\î 



1 



V 



VIVENTIVSC^BARCE 
NONESIS FECIT 

FILIO SVO FELICI 
INNOCENTI FEDELI 

VICXIT ANNVI 



l 



NOS VIIII 



l'area kt la hasiuque de mcidfa 123 

Hauteur des lettres, "^ 028. Le lapicide après avoir gravé 
neuf ans, AXNOS VIIII, semble avoir corrigé une erreur en 

ajoutant à l'avant-dernière ligne NVI pour indiquer que le 
fils de cet Espagnol était mort à six ans, et non pas à neuf 
ans. 

Sur une des dalles de calcaire gris : 



EGISIA EDDEORA 
IN PAGE 

Hauteur des lettres, '" 035. 

Dans cette inscription, Y oméga qui accompagne le mono- 
gramme du Christ est renversé. Ici encore nous avons le 
nomon et le cognonien avec la simple formule IN PAGE. 

Une dalle de marbre bleuâtre porte aussi une épitaphe de 
style primitif : 

7 . Colombe 
loitnicc à gauche , 
tenant au bec un rameau d'olivier. 

PRIMVLVS 
IN PAGE 

Hauteur des lettres, 0'" 0t2. 

Les inscriptions suivantes offrent des formules funéraires 
moins primitives. 

Sur une dalle de calcaire gris : 

8. FELIGIA 

FIDELISIN 

PAGE 

Hauteur des lettres, 0'" OGo. 



12 i l'area roT la iîasiliqle de mcidfa 

Sur une plaque de marbre blanc : 

9. Q.VIRILLVS FIDELIS 
IN PAGE VIXIT AN L 

Hauteur des lettres, 0"' 02o. 
Sur une dalle de calcaire gris : 

10. GAMPRATIVS FI 
DELIS IN PAGE VIX 



IT A LXV DP NON 
IVLIASCJ 

Hauteur des lettres, 0'" 045. 

Un fort petit nombre d'épitaphes débutent par la croix 
monogrammatique. Toutes sont d'ailleurs brisées. En voici 
une gravée sur marbre blanc : 

11. P FORTVNA YlDelis in pace... 
Hauteur des lettres, '" 078. 

Il en est de même des épitaphes commençant par la 
croix. Nous en avons trouvé un grand nombre, toutes en 
morceaux. Je dois en dire autant des inscriptions grecques. 
Comme spécimen, voici une double épitaphe latine : 

12. + BENENATVS Yidelis in pace... 
BONISINIA FIDE//.f in pace.... 

Hauteur des lettres, O'" 03. 

Telles sont les dilTérentes variétés dépitaphes recueillies 
dans nos dernières fouilles. 

Il nous reste encore à explorer une partie de Pemplace- 



L aRi:a et la liAsir.iorK dk mcIuka 



i-ll] 



ment de la Basilique et à déblayer une vaste construction 
souterraine, aux voûtes ellondrées. Cette dernière est conti- 




nue à Vareu et nous réserve sans doute quelque surprise, 
car elle ne paraît pas avoir été une citerne. 



126 l'area et la basilique de mcidfa 

Nos fouilles de Mcklfa, outre le grand nombre et la 
variété des épitaphes qu'elles nous ont fournies jusqu'à ce 
jour, permettent de fixer sur le plan de Carthage un nou- 
veau point, correspondant à une des basiliques les plus 
anciennes, antérieure, je crois, à la prise de Carthage par 
les Vandales. 

J'ai réservé. à la lin de ce rapport une place particulière 
pour la description d un bloc de grès tendre sur lequel une 
main assez inhabile a voulu graver deux fois lalphabet 
(grav. p. 129). 

Le bloc primitivement rectangulaire a perdu une partie 
considérable de ses angles et est devenu presque informe. 
Il mesure "' o2 de longueur, "' 42 de hauteur et '" 28 
d'épaisseur, 

La face qui porte l'inscription a été entaillée ou plutôt 
usée, dans sa partie supérieure, pour obtenir une surface 
assez bien dressée. On a peut-être ainsi ell'acé une ou plu- 
sieurs inscriptions antérieures, car la pierre est considé- 
rablement entamée. L alphabet qui se lit dans la partie 
supérieure est disposé sur trois lignes. 

Le lapicide semble avoir gravé d'abord la ligne médiane 
de A à M. Il a continué au-dessous par cjuatre ou cinq 
lettres dont l'ordre ne paraît pas régulier; entin à partir 
de R il a gravé les dernières lettres au-dessus de la ligne 
principale. 

Le premier alphabet se présente donc ainsi : 

13. RST///X 

ABCDEFGHIK M 

o N ////// p a 

La hauteur des lettres varie entre U"' 02 et '" 03. 

Le second essai d alphabet se lit dans l'angle inférieur 



LIVRES OFFERTS 127 

de la même face de la pierre. Mais on ne distin<jue plus que 
quelques lettres : 

abcDEY G Hl 
k l m }^ O ? q r 
s l 

La hauteur des lettres est la même que dans l'autre 
alphabet; elles sont toutefois moins profondément gravées. 



LI\RES OFFERTS 



M. Gagnât offre à l'Académie, de la part de M. Mispoulel, deux 
brochures intitulées : l'une, Vinscripdon d'Aïn el-DJemala (extrait 
de la Nouvelle Revue hisl. du droit); l'autre. Lu lex nielidlix dicta 
récemment découverte en Portugal (extrait de la Revue générale du 
droit) : 

.. Dans le premier travail, M. Mispoulel étudie l'inscription trouvée 
et commentée par M. Carcopino et qui comprend, on le sait, trois 
parties: une pétition, un serino procuratorum et des lettres de fonc- 
tionnaires. M. Mispoulet est d'avis que, malgré les apparences, ce 
fiermo n'est pas une réédition pure et simple de celui (jui était gravé 
sur l'autel d'Aïn-Ouassel : il y a en effet îles indices de divergences 
entre les deux textes ; dès lors il faudrait renoncer à l'espoir de 
restituer intégralement les faces II et III de notre inscription, ainsi 
que l'a tenté M. Carcopino, et se contenter d"une restitution par- 
tielle. Kn outre, la face à laquelle le premier éditeur a attribué le n" 4 
doit se placer, d'après lui, en tète. Grâce à celte disposition et à une 
définition rigoureuse de l'expression sernio procuratornni, il a tenté 
de rendre au document sa véritable physionomie et den préciser le 
caractère et la portée. G'est ainsi (pi'il a pu en tirer : 1" la restitution 
complète de l'inscription d'A'in-Ouassel dont il donne une nouvelle 
édition; 2» une connaissance plus exacte de la lex Manciana et de la 
lex Hadriana; 3" enfin la détermination du rang et des attributions 
des divers fonctionnaires domaniaux mentionnés dans nos documents 
et parmi lesquels on fiiit figurer à tort l'a rationihus. 



12S LIVHKS OtTERTS 

(i En passant à la deuxième élude, M. Mispoulet ne chanf^e pas de 
sujet : c'est toujours d'un domaine impérial qu'il s occupe ; seulement 
il ne s'agit plus ici d'une exploitation agricole, mais d'une exploita- 
tion industrielle, d'une mine. La nouvelle table, bien qu'elle se 
rattache par un lien étroit à celle qui fut découverte au même endroit 
en 1876, s'en dislingue parla forme et par le fond. L'ancienne est la 
lex lucalionis conductionis, la nouvelle la lex melallis [vici Mjjascensis^ 
iliclu, nom qui est fourni par la première elle-même. Notre lex con- 
tient les règles relatives à la concession et à l'exploitation des mines 
d'argent et de cuivre de ce district ; on peut la considérer comme le 
statut-type a[)pliqué à toutes les mines de même nature. D'après ce 
régime minier jusqu'ici inconnu, les concessionnaires jouissent d'un 
droit tout à fait semblable à celui des cultivateurs qui ont défriché 
les terres d'un saltim : la moitié du produit de la mine leur appar- 
tient, l'autre moitié est réservée au fisc. Notre texte appelle les con- 
cessionnaires coloni. Ce sont en effet des colons partiaires avec Jus 
perpeluum. 11 en résulterait que, contrairement à l'opinion courante, 
les Romains ont connu, tout comme le législateur de 1810, une pio- 
priété de la mine distincte de celle du sol. En terminant, l'auteur 
signale un curieux code minier en vigueur au xiv'= siècle dans une 
])etite république de Toscane, où il retrouve les dispositions princi- 
pales du statut portugais. » 

y[. B.\UELON otTre le troisième fascicule du Catalogue de la Col- 
lection Martin le Roi/ : 

Les bronzes et objets divers, par Gaston Migeon; Les meubles, par 
Louis Metman (Paris, 1907, in-fol.). 



/,r (l('r;inl. \. l'icMih 



MACU.N, l'HOTAT KHKHKS, LMI'HI.MKUKS 



COMl'TKS HKNDUS DKS SKANCKS 

DE 

L'ACADÉMIE DKS INSCRIPTIONS 
v:v Bi]iJ.H:s-Li/r'nu:s 

PENDANT L'ANNÉE l'JUT 
PRESIDENCE DE M. SALOMON m: IX ACII 



SÉANCE DU !•• MARS 



l'RESlOENCli I)L M. S. RKINACIl. 

M. S. lliiNACii essaie d'rtalilii' (|iu' l'aigle de Promélhée clait, 
à rori^iiie, raij^lc promelheua, c est-à-dirc « prévoyant » et 
« prolecleur ». Les Grecs priiiiilils clouaient des ailles au-dessus 
des portes pour se préserver des inlluences mauvaises, en parti- 
culier de la foudre, (^nninie beaucoup de sauvages de nos jours, 
ils c-rovident aussi {[u un oiseau de haul vol a\ai( dérobé, pour 
l'apporter aux homnies, le l'eu du Soleil, (bi imi \iiiI à considé- 
rer comme un chàlimenl el niu' expiation reni|)I.M prophylac- 
tique du cfu-jjs de Faillie. (Juaiul , à une épotjue plus récente, 
Promélhée tut conçu comme un homme, les éléments dont il a 
été rpieslion donnèrent naissance à son mythe; Taii^le lui-même 
ne disparut pas de la léj;cnde; mais, de victime, il devnil bour- 
reau. 

.\L\L Lkkhot, Ph. Hergi:ii el l''oiCAin présentent à ce sujet 
fjuelcpies observations. 

l'.to: 9 



1.30 



Li\ KKs uffi-:kts 



M. (IxGNAT olTre à rAcadéniie, de la part di- M. Emiii. Rodocanachi, 
un volume inlitulc: La femme ilalienne à l'époque de l.-i nrn.iisa.-incf 
(Paris, Iluchello, 1907, in-4°, 438 pages) : 

« Le li-ès vdliiiiiincux el très savant volume i\\\r M. Rodocanachi 
vient t\o |)iihliei' conticiil inie élude de la femnu! ilalienne depuis sa 
naissance el pendant toute la durée d<> son existence. Le |)ri'niier 
chapitre nous fait connaître les cérémonies (jui suivaient l'accouche- 
ment, celles du baptême, tel ([iiil était alors pralinué, les soins maté- 
riels donnés aux fillettes p.ir leurs mères et sui Inul p;ir leurs nour- 
rices, la première éducation, généralement assez rude, qu'elles rece- 
vaient de celles-ci, leurs jeux , leur instruction dans les couvents ou 
à la maison, et la vie imposée aux jeunes lilles jusqu'à l'époque de 
leur mariage. Dans le second chapitre, nous assistons aux fiançailles, 
à la conclusion du contrai, :"i 1 a[)port de la dot; laideur nous expose 
les difTérentes coutumes locales relatives aux mariages, les détails des 
noces, rimportance des cadeaux el des trousseaux, les règlements 
som[)tuaires qui furent édictés pour vn coud)altn> le luxe, (leci 
l'amèue à nous décrire eusuile les costumes el les habillements de 
louU' sorle, inventés à celte ('poiinc par la coipiel Iciie ft^minine, les 
modes, les parures. Puis, passant à la \ ie journalière, il nous monli-e 
les divertissements des femmes, les relations mondaines qu'idles 
entrelenaienl , la constitution de leurs maisons et de leur domesti- 
cité; il y a dans ce chapitre tout un |i.\ragiaphe tir> cuiieux sur les 
esclaves femmes, (pii existaient alors au service de toutes les classes 
de la société, même bourgeoise, el jus(pu' chez les ecclésiaslicpies. 
Une cinquantaine de pages traitent de la condition légale de la femme 
el de son influence; on y voit <[u'en Italie comme ailleurs il y avait 
désaccord entre la loi ipii Itailail la t'euiine assez durement el les 
mœurs que lui donnaient une inlluence souvent considérable. 

H In long api)endice (60 pages) rejnoduit des documents justifica- 
tifs très précieux, réunis de tous cotés par lauleur : inventaires, 
règlements, pièces notariées, jugements, etc., même des passages de 
poètes ou de |)rosateni's. l)e belles el nombreuses giMVures enri- 
chissent le lra\ail. M. Rodocanachi ayant voulu trouver dans les 
œuvres d art , tableaux ou eslam])es du tenq)S, la confirmation et 
réclaircissement de ce que lui enseignaient les textes imprimés ou 



LiVHKs ()FFi:ins I;{1 

inaïuiscrils ; les uns cl les iiutics se coiiiiilrtciil ;i miM'vt'illc. Iiii|ircs- 
sion et illuslr;ilii)ii sont des |>liis s()iuiu''es. » 

M. lli';it()N ni-: Vii.i.kkossi: (U'iiosc sur le I)uri'im tli' rAcadémio un 
iulicle (loul il est l'auteur, iiililulr ; /,<■ Silr/ie ilf NarJjoniie, avec une 
planche iexlr. de la irviu' l'ro Alcsin. n" îi). 

M. S. Hkinacii a la paioli' [)()Ui' un ln)iiiina;^c : 

H ,I'ai riioMUi'Ui' d'olTrir à rAcadémic, de la pari de noire cones- 
[Kindanl M. i''ian/. Cnnionl, un vDJnmc (|u"ii xicnl de |iul)liei" sous ce 
titre : /.'"s n'/it/iniis orientales (l.ins le paijanisnn' romain. On y trou- 
vera la sid)stance des lec^'ons qu'il a [H'ofessées, sur ce vaste sujet, au 
Collège de France (l'ondalioa Michonis el à Oxford (Nibhul Trust). 
L'auleur a complété son exposé oral par des notes très érudites qui, 
inii>iinu''('s à la suite du texte, s'adressent aux savants de profession. 
Ce n'est pas iiue ces derniers n'aient beaucoup ii apprendre des 
le(,'ons si claires cl souvent si neuves de M. Cumont. L'histoire de la 
propagation des cultes orientaux à travers rKm[)ire a été plus d'une 
fois racontée, mais jamais encoi-e avec une telle sùi-elé, une telle 
al)<)ndanc(' d'infornialions de |ireniièr(' main, ('.ultcs de (lyljèlt-, de 
Sérajiis cl d'Isis, de la déesse Syrienne, mazdéisme, astrologie, 
magie, toutes ces questions sont mises au point el reliées entre elles 
par une idée générale fort juste, (pie M. Cumont a énoncée ainsi dans 
sa Préface : « Les cultes pa'iens de l'Orient favorisaient le long effort 
de la société romaine, qui se contenta d'une idolâtrie assez plate, vers 
des formes plus élevées el plus profondes de la dévotion. » Ce (pii 
caractérise ces » formes plus élevées», est, d'une part, le dévelop- 
pement de l'idée de pureté, à la Tois rituelle et morale, de l'autre, la 
précision et 1 importance des croyances eschaloiogiipies, très effacées 
dans le paganisme officiel. Ainsi le paganisme lui-même appaiail à 
M. {Cumont comme le résultat d'une longue évolution qui commença 
à faire sentir ses etfets dès l'époque liellénisLicpie, lors il'un premier 
conlact de la culture grecque avec la théologie barbare. Si le christia- 
nisme a des points communs avec le mitlirianisme, c'est qu'ils 
remontent l'un et l'autre, en dernière analyse, aux mêmes concep- 
tions religieuses nées sur le sol de l'Asie. » 



132 



SÉANCE DU 8 MARS 



l'RliSIDKNCK Ul- M. S. RlîINAClI. 



M. DE VoGL'É donne des nouvelles de l;i mission de M. ("1er- 
monl-riJinneau en l'ij^ypte. 

Après un comilé secret, le PRÉsinENT annonce que lAcadéniie 

vient de nommer M. Henri Kern, professeur honoraire de il ni- 
versité de Levde, à la place d'associé élran<::^er laissée vacante 
parla mort de M. Ascoli, à Milan. 

M. CiiAVANNES donne lecture du i-apporl suivant : 
« La Commission du piMX Stanislas .lidieii a décidé de décerner 
le j)rix à MM. Avmonier et (lahaton poni- leui- diclioiniaire cam- 
français, mais en prélevant sur le moulant de ce prix une 
somme de cin([ cents francs cpii sera attribuée à titre de récom- 
pense à M. I.unet de I^ajonquièrc pour son ouvraj^e intitulé : 
El/ino(/r;iphie du Tonkin seplentrional. 

M. Il \\i r luoidi-c. pai- les vers de Piaule et par la prose nié- 
tri(pic de (liciMoii, (pic la seconde syllahe est brève dans ^ecH- 
Lihis, tandis (pi'cilc t'sl longue (lan> /jcculiiini. Il exjjlique 
ensuite nocicius" nou\cau ncimi ■■ counnc venant de /»or».s et de 
vicus. I7cus, en laliii pi-('lii>loiiipic, auiail sii;iiilié » maison •> au 
sens lar^t' 'imnson patriarcale C(unine le i;rec oV/.o;. M. lla\c( 
montre i-iilin ([iic Piaule, à la troisième |)ersoniic plurielle du 
pariait, ('■\'ilc en principe la lermiiiaiMUi rrc (le\aiil consonne. 
QueUpiefois il la clioi-il pour de> rai^oii^ de im'l iiipic. Dans un 
ver< (V /'Jj)idi(/iic , il remploie pour p.nudier nui' i'ormnle jiiri- 
(lupie. Dans un \ei> du ('.nrlhitijuiins^ il vcmhic ipiil l'ait choisie 
pour donner ii son capitaine fanfaron le Ion de la Iraj^édie, 

M. l'diiioiid Porrii;it commence la lecture d un mémoire sar 
des vase> de style invcéiiicn. lioii\i'> en (".rele et à (Chypre, 



SÉANCE m 8 MAHS 1907 133 

acquis |);u- le Mii-i'c du I.ounic. Il >"ai)i)Ii((uc à inlerpréler lor- 
nemcMilalioii tk- ces poteries et les idées religieuses (|ui s y ral- 
laclienl, en pretianl pour base les décmnerles récentes de (h-èle, 
d'Ki^vple. de Cdialdée et de Susiane. 



LI\HKS OFFKHTS 



Le SkciuViaiuk pehphtii i. (Irpose suf le liuroavi le tome XXIIl tlf 
Vllisloire lilhh-airc <k la France (Paris, l'.H)Ci, 111-4°). 

l>o Sechktaiue pfupétuel oITre ensuite, de la part dv M. k- duc de 
L()ui)at, fonespoiulant de l'Académie : 1» dix-huit brochures japo- 
naises coloriées, représenliuil des costumes, des étoffes, des per- 
soiiiiaj^-es aiu'it'ns; 2" un l'xciiiidairc de la Iraihuiiou par M. GafTarel 
(lu .. De Orlic Novo .. tk- Pierre Martyr (l'Anj,diiiMa, dont M. le duc 
(le Loidjal a facilité la publication ; et de la part de notre confrère, 
M. le duc m: La Trémoïli-e, le tome VI de son ouvrage intitulé : 
Madanu- dos l'isins cl la succession d' Espagne, fragments de corres- 
pondance (Paris, 1907, in-4''). 

M. Omont dépose sur le l»ureaii son Inrcnlairc sommaire des nou- 
velles ai(/iiisitions du dépnrlemenl des inanuscrils de la Bihliulhèque 
nationale pendant les années li)0:i-li)06 Paris, 1007, in-8" ; extr. de 
la liililiothèiiue de l'Ecole des Uiartes). 

M. 1U-: V()(.iÉ offre à l'Académie, de la part de l'auteur, M. René 
Dussaud. un volume auv Les Arahes en Si/rie avant l'Islam. 

(Test l'histoire des migrations arabes en Syrie, qui lieniu-nl une 
si grande place dans le déveloiipement des États éphémères, naba- 
léens, pabuyréniens, ghassanides, etc., successivement nés et dispa- 
rus sur la limite de rEmjjire romain et du grand désert de Syrie. 
M. Dussaud a surtout tiré ses renseignements des inscriptions et 
principalement des textes safaïticpies dont il a, par ses voyages et 
ses recherches, tant contribué à augmenter le nombre et à assurer 
le déchiffrement. 

M. i.Aitnois DE JiitAiNvii.i.K a la parole |)our un lioniniage : 

« Li- D' .loliii Uliys, principal de .lesus Collège, ex-professeur de 



134 SÉANCE Di: 1") MARS 1907 

celtique à l'Université dOxford, m'a pi-ié d'ofTrir de sa part à TAca- 
démie son mémoire intitulé : The Celtic Inscriptions of France and 
Ilaly. C'est un recueil aussi complet que possible des inscriptions 
celtiques découvertes jusqu'ici en France et en Italie. L'érudit auteur 
avait déjà fait paraître plusieurs iin[)ortants travaux sur les inscrip- 
tions celti([ues en caractères og-amicpios recueillies dans les Iles Bri- 
tanniques. Le présent mémoire contient ([uarante-trois numéros. Un 
recueil analogue avait été publié il y a vingt ans par notre savant 
confrère M. Whitley Stokesaux pages 42-69 de sa Celtic Declension. 
M. Rhys ajoute onze inscriptions à colles (jue M. Whitley Stokes 
avait connues. La plupart de ces onze ins('ri[)lions avaient paru posté- 
rieurement à la date du recueil de M. Whitley Stokes dans diverses 
publications, nolaiiiment dans le tome XII du dorptis Inscriplinnum 
lalin.inini doni l'auteur est notre conlVère M. ()lto llirschfeld. 
M. Rhys, ne se contentant pas de reproduire la lecture de ses prédé- 
cesseurs, a été sur place les vérifier; il propose un certain nombre de 
lectures et d'interprétations nouvelles. Nous signalerons [)ar exemple 
ce que, p. ">G, il dit du Mercure de Lezoux(Puy-de-Dôme), aujourd'hui 
au Musée de S.iint-Germain qui s'est tant enriehi sous l'administra- 
tion de M. Salomon Heinach. Serait-ce bien VEsns des Gaulois? 
Tentâtes horrensf/ne feris allarihus Ksus, a dit Lncain, I, 445. Ce 
Mercure a deux inscriptions : lune, Mercurio aiir/usto sacruni, a été 
publiée dans h- <:. I. L., t. XIII, n" 1514; l'autre inscription, passée 
sous silence dans ce savant recueil, serait une dédicace gauloise à 
Esus. » 



SÉANCE DU 15 MARS 



l'RHSIDENCE UK M. S. HKINACM. 

M. le Ministre <K' liiistruclion pul)lique , des beaux-arls et 
des fuites adi'csse ;i I Académie rani])lialinn d'un (léerci en date 
du 11 mars, par leciuei M. le Pi-ésidenl de la Ré|iul)li(|ue a 
approuvé l'élcctinn, comme associé étranger, de M. Henri Kern, 
à l'Ircchl. en renipiaccinenl de M. Ascoli. décédé. 

Sur le- iiid icatiims de M. Saint-Clair IJaildcIcy, le sa\;uil 
liishincn aiiglai-, M. ( iaucklcr, \ient de i'i'lriiu\ cr dan> la villa 



LE BOIS SACHK DE LA NY.MI'IIE FLKRINA 13o 

Sriarra, située h Rome, sur le versant oriental du .lanic ule, en 
face de lAventin, cl a|)]);irlcii;uil à un riche nméricain, M. Wurts, 
les restes du luciis l'nrruuc, où se tua Caius Gracehus. Les 
découvertes faites (hiiis cette villa lui ont permis de déterminer 
l'endroit précis où pnl lin la (icsluiée (raj^icpie du célèbre tribun. 
Elles li\ci"il rcniplaccniL'iil du liiciis I-'iirriii.c cl imus éclairent 
sur le caractère de cette déesse, nymphe latine, cl non |)as furie 
à la niaiiièi'c des Erinnyes «■•recques. Elles prouvent cpie ce sanc- 
tuaire fui, à répocjuc impériale, alFecté au culte de divinités 
syriennes, Jiipiler kcrnunnis, Jupiter Ileliopolifaniis, Adada.<!, 
Jupiter Maleciubruilis , ce dernier incoiuni jusqu'ici et que 
M. Gauckler a identifié avec le dieu local Malec) de la ville 
syrienne de Inhrudu. 11 i-este à déf^ajicr l'édifice lui-même, doul 
on relronverail cerlaiiieinenl des vcstij;-es importants en 
déblayant les couches de terre meubles, qui, en le recouvraiil, 
l'ont .préservé. On peut espérer que rimi)ortance des premiers 
résultats acquis décidera M. \\ urts à cnlreiirendre, dans sa belle 
villa, des fouilles dont le succès est assuré '. 

M. PoTTiER continue la leclnre de son mémoire sur des vases 
mycéniens de Chypre. 

MM. S. RriNAcn cl IIamv présentent quelques observations. 



COMMUNICATION 



LE lîOIS SACRE DE LA NYMPHE FURRfXA HT LE SANCTUAIRE 

DES DIEUX SYRIENS, AU .l.\NICULE, A ROME, 

l'AR M. l'AUL GAICKLHK, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE. 

Les inscriptions qui font l'objet de cette note m'ont été 
montrées par M. Welborne Saint-Clair Baddeley, le savant 
médiéviste anglais, auquel revient le mérite d'en avoir le 
premier reconnu l'intérêt. Grâce à son obligeante entremise, 

1. Voir ci-après. 



136 LF BOIS SACRÉ DE LA .NYMPIIi; FURRINA 

M. Wurts, le propriétaire actuel de l'ancienne villa Sciarra 
où ont été trouvés ces textes inédits, m'a fort gracieuse- 
ment autorisé k les étudier sur place et à en offrir la pri- 
meur à l'Académie des inscrijîtions. Je suis heureux de 
pouvoir les remercier ici, l'un et l'autre, de leur précieux 
concours, et je me fais un devoir de reporter sur eux l'iiun- 
neur des importantes découvertes dont ils ont bien voulu 
me faciliter la publication '. 

La villa Sciarra s'étend sur le versant oriental du 
Janicule. en face du mont Aventin, dans un site admirable 
qui domine immédiatement les bas quartiers du Trastévère, 
et d'où la vue s'étend au loin sur le panorama de Rome, 
la campag-ne et les monts Albains qui l'encadrent. Le parc, 
silencieux et solitaire comnu' un bois sacré, étale ses mvs- 
térieux ombrag-es de cèdres et de plîdanes séculaires, ses 
massifs de buis aux formes bizari^es, ses bosquets toutfus 
que traversent des sentiers sinueux, sur une aire très acci- 
dentée (jui dévale rapidement vers le Tibre. Un l'aviii se 
creuse en son milieu, aboutissant vite à un circjue d'éro- 
sion d'une quarantaine de mètres de diamètre, dont les 
pentes abruptes convergent vers un centre d'alfouillement 

1. Aviiul (k- me sij^iiiilci' les I loiivaillcs de lu \ill.i Sciai'ra. M. Saiiil-( llaii- 
Baddeley les avait annoncées au Times, dans une Icltrc (|uc If jouiMial lon- 
donien pnhiia le 15 mars 190", le jnnr même ni'i la présente mite était coni- 
nnmi<(née à l'Ai'adémie des inscriptions à l'aris:je crois nécessaire d'en 
rcprotlnire ici le passaj^c essentiel : 

" To tlie l'>dil(M- of llie Times. — Sir, invited by llie owners of tlie latc 
« \'illa Sciarra Mr. and Mrs. G. W. W'in't/. to cnnn- and examine some 
Il inscrihed stones l'ound mi a pmtiim of llK'ir i;rouniN al a ileplli ot' 
Il 16 En},^lisli feet, an nnc\|)fctc(l snr|)rise awaili-tl tlic ^^riter. \\hicli will. 
Il perhaps, enable arcliaeoloj,'isls to delinilely set Ile anotliei' point in Uom.m 
Il classical topoj^raphy. One of thèse stones, a mailiK allar Oi cm. x 37 cm.) 
Il decf)rated villi masks of salyrs, hirds, ^■■arlands and hni-ranii. hears npon 
« it an inscri|)t ion in (ireek, sliowinj; il to hc dedii-ated by conimand to 
Il tlie goddcsses Artcmis anil llie Sidonian Kiipris) Venns, and lo the 
Il nymplis l'nrrines... >> 

M. Saint r.jair Baddeley ne donne pas d'antres ili'-lails sni- les lrou\ailles 
faites dans la proprieti'' W'niis. Il se boiMie. dans la lin de sa lettre, à repro- 
duire les renseij,'nenu'nts ipu- nons foui-nisseid k's antenrs anciens sur la 
déesse Ftirrimi et sin- son liicus, on vint mourir (^aius Gracchus. 



IA-: MHS SACRK \)K I.A N\MI'III. llliHlNA 



i;n 



qui trahit la présence d'une source cacliée. (^-t hémicycle 
devait être autrefois plus proloïKl d'une di/.aine de mètres : 
les apports de la montag-ni' l'ont en partie comblé, aveu- 
glant le point démeri^ence de la nappe souterraine, qui ne 
se déverse plus maintenant que pai- d'invisibles iidillra- 
tions, et recouvrant d'une épaisse couche d alluvions les 
travaux d'aménag-ement (pii protégeaient certainement la 
source à l'époque roiuaine. De cette captation antique dont 
je n'hésite pas à alHrmer l'existence, il ne reste naturel- 
lement aucune trace apparente à la surface du sol moderne : 
mais elle doit exister encore tout entière à 5 ou ('» mètres 
de profondeur. C'est à ce niveau, en ell'cl. (ju au mois de 
juillet lî)0(), en creusant, au centre même de l'hémicycle, 
les fondations d'une maison de garde, l'on rencontra dans 
les tranchées un groupe de morceaux d'architecture, de 
sculptures et d'inscriptions, présentant tous entre eux 
d'étroits rapports, et ([ui semblaient être demeurés en place 
dans les ruines du monument auquel ils appartenaient. Les 
terrassiers qui défonçaient le sol pour le compte de 
M. Wurts, alors absent de Uome, n'étaient pas des archéo- 
loarues ! Ils se contentèrent de retirer de terre les blocs de 
marbre de Carrare qui leur barraient le passage, gênant 
l'avancement des travaux, et ne prirent aucun souci d'explo- 
rer les régions adjacentes, ni d'élargir le chîuup tles l"oiiill(\s. 
Dès que les tranchées eurent atteint le rocher. Ion com- 
menta les fondations, et l'on eut vite lait de recouvrir le 
gisement archéologicpie dont elles avaient révélé l'existence 
et la richesse, d'un bâtiment tout neuf, solidement maçonné, 
et qu'il faudrait commencer par démolir si Ion voulait 
reprendre l'exploration nudliodique du sous-sol. 

Les débris antiques, ainsi recueillis par hasard. [)ro- 
viennent d'unéililice (pii devait être de dimension restreinte, 
mais d'uiit' grande élégance. Ils sont tous sculptés avec 
soin dans des blocs de travertin local, ou de marbre blanc 
k grain lin, tiré des carrières de (larrarc Leur surface 



l.'iS l.K imiS SACRK DK F.A NY^IPIIE FTHRINA 

est recouverte d'une couche de concrétion calcaire, épaisse 
et résistante, comme si, au moment de l'écroulement de 
lédifice, ils avaient été précipités au fond d'un bassin, et 
avaient séjourné long-temps dans une eau très chargée, La 
plupart sont de simples morceaux d'architecture : fût de 
colonne, console, fragments d'entablement richement mou- 
lurés. L'un de ces derniers présente, sous une corniche, 
une inscription dont il ne subsiste plus qu'une lettre à 
demi brisée, (jui paraît être un M. Trois grands linteaux 
en marbre blanc, polis avec soin sui- deux faces adjacentes, 
les seules (jui devaient être visibles, tandis que les deux 
autres, proJjablement engagées dans la maçonnerie, ne sont 
que dégrossies, paraissent provenir du couronnement d'une 
murette de terrasse ou de bassin polygonal plutôt que 
d'un épistyle ou dune architrave, comme l'a supposé 
M, Gatti, qui a déjà publié l'un d'eux '. Tous trois 
présentent sur l'une des tranches apparentes et polies 
quelques lettres grecques de hauteur uniforme (0™ 055), 
disposées d'une manière identique, et se rapportant 
peut-être à un seul cl même texte. Mais il faut remarquer 
que les mots qu'elles forment sont isolés l'un de l'autre par 
de larges vides, comme si le linteau sur Iccjuel eUcs sont 
gravées avait été masqué de distance en distance par des 
piliers, ou par des piédestaux appliqués contre la paroi. 
Voici la description de ces trois fragments : 

I" Linteau de marbre blanc, long de 1 '" SO, haut de '" 22, 
épais de '" MO. Lettres de '" ().').'). J'Jji.silonn lunaire. Large 
vide à droite ; point terminal après le mot : 

nOYAYBOT€IPHY ..-oX-jgÔTsipa. 

Il" Linteau de marbre blanc, long de 2'" 15, haut de 0'"22, 
épais de 0'" '{". Lettre de ()'" 055. l'ipsiloiiu et si(/ni;i hmaires. 

1. (ialti, Xiiiizic fleffli Sr.iri, llioii. ji. îîK et siiiv. 



ij; itois sxr.ni: dk i.a nvmi'iii: ri kiu.na 139 

Point de séparation avant les [)reniièrês lettres. Larges 
vides ;i droite et à i^'auche : 

V K A I T O Y C M 6 N . IwA to.!;; aÈv. . . 

IIl" Frai^-nient d'un linteau retailh". La jiartie supérieure 
est bombée comme un couvercle de malle. Le bas est coupé 
en iiiseau. Lonii^ueur, 0"'.^)7 ; hauteur actuelle : 0"'OiS; épais- 
.seur : O'-liO. Hauteur des lettres : 0'" O.'iS : 

Y H K O ...ôur,xo[oç].. 

Ces trois hunbeaux épigraphiques se rapportent ii un 
sanctuaire, comme le prouve la mention d'un sacrilicateur 
(6ur,-icss?). Ils ne nous apprennent rien de plus. 

IV" Beaucoup plus explicite, au contraire, est une autre 
inscription sjrecque, qui fut trouvée au-dessus des précé- 
dentes, et que M. (iatti a décrite en ces termes dans les 
Xofizio ilc;/li Sc'aiù ' : 

« liegione XIV. — In via Dandolo. al Gianicolo, nella 
« proprietà Mussi- — antica villa Sciarra — è stato tro- 
« vato un lastrone quadrato di marmo. grosso 0"' 30, che 
« misura 1 '"16 per ogni lato, e sul quale leggesi, a grandi 
« caratteri : 

A6CM0C OnOOC M A////////// / 

POC 0YMA 06OIS nAPOXo'.s- 

@ 

ON AH TAIGONAC AEinNO 
KPITH C C^ 60€TO 

(( (^uesto marmo era stato adoperato per i'ontana, e lia nel 
« mezzo il foro per il gctto dcll acqua. L'iscrizione. assai 
<( corrosa nella parte destra per incrostazioni, allude ad un 



1. Cf. Ciilli. iliiil.. p. -J'i.s. 

2. I.iro " \\'iii't-i" : il y a t'\i(l(Miinit'nl i<-i iin<' cii([iiilli' ilimpiiiiu'ïM'o. 



liO 



LE BUiS SACRE DE LA .NYMPHE FURRINA 



« sacrificio agli dei r,y.^'oyzi, che una persona di nomi 
« Gaioiias aveva stal)iHlo dovorsi fare nei convili da lui 
<( presieduti. >> 

L'inscription est i^ravée en caractères grecs, hauts de 
0"'06r) et très nets, sur un bloc massif de marbre blanc, de 



I 




loiine caiivc, mesurant I '" 2(1 de cùlé, et 0"'2!l de hauteur. 
Tout ;iulmir, sur la Iranclic, lèi^ne une moulure concave, 
imiiormc «t très simjjle. \\\ milieu, se creuse un troutron- 
conicpu" mesin'antO"'IS de (liimirlic ii loiiliet- el (l"'(Mi .seule- 
ment .ni Iniid. s'évasanl vers rextérieui'. Le nii.nolilhe est 



LE BOIS SACRÉ ni', I.A WMl'Ili: FIRRINA 141 

évidé vu (K'ssoiis comme un couvercli*, et semble avoir été 
destiné à dissimuler un massif de l)l()ca<^e, qu'il coiiïait. 
pour ainsi dire. Ktail-il déposé horizontalement sur le sol, 
ou. au contraire, dressé verticalement? Dans. le premier 
cas, il eût pu servir de supporta une vasque, d'où jaillissait 
un jet deau au centre dun bassin. Mais la disposition du 
texte qu'il présente sur sa lace principale, semble indiquer 
plutôt qu il était appliqué contre un mur, et encadrait une 
bouche de fontaine qui le traversait en sou milieu. J'ai 
réussi, à laide d'une martelette, à débarrasser l'inscription 
de la couche calcaire qui la dissimulait en partie ; elle doit 
se lire de la façon suivante : 

A€CMOC OnOOC KPAT6 Ascraic; ômo,- y.cxzzzo^ (i-ju.x 

POC 0YMA 06OIS nAP€XOI O£0?ç zapÉ/o-., ôv oq raicva; 
(O) 0£t7:voxo''TT,ç sOeto. 

ON AH rAIGONAC A€inNO 
KPITHC C^ €06TO 

A la fin de la seconde lig"ne, la barre transversale a été 
omise au milieu de Yepsiloiin lunaire, qui est ainsi trans- 
formé en sifj/na ; mais je ne crois pas qu'il puisse subsister 
aucun doute sur une correction qui s'impose. 

Il ne s'ag'it donc nullement dans cette inscri[)li()n d'un 
sacrifice ollert à d'hypothétiques dieux Trapiy:',, dont je ne 
connais, pour ma part, aucun autre exemple épigraphique ; 
c'est tout simplement la dédicace dune fontaine qui fut 
captée et aménag-ée par un personnage nommé Gaioiius^ 
pour les besoins du culte d un sanctuaire construit à cet 
endroit. Elle se compose de deux pentamètres, de prosodie 
correcte, mais de syntaxe embrouillée, et dune concision 
qui nuit à leur clarté ; ni pires ni meilleurs en somme ([ue 
les épigrammes analogues que 1 on trouve dans l'Anlliologie, 
et tels qu'on pouvait les attendre d'un Levantin, écrivant 
en grec ii lîome, à la fin du second siècle de notre ère. 



142 LE UOIS SAtilΠDE LA .W.Ml'llE FIURLNA 

Ce Gaionas nous était déjà connu par d'autres inscrip- 
tions romaines. Voici son épitaphe bilin<^ue, en vers g'recs 
encadrés de formules latines, (jui fut découverte à Rome, 
il y a une trentaine d'années ' : D[is) Minnihiis) s[acruni). 
EvOûéos Faioivaç, cq /.îaxiiisp -^v tcots Po)|jly;ç, xaî osi-voiç y.psîvaç 
"TiCKAy. [A£t' c'jjp;aûvY]ç, x[£jf[ji,a'. tm OxviTfo ;rr;5àv iz>v.\z\).tyzç '. 
Gaionas animiila. 

S'il faut en croire M. Ilirschfeld -, dont je n'hésite pas, 
pour ma part, à adopter la conjecture, c'est à ce même 
Gaionas qu'il faut attribuer la dédicace suivante -^g^ravée sur 
un petit autel cylindrique en marbre blanc (jui fut découvert 
autrefois au Trastévère, dans le voisinaj^e immédiat de la 
villa Sciarra, et qui est actuellement conservé au musée 
du Capitole : liovi) o(pfinio) m[aximo) \ Ilcliopolilano \ 
KoiJ.iJ.ist;), I àvîpl I [iaai)ay.[o)TâT(o], || ki-iazf^ [xïjç] o'.7,gu[j.[£vv;ç], 
I Inij). Caes[ari) M. Aur. Go/nmodo | An/oni/io Pio [Felici 
Augiusto)] Sarni. Germanic[o\ \\ Irih. jxjI . X I , 'nuji. VIII ^ 
COS. F., j). J>.\\- M- Anionius, M. f[ilnis), Gni[oiias...] 
Claud[ialis) Aiujiuslalis)']. .. | . Glsfihrr, dedic{avit) \ 
U{rhis) c[ondiiae) a[/i/i()) I)G('G(JXXXl.\' fni/i. (^omniodo 
[Antoni]no Pio \\ Fclicr Au;/. W M\ Acil. Glnhrioiic \ II 
cos I /// K. Dec. 

Ce texte est exactement daté du 11) novembre IS(), 
sous le replie de l'enqjereur (A)mmode, alors consul ])our 
la cin([uième fois. L'inscription, j^ravée en caractères menus 
et peu profonds, semble avoir été usée par le frottement 
incessant et prolonj.'-é d'un jet d'eau. Les li<,'-nes 11 et 12, 
les plus im[)orlantes pour nous, soûl malheureusement 
aussi bs phis ell'acées : la lecture donnée d'abord ])ar le 
Gorjiiis (tome \\. prcmiriH' parlic. n" 'i2(l . jxmr la lij^ue I 1 : 

M-ANTONIVS-M -F-GAL 'A 

1. C.I.I.., Xl. ;i-.>.}lii. — Kaibcl. C.d.S.I.. IJIH. — Insrr. ijvuefne ;nl 
res rnmiinas ijcriinenle.s, p. s!>. n" 23.'). 

•2. Ilirsclifclil. Hermès, \\\\ . \^. 107. 

3. Cl I... \I. 12(1 .•( .U);))!; Kaibcl. I.C S.I.. w:^ : I.d. ml If li., p. 33, 
II" 70. 



I.1-: ItOlS SACHE DE LA .WMl'lli; Kl lilil.NA 14^} 

avait été rectifiée ensuite pur M. liuelsen de la l'acun sui- 
vante (VI, 4^' partie, n" :^07()4) : 

M-ANTONIVS-MEGA////////// 

Jai revu moi-même ce texte avec une extrême attention, 
et j'ai pu me convaincre de la parfaite exactitude de la pre- 
mière leçon (lu Corpus. Il _v a 1res nettement sur ii' nuirbre 
les lettres M-F-GAI--, mais l'on ne peut rien distinguer de 
certain à la iin de la ligne. D'autre part, le titre si particulier 
de Cistiher^ que porte le dédicant, et que mentionne éga- 
lement l'épitaphe de Gaionas; les fonctions, aussi rares, de 
0£'.7:vsy,pÎTy;ç que lui attribue l'inscription de la villa Sciarra 
et qui correspondent exactement au cs'-ttvc.ç -Apiv/x^ de cette 
même épitaphe, nous permettent d'affirmer que ces trois 
textes se rapportent à la même personne. En outre, l'autel à 
Jupiter HeliopoUtanus conservé au musée du Capitole pré- 
sente de si curieux rapports, comme dimension, matière 
et facture, avec b's bases consacrées aux dieux syriens de 
la villa Sciarra, (jue je suis convaincu qu'il provient du 
même endroit et appartenait au même sanctuaire. 

Il en résulte donc que l'on peut dater de la fin du second 
siècle les travaux d'aménagement de la source que Gaionas 
mit à contribution, pour foiu-nir l'eau lustrale nécessaire aux 
sacrifices offerts aux dieux dans le sanctuaire voisin, lequel 
remonte sans doute à peu près à la même époque. 

Quelles étaient ces divinités? La dédicace à Jupnter 
HeliopoUtanus nous en a déjà fait connaitre une, le prête- 
nom romain du Baal syrien de la ville du Soleil. Des trois 
autres inscriptions se rapportant au même dieu (jui ont été 
jus({u'ici découvertes à Rome, lune a été trouvée sur la 
voie Nomentane, à un kilomètre de la ville : elle est gravée 
sur un autel consacré à Jupiter HeliopoUtanus par un déta- 
chement de soldats Ituréens '', et n'a aucun rapport avec 

1. Sur les ronctiiiiis du Cistiber. cL De Ruggiero. Dizion. ei>i(jriif.. au 
mot. 
•1. Cl. L., VI, i21. 



144 LE BOIS SACRÉ DE LA iNYMPHE FURRINA 

notre texte. Mais les deux autres proviennent certainement 
du Trastévère, et selon toute ap[)arence du sanctuaire même 
de la villa Sciarra. (^est d'abord la dédicace à Jupiter 
Hcliopolitanus et au Genius Forinaruni qui fut, dit-on, 
trouvée dans le voisinage de l'église San Chrysogono, et 
sur laquelle j'aurai à revenir dans la suite de cet article' ; 
puis un cippe de marbre blanc découvert en 1801], tout à 
fait dans la même région « ad caput aquao Alseatinae » près 
de l'éo^lise de Saint-Cosmas"-. Cet autel, orné d'une fitiurede 
la dea Syria debout entre deux lions, est gravé d'une dédi- 
cace à Jupiter o(ptimiis) M(aximus) HieliopoUhinus^ coii- 
servalor inipcrii donii/ii) n{ostri) Gordiani. 

Ces deux inscriptions sont du même style, et à peu près 
de la même époque que le texte bilingue daté du lît no- 
vembre 18 G. 

V" Les autres dédicaces, découvertes l'an dernier dans la 
villa Sciarra, se rapportent également à des dieux syriens. 
L'une d'elles est gravée sur un petit autel en marbre blanc, 
haut de "'oo, large à la table de '" ;}8 et au dé de '"30 
seulement, épais à la (a])le de "' 2() et au dé de 0'"2i, 
sculpté sur trois de ses faces, tandis que ht (juatrième, qui 
était adossée, n'est ([ue sommairenu-nt dégrossie. La table 
est surmontée de deux n)uleaux ({ui garnissent les faces 
latérales. Le dé présente vu avant l'inscription suivante, en 
caractères hauts de (I '" i)'22. iwac, ej)silonns lunaires: 

€ 00 A A A 
A GO A N € e H 

L'inscription semble iii.icIicn ce. Le bas du cadre reste 

vide. Il \' m.iii(|uc le nom du dédicaiit ([ui dcvaity être gravé. 

Sur le côte di'dit di' r;uil(d. apparaît la patère rituelle, 

1. C. I. /.., \I, 1-J2. 

•1. Cl. /,., \\. 'i2'.{: cf. :ul(l. p. Hoo.) : î„iiu-i;iiii 1".\'.1{.. pi. :i:\. rcrtiliô ii;ir 
IIiK^lseii. Ti)[t(>iirit[)lii(' ilcr Slmll Haiii in Mlcrl hum \<i\\ II. .Inrdaii, I!Ml7, 
]). tJl.'J, en noie. L.i villa Crescen/.i , il'oi'i pnivieiil ci' ti'xlc. était |jlaccc 
iriiniédialenient au dessous de la villa Sciarra, vers le Tibre. 



I,E unis SACRÉ DE LA NVMIMIK FURRINA 145 

entre les doux lignes de rinscription suivante, gravée en 
lettres de (I '" 02 à '" O.'i : 

0€GO AAAAOO 

! [)aU'ie ) 

A I B A N € COT H 

Sur le coté g^auche est figurée l'aiguière à libations, corres- 
pondant à la patère, entre les deux lignes d'une autre dédi- 
cace du même genre. 

0600 AAAAGO 

I aiguière) 

A K POP€ I T H 

Ce dieu 'Aoaoiç', déjà connu par d'autres dédicaces 
grecques ([u'a bien voulu m'indiquer M. Clermont-Ganneau-, 
est le dieu solaire, le roi des dieux '■'' dont prétendait descendre 
une dynastie de princes syriens ^ qui se faisaient appeler Ben- 
Iladat. 11 a donné son nom à deux villes sémitiques, l'une 
en Pisidie^ 'Aoacâr/jai 'Oox5x, l'autre en Cœlésyrie,au nord- 
est de Palmyre, sur la route militaire conduisant à Surasur 
riuiphrate ''. Notre texte nous apprend que Hadad était 
l'objet d'un culte spécial dans le Liban", et aussi dans une 

1. Macn.l)., Sut, I. 2:?. 17 siiiv.: Pliiu-, //. .V., XXXVIF, 186. 

2. (".r. Dussaiid. Missi<Mi en Syrie, .Voî7(\ arcli. des Miss., X, 1902, p. 612, 
11" ."). à Kliahab ; Doublet, Bull. Corr. UelL, 1S92, p. 161, n° 21 à Dclos. — 
\'()ir tous les textes concernant Ilndad dans Movers, Phonizier, I, 196 et 
II, 1, 515. Cf. aussi Preller, Roeviische Mythologie, II, p. lOS et note 2. 

3. Philon de Hyblos, frgnit 24, cité par Eusèbe, Praep. ei'.inr/., X, 3S. 
Cf. F. II. G., 309. 

4. Nicolas de Damas, IVfjiiil 31 d'a])rès .losepli. .\nli(i. Jinl.. ^'^. Km». 
Cf. /■'. //. G., III, 373. 

b. Ptolémcc, V, 15, 24. iXoUliii Diijnilittiiin, éd. Orelii, .\.\XI1I, 19. 

6. Pt(jlénu''e , ^^ 5, 8: Strabon, XII, 570; Couc. Const., III, 676; 
IlieroUl., p. 67 1. 

7. Ci>nipari'/. au Raal du Liban el aussi à cette Tauit du Li])au ([ue 
nous a l'ait connaître une dédicace punique de Cartilage. (U)mptes rendus 
lie l Aead. des inscr., 1898, p. 100, 235 et suiv. 

1907 10 



I U) l,E HOIS SACRÉ DE L\ NYMPHE FLRRLNA 

autre rég-ion montagneuse désignée sous le nom d'Acrorife, 
et qui reste à identifier. Il ne peut sans doute être question 
ici de VAcrorciit helléni(]ue dElide. et "Asaob; ày.pwpsiTr^ç 
ne semble pas pouvoir être identifié avec la divinité (ju'au 
dire d'ApoIlodore, cité par Etienne de Byzance ', les habi- 
tants (le Sicyone adoraient sous la même épithète géogra- 
phique, tandis que les citoyens de Métaponte lui donnaient 
le surnom d'^Ezioioc : "Av.pcôcs'.a, i'y.piv zzzuz' h <'<) z': c'y.:DvxcC 
Ay.pojpsûaf.. OjT(.) zï ~y.zy. Xiy.uwvicç ï-<.\}.3.-o. Iv/.aXciTC [j.vt 
fapà — '.y.uwviciç 'Ay,p(.)p£{-:-^ç, Trapi ce MsTaTucv-ivc'.ç Kp-s'.:;' 
'AxoXXicfopor sYjîîv. Remarquons toutefois que rien nauto- 
rise à idi-ntifier T 'Ay.po)p£(TY;; Sicyf)nien avec Dionysos, 
comme l'a conjecturé Casuuhon, d'après une interpolation 
introduite sans raison dans le texte d'Apollodore. 

Pi'ut-être cet 'Acaobç xy.pzpei-r,: représente-t-il le dit'U 
hermaphrodite que, d'après Ilesychius -, lOii adorait sous 
le nom d' Aoaoojç dans le massif montagneux de l'hrygie, 
c'est-à-dire n<>ii loin tic hi viMc pisidienne d' 'Asacâ-rr/? 

VI" Un autre autel, mutilé au sommet, et mesurant 
'" ()0 de hauteur, sur ()'"43 de largeur et 0"' 'Xi d'épaisseur 
au dé, présente sur les côtés J'aiguière et la [)atère rituelles, 
et sur la face principale, dans im cadre carré mesurant 
0'" 'M de côté, la dédicace suivante que recouvrait un épais 
dépôt calcaire, et qui est assez difficile à lire, les lettres, de 
médiocre hauteur (d '" 02 ;i '" OMj étant très effacées. 

Je crois cependant pouvoir certifier l'exactitude de ma 
lecture, (pie j'ai rt'vue plusieurs fois sur la pierre. 

SAC- AVG- 
lOVI • MALE Cl ABRVDI • 
M -OPPIVS-ACROECVS 
ET-T-SESTIVS-AGATHANGE 

llllllllllllllll' 

1. Cf. l'im>aniiis. II. T. .). 

2. Hi'sycliiiis, .SI//) r«;/j. 'Aoaoo-jç. 



LE BOIS SACRÉ DK LA NVMl'Ili: FLKRINA 147 

Sficiruni) Aiigiusto) Jovi Mnlccinhnidi. M. Oppiiis Aj/nr- 
cus ol T. Scs/ius A'j;i//i;in(/(' /us (/[oiiinn] d[cderunt)]. 

A la suite de la dédicaci', il y avait peut-être encore 
quelques caractères formant le début d'une cinquième ligne, 
qu'a fait disparaître une (issure ti'ansversale de la pierre. 
En tous cas, la lin de cette cinquième ligne hypothétique 
reste vide, ainsi que toute la moitié inférieure du cadre. A 
en juger par leur cognonien, les deux dédicants sont d'ori- 
gine helléni({ue. Le nomen du second est Sos/ius ou Sexlhis. 
L'S du milieu du nom n\'st pas certain, hitii (jue la boucle 
supérieure de la lettre me paraisse très nette. 

Ce Jupiter Maleciabrudis est inédit. Mais il rentre évi- 
demment dans la série des Mnlc/,\ ou ilieux rois, .syriens. 
C'est le Malek de Jahruda, comme Jupiter Ileliopolitanus 
est le Malck d'IIéliopolis , de l'autre côté de l'anti-Liban, 
comme Malccbul est le Malck par excellence. 

Ce dernier, auquel les habitants de Palmyre avaient voué 
une dévotion particulière, est mentionné sur plusieurs dédi- 
caces romaines découvertes, elles aussi, dans le voisinage 
de la villa Sciarra. L'une d'elles, en latin et en grec, se 
rapporte à un temple élevé, dans la première moitié du 
m'' siècle de notre ère, en l'honneur du dieu Belus-My.'/.xy- 
,jy;a o; par un certain G. Licinius A'... et un Palmyrénien 
du nom àJIcliodore^. Ce dernier dédia, en 1 an oi7 de l'ère 
séleucide (2)^0 de notre ère), une autre inscription votive, 
aujourd'hui conservée au musée du (^apitoie, à A(/liI)olos et 
à Malachbelos ^ qu'il appelle Osol 7:oizpô)Oi'^ : ' Ay\i^(',ùj,) v.y.': 
My.hxyjjr,ku) , TCaTpcosiç Qeoîq , v.y.\ -o (ji'vvîv apvupojv crjv Tavri 
y,i^{j.M àv£Or,y.î V. Ajp(-r(/aoç) HXiiSwpoç 'Avt'.Ô"/ou 'ABpiavoç 
IlaXirjpYjvb? , £•/, twv î$((ov , û-àp scotr^piaç ajTOj -/.aï tcu îu[j.3'wU 

•/.a-, T(ov Tr/.vwv Itouç C*M**!>' ;x-^vcç r^epiTicu. Enfin une inscrip- 
tion bilingue, rédigée en latin et palmyrénien, s'adresse au 

1. C. I. /... VL ôl r^ C. I. G. ;iil II li., 1. p. L'7. n» li. 

2. C. I. G., <)01ô, lumc III, p. 821. el /. G. ad li. IL, I, p. 27, n" i:>. 



e 



1 iS Li: I50IS SACRÉ DE LA NY>rPHE FURRINA 

Soleil, quelle nomme en latin. Soli Sanctissimo, et en 
palmyrénien Malachbelos , et qu'elle assotde aux dieux de 
Palmyre. Elle est gravée sur un autel trouvé aussi au Trasté- 
vère dans le jardin Mattei, dès le xv'^ siècle, et également 
conservé aujourd'hui au Musée du Capitole ^ 

Jupiter Malec-Jabrudis est un proche parent de ce 
Malachbel ({u'on adorait à côté de lui au Trastévère. Son 
étrang-e surnom, dont la forme exotique surprend de prime 
abord, s'explique tout naturellement dès qu'on le décom- 
pose en ses éléments essentiels. Le Baal de Jabruda devait 
avoir sa place marquée auprès de ceux d'Héliopolis, de 
Damas et de Palmyre dans le Panthéon des dieux Syriens. 

VU** De tous les monuments épigraphiques qui viennent 
de nous révéler l'existence de ce sanctuaire, le plus intéres- 
sant est un autel en marbre blanc, ciselé avec art, et fort 
bien conservé. Ses dimensions sont restreintes. Sa hauteur 
totale n'atteint que 0'" 1)2; la iiauteur du dé (►'" 'JT. La 
table est large de '" 37 et épaisse de '" '30 ; le dé mesure 
0"' 30 sur 0"' 2(). L'autel est orné de li<'-ures et ornements 
en relief sur trois de ses faces : la (juatrième, (jui devait 
être appliquée contre un nmr, est tout unie. 

La table est surmontée dune volute ionique renversée, 
formant une sorte de fronton arrondi, (ju'encadrent , en 
g-uise d'acrotères. deux rouleaux, fleuronnés siu* la tranche 
et ceints d'une boucle médiani'. ([ui couronnent de leurs 
bourrelets les faces latérales de 1 autel. Dans le fronton est 
(igurée une couronne de lauriers ;i l(Mnnis(|ues formant de 
larg'es festons. 

Le dé est surchargé dornenu'nls en relief, (pie 1 (»n 
retrouve, groupés de la même fa^-on, sur nondjre de monu- 
ments analogues, mais dont le symbolisme voulu rachète 



]. C. I. /... ^■^ 7I0=30S17. Cf. Jordaii-IIuclsen. j7)/r/., III, p. 616, noie (Jî. 
I*i-t'lli'i'. ihiil., p. loi, note I. Cf. aussi niic iiiitri- (Irriiciu-c r-nmainc f/eo Soit 
M.ilurlnln-lo : C. l. L., VI. .Il 036. 



I 



LF BOIS SACRÉ UV. I.A NYMI'IIK FIRRINA 149 

ici rhal)ituelle banalité '. Doux ai^^-les aux ailes éployées 
occupent les ang'les de la face principale, au-dessous de 
deux masques barbus et cornus de Jupiter Hammon ([ui 
encadrent la dédicace. A ces masques correspondent en 
arrière, à la même hauteur, deux bucrànes couronnés de 
perles. Aux cornes des quatre mascarons sont suspendues 
de lourdes ij;uirlandes de feuilles et de baies de laurier, que 
maintiennent de larges rubans se terminant par des lacets 
et des globules. Elles sont disposées sur les trois faces de 
l'autel avec une parfaite symétrie, et les figures qu elles 
encadrent se correspondent avec une égale précision de 
part et d'autre du motif central. Sur le côté droit, au- 
dessus de la guirlande, apparaît l'aiguière rituelle, qui sur- 
monte un oiseau à bec fin et longue queue becquetant les 
baies de laurier; sur le côté gauche, la patère, surmontant 
deux oiseaux renversés dont l'un picore la guirlande, tandis 
que l'autre épluche la tête du premier. Au-dessous de la 
guirlande est figurée à droite une pie becquetant lun des 
globules attachés aux bouts du ruban; à gauche, un autre 
oiseau occupé de même. Un troisième oiseau analogue garnit 
le bas inférieur de la face principale, tandis qu'au-dessus de 
la guirlande et au centre, la place d'honneur est réservée à 
une belle tête de Méduse à phvsionomie douce et calme. 
Enfin au sommet apparaît la dédicace, dans un cadre à 
mouluration, très saillant, mesurant 0'" 20 de haut sur 
0'" Ji de large. Rédigée en grec, elle est gravée en jolis 
caractères, à s et 7 lunaires, hauts de 0"' 02 à 0'" 1 I : 

A I I 

K 6 P A Y N i CO 

1. ()rncim'ii(;iliriii idfnLi(]ue sur de ndinhrciix inonmiu'nts funéraires, 
notamment l'autel, mal décrit au Cnrpiix. \\. Ki.Uil. (jui est conservé au 
musée du Capilole, et diverses urnes cinéraires en marbre, par exemple, 
C. /. L., VI, 27191. Cf. aussi, au Musée du ^■atican, le grand autel funéraire 
anonyme avec Icte de Méduse n" 151: le cippe de /.. \'oliisius Phaedrus 
avec tête de Méduse ég;alenient ; et les cippcs décrits au Cnrjun^ sous les 
numéros lisni, 19123. 21563, 22428. etc. 



150 



LE HUIS SACHE DK LA NYMPHE FURRINA 

APT€MIC 

HKAIIIAGONIA 

KYnPIA 

ezeniTATHC 

AN€0HK€N 
KAI NYN06C ' {sic) 
Cp P P I N € C {sic) 




LE ItOlS SACHl': DI-: I-A NVill'lli: l'UHHlNA 151 

[>'nuti'l a donc été consacré à Zeus Keraunios et aux 
Nijinphae Forrinae par une Phénicienne de (Chypre, une 
certaine Artémis, dite la Sidonienne. 

(le Zciis Keraunios^ dont le nom apparaît pour la première 
fois sur une inscription de Rome, n'est autre ({ue le Jupiter- 
corni(/er Amnion du Panthéon gréco-romain, le Baal Kar- 
naïm des Phéniciens, celui dont les Africains d'aujourd'hui 
conservent encore le souvenir sous le nom de Bou Kourneïn: 
le Seigneur aux deux cornes ', 

Les deux masques à cornes de bélier qui encadrent la 
dédicace représentent le dieu lui-même ; les aigles, son oiseau 
favori-'; les têtes de taureau, la victime qu'on lui offrait en 
sacrifice; l'aig-uière et la patère, les instruments du culte. 

Par contre, la tète de Méduse symbolise les nymphes 
Forrinae, assimilées aux Fouriae grecques '•. Les oiseaux 
qui garnissent le bord de l'autel sont les hôtes attitrés des 
bosquets sacrés entourant les nymphées. 

Il y a donc lieu de distinguer dans cet ex-voto deux élé- 
ments très différents et en quelque sorte opposés. L'un tout 
à fait exotique, de tradition hellénistique et phénicienne, 
concerne un culte oriental, d'importation récente, dans la 
Rome impériale du second siècle de notre ère. L'autre, au 
contraire, purement romain, nous reporte aux plus lointaines 
origines de la Ville Paternelle, et s'adresse à une de ces 
divinités locales qu'adoraient sur les bords du Tibre les 
contemporains de Romulus. 

Cette même antinomie se retrouve sur uu autre ex-voto 
du même genre auquel j'ai déjà fait allusion, une base de 



1. ('f. Toiilain, le sanctuaire de S.ilurnus Bnlcanareimis au Rou Kourneïn, 
Mélangea de Home, 1892, p. 3 et suiv.. p. 102 eL suiv., et pi. I à I\'. 

2. Coniijarez à une dédicace trouvée tout près de la villa Sciarra, dans 
le jardin Mattci ; Atiiiilu Soli Alagabalo. JnUus Balhilliis. 

3. Il y a lieu de remarquer que le Uét^nnnnaire mentionne l'existence, 
dans la même lésion, d'un monument nommé (^apiit (iorgonis. Cf. Jordan- 
Huelscn, /. c, p. 617. 



152 LE BOIS SACRÉ DE LA NYMPHE FURRINA 

statue en marbre blanc, qui fut trouvée dans la même 
rég-ion du Trastévère sinon au même endroit, et qui est 
aujourd'hui conservée dans le jardin de la Pigna au musée 
du X'atican : 

J[ovi) o[ptimo) m[aximo) H[eliopolitano) Augiusto) 
sacr{um), Genio Forinarum et cultorihus hujus loci, Teren- 
iia Xice curn Terentio Damarione filio, sacerclofe, et Teren- 
tio Damarione , j un[iore) , et Fonteio Onesimo. filio sacrorum, 
signiii)} et hasini vota suscepto de suo poftiiif, liistro ejusdeni 
Damarionis ^. 

Cette dédicace associe, elle aussi, un dieu syrien, le Baal 
d'iléliopolis, à des divinités d'apparence toute latine, les 
Forinae. Mal^i^ré une légère différence d'orthographe, le non 
redoublement de 1'/?, auquel Mommsen eut le tort d'atta- 
cher trop d'importance en commentant ce texte -, ces 
Forinae doivent évidemment être identifiées avec les 
nymphes ^opptvai de notre dédicace-'. Elles portent le nom 
de l'archaïque déesse FVRRINA dont le nom apparaît dans 
le vieux calendrier romain , qui avait son prêtre spécial le 
flamen Furrinalis et que l'on fêtait chaque année le 25 juil- 
let, le jour des Furrinalia'*. Qu'était-ce au juste que cette 
divinité qui semble d'origine purement italique? Nous en 
savons fort peu de choses, et les Romains eux-mêmes n'étaient 

1. C.I.L., VI, 422. 

2. Momnisen, CI. /.., I, p. 39S, à propos des Fnrrinulia. \'ide conlia 
Prcller, lioemische Miflholoyie, II, p. 70, note l.Lc mot est orthographié 
avec un seul R dans un passage d'une lettre de Ciccron à son frère 
Quintus, où il détermine l'emplacement dune localité hors de Home jiar 
rapport à lui saiicluaire de Fiirrina. vers Satricum. sur la voie appieunc : 
Cicero, ad Qiiinl. fr;itr.. Ili. I, 1. ah eo ponticulo qui est ail l'nrinae, 
Salriciim versiix. 

:<. L'inscription publi(''e au (]ori)us, \l. l()20(). qui nienticmnc un lanixta 
ah ara For inaru m, csiiin faux de Ligorio, ainsi que l'a démontré M. Iluelsen 
dans un article dos lioemische Millheiluiiffen , 1X95, p. 293. Ci. .Torflan- 
Iluelsen, 'J'opotjraijliie der Sladl liom. III, p. 020, note s de la page prccé- 
denle. 

1. C. I. {... I. ]i. '29X. Fasti l'iiiciani, et p. ;!0x MommsenV Varro, Je //'".'/. 
lutin., Vl, .5, 17. 



LE BOIS SACHE DE LA NYMPHE FURRINA 133 

guère mieux renseignés que nous! Dès le temps de Varron • 
elle était fort oubliée. Seuls, quelques grammairiens s'occu- 
paient encore du nom de Furrina , par simple curiosité 
philologique, et pour en rechercher l'étymologie-'. La manie 
hellénisante qui sévissait alors sur l'érudition romaine les 
entraîna sur une fausse piste. Gicéron n'hésite pas à assi- 
miler la déesse romaine à une Furie grecque : eu mon Eii/nc- 
nides? qiiae si deae sunt, quaruni.... apud nos, ut ego inter- 
prelor, laeus Fiirinae, Furiae deae sunt'K Puis, comme il y 
avait des Furies, Ton fit, par analogie, passer Furrina du 
singulier au pluriel, et l'on imagina des Furrinae proches 
parentes des Erinnyes et des Euménides. C'est ainsi qu'en 
s'appuyant sur une étymologie arbitraire, l'on arriva à fausser 
entièrement le caractère de la déesse. 

Abandonnée de ses fidèles, ayant perdu jusqu'à son indi- 
vidualité propre, Furrina conservait pourtant encore, aux 
derniers temps de la République, un sanctuaire spécial 
auquel son nom restait attaché : le lucus Furrinae. C'était 
un bois sacré, situé au delà du Tibre ', dans une région alors 
fort solitaire. Il devait être peu fréquenté. Aucun auteur 
n'a pris la peine de le décrire, ni même d'en fixer l'empla- 
cement exact. Nous en ignorerions sans doute l'existence, si 
le hasard n'en avait fait le théâtre d'un événement tragique 
qui lui donna tout à coup une importance inattendue et le 
fît entrer dans l'histoire. 

C'est là, en effet, qu'en l'année 121 avant notre ère, 



^l. Varro, ihid. : nunc vi.r, nomen iiofum pHurix. 

'?.. Pour rétymolo^ic du mot que \'arron renonvait à expliquer (^'a^^o, 
ihiiL. V, S4 cl \\\. 1.) . cf. PrcUer, lîoemische Mythologie, II, p. 70, note 5 
de la pajje précédente. N'y aurait-il pas lieu de rapprocher ce nom de celui 
de Feronia avec lequel il présente tant de rapports? Il me parait bien 
vraisemblable qu'ils se rattachent tous deux à la même racine italicpie. 

.s. Cicero, De natnra. deorum, III, 18, i6, cf. Martianus Capella, II, ,^ 165, 
2IH : Fiirn Furinn(nie et mnler Mania. Plutai-cpie, f.Vi/u.s- (inirrhiis . 17: 

4. Cf. Aurelius Victor, <le viris illuslr.. 65. 



1K4 l.i; BOIS SACRÉ DE LA NVMl'HE FLIUU.NA 

Caius Gracclius, vaincu et poursuivi par les bandes d'Opi- 
mius, vint chercher un dernier refuge. Les détails circonstan- 
ciés que ses biog-raphes grecs et latins ^ nous donnent sur 
1 itinéraire de sa fuite nous permettent de suivre pas à pas. 
dans sa course éperdue, le tribun aux abois. Après avoir 
refusé d'obéir à hi sommation du consul Opimius qui le 
citait devant le Sénat, Caius Gracchus s'était retranché 
avec ses partisans en armes sur le mont Aventin, dans le 
temple de Diane'-. C'est là (piil li\ia un combat désespéré 
aux t loupes (ki consul. \'aincu et sur le point d'être forcé, 
le tri])un se retira d'abord dans le temple de Minerve •', 
puis, de h"i , dans le sanctuaire de la Lune, d'oii il ne pu! 
s'échapper (pu' par une fenêtre ''. \\n sautant, il se donna 
une entoi'se (pii le mit ii la merci de ses ennemis. Il cul 
cependant encore la force de franchir la Porta Trigoniina' 
et de passer le Tibre sur le pont Subliciiis^', où ses amis se 
tirent tuer j)()ur protéger sa retraite. Cour.mt toujours droit 
devant lui, il atteiirnit enfin le bois sacré des Erinnves, le 
liiciis h^urrimn'' ^ peu éloigné ilu fleuve^. (]'est là (pià bout 
de forces, et prêt d'être rejoint, il se lit égorger par son 
esclave Philocrate : ï-i'Atvnz ';xp ï\"{'j: cl ou.V/.ovtsç. '0 Se 
©OavE'. i.;.'.7.pbv àtç Ispov àXao; Kpvijuy^ y.aTasuvtov, v.tazï o'.aoOsi'pe- 
Tai, TOîi 'I>'.AC7.pâx;uç àvéXovxsç èy.sïvov, tl~y. èajTbv è-'.cjsâravTOç- . 
Il suffi! d'un eouji d'ceil jet('' dejiuis la villa Sciarra sur 



1. Auroliiis Virlop, De viris illiistr., (5j ; l'IiilaiHiiie, (L (}riivrliiix, 16: 
V;il('i-o-Ma\inu', 1\'. 7. 2: Appii'ii. De liello rie.. I. 20. VA'. .lordaii-Ihielscn, 
'l'iiliniir;tiilile iliT Shull llaiii. III, |i. liin, iml c 'Ji;, a\cc la l)iiiliiii;i-ai)liii' dos 
()ii\ rai,''i's modciiics. Ajdulfi- Mciliii. I. \renli ii. p. "J.')!. 

2. l'IiiLarijiK!, ihiil., Appirn. ihiil., Urose, \ . 12. (i. 
:i. Orosc, ibid. 

■\. Aui'oliiis \'iclni', ihid.^ Urnse, ihnl. 
"). \'alôrc-Maximf. 1\', 7. 2. 
(i. A\irciiiis X'icloi-. iliid. 

7. l'liilai(pic. ihiil.. Aiin'liu-^ \'i(l m-, ihiil.: in hninn l'iniime i>erveiiil. 

8. i'.'csl ce ipii ressort iicllcnn-iit du tc\lc- d(>iiisc: aeijre ;ul imiilem 
SnhIiciniH iierrenil. iitivi i "'" rini.'i niiiereliir. cerricein servo siio iiniehiiil. 

;•. IMnIarcjiic, ihiil. 



LE liois SACitÉ ni: la nv.mi'iii: kuhulna 153 

le ptinorama où s'étale à nos yeux tout l'itinéraire de 
C. Gracchiis, pour se rendre compte que le ravin qu'elle 
entoure est le seul emplacement (jui puisse convenir au 
liicus Furriiiae, tel que les textes de PIutar([ue, d Orose et 
d'Aurelius Victor le localisent. Le bois sacré om])rageait 
les pentes du cir([ue d'érosion ([ui entourait la source, et 
qui, beaucoup plus escarpé autrefois qu'aujourd'hui, devait 
former un cul-de-sac sans autre issue que la porte d'accès. 
Gains Gracchus s'y trouva pris au ])ièg"c. Une fois entré 
dans le nymphée, il ne pouvait j)lus s'échapper, et c'est 
pourquoi il se tua. 

Cette fin trag-ique, survenue dans son sanctuaire, n'était 
pas de nature à rendre à l'\irrii)H la faveur des Romains! 
Pour peu (pi'ils fussent superstitieux — et 1 on sait s'ils 
l'étaient de reste — ils devaient considérer son luciis comme 
un de ces lieux néfastes, d'où l'on s'écartait avec soin, un 
endroit maudit voué aux puissances infernales. De là, sans 
doute, le succès de la fausse étymologie qui transforma la 
nymphe en Furie. L'hypothèse flattait la superstition popu- 
laire : elle l'adopta comme un dogme. 

Mais tandis que le liiciis abandonné restait désert, im 
faubourg- populeux grandissait alentour. Une nouvelle Home 
croissait au Trastévère, véritable Cosmopolis ! Des bords les 
plus lointains de la Méditerranée asservie, les paquebots 
chargés de passagers, qui venaient s'arrêter le long des (juais 
du Tibre, lui amenaient sans cesse de nouveaux immigrants; 
et ceux-ci, après avoir trouvé dans ([uelque auberge un abri 
provisoire à deux pas du débarcadère, s'installaient à demeure 
dans les bas quartiers avoisinant le port. C'étaient surtout 
des Levantins, des Juifs ', des Phéniciens, des Syriens de 

1. Sur le Glu'llu du TraslcviTC au tciups d'Auj^iiste, cl', l'iiilo, ad (titiuin 
23 Maiij;:., II, p. 3(i8 : t/jV -ioav tou T;|3ip£'jj; -OTaixoù' [lEyâXriv -^; 'Poiar,; 
àrotoaT-Jv, TjV où-/. TjYvo'ei zaTS/oaivrjv /.al o!/.ou[j.Évr,v -po; 'Io'jôa;(.)V. Ces Juifs 
avaient leur synafio^uc au piod du Janicide, leurs catacnmhcs près de la 
Porlu Porlese. (".(". Bosio, //. .S'., p. ]:rl et s\ii\-., .Vi/oro litillel. ili nrcli. 
crisl., liiol. p. i>7i, et 190,'), p. ;i06. Cf. .Inrdan-Iluolsou, Topixiniiihic. III, 
p. ti2s, unit' 17, a\er la hihlinjii-apliif. 



1,"6 LF: l'.niS SACRÉ DE LA NYMPUR FURIUNA 

Palmvre, d'Apamée, d'Héliopolis '. Transportés brusque- 
ment de rOrient à Rome, ils avaient chang-é de milieu, 
sans avoir eu le temps de modifier leurs habitudes. Ils 
conservaient leur cachet exotique, leur costume, leur langue, 
leurs dieux. Au temps des Antonins et des Sévères, tout 
le Panthéon .syrien avait élu domicile à Rome. Belos-, 
Malac1ihelos'\ Bcheloparos'\ Af/Uholos'' , Jariholos^'.AsInr- 
té~, Adaclos^, Alaf/nhalos'\ Jupiter Sabnzius^^. Jupiter 
Daninscenus ^^, Jupiter Ileliopolitanus^'-^ Jupiter Malecia- 
brudis '-^ Jupiter Hammon ^'* et ses prête-nom g-rec et l.itin 
ZeuH Keraunios^-' et Silvanus^'^, la dea Suria^~, le Sol 



1. Corpus I. (',. ;iil It. I!.. I. p. :)7. n° 132. Dans les catacombes de San- 
Pancrazio, l'on viciil de dccom lii- plusieurs épitaphes d"Apamcens. 

2. C. I. L.. VI, :)0 et 51 = Kaibel. /. G. S. /., 969 = /. G. lul /?. «.. I. p. 26, 
n" 43, p. 27. iT lî: ibid., p. 27, n° 'i6 = Kaibel, /. G. S. I.. <t72. 

3. C. /. /.., ("/)/>/., 51 = /. G. adli. li., ibid., Ai: C. 1. G., III, 6015 cl p. 521 
= /. G. ad ti. n.. I. p. 27. n" 45. 

i. C. /. /.., \\. 30931, vin Porliienxe jjrnpe Pnzzn Pnnl.ilen. c'est-à-dire i 
•1 kiloiiiK''tres environ de la porte Pi)rtese. 

5. C. /. G.. III, <i(iir) et p. S2i = /. G. nd 11. H.. I. p. 27. n° 15. 

6. Kaibel, /. G. S. /.. 972 = /. G. ad H. It.. I. j). 27. n" 16. 

7. Ibid. 

s. ^'^oi^ ])his liaul la dédicace n ■ I\'. 

9. C. /. /,., VI. 708. 

10. C. I. L.. \\. 429 et 430. Cf. aussi la dédicace p^ravée sur une main de 
bronze qui rajipelle les ex-votos tlu même métal trou\és en 1720 dans la 
villa Sciarra : K;.il)cl. /. G. N., Il, 1022 = /. G. ad II. It.. 1. p. 3it. n" 99. 

11. C.I.L., VI, 405. 

12. Voir les inscri|itions citées plus haut. '.'. /. /-., W. 120 à 123. 

13. Voir plus haut la dédicace n" VI. 

14. Fijïure sur l'autel n° \'n. 

15. Vc'w plus haul la dédicace n" VII. 

16. Lécjuivalencc de .S'//r,iH i;.s- et de Jupiter Ilanimon est démontrée parla 
dédicace que jai découverte en 1899 à Carthatje : Jovi IlaïuDiDiii Barbara 
Sih'ann. Cf. Cauekler, Bull. arrh. du Comilé, 1S99. proeés-verhau.x de la 
séance du 13 mars ls!t6, p. r.i.ix el suiv. ('.I. /... W. 692. entre San Cosimalo 
et la Porta San Pancrazio, restaination d'un temple de Silvain. Cf. aussi la 
dédicace datée de 97 a]irès J.-C. découverte en IS59 dans la vifrne Hiniclli. 
C. I. L., VI, 642. 

17. Fifîure en bas relief sur un autel consacré à .Uii>\{c\- Ilrlnijinlilaniix. 
sous le rèpne de Gordien III. ('. l. I... Vl. 123. 



l.i: IfOlS SACHE DE LA .NV.Ml'HH FLURINA 157 

i/ivic/us ' ot tous ces dieux solaires, ces Baalims locaux dont 
la liste s'aui:;inonte chaque jour, tous avaient leurs autels 
dressés au Trastévère. Leurs noms fiy^urent sur nombre de 
dédicaces latines, grecques, pahnyréniennes, recueillies 
surtout aux abords de la Porla Portuensis, c'est-à-dire tout 
près de la villa Sciarra (vigna Bonelli, vig-na Mang-ani, 
jardin Mattei, environs de San Chrjsogono, de la Porte 
Portese, et de la Porte Saint-Pancrace-). 

Mais si Ton a retrouvé beaucoup de ces ex-voto consacrés 
à des divinités syriennes, l'on n'avait jusqu'ici relevé nulle 
trace des sanctuaires qui les abritaient '. Les découvertes 
faites dans la villa Sciarra viennent de nous révéler l'em- 
placement de l'un d'eux. C'est dans le bois sacré des 
nymphes Furrinae qu'il fut installé, à la lin du second 
siècle de notre ère^. Sauvage et retiré, l'endroit était par- 
ticulièrement |)ropre à la célébration des mystères d'un 
culte oriental. L'on y trouvait de l'ombre, de la fraîcheur 
et du silence. Une source abondante fournissait 1 eau lus- 
trale indispensable aux sacrifices '. L'ombrag-e épais des 
bosquets du /«cws protégeait le lieu saint contre tout regard 
indiscret. Les talus escarpés de l'hémicycle, rappelant par 
leur courbe demi-circulaire le croissant de la lune '\ circons- 
crivaient le tenienos de leur enceinte naturelle. 

1. C. I. L., VI, 708 ; ihid., 709 ; ihuL, 710 = .^OSH ; ibitl.. 712: ibid., 692. 
Un frafrnieut de grand piiteul en marbre blanc, avec bas-relief figurant le 
lion solaire dévorant le taui-eau, est, à l'heure actuelle, conservé dans le 
parc de la villa Sciarra, mais j'ignore sa provenance exacte. 

2. Cf. Jovdan-Ihielsen, Tnpn<ir.'i]ihie..., 111, (il2, note .'il ; p. ei'i, noies 01, 
62,et(Jî6. notes 63. 61, a\ec toute la bibliographie des fouilles opérées dans 
cette région du Trastévère. 

3. Temple de Belos et de Malachbelos dans la vigna Ronelli : C. l. /,.. \T, 
50 et 31. Statues d'Aglibolos et de Malachbelos: I.(i. ml li. 11., I, p. l'T, 
n» 45. Temple à Silvain, au-dessous de la jiorte Saint-Pancrace: f.'. /. /-., 
VI, 692. 

i. La dédicace de Gnionas est datée de 1S6 après notre ère. 

5. L'eau de source était rare au Trastévère. Cf. Histoire Auguste, vila 
Aureliani, 45 : Theriims in Iransliherimi regione fucere paravil hieinales, 
qaod atiiuic frifjidioris copia illir deessot. 

6. (A)ninK' le purticpie de pourtour du temple de Caelestis à Dougga. 



lo8 LE ItOIS SACRÉ DE LA NVMl'lli: KUUIU.NA 

Tous les Baals syriens vinrent donc s'établir dans le 
boscjuet des Nymphes, mais sans les en déposséder. Rece- 
vant leur hospitalité, ils firent avec elles bon ménag-e. Ils les 
associèrent à leur culte, partagèrent avec elles les riches 
olî'randes des fidèles, leur laissèrent une place dans le 
temple que Ton bâtit au milieu du Uicus. Cet édifice, nous 
voudrions le mieux connaître ! Les morceaux d'architecture 
recueillis Tan dernier ne sont ni assez nombreux, ni suffisam- 
ment caractéristiques pour nous en donner une idée précise. 
D'autre part, les seules fouilles ' ([ui send^lent avoir été 
faites à cet endroit, et qui aboutirent, en 1720, k la décou- 
verte d'un « grand nymphée orné de figures de serpents et 
de batraciens, de bronzes ciselés et de pierres taillées » -, 
furent menées avec trop de négligence pour que nous puis- 
sions tirer des rares documents qui les concernent aucune 
indication utile. 

J'imagine que ce sanctuaire devait présenter quelque ana- 
logie avec le temple punico-romain de l'africaine Caelestia 
que nous avons déblayé à Dougga (Thufjf/n) •' : au centre 
une cella, dans un bos(juet ombreux, près d'mi bassin d'eau 
vive; au pourtour, lin porticjue demi-circulaire ; sinla façade, 
une terrasse en ressaut dominant les approches du 
sanctuaire et d'oii l'on pouvait voir partout sans être vu. 
Le temple était petit, à en juger par les dimensions res- 
treintes des colonnes, des morceaux d'enfablenient. des 



1. Sur tes fouilles, cf. Jordaii-Iliiclscii. '/'o/trtf/r.t/j/i/c. III. |>. li 1 1 . imle ix. 
Il est |)LMiMis ili' se demander si 1 aqueiliie de r.W/».i .{Isnilina n'était pas 
alinienlé par la snin-ce de Fiirriiiii . \'. c. .Icirdaii-lliielsen, ihid., p. »)10, 
note i". 

2. .lordaii-Ihielseii, ihiil., p. 6 il, note 18. 

.3. Caf^nat eKîauckler, Les temples pu'iens tie lu 'I iinixie, p. 2â et suiv. et pi. 
XI à XIV. Les statues ou les bustes (jui cnui'oiinaieut le portique en fer à 
(•lic\al du ]iiiuiliiiii- i-e|)résenlaii'nl pmir la plupart des villes ou des 
pnivinces du Icvaid séniil i(pie .• /-.loi/icci, .S';/n,i. Mvsojiiilnmi.i. ludaca. — 
Pour la découverte du Nyni|>liée annexé au temple, cf. (ïauckler, liull. 
arclt. ihi Comité, 190.>. Procès-verhau.\ de la séance du .'I mars, p. .\ii. 



L1-: ItOlS SACHE \)K LA .NVXl'IllJ lUliUlNA I ")0 

dédicaces et des autels, mais d"une facture très soig-née, 
construit en marbre blanc et riciiement orné. Il renfermait 
beaucoup d'autels, des statues ', sans doute aussi des 
vases - décoratifs, des fij^urines votives en bronze '■'. l't des 
pièces d'orfèvrerie aux «i^emmes précieuses*. Le tout lut 
englouti sous les éboulements des talus du ravin di's 
que l'on eut cessé d'entretenir les murs de soutènement 
qui résistaient à la poussée de l'argile glissant sur les pentes, 
et l'empêchaient d'envahir l'hémicycle. Mais les apports 
de la montagne, en recouvrant le sanctuaire d'une couche 
de terre haute de huit à dix mètres, l'auront sans doute 
préservé de tout pillage subséquent. L'édifice est certaine- 
ment en ruines: mais ses débris, trop enterrés, ont échappé 
au vandalisme des constructeurs de la Rome moderne. On 
les retrouverait, probablement, presque intacts, au fond de 
la villa Sciarra. Les premiers résultats acquis en sont la 
preuve. Leur importance décidera, je l'espère, le proprié- 
taire, M. Wurts, à entreprendre dans cet endroit, qui promet 
tant, des fouilles méthodiques dont le succès me paraît sûr. 

1. Cf. C.I.L., W, 122 : dédicace à Jiipiler IleliopuLUiuius d'un sinniiin. 
D'autre part, une base de statue, anépifîiaphe, a été découverte l'an 
dernier dans la villa Sciarra en même temps que les autels aux dieux 
syriens. Hauteur. 0'" 01 : lar^n-ur. ()'" 53; dé à faces moulurées. Sur la table 
une rainure demi-circulaire indique la place du socle d une statue ou d'un 
grand vase décoratif. 

2. CiinUutnis cmn hase sua, dans le sanctuaire de Jupiter Dolichenus. 
CI. L., 407. 

3. Figurines de bronze trouvées dans le soi-disant nymphce de la villa 
Sciarra. Cf. .lordan-Huelsen, ibid-, p. 641, note 48. E.\-votos avec IHleus 
trouvés dans la vigna lîonelli. Helbig, Nolizie deçfli Scavi, 1S86, p. 224; 
lioemisclie Miltheil., 18so, p. 290. 

4. Nombreuses pierres gravées et iutailles trouvées dans le voisinage de 
la villa Sciarra. Cf. Jordau-Huelsen, ihitl. 



1G0 



LIN'RES OFFERTS 



Le Sechétairc perpétuel dépose sur le bureau le fascicule de 
décoiubre 1906 ol le fascicule de janvier 1907 des flomplcs rrndmt des 
séances de rAcadéniie (Paris, 1906 et 1907, in-8°). 

M. Habei.on offre à rAcadéniie le tome I""' de la 2" partie de son 
Truilé (IcK monnaies ijrecijues el romaines, avec un atlas do S") planches 
(Paris, 1907, in-S»). 

M. Il.vMv présente à rAcadcmie le volume que vient de faire paraître 
le lieutenant Desplagnes, de l'infanterie coloniale : Le l*lateau cen- 
tral nigérien ; une mission archévlof/iqtie el ethnor/rapliir/ue au Soudan 
fntiirais (Paris, 1907, in-8") el (jui renferme les résultats de la mis- 
sion accomplie par ce courageux et savant officier dans la Ijoucle du 
Niger, à l'aide d'une modeste subvention prélevée sur la fondation 
Garnier. C'est un bel ouvrage de 'M't pages, illustré de 236 photogra- 
phies originales et accompagné d'une grande carte en couleurs. La 
première piutic du livre est consacrée à l'é'luile des vestiges laissés 
par les anciennes civilisations soudaniennes, campements et ateliers 
néolithifpu^s , pierres levées et menhirs anthropoïdes, sépultures 
anciennes, chambres funéraires et Inmnli, enceintes néoliliiiques, 
emplacemenis d'anciennes villes hisl()ri(pies, dessins rupestics, épi- 
graphie leliii.iiih et arabe. La seconde partie traite de l'anthropologie 
et de l'ethnograpiiie (K's différentes populations du Niger moyen; 
la troisième fait connaiti'e plus particulièrement tout ce (]ui se rap- 
porte aux pDpul.ilions non musulmanes réfugiées dans les massifs 
rocheux du plateau central nigérien ei désignés sous 1(> nom collectif 
de ILtlu'A on Ilahhés. I.'anleur ('hulie successi\ cmenl la nature du 
pays et les curieuses falaist's stratifiéi's où vivent les indigènes, leurs 
traditions, leurs mœurs i-t leurs coutumes. (]es Troglodytes (|u'il a 
découverts dans les massifs de Handiagara et de Ilombori, ap|)ortent 
ainsi un exemple de plus — celui-ci tout ii l'ail décisif — de l'influence 
des milii'ux sur la culture. Les llabbés qui sont de vrais /léyre.s, con- 
traints de se i-éfugier dans des rlijj's analogues à ceux du (Colorado, ont 
adopté un ^eiire de \ ie tout semblable à celui des clifj'dirollcrs améii- 
cains cpii sont <les rouijcs. Ca's deux grou[)es, de race lorl éloignée, 
ont une ethnographie fort siMniil.ible et dont l'interprétation ne peut 



LIVRES OFFERTS 



161 



p;is m.iiuiiuM' (IT'clairop dun jour nouveau TcHude do nos anciens 
troylodvli's (lu Périjjoid el des Pyrénées. Les hommes de science 
qui s'inléressenl à Thisloire du lotvinismc auront beaucoup à 
apprendra' de l'auleur du Plateau crnir.il n'Kji'-rion. 

M. Hi':i(ON ni-: Villefosse présenle à l'Académie, au nom des 
auteurs, MM. R. Laurent et C.h. Dufïas, un mémoire intitulé : Le 
inoiuiiiienl roni.iin de liiot, avec ÎJ i)lMiiehes et 14 figures (extr. (U- 1m 
liev. (A's éldiles ;tiiriennes, janvier-mars 1906) : 

'< Le monument dont il s'agit était situé à peu de distance d'Antibes, 
près de la halte de Biot. En 1901, on découvrit, sur le versant Est 
d'un mamelon voisin de la route nationale d'Antibes à Nice, treize 
blocs dont la plupart étaient ornés de sculptures militaires, casques, 
cuirasses, lances, enseignes, boucliers, d'un travail assez grossier. 
L'été dernier, MM. Laurent et Dugas prolitèrent de leurs vacances 
pour étudier ces découvertes et en démontrer l'intérêt. 

« Leur étude, menée avec clarté et méthode, est accompagnée 
d'une illustration excellente. Après avoir examiné la situation géo- 
graphique du mamelon sur lequel eut lieu la trouvaille, après avoir 
décrit avec soin les sculptures (pii constituent la décoration de ces 
blocs elles avoir comparées aux représentations similaires connues, 
après avoir classé et inventorié les monnaies et les poteries rencon- 
trées dans les fouilles, ils arrivent à cette conclusion que le monu- 
ment dont proviennent les débris en question doit remonter à 
l'époque d'Auguste. Le caractère militaire des sculptures, l'impor- 
tance géographique du mamelon et la proximité de la voie Aurélienne 
les autorisent à croire qu'il y avait là un poste de soldats. On ne peut 
que féliciter ces deux jeunes gens du zèle avec lequel ils ont conduit 
ce travail et de la conscience qu'ils ont apportée dans leurs recherches. 
Les sculptures de Biot ont une inq)ortance particulière pour l'étude 
de nos antitjuités nationales; les moulages de ces reliefs ont leur 
place marquée au Musée de Saint-Germain, à côté des reliefs de l'arc 
d'Orange et du monument de Saint-Remy. » 



1907 



162 



SÉANCE DU 22 MAUS 



l'RESIDENCI. DK M. S. HKINACII. 

M. A. Bautii donne de hniines iiouvcIIl's de lu mission de 1 

M. Pelliol au Turkeslan. De Tounilclioncj , où il a dccouverl el 
fructueusement l'ouillé plusieurs temples el établissements boud- 
dhiques, — découvertes dont lAcailiMnie a été inl'oi-mée par 
MM. Senaii et (^lia\annes , — M. Pelliol, niarclianl au Noi'd- 
Est, est arrivé à Koulehai- ; car cest ainsi, parail-il , cpie, daiirès 
la pi'ononcialion locale, il l'aiil oi-|hoj^raphier le Koulcha des 
cartes. C/esl l'endi-oil où la chaîne du Tien-shan se rapproche le 
pins (In lit (In 'i'ai'im, quelle alleini prescpie par Inn de ses 
éperons. Toute celte i-éj;ion est c(nnine semée de ruines l'orl 
anciennes, préislamiques; particulièrement nombreuses y sont 
les ^rolles bouddhiques, appelées ici ming-6i\ « les mille mai- 
sons», (pii, |)ar leur slruclnre même, rap|)ellenl anssit(')t le type 
hindou. Malhenrensemenl poni- nous, les plus accessibles 
vienneiil d elre explorées cl (l(''piiiiillt'M'> p.ir l,i ini^^mii allemande 
Grùnwedel. qui eu a emporté par charretées des traj^ments de 
Irescpies et aussi, pai'aît-il, de nombi-enx mamiscrils. 

lue fois installé à cette station, cpn n en promet pas moins 
d'être Irnelneuse, il s'agissait d'abord de s'orienter el de l'aire 
une revue S(mimaire des sites à explorer, .\ussi les jiremières 
lettres venues de là se réduisaient-elles à des énnméralions un 
peu aride> et ne prélani i^uèi'e à raiial\>e. Mai>, dans ces (Icv- 
nier> lemp^, il nous en est venu d autres, notamment une l'orl 
longue, datée du 21) janvier et adressée à M. .^enarl , cpii ren- 
ferme i)lns de détails el dont noire C(MilVcre nous eût eidrelenn 
mieux (pu' moi, >'il n'a\ail pa> été (d)liué de sabsenler. .le le 
remplacei'ai donc, Mir mhi iii\ ilalioii , comnu' je pourrai. La 
lelli'c annoïK/ail I armée de deux piKpiel- de photo},'-raphies , 
diMil lin Miil est |iar\(.'nii pi<(pi ici à M. .*^eiiarl ; les pliolo^ra- 
phiess<iiil iiiimér(jlées, sans antre indiealion ; mais elles se rap- 



SÉANCE DU 22 MARS 1907 163 

porlenl ;iu\ Idiiillus de Tounitclioii(|. \ Oici ([uelcincs cxlrails de 
celle lelli\'. Mais daliord il faul, à mon grand re^rel, (|ue je 
j)asse sur une excursion à Qouni-lnurà, où M. Pelliot a Irouvé 
des haches préhisloriques, les premières, paraît-il, qui aienl été 
recueillies dans ces parages, sur lobservalion de léclipse totale 
du soleil du li janvier, sur une expédition du IVjanvierà Karich 
(30 kilomètres à TEst de Koutchar), où les Allemands ont passé 
el où il n'y aura plus guère qu'à glaner, el j "ai-rive au retour de 
Karich à Ivonlciiar, qui s'est fait par une autre route en crochet 
vers le Nord. 

Ici je laisse la ]iarole à M. Pelliol : 

V Soubaclii, un éventail daryq irrigiu- plus ou moins la plaine 

el envoie un filet d'eau à travers la ville même de Koutchar. Or la 
carte de Petrovski porte sur les deux rives de la rivière une « ville 
d'Afraçiàb », et les procès-ver})aux du coniilé russe, eu traçant le 
programme de l'expédition Berezovski, supposaient déjà cpie ce [jour- 
raient être là les deux Temples du Loriot signalés par Iliuan-Tsang... 
Un simple coup d'teil m'a convaincu que c'esl bien là. le site qu'a 
connu et décrit Hiuan-Tsang. Le temple était ancien, puisque avant 
Hiuan-Tsang le temple en question est déjà nommé par le Cliouéi 
King Tchou. Et en fait ces deux temples, sur les deux rives de la 
rivière de Soubaclii, ont laissé les ruines ^e beaucoup les plus impor- 
tantes (ju'il m'ait été donné de voir jusqu'ici en Kacligarie. Le « Temple 
de l'Est du Loriot » et le «Temple de l'Ouest » s'étendent tous deux 
sur près d'uu kilomètre, avec des bâtiments qui atteignent encore 
parfois 10 mètres de haut, sans parler des stupas qui onl encore 
en plusieurs cas conservé presque sans altérations leur forme primi- 
tive. I.c Idul esl en briques, le |ilus souvent en briques crues, et, 
naturellement, en plein air, il ne reste plus de visible ni peintures 
ni enduils. 

.lus(}u'ici, les seuls étrangers qui aient ici fouillé sont les <i Ribon » 
c'est-à-dire les Japonais, et il n'est pas très encourageant qu'ils 
n'aient trouvé, dit-on, qu'une paire de sandales. Cependant nous 
aurons ici un gros travail, puiscpi'en tout cas il faut lever un plan 
détaillé.... Les stupas ont été déjà ouverts el fouillés par les indi- 
gènes ; mais il y a aussi, sous quelques bâtiments, des chambres 
souterraines creusées dans le diluviuni de galets, absolunuMil sem- 
blables à celles des ming-ôï, et qu'il faut dégager complètement. 
Rien ne dil (pi'il s'y Ironve encore f[uelrpie objel de musée ; mais sur 
les murs j'ai vu un assez grand nombre de graffiti en bràlnni pour me 



164 



SÉANCE DU 22 MARS 1907 



désoler de nètro pas mieux au fait des formes uu peu cursives de 
cette écriture. Les pliotograpiiies seront souvent impossil)les, et j"ai 
des doutes sérieux sur ce que pourront valoir des copies exécutées 
par moi ; enfin je ferai [)our le mieux. Et aussi bien ces graffiti, étant 
dès à présent à découvert, sont ;i ri-Iever au plus vite, avant leur 
disparition fatale à bref délai. En tout cas, nous n'irons pas à Soubachi 
avant quelque temps, car je voudrais profiter des mois d'hiver relatif 
qui nous restent pour pousser (piehpies pointes dans le désort. Par 
un scrupule sinologique, j'ajoute encore qu'en parlant du Temple 
du Loriot, j'emploie ce ternie pour la commodité du langage, mais 
sans préjuger de la valeur réelle du chinois ts'io-li, qui peut être ici 
tout autre et répondre à quehjue forme turque non encore reconnue, 
tout comme le Ichao-liou-li du Chouei King tchou. 

Vjjrès un jnui' d'aiicl ;i Knutcliar, je suis reparti le ~\ , celle 

fois pdur le Nord-Ouest. La carte de Petrovski indicjue (juelques 
« maisons d'Afraçiât » sur le Qyzyl sou, au Nord de Qyzyl, et j'avais 
de plus entendu [)arler d'une inscri[)tion sur pierre, en trois écri- 
tures, me disait-on même, qui se trouvait au nord de Qary (ou Qayir) 
et Ming i)()ul;"i<|... Hesl.iil l'iiisc liplion. On me dil (ju'il y a (juehjues 
mois l'aqsaqal afghan était venu l'estamper. Or laqsaqal afghan n'est 
aulre que l'aqsaqal hindou de Koulchar, et j'avais vu à Kachgar des 
estampages de la stèle de Liene Ping Kouo envoyés par lui. Dès 
(ju'on m'eut dit en outre que l'inscription comprenait aussi une petite 
portion indt'pendante de (pielques caractères, il n'y avait plus de 
doute pour moi que c'était là l'inscription publiée par M. (^havannes 
et(pii est le plus ancien monument daté (157 ap. J.-(l. ; (pu nous soit 

juscpi'à |irésent connu en Kachgarie. Le 2.3 janvier j'arrivai à l'en- 

droil où i"ins(Ti|ition est gravée dans le roc, sur vine paroi 1res iné- 
gale, à l'endroil où le (Jyzyl sou déI)OUche lie l;i inoiitagiie Allouti- 
(pich. La place est intéressante, parce (pi'elle semjjle inditpier (pion 
utilisait à répo(pie des Han la route assez peu commode (pii , |)ar 
celte vallée du Qyzyl sou, va de Kachgarie dans l'ili d'une part et sur 
le ^ (luldang de l'autre 

Au lieu (II- l'éprendre la roule d'aller, j'a|ipris cpi'il élail possible 
ilaller par la montagne, de Qayir à Soubachi, en un jour, me disait- 
on. Le cosa(pie ((ui m'accompagnait et moi, nous sommes donc partis 
pour Soubachi le 'iV; mais la route était assez mauvaise, et le soir 
veuail . ipie nous xoyions encore devanl nous plusieurs lignes dv 
montagnes, .\ussi est-ce avec satisfaction (|ue nous aperçûmes les 
feux d'un four de mine entouré de (piehpies maisons. A peine y arri- 
vions-nous, (pi'un homme sort, très cordial : " Bonjour, bonjour >>, 
me (iil-il en chinois, ("est un Sarle parlant un chinois excellent. 



I 



SÉANCE DU 22 MAHS 1907 1()0 

direcleur de rexploitation dos niiacs (1(> c-uivio dv Koutchar (le lilif 
est plus o-ros que rentreprise) et (jui nous a vus au yamen de Koulcliar 
avec le préfet et le tao-t'ai. Aussi rhos])italité nous est-elle donnée 
dans toules les règles de la plus grande politesse musulmane. Il se 
trouve en outre que notre hôle, Temur Beg, est un bon lettré 
musulman et, chose rare chez ses compatriotes, a (pielcjne connais- 
sance des caractères chinois. Hadji, c'esl-à-dire pèlerin delà Mec(pio, 
il a pris à Constantinople et en Egypte ([uelque connaissance des 
choses d'Occident. On ne saurait assez dire l'heureuse iiilluence 
qu'ont les pèlerinages sur le développiMuent intellectuel du pays. Par 
eux seuls, la population a une porte ouverte sur le dehors ; car il y a 
bien ici pas mal de marchands originaires du Ferghàna ou de Tach- 
kend, mais qui eux-mêmes ne sont pas au fait de beaucoup de 
choses, et d'ailleurs leur venue et ce qu'ils peu\(Mit dire ne vaut pas 
un simple coup d'œil jeté directement sur la rivilisation occidentale. 
Ce qui est ailleurs fanatisme musulman devient ici une cause féconde 
de progrès. 

Pour en revenir à Temur Heg. il m'apprit bien des choses intéres- 
santes Dès mon arrivét> à Koutchar, l^erezovski m'avait parlé 

de 250 liasses de manuscrits hindous, (]ui auraient été trouvées il y 
a une vingtaine d'années dans le grand stùpa ruiné de Qoutlou(| Onrda, 
un peu à l'Ouest de Koutchar. C^es livres, me disait Berezovski, étaient 
répartis dans une série de petites cachettes aménagées à même la 
bri([ue du stùpa, et il en resterait dans (pudque famille turque (pii se 
refuserait à les vendre. Berezovski tenait ces renseignements de 
« son liomme », comme il dit toujours, personnage marron, cher- 
cheur de trésors et sorcier à l'occasion, connaissant bien le pays, 
mais menteur comme pas un. Je l'avais pris en flagrant délit d'inven- 
tion à diverses reprises, et, comme les endroits (pii me furent mon- 
trés comme les anciennes cachettes des livres étaient peu suscep- 
tibles d'avoir jamais rien renfermé, j'étais convaincu, si la découverte 
était vraie, (pi'en tout cas linformateur Mir (ihérif n'en avait pas été 
témoin. 

Il me paraissait peu probable d'en savoir jamais beaucoup davan- 
tage, (|uand j'ai rencontré Temur Beg. Ht, pendant que nous cau- 
sions, il me parla spontanément des livres (pii avaient été trouvés 
jadis à Qoulloucj Ourda par des ciiercheuis di' trésors. Il y avait envi- 
ron 2:> liasses, cliacune entre deux planchettes de bois, le tout dans 
une écriture inconnue, d'une dimension d'environ ™ 30 sur O^dO. 
En outre, un très grand livre, très long, fut rapporté dans un sac. Les 
cliercheurs de trésors, ne sachant (jui' faire de ce i)ulin, PotTrirenl ii 
l'oncle de Temur Beg, Ghanizat Khodjam, qui était chef de ci'tte 



160 séance; du 22 mars 1907 

partie de la ville je ne sais plus exaclement dans (pielles conditions). 
Ghanizat Khodjam non plus n'y attacha pas grande attention, et peu 
à peu les livres, déchirés par les enfants, condamnés faute de soin, 
furent tous perdus. Nul ne soupçonnait (pie ces vieux papiers pussent 
être d'aucun intérêt. 

Sans en avoir aucune preuve, ni même aucun indice sérieux, 
l'idée m'est alors venue que peut-être le manuscrit Bower n'était 
qu'un lies manuscrits de Ghanizat Khodjam. Je dois vous dire en effet 
qu'on a raconté à Bower que le manuscrit avait été trouvé dans une 
grotte de miny-uï de Qoum-tourâ. Ceci est à la rigueur possible ; car, 
si les miruf-oï n'ont en général livré que des feuillets isolés, les 
Allemands sont, dit-on, tombés à Qyzyl sur un texte presque com- 
plet. Mais en tout cas il me parait très peu probable que la grotte 
indiquée à Bower et ({ui a été au cours des siècles assez peu envahie 
par les sables ait livré aucun manuscrit. La trouvaille, si elle fut 
faite à Qoum-lourà, a dû avoir lieu dans une autre grotte. 

Mais une autre solution est possible. J'ai demandé à Tenmr Beg 
s il n'avait jamais entendu dire (pi une des liasses eût été vendue à 
un étranger. Il me répondit qu'il avait entendu raconter (priin des 
serviteurs de son oncle avait pris jaflis une ou deux liasses et les 
avait vendues à " l'afghan » Qadyr khân, qui les avait revendues à un 
Anglais. Il va encore aujourd'hui à Koutchar un Qadyr khàn,qui est 
en effet sujet anglais; on l'appelle « afghan », comme l'aqsaqal 
« afghan », parce qu'il est de la région de Peshawar. Est-ce le même? 
Je ne sais; car j'avais cru comprendre, d'après le dire de Temur 
Beg, que le Qadir Khàn en (juestion était mort. Si l'histoire est abso- 
lument vraie, il y aurait des chances pour (jue ce fût bien là le 
manuscrit Bower. Je suis assez porté à admettre cette solution, étant 
donné (jue les manuscrits de Qoutlouij Ourda sont en somme les 
seuls sur lesquels j aie obtenu juscpi'ici des informations un peu pi-é- 
cises. D'autre part, si Qadyr kiiân tenait d'un vol les manuscrits, il 
était trop iiiilurcl (|u"il Iriir ,il I libuàt une aulre origine, et le grand 
ming-oï de Qouin-lour.'i dumiait à ce point de \ ne loute satisfaction. 

Mais il se peut aussi (ju il y ait là une tradition mauvaise, cpie le 
bruit de la vente à un Anglais soit controuvé, cpi'il s'.igisse |)eut-êlre 
d'un texte que Petrovski recueillit et qui serait à Pétersbourg. Il ne 
t;nil |i,is (lul)lier en effet ipià la suite de l:i dc'couv ertc de Bower, 
Petrovski et Macartney mirent des gens en campagne et, en éveil- 
lant l'attention des indigènes, leurs recherches ont pu faire naître 
des légendes. Tout ce que je voulais dire est donc cpiil ne faut 
accepter que sous bénéfice d'inventaire la version traditionnelle de 
la découver'c du in.nniscril Bower. et (pje peut-être il jnovient de 



SÉANCE DU 22 MARS 11)07 167 

Qoutlouq Ourda. Lccoq, qui connnissail la famille de Temur Bc^, a 
dû être ;ui courant de toute cette histoire, et il est très proI)al)le, 
puisqu'il lia rien trouvé, qu'aucune des liasses ne subsiste plus. 
Berezovski cependaiil, loiijoui's sur la foi de son homme, est per- 
suadé (pTil en n^ste: cl, ([unnd je lui ai deniainh'' chez ([ui elles 
devaient se trouver, il ma l)ien rc'poudu encore ([ue ce devait être 
dans la famille de ce Ghanizat Khodjam (l'oncle de Temur Be^), (jui 

est moil il \ a quelques mois Tout ceci se tient assez bien, et la 

découverte me semble aujourd'hui lixéc dans ses grandes lignes. 
N'aura-l-on rien de plus que le regret d'avoir perdu à jamais toute 
cette l)ii)liolhc(pie? C'est plus cpi'à craindre: mais Temur Beg m'a 
promis de faire des recherches chez lui en revenant à Koutchar pour 
la ('fermeture des sceaux », dans quelques jours, et, malgré toute 
vraisemblance, je veux encore espérer. 

Après eelle longue citalion, où il a fallu joui dire jioiir ne pas 
donner lieu à des nialentciulus, je i\v |)uis plus ([ue résumer. 

La niiue (jue dirige Temur Beg est une exploitation fort 
ancienne, longtemps abandonnée, et qui n"a été reprise que 
réeeniinent. Les ou\ru'i's y ont trouvé un squelette, à portée 
duquel était un pic encui\re, emmanché droit. Le manche a été 
jeté, mais Temur Beg a conserxé le pic à lv(^ulchar et a promis 
(le lapporlci' ;'i M. PcllinI à sa prochaine venue. Pour le moment, 
M. Pelliol ne veut rien coiiclui'e de la présence de cet outil si 
peu apte à lra\ailler ce leri'am dil'licile en une région où le fer 
abonde. 11 se contente de le rapprocher des haches préhisto- 
riques qu'il a trouvées à Qoum-lourà , des sculptures rupestres 
qu'il a rele\ées clans le voisinage de la mine, sûrement j)réisla- 
niiques cl toutes seml)lables aux dessins rupestres préhistoriques 
(|u"on lrou\e en tant d'endroits de l'ancien monde, et de les 
rapprocher aussi d'autres gra\ures de inèine sorU' {|u"oii lui a 
signalées dans la régimi d't )urouinlciii : d réserve pour plus 
lai'd ses conclusHnis. 

Toujours en compagnie de Temur Beg, il a visité dans la région 
do^ miiu^s un certain nombre de kohiic ch.i/ir, de « vieilles 
villes », où il a recueilli dc^ débi'is provenant sûrement d'anciens 
établissements bouddhiques et (|ui pourroid mériter des 
rechei'ches ullrncni'o. Lidin. Tcinnr Wcj, lui a apjiris l'existence 
d'un li\i-e turc sui- l'histoire du Turkeslan, achevé il v a deux ou 



168 SÉANCE DU 22 MARS 1907 

trois ans piir un \ieillai"(l de Bad, et a ])riimis de lui en procurer 
un exemplaire. Mtant doiuié la ])au\reté de la liflérature histo- 
rique indij^ène sur ce piiys, le cadeau sera le bienvenu. 

Le 26 janvier, il était de retour à Koutchar, où un indij^ène est 
venu lui apporter une denii-dou/aine tle tablettes couvertes 
d'écriture bràhniî et pr<)\enant de iniines bouddhicpies un [)ea à 
rOuest du défilé de Tchalderan^, ([ui est marqué à lOuesl de 
Koutchar sur la cai-te de M. (Irenard. 

La lettre que j'ai reçue de mou côté est un peu postérieure, 
datée du l*"" février, du jour de la « fermeture des sceaux ». Pour 
le détail, elle renvoie à la letlie précédente, mais elle ajoute 
quelques iid'nrniations nouvelles. ^Ldj^ré la neij^e qui est enfin 
survenue et un froid lies \if, M. Pelliot s'est rendu aux ruines 
du défilé de Tchalderanj;, et il y a trouvé une trentaine de 
tablettes en brâhnii, dont dix en un étal de conserN atKui sulTi- 
sante pour qu on puisse en espérer le déclnll'remenl conqilel. 

A la lettre est jointe une |)hoto^raphie, à propos de laquelle 
M. Pelliol fait les remarques sui\aiiles : 

Malgré leur étal de (lélal)remonl , réUule des ining-ôï ne s'en 
impose pas moins à nous, tant à cause dos scènes peintes que de 
l'architecture même des grottes. Les temples du Gandhàra sont, je 
crois, tous écroulés dans la jjlaine, et ceux des i< collines», comme 
dit M. l""ouchor, ne sont pas, malgré leur nombre, si bien conservés 
que nous n'ayons plus ri(Mi à apprendre à leur sujet. Or les g-rottes 
ont été traitées ici par les bouddhistes comme des temples de plein 
air. Voûtes, coupoles, dômes à encorbellenienl , ils onl tout repro- 
duit. Par exemple, et bien que la photographie, simple instantané 
pris dans de mauvaises conditions d'éclairage, ne soit pas fameuse, 
l'épreuve ci-conlre vous frappera, je pense, par la similitude de ce 
plafond à encorbellement dune grotte de Qyzyl avec le plafond du 
temple de Pendrenthân publié pai- M. Foucher à la page i4;i de 
son Ghandhâra. 

C'est en eiïel le même encorbellement à angles coupés que les 
Hindous ont conslammeni enq)lnyé pour couvrir une ouverture 
carrée de quelque étendue, procédé aucpiel ils sont restés fidèles 
même dans les cas où, comnie ici, il se réduisait à un sinq)le 
motif décoratif. 

Je terminerai par une denùère citation. .\ propos des rafles 



SÉANCE Dl- 22 MARS 1007 169 

faites par les Allcinands, de celles aussi qu'il a t'ailes lui-inrnie et 
qu'il espère l'aire encore, M. Pelliot se pin'imiiiit (raxauce contre 
le reproche éventuel de vandalisme : 

Ennemi, comme vous, de toute opération archéologique qui gâte 
le monument étudié, je m'insurgerais contre l'agent de musée (jui 
voudrait ra|)porter avec soi des morceaux d'Ajantà. Mais ici la 
situation est assez différente. La population ne s'intéresse aux niiii;/- 
ôï que pour crever les yeux des personnages et gratter l'or de leurs 
nimbes. Bien plus, et sur un conseil étranger que je trouve au moins 
malencontreux, un agriculteur de Qoum-tourâ a commencé à em- 
ployer l'enduit des fresques comme fumure pour ses champs, et 
cette méthode, renouvelée de Tourfan, a donné du premier coup 
d'assez bons résultats pour qu'il soit à craindre qu'elle ne se géné- 
ralise. On peut donc sans pharisaïsme dire qu'en enlevant les 
fresques des ming-ôï , on les sauve, ou du moins on en sauve des 
morceaux, fût-ce aux dépens du reste. 

L'Académie procède au vole pour rallribution du prix Iislrade- 
Delcros. 

A la majorité de 34 suffrages, le prix est décerné à M. Joseph 
Halévv, pour l'ensemble de ses travaux scientifiques. 

M. Maurice Ckoiset conunuuique les décisions prises [)ar les 
Commissions des prix extraordinaires Bordin et Sainlour. 

Le prix extraordinaire Bordin destiné, celle année, au meil- 
leur ouvrage imprimé relatif à un sujet concernant les études 
grecques ou latines, a été partagé de la façon suivante : 

1 .500 francs à ^L Paul Monceaux, pour son Histoire littéraire 
de l'Afrique chrétienne depuis les nrif/ines Jusqu'à rinvasion 
barbare; 

5oO francs à ^L F. Mazou, pour sou essai sur La composition 
des comédies d'Aristophane ; 

500 francs h M. P^élix Gafliol, pour son ouvrage intitulé : Le 
subjonctif de subordination en latin. 

Le prix Saintour, également réservé aux études sur l'antiquité 
classique, a été partagé de la façon suivante : 

1.000 l'r. à M. Homo, pour son Lssai sur le rèqne de l empe- 
reur Aurélien ; l.UOt) francs à M. Merlin, pour son ouvrage inti- 
tulé : L'Aventin dans l'antiquité ; 



170 SÉANCE Dr 22 mars 1007 

500 francs à M. .Vudollml. |)Our son ouvrage iiililulé : Defi- 
xionum fahellae qnoUjiutl innolueriint I.idi in (/rfecis orientis 
quam m loli'n.s nccidenlis pnrlihus. j)r;ietcr atlicus in (Atrpnre 
inacriplionuni allicarum eililas; 

500 francs à M. Bnurguet, pour -on \nluuic iiitilulé : Luilnii- 
mslrahiin /inancicrc du .sanctuaire pylhique au IV" siècle avant 
J.-C; 

500 francs à M. AUèf^rc, pour son volume \\\[\[n\(^ : Sophocle. 
Ktude sur les ressorts dranialif/ues dr son f/u'àlrc et la compo- 
sition de ses tracfédies. 

Au nom de la Commission A\\ \)v\\ Honoré Chavée. M. Antoine 
Thomas annonce (|ue ce j)ri\ hiennal, destiné à récompenser 
« toutes recherches, missions, [)ul)lications intéressant létude 
scientifique des hinj,''ues »,est attribué dans son inléi^rité à VAtlas 
lin(/uistique (le la France., œuvre en cours de puhhcalion de 
MM. Jules (iilliéi'on, directeur d'études à l'Ecole pratique des 
Hautes Etudes, et Ivlmond Ivlmonl. 

L'Académie désigne pour la médaille tléi-ernée par la Société 
centrale des architectes français. M. l^ulard, membre de l'Ecole 
franvaise (rAlliènes. pour la pai'l (ju'il a pi-i>e au\ fouilles de 
Délos. 

M. II. d.Vrbois m. .Il it.\iN\ n.i.K fait la communication suivante : 
<( Suivan.l la grande composition épique intitulée: Enlèvement 
des vaches de Coolei/, le héros irlandais (li*K'luilainn pensait que 
s'emparer des vêtemenis, des armes, des chars et des chevaux 
des ennemis vaincus aurait été un acte indi<;ne de lui. Il se bor- 
nait à couper el à enle\er les tètes. Diodore de Sicile dit que les 
Gaulois prenaient les létes des ennemis tués et abandonnaient 
a dépouille à leurs serviteurs. Ces serviteurs ont dû pendant 
]on;;■lemp^ etie des (icrmains. De là le sens du mol allemand 
heulc, en IVaiivais biiliii, iliiii aeciisalil Iraiiciqui' 'hculin. (^ est 
un dérivé du (•<'lli(pie hlieuili- hondi- •• victoire ». I^es (iaulois 
se contentaieiil de la ^loiri-, laissaiil le prolil aux (lennains (pu. 
devenus riches, I l'ioniphèrciil faeilemeiil des (laiiloi^ l'uiiiés ' . » 

M. IIwiT éludiL' (lcii\ passaf^e> du < Capital ne fanfaron de 
Piaille. Il 11 Iir (|iie. dans ruii de> deux, equtdem plane est 

1 . \'iiir ci-jiprùs. 



ETYM0r,O(;iK (lE l'allemand IŒUTE et n[- FRANÇAIS nniN 171 

une faute de eopisle pour foiiem plane >< un \ i-;ii Ionien », c esl- 
à-dire un honnnt' charmant. Dans Taulrc. il restilne un composé 
ïncd'ii pracf.ui II ni " ils l'ont les prenners ». M. Ilavet montre 
ensuite ([ue Plante emploie le collectif singulier Jiivenlus \)ouv 
traduire le pluriel j;rec eï-Yi^o'.. D'un passaj^e du Curcnlion, il 
conclut (pic Idi-i^anisalion éphél)i(pie existait probablement a 
Mpidaure comme dans d'antres \ illcs de l'Ar^oluIe. 

M. Gagnât cite un passa^^e de Tacite qui confirme la conclu- 
sion de M. Ilavet. 

M. i)K X'oGi'K donne des nouvelles de la luission de M. TJcr- 
inonl-(Tannean , cpii va rentrer en l^'rance. A la \(mIK' de son 
départ, il a découvert, entre autres monuments, deux statues 
en diorite et \in"t-six ostraca araméens. 



COMMUNICATION 



ÉTYMOLOtilE DE l'aLLEMAXD BRUTE ET Dl' FRANÇAIS liiTIX, 

PAR M. d'aRBOIS de JUBAINVILLE, 

MEMBRE DE L 'ACADÉMIE. 

Le 4 février dernier, j'expliquais à mon cours la partie 
du Tâin hô Cûalnr/c édition de M. Windisch, p. 83-85, où 
il est raconté comment le héros Cùchulainn tua les quatre 
éclaireurs qui précédaient l'armée ennemie . enleva leurs 
tètes et laissa les cadavres sur les deux chars, sans leur ùter 
les vêtements ni les armes, sans prendre les chevaux ; s'em- 
parer de ces vêtements, de ces armes, de ces chevaux 
n'aurait pas été beau, lui seniblail-il. In de mes auditeurs, 
M. llûber, élève de l'Université d'Innsbruck, me parla 
d'un texte grec présent à sa mémoire et ([ue j'avais oublié 
après l'avoir lu bien des fois, trop rapidement peut-être. 
Dans ce texte, une façon de penser toute semblable à celle 



172 ÉTYMOLOGIE DE l'aLLEMAND BEETE ET DU FRANÇAIS BUTIN 

du héros irlandais était attribuée aux Gaulois. Rentré chez 
lui, M. lli'iher m'envoya copie de ce texte dont l'auteur est 
Diodore de Sicile, livre V, chapitre xxiv. 5; i. Diodore y 
parle des Gaulois qu'il appelle tantôt K-'/r.zi tantôt V^kx-x'. ; 
or il dit ceci: « Prenant les tètes des ennemis tués, ils les 
attachent au cou de leurs chevaux, ils abandonnent ;i leurs 
serviteurs les dépouilles sautillantes de ces morts et em- 
portent comme butin les tètes en chantant leur triomphe 
et l'hymne de la victoire '. <> 

Parmi les serviteurs, auxquels les Gaulois vainqueurs 
abandonnaient les dépouilles des morts, il devait se trou- 
ver beaucoup de Germains, leurs sujets jusque vers la lin 
du 111'' siècle avant notre ère, date où, révoltés, ces Germains 
chassèrent les Gaulois de la partie de 1 Allemagne septen- 
trionale qui est située entre le bassin de l'Elbe et le llliin. 
Malg'ré le légitime orgueil que leur inspira ce triomphe, les 
Germains conservèrent dans leur langue quelques mots qui 
gardent la trace de leur anti{|ue subordination aux Gaulois 
depuis vaincus par eux-. Un de ces mots est l'allemand 
beuie, plus anciennement hiute zzn ' hlicudi, forme féminine 
du celtique neutre *})houdi. *hhi)uili, hOdi, en vieil irlandais 
Jji'iaid, «victoire»'^; l)utin. c'est le profit matériel de la 
victoire, à côté de la gloire, de la lumèf. De ces deux 
résultats de la victoire, les Gaulois prenaient le second, la 
gloire, la fumée; ils donnaient aux Germains le premier, 
le profit matériel et réel, le butin. (Juand les naïfs Gaulois 
furent chassés à l'Ouest du Hhin sur la rive gauche de ce 
fleuve par les Germains révoltés, leurs lil)èralités les avaient 
préalablement ruinés; les Germains enrichis par les vic- 

1. T'ov 0£ -saovT'ov ;îo).£ij.to)V Ta; /ssaÀa; àçaipoOvTcî Tispiâ-Touai rot; 
aùyiai xôiv '.-tzim^^' xà oï axûXa toï; (k^xTZOj's: -apaoo'vTc; fjaaYfjLÉva Xacpjpx- 
Y'OYO'jîiv i~'.~x:%'/'Xrr/~i; y.i'. à'oovTs; •jij.vov È-'.v{y.iov. 

2. Voyez par exemple Kluf,'e, h'IfiniDlnffisrhi's Wiirferhiirh iler ilentschcn 
.S'/j/Mc/ic, II' éilitiiin. p. 1 1. T 1 ini\ iiii>ts .\iul. Ili'iili : Kliij^c el I.iil/., lùif/Ush 
ElynuiliKifi, |). Vyi. ;iii mol mure. 

3. Cf. W'hitley Slokcs, CrkellifirhiT Sprachschnlz. p. 17.'). 



LIVRES OFFERTS 173 

toires des Celti's ont sans doute dû leur triomphe ultérieur 
à leur supériorité pécuniaire autant (ju "a leur ])rav()ure. Les 
Francs, poursuivant à l'Ouest les conquêtes germaniques, 
ont transporté au delà du Hhin le mot germanique d'origine 
celti([ue dont nous parlons. Ce mot avait conservé chez eux 
IV primitif de la première syllabe; il était devenu bcufl au 
nominatif singulier, hciitin ' ;i l'accusatif du même nombre: 
c'est le français « butin » '. 



LI\R1::S OFFERTS 



M. IIt;noN DE ViLLEFOssE présoiUc ;ui nom de M. C. Jullian, corres- 
pondant de l'Académie, doux mémoires extraits de la Revue r/es 
éludes anciennes, janvier-mars 1906 : 

1° Noies (jallo-roinaiiiea , XXXHl. Dans ce nouveau fascicule, 
M. ('.. .lullian examine très minutieusement le texte de Silius Italiens 
concernanl la route suivie par Ilannibal dans sa traversée de la 
(îaule, des Pyrénées aux Alpes. Ce texte lui paraît mériter plus de 
confiance ipiDii ne lui en accorde d'ordinaire; il croit y trouver des 
ar'il'uments nouveaux en faveur de l"()|iini()n (jui consiste à placer à 
Beaucaire-Tarascon le j)assag-e du Hhône par l'armée d'IIannibal et à 
fixer la traversée des Alpes au Mont-Cenis. La chroni(iue yallo- 
romaine (pii termine ce fascicule est comme toujours très bien 
informée : on y trouvera It's reprf)ductions de deux sculptures inté- 
ressantes, découvertes sur le territoire d'Alise et attestant l'existence 
en (iaule de mythes relatifs aux rapports entre les hommes et les 
oiseaux. 

2° Queslinns k.tnnihalir/ues. Cette seconde l)roclinre renferme sept 
consultations signées par des spécialistes. MM. Freise. Ann.ind, 

1. Cnmparez la déclinaison féminine en ein = in du gothique, nominatif 
sin};ulier e» = / (I{ruj.'mann. Grundriss. t. II, p. 210) dont un exemple fran- 
cique est conserve par le u(.iii de lemme écrit à l'ablatif Suanùie dans un 
di|ilome de l'an 700 Pardessus, l)ii>lnin;it;i, t. Il, p. 257^ : le uoniiiiatif 
de\ait être suimi. 



474 LIVRES OFFERTS 

Josepli Fomiiiir cl G. Foiifïères, et consacrées à rexanion do diverses 
parlicularilé.s dr la marclie d'ilaiiiiiltal à travers la Gauli'. 

M. Noël Valois a la parole pour un lioinma^e : 

« J'ai rhoiinour d'ollVir à FAcadémio, de la pari de notre corres- 
poiiilaiil. M. l''oiiinier, doyen de la Faculté de droit de Grenoljle, une 
Elude sur les Finisses décrétales (exlr. de la lîevar d' histoire ecclé- 
si;isli(/ui% Louvain, 1907, in-S"). 

H Pari'aitement renseigné sur les Iravaux les plus léeenis de la cri- 
t'upie l'ranc^-aise et allemande, notre savant correspondant, ipii, il y a 
vini^l ans, prenail déjà possession du sujet par des articles parus 
dans la l)Ht/ii)lliri/m> dr l'F.iolc des Chartes et dans la Nouvelle revue 
liislorif/nc dr droit fr;inr;iis et élrnn;/er, fait faire eetle fois h la 
• pieslion des P'ausses décrétales un pas (jue je crois décisif. 

« S'applicpiant à déterminer le but poursuivi par le faussaire, il 
découvre en lui prineipaienienl le (U'sir de \('nir en aide aux évêcpies 
persécutés et de les défendre contre les spoliations, les attacpies du 
pouvoir séculier : de là le besoin de chercher au loin (piehpie solide 
point dappui ; de là cette faveur si nettement témoignée à Faulorité 
de l'Eglise de liome. 

« M. Fournier croil pouvoir resserrer enlre les limites de 848 et 
de 8!j2 la date de la rédaction des Fausses décrétales. 11 s'appuie sur 
cette constatation pour déterminer ensuite la patrie du pseudo- 
Isidore. 

« Sans revenir sui' les ii\ [lol hèses dejiuis ioni^lenips abandonnées, 
comni(> celle (|ui plaçait :i liome nieuic le siège de la l'abrical ioii , il 
s'attache à démon! i-er (|u'on ne saurait considé-ri-r non plus comme 
berceau de la fameuse compilation ni la (jrovince di' Mayenci! ni la 
province de Heinis. Cette dernière opinion, mise en avant jadis par 
Wei/.sikdier, adoptée par l''rieilberg et Adolphe Tardif, a\ail retrouvé 
encore réccinmcnl des défenseurs en MM. Lurz i!t Ferdinand l.ol. .le 
crains (pTclIc ne ré-siste point aux derniers coups (|ue vient de lui 
porter M. Fouruici-. 

« La solution ipii a loult's les préférences de notre eori-espondant 
est celle ipia le pi'cinier eiilrc\ne Ilinschius, (pi'a développée 
M. Simson, et à laquelle se sont ralliés, avec .Inlien llavel, nos 
confrères M. \'iollet (?t Mgr l)u(diesue. l^lh- rattache la composition 
du pseudo-Isidore aux évéueuuMits de Hrelagiu- et place la fabrication 
des j-'ausses di'-cii't.'dcs d,iii>^ la proxince de Tours. .Vux arguments 
déjà connus M. i'oninicr en ajoute d',inli-es, montre surtout dans 
l'appaiiliou du faux isidoi'ien un incident de la grande' lutte entre- 
prise pour domplei- les velléités d'indépendance de la race celti(jue, 



I' 



LIVRES OFFERTS 173 

iiKU'pcndaïK'e (lui se miiiiircslail .ilors iidii sculcinciil sur le l('i-i;iiii 
p()liti(juo, mais sur le Iciraiu ii-lii^iciix. Il s'ii^issail, en soiuiuo, 
d'imposer aux Brelous, aUacliés à leurs traditions particulières, le 
droit canoni((ue romain et la eonstitulion de rKi;lise franque. 

" lui dernier lieu, M. l'onrnier se pose une ([ueslion délicate : il se 
demande quelle a été l'allitude du Saint-Siège à l'égard du faux 
commis dans les parages du Mans ou de Tours. Sa conclusion est 
{|uc les Fausses décrélales se sont répandues en Italie plus tard 
(pi'en deçà des Alpes ; (jue Nicolas l'^^' et ses successeurs, sans répu- 
dier l'œuvre d'Isidore, n'en ont pas moins gaidé à l'égard de celte 
compilation une réserve extrême; que cette réserve semble s'être 
prolongée durant le x'' siècle: et qu'enfin il faut descendre jusqu'au 
temps de la réforme de Grégoire VII pourvoir la cour de Home faire 
couramment usage des textes isidoriens. 

« Le nouveau mémoire de M. Fournier, où, eoninie dans tous ses 
travaux antérieurs, la minutie de la recherche n'exclut pas la remar- 
(juable largeur des vues, ne saurait manquer d'attirer au plus haut 
degré l'attention de tous ceux qu'intéresse l'histoire de l'Église et de 
l'ancien droit. » 

M. (J.vt.NAT dépose sur \v i)ureau, de la part de M. le Jnuon 
de Baye, une note sur Les (ioths de Crimée (Paris, 1907, in-H"). 

iM. LiîGEH oll're à l'Académie, de la part de M. Charles Dicdd, un 
volume sur Païenne f/ S^z-acuse (collection des Villes d'art célèbres, 
librairie Laurensi. M. Diehl a tout récemment visité la Sicile; on 
retrouve dans cet ouvrage toutes les qualités d'érudition l'I de stvie 
(|ui ont déjà appelé sur des travaux plus sévères l'attention de l'Aca- 
démie et (pii lui ont valu l'honneur de figurer parmi nos correspon- 
dants. 

M. l.Kc.Kit offre également à l'Académie son volume sur Prague qui 
figure dans la même collection. Il a eu l'honneur de lui communi(juer 
récemment un fragment de cet ouvrage sur les relations 'de la France 
et de la Bohême au moyen âge. C'est la pii-miere niojiographie 
histori(jue et archéologique de cette ville célèbre qui ait été publiée 
dans notre pays. 



176 



SÉANCK DU 27 MARS 

(Séance a\ancce au mercredi à cause du \'endredi saint. 



l'KKSIllliNCli Dli M. s. litlNACll. 



M. IIkron de Villefosse (Ion ne lecture ;i 1" Académie de la 
dépêche suivante qu'il a reçue hier du P. Delatlre : 

« De Carlha,:;e. "26, 8 h. "25. — .S'///.s- /ictiri'ii.r mus ;mu<inccr 
(Ivfiiurcric en iiiiirct';ni.r <l;iiis nos faiiilles de l;i pierre tombale 
<les s;iiiifes /'erjjélne et l'éhcilé. M.ih/ré Licimes an lil après 
iiiiil m;irli/i's les nnins S;iliiriis, S;iluriii nus. h'ehoculus, Sccun- 
(lulus. i\'li(il!is. l'erpeluii . -- Delaltre. » 

La découverte a eu lieu sans doute dans le terrain de Mcidfa 
où le P. Delattre fouille en ce moineul. Les noms inscrits sur la 
pierre sont, en ell'el, ceux de sainte Perpétue, de sainte l''élicité 
et de leurs compagnons. La mémoire de ces martyrs était en 
grande vénération dans l'église d'Afrique; nous le savons par 
Tertullien, par saint .\uguslin et par d'autres témoignages, mais 
c'est la première fois qu un document épigrapiiique nous four- 
nit la nomenclature de ces confesseurs de la foi. Probablement 
nous avons là une de ces nieinarine nmrl ijruni si fréquentes en 
Afrique. 

La Passion de Perpétue et de Félicité nomme Revocatus, 
Saliiniinus, Secundulns et Salurus, comme ayant soulîert le 
martyre à Cartilage avec ces deux saintes femmes, le 7 mars 
'J(K{ ' ; les mêmes noms se rclrouvenl siii- la iMuivelle inscription 
de (Cartilage. Ils étaient tous originaires de Tebourba (Thuburbo 
m i n u s ) . 

1! rsl liiiii (le rap|)c'ler qu'en l'.)(l"J. dans une con^lrnction 

I. Hiiinarl. .\clii inurljiriiiH slnccni (éd. de Kis'». p. sri . Dans le calen- 
drier niMiain la lele de Perpétue et de l-'élicilé était inscrite aux noncs do 
mars, nmiis iniirdis l'crpflitae el l'elicilulis .\fricae {ibid., p. 692,. 



SÉANCK DU 27 MAUS 1907 177 

byzantine, ideiililiée par M. ("laiickler avec un luoiiaslère possé- 
dant (les reliques ('e sailli lùiciine cl Mieuliouné dans \c /j /xt de 
proniissKim hiis , ce savant avait découvert à Cartliaf^e une 
mosaïque ornée de niédaillons et portant les noms de plusieurs 
martyrs. On y lit ceux de Sunr[tu).s Snlurns et de Snnc\fn)s 
S;ttiirninus , on pendant desquels, dans une partie détruite, 
lij^uraienl probablement les noms de [Sancl;i Pcrpeliin] et de 
iSaïul.i /'eli'cijlas '. 

Le P. Delallrc a \(inlu informer sans retard l'Académie de 
cette non\ elle et très importante découverte, afin de lui témoi- 
gner sa reconnaissance pour la générosité avec laquelle elle 
subventionne les fouilles de Cartilage. Nous ne tarderons pas à 
recevoir le texte complet de l'inscription. 

M. Maurice Ckoiset fait une lecture sur l'avcnluie d"L'l\sse 
chez l'.'ole dans l'Odyssée. L'objet de sa communication est de 
démontrer que le récit odysséen laisse encore apercevoir la 
superposition et le mélange de plusieurs éléments, qu'il est pos- 
sible de discerner. Le plus ancien est un conte de matelots; ce 
conte, recueilli jKir un poète antérieur à VOdi/sséc, semble avoir 
été traité par lui sous une forme plus simple que celle qu'il a 
prise dans ce poème. 

yi. Li:r,i:n communique un travail sur la vie de Georges de 
Hayn. dit aussi (ieorges d'Esclavonie, un Slave, qui étudia ;i la 
Sorbonne dans la seconde moitié du w" siècle, fut chanoine 
d'.Vuxerre, et mourut pénitencier de la cathédrale de Tours, b^n 
dehors des documents qui se trouvent dans les manuscrits de 
Tours, d'autres <locuments sont fournis par le Chartularium de 
ri'niversité de Paris, ])ar la bibliothèque du British MusL'iim et 
la Bibliothèque impériale de Vienne. Ce qui est particulièrement 
intéressant dans les manuscrits de Tours, ce sont les textes sla\es 
cyrilliques et glagolitiques qui y hgurent et (jni prouvent que 
I auteur, même après un long séjour en France. n"a\ait pas oublié 
sa langue maternelle. Ce travail doit faire partie d'un xobinie 
publié par les collègues et amis de M. Jagié, le successeur de 



1. Bulletin urchéologiiiue du Comité, 1<J03, p. ilti. 

1907 ,2 



I7S LIVRES OFFERTS 

Miklosii'h à rriiiversité de Vienne, à roccasioii du 7ii" aiuiiver- 
istiire de ce savant philolog^ue. 

M. J.-B. Mispoulel couimuuique un Iravail dans lequel il 
essaie d'établir que les statuts miniers du \n'' et du xiii^ siècle en 
Saxe, à Trente, en Moravie el en Bohême, en Toscane et en 
Sardaigne, se rattachent élroilemenl an slalul romain récemment 
découvert à Aljustrei (Portugal) cl (jui dale du règne d'IIadricn. 
Du rapprochement de ces divers documents, il tire cette conclu- 
sion que la coutume des mines du moyen âge nest antre que la 
couUime romaine qui aurait survécu aux invasions. 



Li\'ni-:s ()FFi-:i{Ts 



M. lli-HON Di: ViLLEiossE présente à l'Académie, an nom de 
M. lùigéiie Lefèvro-Pontalis, directeur de h\ Société IVançaise d'ar- 
chéologie, un volume ayant pour litre : (^onrjri'x arclu-olot/ii/nc do 
Frunce . LXXII'' session lenue à Ueuuvnis en lOO.ï par lu Soriâlr 
française (Varcliéologie (1906, iii-8", 7i!( i)ages, 136 planches cl 
figures) : 

« La ville de Beauvais, qui avait élé choisie pour être, en 1905, le 
siège du 0)ngivs de la Société française d'archéologie, renferme des 
monumi'uls d'un inlérél capital; elle csl située dans une région où 
notre architecture nationale s'est développée dune manière particu- 
lièrement l>iilhnil(' : cilc avait donc les di-oits cl les litres les meil- 
leurs pour être l'oi^jel de cette préférence. 

c< Grâce à l'ardeur, au dévouement et aux inlt-lligcnts ell'orls tic 
M. Eugène Lefèvre-Poutalis, le Congrès de 190.'j a eu d*cxccllcnl> 
résultais; il a réussi au delà de loiilc espérance. I.t's nf)nd)reii\ 
mémoires, piiiiliés dans ce xohime, allestenl la \ ilalili- |)ersislant<' 
de ro'uvri* fondée en 183i- pai- .Vrcisse de (laumonl. (les congrès 
annuels entretiennent l'esprit el le goiil des recherches, encouragent 
les travailleurs de province et conLrihuenl puissamment à faire con- 
nailn- el respecler les moiuniients élevés par nos pères siu' tous le> 



LIVUES OFFERTS 170 

points du territoire national. Pins que jamais, nos vieux édifices, dont 
quelques-uns ont été les témoins des plus g-lorieux événements de 
notre histoire et qui nous apportent tous Timag^e admiral)le du 
développement artistique de noli-e pays, oui besoin d'être défendus. 
Rien ne saurait être plus utile à leur cause que les publications du 
genre de celle (pie jai ihonneur d'otTrir à lAcadémie. 

« Un guide archéolog-ique de la région visitée par le Congrès, rédigé 
avec autant de soin ipie de compétence, illustré de nombreuses 
planches, conduit d'abord le lecteur dans les grandes églises de 
Heauvais, Gisors, Saint-Germer. Scnlis, Saint-Leu-d"Esserent, Com- 
piègne, Morienval, Xovon, etc.; il en démontre riiilérèt et en signale 
toutes les particularités nrchilccturnles. l^ne série de nK'uioires 
relatifs aux antif[nités gauloises el romaines de la contrée, aux monu- 
ments civils et religieux, forme la seconde partie et fait connaître les 
richesses archéologiques ou artistiques que possède le département 
de l'Oise. Le comte Olivier Costa de Beauregard y haile diverses 
questions relatives aux bijoux d'or de la période gauloise; le comte 
de Caix de Saint-Aymour y publie pour la première fois Tensemble 
des curieux ex-votos tle l'époque romaine découverts dans le temple 
de la forêt de Ilalotte; M. Houle y étudie les cimetières francs du 
Reauvaisis; l'actif et dévoué président de la Société académique de 
l'Oise, M. le docteur Leblond, y expose de bonnes remarques géogra- 
phiques et numismaliques sur le pays des Bellovacjues et décrit, avec 
M. Acher, le balnéaire romain découvert à Reauvais. MM. Hrutails, 
Louis Régnier, le marquis de FayoUe, le chanoine Marsaux, Georges 
Durand, Joseph Rerthelé, Eugène Lefèvre-Pontalis y traitent avec 
succès ditTérents problèmes archéologiques d'un vif intérêt. Les 
matières de ces travaux sont, comme on le voit, très variées et 
touchent aux branches les plus diverses de nos études. Ce volume 
est certainement un des plus importants et des mieux informés 
parmi ceux qui ont été publiés depuis la fondation des congrès 
archéologiques; il est aussi celui qui renferme les illustrations les 
meilleures et les plus exactes. » 



180 

APPENDICE 



INSCRIPTIONS FLNÉRAIRKS I)K LA NÉCROPOLE 

DE BORDJ-DJEDID A CAKTIIAGE, 

PAIi M. PHILIPPE BERGER, .MEMBRE UE LACADÉMIE'. 

M. Merlin a envoyé à la Commission de 1 Afrique tlu 
Nord l'estampag'e dune inscrij)li()n punique trouvée, dans 
les fouilles qu il fait pratiquer à la nécropole de Bordj- 
Djedid, au mois de décembre 1906. 

L'inscription, entourée dun cartouche, est gravée sur un 
bloc de marbre noir, qui mesure, sans compter le cadre, 
'" 10 de large surO"' 00 de haut. C'est l'aspect et la forme 
habituels des inscriptions funéraires encastrées au milieu de 
la dalle qui fermait l'entrée du sépulcre. 

L'inscription se compose de trois lignes, d'une écriture 
négligée et d'assez basse époque. Au-dessous de la troi- 
sième ligne se voit un mot isolé en retrait 'lig. \j. 

En voici le texte et la transcription : 

Tomhonu de /l;i/l);i;il . i/rarui j)rrfr(\ fille de ILimilcnt le 
Bal), fils de Ma;/oii^ /ils de Bodnstorel ; femme de Ilnmilcat 
le sii/fefe, /ils de liodnslnrel le suffèle ^ /ils d Adonihnnl le 
su/fète, /ils d'Ozmelel, le su/fèle. 

Le loin- général de l'inscription et la (pialité des per- 
sonnages rappellent la belle inscription tiouvée par le 

1 . \'(>ir plus li.'inl . p. M . 



INSCRIPTIONS FLNÉHAIKES l»K CAimiAi;!-; 



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182 INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES DE CARTIIAGE 

P. Delattre et publiée par M. le marquis de A'og^ûé aux 
Compfps rendus de l'Académie des inscriptions, séance du 
14 avril l'.tOo, p. 22o et suiv., dans laquelle les titres de 
« sulïete et grand prêtre » se trouvent réunis sur la tête des 
mêmes personnages, alternant avec le titre de Hab. Ici, ils 
ne sont pas associés, mais l'inscription présente une parti- 
cularité (jui mérite d'arrêter notre attention, (^est la défunte, 
c est-à-dire une femme, qui est qualifiée de « grand prêtre », 
ou plus exactement de « chef des prêtres », Rah-Cohan'un. 

Le mot Rai), appliqué à une femme, au lieu du féminin 
Hnhhat, n'a rien qui doive nous surprendre; c'est un phé- 
nomène analogue à celui que nous trouvons dans certains 
mots composés tels que (^ grand-mère », Seulement, on 
s'attendrait à le voir suivi du mot Cohanoth « chef des 
prêtresses » ; au lieu de cela, la défunte. Batbaal, porte le 
titre de Rub-Cohanini, « chef des prêtres ». 

Faut-il voir là un simple fait d'attraction, et donnait-on, 
par analogie, le même titre aux hommes et aux femmes? 
J'ai quelque peine à le croire, et il me semble plus vraisem- 
blable d'admettre (jue nous avons alfaire à une femme qui 
était à la tête d'un collège de prêtres. Le fait n'aurait rien 
d invraisemblable à Carthage. dont hi divinité tutélaire était 
une déesse, celle que les Romains ont rendue par la « Vierge 
Céleste ». Nous en trouvons d'ailleurs la preuve dans une 
célèbre inscription latine trouvée à Carthage par M. Gauckler. 
Cette inscription, qui est dédiée Jori Ifanimoni Barharo 
Silvano, porte, en tête de la longue liste des prêtres du dieu, 
la mention d'une Muter Sacroruni nommée Sempronia 
Salsula '. l'ne autre inscription, tracée sur la même pierre, 
mentionne une Valcrin Pniiliim Mnler Sacroruni. Enfin, 
uni' inscription de 'ru[)usuctu, dans la Mauritanie Sitifîenne, 



1. Gauckler, liiiilelin archéol.. lx!>9, (!. li.. p. vin. — Capnat, llmif îles 
publie. éjtKjr.. 1K!)!>, ri' Ki. — .\c,i(/. inscr.. C. /«'., is'JO. p. ItiO. — Jtéperloirc 
d'épirjr. sém., n* 80. 



INSCRIPTIONS FUNÉRAIKES UE CARTHAGE 183 

nous a conservé l'épitaphe dune Fahia Audicaeiia Turcsis 
Mater SacroriiniK Les sficrn désij^-nant l'ensemble des 
choses relatives au culte, le mot de Muter Sacroriim répond 
assez exactement au terme de Rah-Cohanim. 

L'l^]^ypte, à la([uelle la civilisation et la relig-ion de 
Cartilage ont fait tant d'emprunts, présente un phénomène 
analogue, et non seulement elle nous oITre des collèges de 
prêtres présidés par des femmes, mais nous voyons la reine 
Haïtassou prendre le titre de roi et se faire représenter en 
costume de roi, avec la barbe. 

Il convient de noter aussi le titre de R.ib, porté par le 
père de Batbaal. Ce titre qui revient assez fréquemment, soit 
sur les ex-voto, soit sur les inscriptions funéraires, corres- 
pond à Tune des grandes dignités à Carthage. Il alterne 
fré([uemment, dans une même famille, avec le titre de 
sullete ou avec celui de grand prêtre. 

Nous possédons même des portraits de Rah. Dans un coin 
de la nécropole voisine de Sainte-Monique, que le P. Delattre 
a pu appeler la nécropole des Rabs-, à cause du nombre 
relativement considérable de personnages portant ce titre 
dont il y a retrouvé les sépultures, il a découvert plusieurs 
ossuaires ou sarcophages qui portent, sculpté sur le cou- 
vercle , le défunt , vêtu d'une longue robe avec épitoge , la 
tête coiifée d'un turban, un pectoral sur la poitrine et dans 
la main une cassolette •^. 

A laquelle des grandes dignités carthaginoises ce titre 
correspondait-il ? Le sens très général du mot Rnh ne per- 
met pas de le décider. 

Une dernière observation a trait à la généalogie du mari 
de la défunte. Non seulement son mari était sulfète , mais 



1. C. /. /... t. Vlii, ssi-j. 

2. Delattre, La nécropole des ]lul)s. l'rétres et Prêtresses de Ciirthaf/e. 
Paris, Feron-Vrau. 

3. Ph. lîerf^cr. Musée Saint-Louis de Carlhar/e. Antiquités phéniciennes, 
pi. IX et X, et p. 70-7o, 



184 liNSCKIPTlONS FINÉRAIRES DE CARTHAGE 

nous voyons son père, son grand-père et son arrière-grand- 
père porter le même titre. Voilà donc une famille dans 
laquelle nous trouvons quatre g-énérations successives de 
sulîètes. Cela prouve que la dignité de suflete était hérédi- 
taire dans certaines familles , et conlirme le dire ancien 
d'après lequel le sutl'état était héréditaire à Garthage dans 
les familles des Bélides et des Melqartides. 

Si nous ne pouvons pas encore, en l'absence de dates 
fixes, commencera reconstituer les listes suiTétales de Gar- 
thage, répigraj)hie nous permet donc de jeter un coup d'œil 
sur cette société aristocratique où les magistratures civiles 
et religieuses se perpétuaient dans les mêmes familles et 
étaient même parfois réunies sur la même tête, et où les 
femmes avaient accès aux plus hautes dignités de l'ordre 
religieux. 

Dans la même nécropole, M. Merlin a trouvé au mois de 
janvier 1907 deux autres inscriptions funéraires. 

I^'une est gravée sur un bloc de calcaire jaunâtre, mesu- 
rant 0"' 17 de long, 0'" 08 de large et 0'" 10 de hauteur, 
l'allé a été trouvée au niv-eau du sol antique à l'époque 
punique, au milieu des tombeaux, sans paraître appartenir 
plus spécialement ;i 1 un deux. KIU; se compose de deux 
lignes, d'une écriture beaucoup plus soignée que la précé- 
dente, et qui peut remonter au ni'' siècle avant notre ère 
(fig. B). 

Tombeau de Af('h//ir(hi/les, /ils cl' Aderbanl^ fils ilc Mol- 
f/ar/ /tilles, /ils d' Ahd\eli\, /ils de Mnlki. 

Le dernier nom dr la ligne 2, 'Z"-)^ r:= Malki. devrait, 
semble-il, être coinpleli' en 'r 'i'^'^ = Melekja ton\ mais 
je ne vois aucune trace des deux <lernières lettres au com- 
mencement de la ligne "5. Peut-être le nom cst-il complet 



INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES DE CARTHAGE 485 

SOUS sa forme "'j'^a, soit qu'il faille y voir une abréviation 
g^raphique de 'jn"'DSa, soit que nous ayons là une forme 
apocopée. Comparez wî?!, formé de la même manière et 
qui correspond sans doute à la transcription latine Biialxus. 

Le nom qui précède, \S071", inspire aussi quelques doutes. 
Je ne connais pas de nom divin pouvant s'orthog-raphier ^n'^, 
à moins d'aller chercher dans la mytholog-ie «i^recque Laïus, 
le père dCftùlipe. Peut-être faut-il corrig^er 'hnilV ^= Abdcli. 
Comparez la forme plus usitée a"7N'"T2" r= Ahdelim. Une 
forme ''n'^~2" correspondant au nabatéen '"^^iil2'Ji=:Ahclelahi, 
supposerait une trop grande altération orthographique, et 
serait tirée de trop loin. Les inscriptions puniques ne pré- 
sentent aucune trace d'aramaïsme. 

La troisième inscription communiquée par M. Merlin a 
été trouvée au même endroit et dans les mêmes conditions 
que la précédente. Elle est gravée sur une plaque de calcaire 
jaunâtre longue actuellement de 0"' 10, large de 0'" 09 et 
épaisse de '" 02. Ce n'est qu'un fragment, et toute la partie 
de droite est brisée. Voici ce qu'on y lit : 

mpSc 

lïrri"» ]^ 

rnelqarl 

, fils (le latansid. 



Notez la forme du iod et du çade. 



Le Gvranf. A. Pk.ard. 



MAOON. PHOTAT FHERES, IMPRIMEUFIS 



COMl^TKS HKNDUS l)i:S SKAiNCKS 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCHIPTIONS 

ET BELLES-LiniHKS 

PENDANT L'ANNEE 1907 



PRÉSIDENCE DE M. SALOMON REINAGII 



SÉANCE DU 5 AVRIL 



l'Iil'siHENCE DE M. B.VBKLON, VICE-PRESIDENT. 

M. I,éo|)()l(l Di:i,isr.i; a la parole pour iino comiminicatioii : 
•' .l'ai riiomieur de communiquer à lAcadémie un l'raj^meut 
de manuscril qui présente un inlérèt exceptionnel. C'est le der- 
nier cahier d'un exemplaire de la Bible nioralisée. Je le connais- 
sais de longue date, pour Tavoir entrevu sous les vitrines 
d'expositions rpii ont eu lieu à Paris en iSS'i et en iSSÎ), et jeu 
ai pu (lire (pielqnes mots en 1893 dans nti article de Vlli.sloire 
lillcr.nre Je hi Fr.nicc ; mais il ne m'avait pas été jusqu'ici doiuié 
de pouvoir l'examiner à loisir. 

M .\u mois de juin dernier, j'entrevis encore quelques minutes 
ce curieux manuscrit, au moment où l'acquisition en était faite 
par un collectionneur de Paris, qui m'en lit espérer la commu- 
nication ; mais, au mois d'octobre suivant, j'eus la douleur d'ap- 
prendre {pie le manuscrit venait d'être \endu et que le vendeur 
ne pouvait pas même faire connaître le nouveau propriétaire. 
1907 13 



lcS8 SÉANCE DU O AVRIL 1907 

« Heureusement, je ne tardai pas à décou\ rir ([ue le manuscrit, 
après avoir été en Angleterre sous les yeux d'un très distingué 
bibliographe, l'auteur du Dictionnaire dea minialuristes, avait 
traversé l'Océan et trouvé un asile digne de lui dans la biblio- 
thèque déjà célèbre de M. Pierpont Morgan. 

" Trois mois plus tard, mon ami M. Henry Yates Thompson 
niaiinouçait qu'il allait partir pour l'Amérique, et nie faisait ses 
ofl'res de service. Comme je connaissais ses relations avec les 
hiblinphiles américains, je le priai de demander à M. Pierpont 
Morgan l'autorisation de faire photogi'aphier à New-York les 
feuillets de la Bible moralisée. 

(( Mon ami Thompson réussit au delà de toute espérance, et 
vendredi dernier je fus avisé que M. Pierpont Morgan arrivait à 
Paris, et que le lendemain il se ferait un plaisir de me montrer 
son morceau de la Bible moralisée. Je fus enchanté de l'accueil 
(pi'il nie lit. A [)eine avais-je pu le remercier, il mannonva qu'il 
mettait le manuscrit à ma disposition, pour que je pusse l'étudier 
à loisir dans mon cabinet. J'obtins en même temps rautorisation 
de le mettre sous les yeux de 1 .Académie des inscriptions. 

« Voici en deux mots ce qui fait l'intérêt du manuscrit : 

« Au xin'' siècle fut exécuté un ouvrage de très grand luxe^ 
dont le texte et les images étaient destinés à faire comprendre le 
sens allégorique de nombreux passages de la Bible. En regard du 
texte on a priiit plus de ."i.OOO j)etils médaillons, destinés à faire 
comprendre le conimentaire allégoricpie. 

« (]'est là peut-être l'œuvre de peinture la plus consitlérable 
cpie nous ait léguée le xin'' siècle. On la connaît d'ailleurs depuis 
longtemps par un exemjjlaire complet, exécuté dans le même 
atelier que les feuillets possédés par M. Pierpont Morgan. Cel 
exemplaire est aujourd'hui découpé en trois volumes, le premier 
à la I)il)li()lhèque Bodléienne d'Oxford, le second à la Bibliothèque 
nationale de Paris et le troisième au Musée britanni(|ue. Rien 
dans ces trois volumes n'aide à faire connaître dans quelles con- 
ditions a été exécutée une œuvre aussi importante. 

« I.e cahier de M. Pierpont Morgan jiermel de combler cette 
lacune. 11 contient un feuillet linal , dont l'équivalent n'existe 
pas ailleurs et qui explique clairement l'origine du livre. Sur ce 
feuillet à fond d"6r a été peint un grand tableau, duii incompa- 
rable éclat, brillant comme la plus belle plaque d'émail. 



SÉANCE DV O AVIUL 1907 189 

« Dans les deux compartiments supérieurs du tableau se voit 
un roi siégeant sur un trône, la tète couronnée, un sceptre à la 
main droite, un petit globe dans la gauche. A sa droite est assise 
une reine couronnée, qui se tourne vers le roi, les bras ouverts, 
la main gauche ouverte, la droite à moitié fermée. 

« Dans les deux compartiments inférieurs, du côté gauche, un 
religieux assis près dun pupitre qui supporte un livre ouvert; 
de la main droite il fait un geste semblant accompagner les 
indications qu'il donne à un scribe assis devant lui sur un esca- 
beau. Ce scribe, une plume à la main droite, et une sorte de 
grattoir à la gauche, écrit une page, qui doit trouver place dans 
la Bible moralisée, puisqu'on y distingue parfaitement le contour 
des médaillons réservés pour l'illustration du texte. 

« Nous sommes donc en présence du compilateur et du 
scribe préparant l'exemplaire de la Bible moralisée destiné au roi 
qui accorde sa protection à l'entreprise, comme il le lit pour 
l'œuvre de ^'incent de Beauvais. 

« Le travail a été accompli en France, très probablement à 
Paris ou dans un couvent des environs, au milieu du xni'' siècle. 
Le roi sous les auspices duquel se poursuit l'ouvrage doit être 
saint Louis; la reine qui siège à coté de lui, et qui, elle aussi, 
recevra l'hommage de la Bible moralisée, est, soit sa mère Blanche 
de Castille, soit sa femme Marguerite de Provence. 

« Nous devons savoir gré cà M. Pierpont Morgan d'avoir 
ramené en France, pour quelques jours une aussi précieuse 
relique. » 

M. !■]. Bahklon lit un mémoire intitulé : La slyli.s, nUrihul 
naval, sur les monnaies. Ce travail a pour but de préciser le 
moment où débute la frappe des monnaies d'or d'Alexandre le 
Grand, et de démontrer que la croix que porte constamment la 
Victoire au revers de ces pièces n'est pas une hampe de trophée, 
mais l'un des éléments du gréement des navires antiques appelé 
styli's. La stylis, étai cruciforme qui soutenait l'aplustre à 
l'arrière des navires, symbolise la puissance maritime et la domi- 
nation sur les mers au même titre que la proue ou le gouvernail. 
Les Athéniens, en souvenir de leur ancienne puissance maritime, 
placèrent ce symbole à la main de la \'ictoire sur les amphores 



190 LIVRES OFFERTS 

panathénaïques de l'année 336, date de l'avènemenl d'Alexandre. 
C'est pour plaire iiux Athéniens qu'Alexandre leur emprunta cet 
emblème dès le début de son règne; de même, il plaça, au droit 
de ses pièces d'or, la tèle d'Alhéna des monnaies corinthiennes, 
parce que rémission en commença immédiatement après la réu- 
nion de la diète panhcllénique de Gorijithe : c'est en effet dans 
cette assemblée qu'Alexandre l'ut proclamé stratège général de 
toutes les forces grecques et chargé de diriger la guerre qu'on 
décida d'entreprendre contre les Perses. 



LIVRES OFFERTS 



M. Bartii fait lioinmage, ;iii nom de l'auteur, du premier volume 
lie V Histoire des idées théosophiques dans l'Inde, par Paul Oltramare, 
professeur à l'Université de Genève. Paris, 1907 (tome XXIII de la 
Bibliothèque d'études publiée par le Musée Guimct) : 

'< Par tliéosopliie,on cnleiid d'ordinaire un certain raffinement dans 
l'intelligence et dans la pratique des choses divines, certaines spécu- 
lations en marge de la théologie officielle et parfois plus ou moins en 
conflit avec elle. Dans les religions à catéchisme bien arrêté, elles 
peuvent friser l'hérésie et même y donner en plein. Elles liennenl di- 
près au mysticisme, sans pourtant se confondre avec lui, celui-ci 
étant (le nature surtout émotive, tandis ipie la tliéosophie est plutôt 
d'ordre intellectuel. Aussi est-ce bien comme tliéosophie que la spé- 
culation indienne nous appaiail à ses débuts, telle (pi'elle se montre 
par exemjjle dans les U|)unisliads ; et même il y a encore beaucoup 
de tliéosophie, au sens |)ropre du mol, dans la philosophie systéma- 
tisée et en quehpie sorte figée di-s temps postéiienrs. l'aire ici k- 
départ est bien difficile; M. Ollr.imare ne la pas tenté. 11 a pris le 
terme dans le sens rpie hii donnent nos niodernes théoso|ihes, (pii 
|)rétendeiit découvrir la religion de lavenir dans les doelrines plus 
ou moins mal comprises de l'Inde ancienne, et louvrage est en 
r(''alilé l'exposé complet, puisé aux sources mêmes et bien ordonne'", 
non pas de loule la philosophie, mais de toute la philosophie religieuse 
de l'Inde, f^e premier volume la prend dans ses premiers germes et 
la montre ensuite parvenue à sa complète élaboration dans les 



SÉANCE nr 12 aviul 1007 191 

systèmes du Vetiruila, du SâiiUliya et ilu "Noya; le ik'uxirinc volume 
est réservé au hou(!(lhismo. 

(( Comme ensemble et daus li^s limites tracées, v<* Iravail eouseien- 
cieux, où l'auteur a su mettre à la portée du o^raiid pniilic des détails 
parfois arides, est peut-être ce que nous avons de mieux sur ce 
développement spéculatif où, sans doute, il n'y a plus pour nous 
grand'ebose à prendre, — car, après (|uck[ues envolées superbes à 
ses débuts, ses maîtres ont résolument tourné le dos à l'expérience et 
n'ont plus creusé que des abstractions, — mais ([ui , comme ex[)é- 
rience historique, n'en constitue pas moins une des grandes pages 
de la pensée humaine. » 

M. llaitwig DERENBOUiîf; a la ])arole poiu- un hommage : 
« Je vous ai présenté le 10 mars !'.)()(» cinq ouvrages de M. le pro- 
fesseur Hirschberg de Berlin sur les vicissitudes de l'oculistique 
dans l'anticpiité et sur les progrès qu'elle a faits chez les Arabes au 
moyen âge, sous l'aiguillon de leur vision morbide. Un nouveau cha- 
pitre de cette ample monographie vient de continuer la série : il se 
rapporte au moyen âge européen et aux commencements des temps 
modernes jusqu'à la fin du xv!!*" siècle. Le théoricien, le praticien et 
l'historien se valent. Le volume que je suis chargé par l'auteur 
d'olfrir à notre Compagnie, est œuvre de philosophe et de piiilaii- 
thrope, de clinicien et d'opérateur, d'érudit et d'écrivain. » 



SÉANCE DU 12 AMilL 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 



Le Secpétaire PERPÉTiEL doiiiie lecture d une lettre que 
M. Gauckler lui a adressée à propos de la découverte, faite par 
le R. P. Delaltre, d'une inscription relative aux martyrs africains 
de l'an 203. 

^L IIÉRON DE \'n.F.EFossE comniuuique à ! .Académie une lettre 
du R. P. Delaltre, rehilive à 1 inscription mentionnant les mar- 
tyrs de Carthage, sainte Perpétue, sainte Félicité et leurs compa- 
gnons. Les fragments du texte, actuellement retrouvés, sont au 
nombre de trente-trois. L inscription paraît bien désigner l'empla- 



192 SÉANCE Dl 12 AVRIL 1907 

cernent de la séj)ulture des sainls martyrs, mais le texte a été pro- 
bablement },^ravé plus d'un siècle après leur mort. Cette découverte 
permet de fixer L'emplacement de la hasilica major où, d'après 
Victor de \'ite, lurent ensevelis les corps des saintes martyres 
Perpétua et Félicitas ; elle offre donc un double intérêt, puisqu'elle 
nous apporte un document fort précieux pour Ihistoire de 
l'église d'Afrique en même temps qu'un renseig-nement très inté- 
ressant pour la topographie de Cartilage à l'époque chrétienne. 

Dans une autre lettre, le P. Delatlre indique que, ])rès de 
l'endroit d'où jjroviennent les fragments de ce texte, il a décou- 
vert une mosaïque complètement brisée, mesurant 1 '" i't de 
largeur, compris l'encadrement qui était de 0'" 1."). Il ne restait 
plus du sujet que. dans l'angle inférieur de gauchr. une sorte de 
palmier avec un animal (agneau ou gazelle) dont la tête man- 
quait; puis, dans l'angle supérieur de droite, les amorces de 
quelques tiges de lleurs et la patte d'un oiseau. 

En recueillant les fragments de l'inscription, on a rencontré 
plusieurs tronçons de colonnes, mais il n'y avait aucun vestige 
de constructions en place. A la profondeur de "2 mètres environ, 
les fouilles continuent à travers des tombes presque loujoui-s 
ouvertes quand ce n'est pas une véritable couche d'ossements '. 

M. de Mély communique à l'Académie et commente les 
inscriptions des miniatures dc^i très riches Heures du duc de 
Berrv, conservées à Chantilly. Il y découvre deux signatures 
H. H. et II. H. répétées dans une suite de miniatures certaine- 
ment de la même main. Ces deux signatures, on les retrouve 
dans un tableau du Louvre, Le marli/re de saint Denis, attribué à 
Jean Malouel (I iOO). Il montre cpie le tableau a été commandé en 
1 416 à Henri Bellechose, peintre du duc de Bourgogne, qui la 
siirné éL^Tlement H. \i. Comme le faire du tableau et des minia- 
lures est identique, qu'on y retrouve un personnage similaire, le 
Christ, il en conclut (|ue les miniatures du manuscrit de (",li;iiitiily 
i)iit été exécutées par Henri Bellechose, antérieurement a I ilM. 

M. l'ii. Bi:iu;i;h fait le rapport suivant : 

« La Commission du prix Bordin (Orient) décide d'accorder 

I . Viiii- ricicssoiis. 



LES MARTYRS DE CARTMAGE 193 

les récompenses suivantes : à M. Doutté, pour son ouvrag-e 
9.ur Merrakech, I .000 Ir. ; à M. Adamanlios Adamantiou pour sa 
publication de la Chronique de Morée, 500 fr. ; à M. Guérinot, 
])i)ursa Bihlioc/raphie du Jaïnisme, 500 fr. ; à M. Mij^eon, pour 
son Manuel d'art musulman. 50(» Ir. ; à M. Touzard, pour sa 
Grammaire hébraïque, 500 Ir. » 

M. Louis Il.wKT montre que, dans Plante, riinjiriNitir liilni- 
salvelo est une formule de salutation servant à répondre à un 
autre salut. Si le vers 103 du Cordage est trop court, c'est (|niin 
premier salut salve a disparu devant le salut de réponse salveto. 
L'ne correction analoj^ue est applicable à un passage du Persan. 
M. Ilavet étudie ensuite un passage des Mêneehnies de Plaute, . 
où il est dit, à propos d'un prétendu fou, que ses yeux deviennent 
livides, oculos lurere. 11 montre qu'il ne s'agit pas des yeux, mais 
de certaines taches, de certains points, et (|n"il faut remplacer 
oculos par loculos. Dans un passage analogue des Captifs, rel^ilif 
à un prétendu épileplique, il fanl de même remplacer macu //.s- 
luridis par loculis luridis. 



GOMMUNIGATIOX 



LETTRE DU R. P. DELATTRE A M. NÉRON DE VILLEFOSSE 

SUR l'lNSCRIFTION DES MARTYRS DE CARTHAGE, 

SAINTE PERPÉTUE, SAINTE FÉLICITÉ ET LEURS COMPAGNONS. 



Cartliag-e, 8 avril IVIOT 



Cher Monsieur, 



J'ai riionueur de vous adresser la coi)ie et la photogra- 
piiie de rinscription des martyrs de Cartliag;e. Le texte est 
gravé en caractères hauts de 0'" 10, sur une lii-rande dalle de 
marbre blanc épaisse de 0'" 03. Les nombreux morceaux ' 



1. Ils sont acluellcmcnt au nombre tic trcntc-tiois. 



194 



LES MAHTYRS DE CAUTIIAGE 



que nous avons réussi à réunir représentent une iong-ueur 
de 1 '" i:{ et une hauteur de 0'" S.'). 

Voici comment je crois pouvoir lire cet intéressant ti'xte : 

t Hic SVNT MARTYrg.9 
t SATVRVS SkTVKniuus 
7 REBOCATVS SHCVW/////5 

t FELTCIT PERp^'T PAS///// 
T M A I V L V S ? lillimillllllll 

Ce texte qui vient confirmer d'une façon si heureuse les 
actes du martyre de sainte Perpétue, de sainte l'Ydicité et 




de leurs compagnons a été trouvé dans les fouilles du 
terrain appelé Mcidfa et au milieu des ruines de la basilique 
que j'explore en ce moment. 

Le nom de M:i juins (|ue je crois reconnaître à la ilernière 



LKS MAItIVItS Iti: CAUlllAdi: 19o 

ligfne se lit dans la liste des saints d'AiVic{ue publiée par les 
Bollandistes. Notre découverte permet de lixer remplace- 
ment de la liasilica Major ou plutôt de la linsilicn Mnjn- 
riini, variante des manuscrits que la haute anticjuité de 
Varen de Mcidfa me paraît devoir faire accepter. 

C est bien la basilique dont parle Mctor de \ ite : uJji 
corpora sanctnruni /narti/rnni Perpcluac atijuc Fclicilalis 
sepulfa sunt (Pers. Vaiul., lib. I, c. m], et dans laquelle 
saint Augustin ])rononça plusieurs de ses sermons'. Notre 
inscription met lin. ce me semble, aux conjectures qui 
avaient été faites en faveur de Damous-el-Karita. Elle sou- 
lèvera aussi d autres problèmes en distinguant plusieurs 
églises là où l'on voulait en reconnaître une seule sous 
diverses dénominations. 

J'ajouterai que notre marbre ne me paraît pas être la 
pierre tombale primitive des martyrs. La présence des croix 
latines au début de chaque ligne reporte le texte à plus 
d un siècle peut-être après leur mort ([ui eut lieu en 20)^. 

La suite des fouilles nous permettra sans doute de trouver 
encore quelques fragments. Parmi ceux que nous avons 
réussi à juxtaposer, il y en a (jui ont été trouvés au début 
des travaux d exploration et assez loin de l'endroit qui nous 
a fourni les principaux morceaux. 

Je vous écris ces lignes à la hâte, après une semaine de 
Pâques complètement prise par les nombreux visiteurs du 
Musée Lavigerie. Vous voudrez donc bien m'excuser' cher 
Monsieur, si je ne vous donne pas plus de détails aujour- 
d'hui. 



1. Sermons XXXIW CI.W. CCFAIII. in ,lii-l>its pnsrhidihus. CCXCIV 



1% 

LIVRES OFFERTS 



M. DE Vogué présente à l'Académie, au nom de la Commission du 
Corpus Inscriptionum Serniticarum, le 1^'" fascicule du 2" vol. de la par- 
lie aramcenne, contenant la fin des inscriptions du Sinaï. Les 3200 
textes environ que comprend celle série ont été pujjliés d'après les 
relevés de M. Bénédite, complétés par les relevés provenant de voya- 
geurs antérieurs : pour classer toutes ces copies, les idcnlifier, établir 
leur concordance, pour établir ensuite les rapports qui ont existé 
entre les auteurs des inscriptions, introduire un peu d'ordre et de 
lumière dans cette collection de j)roscynèmes analogues où les mêmes 
formules et les mêmes noms se succèdent avec une désespérante 
monotonie, il a fallu un liavail acharné, une puliciicc infatigable dont 
M. de Vogiié n'aurait pas pai'lé s'il n'avait tenu à en reporter le 
mérite à M. Chai)ol, le laborieux, savant et consciencieux auxiliaire 
de l'Académie. Ce travail a au moins eu l'avantage de fixer définiti- 
vement la nature, l'âge et l'origine des inscriptions du Sina'i. M. <le 
Vogiié rappelle les légendes aux(juelles elles ont donné lieu et le 
mystère qui semblait les entourer alors (|ne, suivant la mentalité des 
eonlmenlateurs, on les attribuait aux com[)agnons de Mo'i'se, à des 
pèlerins païens, chrétiens ou musulmans. Il est maintenant bien éta- 
bli que ces textes gravés siu' It's rociiers du Sinaï soni l'ii'uvic diin 
petit groupe de familles nabatéennes qui, entre les années 149 et 251 
de notre ère, onl, pour des causes restées inconnues, fait des séjours 
temporaires dans les vallées habitables de la célèbre prescpi'ile. 
Elles avaiiMil un clR'f, (pielques prêtres, ne paraissent pas avoir 
amené.df Icinincs; les hadilions religieuses dr la montagne semblent 
leur avoir elé incnumies : des préoccupations d'ordre matériel 
paraissent seules les avoir adirées dans ces parages, soit la récolte 
des dattes, soit le repos à donner aux chameaux, soit tout autre 
cause aussi insignifiante. Quoi qu'il en soit, le mystère principal est 
éclairci et les inscriptions du Sinaï peuveiil èlre considérées comme 
définitivement situées dans le temps, dans l'iiistoire des trii)us 
nabatéennes, dans celle du développemenl de l'épigraphie sémiliipie. 

M. I,. I,i:<,i;it présente de la i)arl de M. le capitaine l'olacciii, 
détaché à létal-major de l'armée, nu volume inlilnlé : Lorluro des 
cirU-s russes. Indications linguisti(iues, géographi«pies et topogra- 
plii(jues (Paris, librairie Ciiapelot, in-4», 1907) : 



LIVRKS OFFERTS 197 

« Ce travail rc'pond à un besoin réel. Les derniers événemcnls 
d'Orient ont appelé Tatlenlion sur la cartographie russe. Or la lecture 
des cartes russes ollVe de iioiidM cusi's ditficultés; elles sont dues 
non seulement aux |)arlieulariLés de lalphabet russe, mais encore à la 
niulti|)lieilé des idiomes parlés dans les pays (jue les cartes repré- 
sentent. La langue géo<j:raphi(jue russe comprend des mots turcs, 
ta tares, persans, afghans, finnois, lapons, etc., qui font double emploi 
avec les mots nationaux. .\près des notions générales sur la cartogra- 
pliie russe, M. Polacchi donne successivement l'alphabet avec une 
transcription sur laquelle j'aurais à faire quelques réserves, la liste 
des signes, abréviations et termes lopograi)hi(pies employés dans les 
cartes (avec transcription), la transcription des noms chinois écrits 
en caractères russes, la nomenclature des échelles russes les iilus 
usitées, la conversion en mètres des mesures de longueur russes, le 
tableau comparatif des mesures et monnaies et la reproduction des 
signes couvent ionnels em[)loyés par l'état-major et la marine. L'ou- 
vrage — en dehors des réserves que j'ai présentées plus haut — est, 
en somme, fort utile et pourra rendre de grands services poui' la 
lecture non seulement des caries, mais aussi des ouvrages des 
explorateurs et des écrivains militaires. » 

M. Gagnât oiïre à IWcadémie, de la part de M. Toutain, maître de 
conférences à l'Hcole des Hautes Etudes section des sciences reli- 
gieuses), un volume intitulé : Lrs rultes païens dans l'Empire runiain. 

« Dans ce volume, M. Toutain a étudié les cultes romains au sein 
des provinces latines de rEm[)ire, réservant pour un volume ultérieur 
une étude semblable dans les provinces grecques: les cultes officiels 
et les cultes non officiels. Parmi les premiers se place celui de la 
déesse Home, auquel vient bientôt se joindre celui de l'empereur et 
de la famille impériale, le culte de la triade (lapitoline, et celui de 
Jupiter Optimus Maxinuis. M. Toutain s'est elTorcé de monti-cr ce ipie 
ces dillerenls cultes offrent de commun et de fondamental dans les 
diverses provinces, mais aussi et surtout peut-être les nuances qui, 
dans chacune d'elle!;, les modifient et qui tiennent principalement à 
l'association de ces divinités loulcs romaines avec les dieux locaux 
ou nationaux. 

<( Dans la deuxième [)artie du livre, M. Toutain a examiné les dilTé- 
rents cultes non officiels, (ju'ils s'adressent à de vieilles divinités 
latines comme Janus, Vesta et Mars; à des divinités du Panthéon 
gréco-romain, comme Minerve ou Mercure, ou à des abstractions 
comme la Fortune, la Victoire, ou encore aux Génies des choses ou 
des individus. C'est dans celte partie surtout qu'il retrouve un 
nombre considérable de dieux locaux fondus avec les dieux du Pan- 



198 LIVRES OFFERTS 

Ihéon romain el dissimulés sous leurs noms; on sait combien ce 
pliénomène d'assimilation extérieure a été fré(juent à l'époque 
romaine et à quelle confusion de noms divins il a mené. C'est ;'» 
débrouiller cette confusion que M. Toutain s'est attaché avec succès; 
et il fallait, pour y réussir, autant d'érudition que de perspicacité. 

« On aurait tort de ciiercher dans ce livre une contribution à ce 
brillant essai que tente l'école moderne de science relit^ieuse ; 
M. Toutain a exposé très ncltcmicnt dans l'intioduction de son livre 
sa méthode et son dessein. Il n"a pas la prétention d'éclairer les 
dieux et les rites qu'il rencontre dans les provinces (K> ri-'mpire 
romain par des comparaisons avec ceux que l'on peut constater ou 
deviner chez d'autres peuples anciens ou modernes. Ce qu'il veut, 
c est présenter un essai purement historiqu** <i par lecjuel il s'est 
enfermé, de propos délibéré, dans les limites géographiques et chro- 
nologiques de son sujet ». La iiouvcauié du li\ rc csl que la religion 
romaine y est étudiée non point dans une unité ap[)an'nte, qui est 
une duperie, mais dans s(>s diversités locales que les découverli-s 
épigraphiques ou ligurées rendent chaque jour plus éclatantes ». 

M. Ilarlwig Df,iu:nboiihg a la parole poni' un liommage : 
« Un de mes anciens élèves, M. L(juis Delapoile, mi* charge de 
vous (illVir quelcjues «nouveaux fragments sahidi([ues », c'est-à-dire 
provenant de la Haute-Egypte, du I\islciir d'Hermas dans la viMsion 
copte. Le Pasteur, par Hermas, comme je dirai plus clairement, une 
apocalypse rédigée vers l'an 150 de notre ère, annonçait la fin pro- 
chaine du monde au nom du Christ par l'organe d'un berger. Cette 
révélation a été d'abord admise dans le Canon du Nouveau Testa- 
ment, mais elle n'y a pas été m.iinlenue. Le texte grec original, à 
peine retrouvé, a été publié pour la première fois en 18o6, par 
Auger et Dindorf. Les deux versions latines, les traductions étiiio- 
pienne et copte permettront d'en relever et d'en faire disparaître les 
altérations, d'en combler les lacunes, de restiluer la tfin>nr i»iiinilive 
presque imiloiil. Ce travail d'ensemble mériterait de tenter le jeune 
travailleur liiiii préparé et ardent à la tâche qu'est M. Louis Dela- 
porte. « 

M. S. Re[Nach dépose sur le bureau, au nom dr M. Théodor 
Gomix'rz, corres|)ondant de rinslitut,un volume intitulé: (irifcliisiln- 
Di'/i/iit; fine (ifschiclile dcr .iiili/n'n Pliilosoithic, fasc. Kl (Leipzig, 
1110(1, in-«"). 

11 ilépost', en outre, en son nom, luir liihlioi/raphie de S. H. 1874- 
f90tf (Angers, UtoT. in-H°i. 



199 



SÉANCE DU 19 AVUIL 



PRESIDENCE DE M. S. REINACII. 

Le Président prononce rallocution suivante : 

« Messieurs , 

« L'Académie apprendra avec regret la mort du savant orien- 
taliste Adolphe Neubauer, qui était son correspondant depuis 
1889. Il s'est éteint à Londres, le 6 avril dernier, à làge de 
70 ans, affaibli depuis longtemps par des infirmités qui lui 
interdisaient tout travail. 

« Neubauer, que Renan tenait en haute estime, lui lun des 
hébraïsants les plus érudits du xix" siècle. Né en Hongrie, élevé 
pour être rabbin, il commença à se signaler, en 1861, par des 
études de lexicographie hébraïque. Un voyage à Jérusalem mit 
entre ses mains des matériaux d'un grand |)rix , dont une partie 
lui publiée dans le Journal asiatique de I8()l à 1863. Imi 1864, 
il se rendit à Saint-Pétersbourg, pour y examiner la collection de 
manuscrits karaïtes formée par Firkowitz et conservée à la 
Bibliothèque Impériale; les résultats de sa mission furent expo- 
sés par lui en français d'abord, puis en allemand (1866). L)eux 
ans après, il se révélait comme un savant de premier ordre par 
son célèbre traité sur la (iéo(/raphie du Talmiid, qui témoigne 
non seulement de lectures immenses, mais d'un espiil judicieux 
et |iénétrant (1868). C'est un li\re resté indispensable pour 
la géographie historique de la Syrie. 

« La même année, Neubauer fut appelé à (Ixford poui" v 
dresser le catalogue raisonné des manuscrits hébreux de la 
Hodléienne, au nombre de plusieurs milliers. Cette lourde tâche 
l'occupa pendant dix-huit ans ; l'inventaire qui en résulta est un 
des monuniciils de la bil)liographie hébraïque. Entre temps, 
Neubauer avait publié le texte arabe du Dictionnnaire d'Abou- 



200 SÉANCK DU 19 AVRIL 1 1)07 

al-WaluI el un recueil de<' inlerprétations juives du 53" chapitre 
(risaïe,qui lut traduit en an^-^lais par M. Driver; il avait surtout 
collaboré très activement aux tomes XXMI et XXXI de V Histoire 
lilléniire de la France , fournissant à Renan la substance des 
notices relatives aux rabbins français du xiv" siècle. D'après les 
usages de l'Académie, la sij^nature de Renan parut seule sur le 
titre de ces deux volumes; mais il l'ut toujours le premier à 
réclamer pour son auxiliaire le mérite scientifique de ce travail 
difllcile et important. Un autre savant français, M. Paul Meyer, 
eut à se louer du concours de Xeubauer, qui publia avec lui, ou 
sous ses auspices, plusieurs mémoires dans la liomnnia. 

<( Sous-bibliothécaire à la Bodléienne, qu'il contribua beau- 
coup à enrichir et oiî sa courtoisie n'était pas moins appréciée 
que sa science, Neubauer fut chary^é, en 1864, d'un cours 
d'hébreu rabbinique à l'Université d'Oxford. 11 le professa pen- 
dant seize ans et forma quelques élèves remarquables, notam- 
ment M. Cowley, (jui l'aida, en 1897, à éditer le texte héi)reu 
de V Ecclésiastique et travailla, sous sa direction, à classer une 
nombreuse série de fraf;ments hébraïques du moyen âge, [)ro- 
venanl de la Geniza du Caire. 

« En 1900, la perle presque complète de la vue obligea 
Neubauer à se démettre de ses fonctions. Il vécut dès lors dans 
une relraile profonde, objet de la sympathique estime de tous 
ceux qui ont pu apprécier sa lucide intelligence et qui s'unissent 
aujourd'hui p^ur honorer sa mémoire '. » 

11 est donné lecture d'une lettre île M. Coulural, trésorier de 
la délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internatio- 
nale, insistant pour que la question de cette langue interïiatio- 
nale soit mise à l'ordre du jour de l'Association internationale 
des Académies. 

L'Académie ne juge pas utde de donner suite à cette propo- 
sition. 

1. I.a hil)linj;ra|)liic des mt'nioiiL'S oL nilick-s ilo Xciihauer a éti' publiée 
par M. MuÏM- Scliwal) Jli'-i>crloire des nrlicles rclulifx à Vliislnire el à In 
lillérature juive, Paris, 18!)9, p. 27S-2S.3). Elle compte 1"7 n", auxquels si-n 
ajoutent S."?, éiuinu'iés au suppiénioul de co rôpiTloire Paris, IHO-'?, p. 120- 
121). 



SÉANCE DU 19 AVRIL 1907 201 

M. le Maire de Cannes écrit au Secrétaire perpétuel pour lui 
demander de vouloir bien lui faire connaître les noms des 
memlîres de lAcadémie qui voudront honorer la ville de Caïuies 
de leur visite à l'occasion d'une manifestation en riionneur de 
Prosper Mérimée, organisée par celte ville pour le '28 avril. 

M. Héron de \'n.LEKOssE est désigné pour représenter lAcadé- 
mie à cette cérémonie. 

M. Senart est désigné pour représenter TAcadémie à TAssem- 
blée générale de TAssociation internationale des Académies qui 
doit avoir lieu, cette année, à \'ienne (Autriche). 

M. Clermont-Ganneau, de retour de la Haute-Egypte, rend 
compte sommairement à l'Académie de la mission archéologique 
que, d'accord avec le Ministère de l'Instruction publique, elle l'a 
chargé d'entreprendre à Eléphantine , l'ile située au milieu du 
Nil, à la première cataracte, en face d'Assouan. La campagne de 
recherches et de fouilles dans laquelle M. Clermont-Ganneau a 
été efficacement secondé par M. .1. Clédat, un de ses anciens 
élèves, a duré quatre mois, liien qu'elle ait eu à compter avec 
certaines conditions peu favorables, elle a été finalement des 
plus fructueuses. Après une longue et laborieuse période de 
tâtonnements dans un terrain difficile, les trouvailles se sont 
multipliées. Parmi les plus importantes, il faut signaler deux 
grandes statues en diorile, couvertes d'inscriptions, de l'époque 
de Thoutmès HI , deux véritables pièces de musée, d'un intérêt 
exceptionnel pour Fart cl la religion de l'ancienne Egypte. Xon 
loin de là, on a exhumé un curieux sanctuaire décoré d'obé- 
lisques en miniature et recou^ rant une nécropole de béliers soi- 
gneusement momifiés et ensevelis dans des cuves de granit. Les 
gaines des momies, gaufrées et dorées, sont ornées à profusion 
de scènes mvthologiqucs et d'inscriptions. Si singulièie quelle 
puisse paraître au premier abord, la chose s'explique si l'on se 
rappelle que le bélier était l'animal sacré de Khnoum ou Unoub 
criocéphale, le grand dieu d'Eléphautine. L'idée est la même que 
celle qui a présidé à l'ensevelissement dc^ Ixiufs Apis dans le 
Serapeum découvert par ^L^riette. Le sanctuaire d'blléphantine 
peut être considéré comme un véritable XvjuSsïov funéraire for- 
mant, toutes proportions gardées, le pendant du Serapeum. 



r 



20â SÉANCE bV 19 AVRIL 1907 

Sans parler d'une foule d'objets de toute nature et appartenant 
aux diverses civilisations qui se sont succédé en l*]^yple, on a 
recueilli une quantité considérable de textes hiéroglyphiques, 
hiératiques, dénioliques, grecs, voire arabes, coptes, écrits pour 
la plupart sur ces fragments de poterie qu'on désigne couram- 
ment sous le nom d'oslraca. Dans le nombre il y en a plus dune 
centaine ' qui, écrits en lettres et en langue araméennes, ont pour 
auteurs des .luif- établis à b'iéphantine au V siècle avant notre 
ère. M. Clermont-Ganneau insiste sur ce dernier point , parce 
qu'il constituait l'objeclif spécial de sa mission. La présence des 
Juifs à l">lépl)anline et à Assouan , à cette haute époque, était 
déjà indiquée par d'autres documents similaires, des papyrus, 
à l'éhuiilation desquels il avait unlablement contribué. Il s'agis- 
sait maintenant de déterminer sur le terrain, soit à .Assouan, soit 
à Eléphantine, le quailiir de la ville anlicpiL' dans lequel jxiuvait 
être lixé ce grou|)e de .Juifs aianirens. Grâce à la dérou\c'rle de 
cette masse d'ostraca araméens provenant tous d'une région étroi- 
tement circonscrite de l'île même, cetti- partie du problème est 
aujourd'hui résolue. C'est là qu'il faudra dorénavant concentrer 
les recherches et pousser à fond les excavations ; c'est là qu'on 
aura iliaiice de retrouver le sanctuaire de Jéhovah t|ui. au dire 
même des documents en question, s'élevait dans le quartier juif 
à ré])oque de Darius, .Artaxerxès et Xerxès, et, qui sait? peut- 
être quelque Torah primitive qui consolera l'exégèse officielle de 
lanière déception (|u"elle doit à la Bible Schapira, de fâcheuse 
mémoire. Cette recherche fera l'objet d'une seconde canijiagiie 
(|ue .M. Clermont-Ganneau se jjropose, s'il en a les moyens, d'en- 
trej)rendre dans l'île, dès l'hiver prochain, cette saison étant la 
seule où les fouilles soient possibles sous ce climat torride. 

Le succès de la |)i"emière est dû en grande partie à l'iuterven- 
Imii généreuse de notre confrère le baron l'Edmond de lidlliscliild 
(pii, passant à Llé|)hanline au commencement de cette année et 
intéressé par la tentative de M. Clermont-Ganneau, a mis spon- 
tanément à sa disposition une somme de dix mille francs. Grâce 
à ce subside inespéré qui doublait d'un coup les fonds accordés 
par r.Académie et le ministère, les liavaux ont pu être mm seii- 
lemeiil |>iMissés avec une activité nouvelle, mais prolongés au 

1. Exactement 12» ; le plus grand nombre écrits verso et recto. 



SÉANCE DU 19 AMUL 1007 203 

delà des prévisions : or cest juskMiK'iit [iciidiinl coUc dernière 
période qu'ils onl amené les plus importantes trouvailles. Quand 
ils seront arrêtés, dans {[ueliiues jours, par les elialeurs, il 
restera même encore à Tactil' de la mission une somme suffi- 
sante pour amorcer le bud;4et de la seéonde campaf,''ne. D'autant 
plus qu'au subside du baron de Rothschikl il l'aul niaiulcnant 
en ajouter un autre, de deux mille francs, oil'ert a\ec la plus 
louable libéralité à M. Clermont-Ganneau , au moment de sou 
départ, par un riche indigène, de race copte, M. Daoud-bey 
Takla, agent consulaire de France à Assouan , qui aAait déjà 
rendu sur place maint service à la mission. 

M. (Clermont-Ganneau termine en exprimant l'espoir que 
l'Académie et le Ministère voudront bien compléter la somme 
nécessaire pour mener à bonne fin la prochaine campagne, cam- 
pagne indispensable si l'on veut recueillir tout le fruit de la 
première, déjà si satisfaisante. Il croit devoir insister sur ce 
point en se plaçant au point de vue particulier de l'intérêt de nos 
Musées nationaux. Il ne faut pas oublier, en eifet, qu'en Egypte 
le produit des fouilles archéologiques est partagé par moitié 
entre le gouvernement local et le fouilleur, au contraire de ce 
{(ui se passe ailleurs, par exemple en Turquie et en Grèce, où 
tout revient au gouvernement, le fouilleur n'ayant que la satis- 
faction purement platonicjue d'enrichir à ses dépens les musées 
de Conslantinople et d'Athènes. C'est sous le bénéfice de ce 
régime libéral que la mission française à Kléphantine a opéré, et 
aura encore à opérer, le cas échéant. Les sacrilices que l'on aura 
faits pour elle ne seront donc pas en pure perte, et notre Louvre, 
([ui lutte si difficilement contre la concurrence des nuisées étran- 
gers, y trouvera largement son compte. Estimée à dire d'experts, 
la part de butin qui lui revient d'ores et déjà du chef de cette 
première campagne représente , sans parler de l'intérêt scienti- 
fique, une valeur marchande dépassant de beaucoup les sommes 
que celle-ci a coûtées. 

M. H.\ussouLLiER communique à l'Académie la décision de la 
Commission du prix Allier de Ilauteroche. La Commission par- 
tage le prix entre M. Hugo Gaebler, de Berlin, pour son ouvrage 

intitulé : Conlrihuliun à l'élude des monnaies de la Macédoine, 
1906 14 



204 SÉANCE DU 19 AVRIL 1907 

el M. Gcorj;e Macdonald, de Glasj^oAv, pour son Calaloç/ue of 
greeli coins in Ihe Hunlerian Collection {Lniversity of Glasgow). 

M. d'Arbois de Jn!.\iN\ ii.le donne lecture dunt' note sur le 
double sens en celtique du nu il qui veut dire « forgeron ». La 
langue celtique primitive paraît avoir possédé deux mots, l'un 
masculin *kerdu-s, désignant le forgeron, l'autre féminin *kerda, 
désignant sa profession et le produit de son travail ; ces mots 
dérivent de la même racine que le latin cerdo, -onis « manou- 
vrier » et que le grec xspoo; « gain ». 

Les deux mots celtiques se retrouvent eu irlandais et en 
gallois; *kerdus « forgeron» est devenu en irlandais ancien cerl , 
ou mieux cerd, génitif cerc/o, aujourd'hui céard, génitif céarda. 
Dans la grande épopée qui raconte l'enlèvement du taureau 
divin et des A'aches qui l'accompagnaient, on voit apparaître 
(]ulann, forgeron du roi d'L Istcr. Il n'a d autre fortune que son 
marteau, son enclume, ses tenailles et ses poings, mais il habile 
un cliâteau, di'ni, et invite à dîner son mi qui accepte. Chose 
extraordinaire! cerd, au sens de « forgeron », joint en irlandais 
celui de « poète »,et comme conséquence, le féminin "kerda, en 
vieil irlandais cerd, génitif reirde, a pris le sens de «poésie». 
Un sens dérivé de celui-là est •■ musique » ; telle est la signification 
du gallois cerdd^ parce que les poèmes, tons lyriques, se chan- 
taient avec accompagnement de la harpe celtique, la crolla. Que 
diraient nos confrères les poètes de l'.Académie française et les 
membres de la section de composition musicale à l'Académie des 
l)eau\-arts, s'il venait en idée à un statisticien de les classer 
dans la catégorie des forgerons et si la mode venait de désigner 
leurs (euvres par les mots qui servent à nommer les produits 
des usines métallurgiques? 

Un poète franvJiis a dit d'un des confrères: 

De son nide m;irte;m martelant le Ixm sens, 
Il fil de méchants vers douze fois douze cents '. 

Ce n'était ])as aimable. 
1. l?oilcau. Kpifji'Jimmc contre Chapelain. 



SÉAiNŒ DL 19 AVIUL 1007 205 

M. il.vvET corrige un passade corrompu du CHrlhiHjinois de 
Piaule. Des serviteurs du (^arlliaginois, qui paraissent vieux, il 
est (lit non pas qu'ils sont charges de colis, sarcinatos^ mais 
qu'ils sont voiîtés, arcualos. Les anneaux qu'ils portent aux 
oreilles font dire d'eux qu'il manque à leurs mains iioii pas tous 
les doigts, (ligitos^ mais bien le doigt annulaire, (/luirliiiii di(fi- 
l II 1)1. 

M. Havet examine ensuite le vers 33(S du Cordage. Il corrige 
verum omnes « mais tous » en verum ornen « un présage vrai ». 
Accessoirement il montre que la faute omnes pour omen a 
entraîné l'altération du mot suivant, qui doit être lu sapienli et 
non sapienfes. 

M. Paul Monceaux, professeur au Collèg-c de France, fait une 
communication sur VIsagoge latine de Marins Victorinus. Parmi 
les ouvrages philosophiques de l'Africain Marins Victorinus, l'un 
des plus célèbres était son Isagoge latine, traduction ou plu- 
tôt libre adaptation de celle de Porphyre. Victorin lui-même, 
dans son traité des Définilions ', fait allusion à cet ouvrage, qui 
est mentionné en outre par Gassiodore -, et que Boèce a pris 
pour base de son Commentaire dans ses deux dialogues intitulés : 
In Porphyrinm a Viclorino Iranslatum ^. 

1. Victorin. Liher de definilionihus., p. 25, Slangl : « Nos, quia jam une 
libre et de his quinque rébus plenissime disputavimus..., lectoreni ad 
libruni qui jam scriplus est, si adcst ci indigentia. ire volumus. ■■ — Sur 
\'ic'ti)ria et son n'uvre, voyez notre Ifisloire liltéruire de l'Afrique cliré- 
tienne, t. III, p. 373-422. On sait que Marins Victorinus Afer était origi- 
naire de la Province Proconsulaire d'Afrique (cf. .léronie. De vir. ill., 101 : 
Victorinus, nalione Afer...). On vient de découvrir dans les catacombes 
d'IIadrumète répitajjhe fort ancienne d'un MHrias Victorinus (Leynaud, 
Bull, de la. Société archéologique de Sousse, n. 1 (1906), p. 78). Celte épi- 
taphe ne peut guère cire celle de notre ^'ictorin , qui parait être mort à 
Rome; mais la co'ineidcmce des noms fait supposer que le célèi)re rhéteur 
et philosophe ap])artenait à une famille d'Hadrumète. 

2. Gassiodore, //i.s/('/. divin, liller.. II (addition du Cof/e.r Bamhergensis) : 
« Isagogen Iranstulit X'ictorinus oralor. » 

3. Boèce, In Porphyrium a Viclorino Iranslatum Dialogi II (éd. Gla- 
reanus et Rota, Râle, 1570, p. 1-45). — Cf. Boèce, In Porphyrium a se 
Iranslatum, liber V : « Hujus libri seriem, primo quidem a rhetore \'icto- 
rino, post vero a nobis lalina oratione conversam, gemina expositione 
patefecinius » {ihid., p. 111). 



200 SÉANCK 1)1 1!) AVI'.II. 1î)07 

.\ cil croire les liistorit-ns de |;i li( li-r.il iii'c l;iliiic '. cl iiiciiic le 
(jeiiiicr ('•(litciir (je \'ls;iij<iijc ;^rec(|iif; -. I ;iil,i|)l;il khi de Nicldrin 
NCIMll ;i |icii |ii'e> ('Olll|ileleineill |)ci'(|lle. I II c\;iiiicii Mil II II I lell \ 

(le la (|ij(;sti()ii imus <i amené ii une conclusion li-es dinércnlc! : 
V IsiKjiKic laliiie de \'iel()rin [leiil élre recon^liliiée en i^i-.inde 
[laclie à r.iifie du ( ioiiMneiilaire de J{oé(;e. 

Tniil daiiord, iSoéce nons a conservé l)c.iii(()ii|) de ciIiiIkiiis 
textiiolles di; \icloiin, cl (|ii il donne i'\|»ressénienl eoinine 
telles'', llicn pins, il a insér<'' dans <n\\ ( loninn'iilairc. piir IVa;;- 
iniii|s,mais lonjoiiis snivanl I ordre du di'v (do|)|)eiiiciil . |(rc-(|iie 
lonl le L(;.\l,e do \icloriii. I )"a|)rés le- lilre nn-nie de ses l)ialo};nes, 
il a\ail sons les veux e| d e\|di([nail, non pas IVn'i;,^!!;!! ^--rec, 
iiiai> la version de son prédéces^cnr '. Il ne sest reporté an f^rcc 
que dcnv on Irois fois, ponr conhiilcr e( corrij^cr cerlaincs 
inlcipii'lalions de Nicloiin '. I,à mcnie on il iioinine l'oi-pliyre, 
sauf dans les rares occasions on il oppose I original a I inleiprèle, 

C est encoïc le Icxle de \ iclorin ipi d \l-e. |'",l ce le\le, il le 
liansciil pres(|ue lon)oiirs plii-ase par jdirase. en Icxplupianl cl 
en le discnlanl. .Nous avons d'ailleurs deux preuves indir<'cles 
(pi ICI lous les passa^'es traduits lexl nelleinenl du '^vvi- de l*or- 
piiyre apparl iennenl à la version de \icloiin. l'ài pi-ciiiier lien, 
Hoéc(! criiMpie N'olonliers le texli- laliii (|ii il a sous les nciix, c'csl- 
a rliic I ,idaplalioii de son devancier'', l'iii seeoml lien, Ini-niêine 
a ciilrepri^ jiins l;ird, ponr son ciniipie, une anire \ersion de 

1. VjChI cneorc l'avis (!(• Scrliaiiz, (icscli. ilcr nriniscln-ti l.illvniliir. \\ 
(lOO'i), |). \V.\. 

'1. l'orjihiirii Imujoijt', ri\. IJiissc, Merlin. 1SS7, p. \xxi (liiiis le rci'iicil des 
(lominfiitiirin in Arisl.()lclt',rri (intccu de. rAcadéiiiif (!<• Hcrliii, I\'. I . 

.'J. liciiiicoiip (l(! ces c'ilalioiis sonl préi'éilécs de furinnlcs (•oiiiine (•(■llc- 
ei : " Niiiic IcxliiH ipsiiiH ral.io ;il(|iii- nrdn vidcalur... Niinc i»rd(i ipsc cipcris 
lexl iiscpic \ idejil 111- 1. IJoèce, In l'ni/ihii ri uni :i \'irl<>rinn Ir.iiisLilinii . p. .'i, 
itola . 

i. Hiiéec iiiiiis en préviriil Ini-nienic mm ddiiil de ! i Mi\ i.i^e : •• Kii^o iil 
tiiild e.vpliecH id ipiod N'iel.oi'iiiiis, (H'alor mii leinpiuis l'eniie doclissiiiiUH, 
il l'iirpliN rin per eliaY'xYV'- •• diejtur I r.iiisl idis>c ., filiiil., p. li, 

.'). Ihiil . p I I 12 <!l 3;j-.'»l. 

(i. <i VietcH'iiJi eiilpiiiii. \el. si ila eiinliiigil, cnieiidaliitiurni ae(|iii l)(iiiii|iiu >- 

facianiiiM « (i/»(/., p. 1 1 ; — •■ Ilie lamcii a \'ii(i)rimi vide! iir ciial uni » (/'//ù/., i 

p. 22) ; — " Sc(piiliir Uieiis perdillleilis, scd IransIVrenl is nhHcni'ilale Vjclo- " 
l'ini iiuifrirs (piaiii j'orpliyrii prii|iiinenl JH » (H)iil.. p. •i'-i/ ; — « Gcncris eiiiiii 
liii niiriniie jiru iiiiiniidis aliiisn.s est » ilml., p. .'t i . 

Î 

il 



SÉANCE DU 19 AVIUL 1907 207 

Vhagoge ' ; et cette version nouvelle, qu'il juj,^oait naturellement 
plus exacte, il la prise pour base d'un second Commentaire, le 
j^ros traité en cinq livres qui est intitulé In Porphijnum a .se 
translatiini-. De tout cela, l'on doit conclure que, dans le pre- 
mier Commentaire, sauf pour les deux ou trois passaj^es où il 
oppose Porphyre à Victorin, Boèce cite toujours Porphyre 
d'après la version de Victorin. 

Nous arrivons donc aux constatations suivantes: 1° Les deux 
Dialogues In Porphyrium a se translatuni reproduisent par 
fragments le texte presque entier d'une hnçjoçje latine; "2° Cette 
Isagoge latine est celle de \'iclorin, que Boèce suivait dans son 
Commentaire, et qu'il copiait alors sans toujours l'approuver, en 
attendant qu'il essayât de traduire à sou tour le traité de Por- 
phyre ; 3° On retrouvera donc, éparse dans le Commentaire de 
Boèce, Ylsaf/ofje latine de Mctorin ; 4" Il suffira pour cela de 
comparer méthodiquement les Dialogues à l'original grec, en 
écartant tout ce qui est commentaire, en recueillant tout ce qui 
est traduction directe du grec de Porphyre. 

C'est ce que nous avons fait. Si l'on rapproche ces fragments, 
sans qu'il soit jamais besoin d'en modifier l'ordre, on les voit se 
souder l'un à l'autre, se grouper d'eux-mêmes en paragraphes et 
en chapitres, puis reconstituer presque complètement Xhngoge 
latine de \'ictorin. Boèce en avait transcrit tout Tessenliel. Il 
s'accordait bien quelques libertés dans le choix des exemples; 
mais, pour tout ce qui était définition ou doctrine, il reproduisait 
fidèlement le texte de son prédécesseur. Très nombreuses sont 
les longues citations textuelles. Ailleurs, sans doute, ce sont de 
courts fragments, des expressions isolées ou des membres de 
phrase, si bien découpés et fondus dans le commentaire qu'on ne 
saurait rétablir la phrase même de Victorin. Malgré ces lacunes, 
on se représente nettement l'ensemble. 

Ainsi reconstituée en grande partie, cette Isagoge latine olfre 
un réel intérêt. C'est moins une traduction qu'une adaptation. 
Victorin en use très librement avec le texte de Porphyre. Il a 

1. Cette version de Boèce nous est parvenue sous doux formes : par 
frafrments. dans le commentaire fn Porplu/rium a se lr:jnsl;ilnm : enlièi-e 
et à part, dans un grand nombre dt; manuscrits. Une bonne édition ci'ili(|ue 
en a été publiée par Busse [Porphijrii Isagoge, Berlin, 1887, p. 25-51). 

2. Boèce, In Porphyrinma se translatum libri \\ p. i6-lll, Rota. 



208 I.IVRKS OFFERTS 

changé jusquà la dédicace, où il a remplacé le nom du Chrysao- 
rios de lorij^nnal par le nom d'un certain Menanlius, sans doute 
un de ses amis^. Dans le cours même de Touvrage, il s'était 
évidemment ppoj)osé d'expliquer ou d'interpréter Porphyre, 
plutôt que de le traduire littéralement. Sur quelques points, il 
avait modilié les détînitions ou les classifications ; et Hoèce n'a 
pas manqué de le lui reprocher-, comme il lui reproche de 
n'avoir pas toujours compris le texte grec •*. C'est alïaire aux 
logiciens d'apprécier ces critiques et la valeur intrinsèque de 
l'adaptation. Rem:irquons seulement que X'ictorin était un vrai 
philosophe, un métaphysicien qui tient une grande place dans 
1 histoire du néo-platonisme en Occident ; on ne doit pas trop se 
hâter de le condamner sur la foi de Boèce. D'autant mieux que 
Boèce lui-même, pour sa propre traduction , s'est beaucoup 
servi du travail de son devancier. 

En tout cas, cet ouvrage de \"ictoriii niar(iue une date impor- 
tante dans l'histoire de la logique. L'Isagoc/e de Porphyre a été 
l'un des manuels les plus répandus dans les écoles du moyen âge. 
De toutes les traductions ou adaptations latines , la plus popu- 
laire a été celle de Boèce. Mais la plus ancienne est celle de 
Victorin, qui a été ici, comme ailleurs, le maître de Boèce, et, 
pour tous en Occident, l'initiateur. 



LI\'HES OFFERTS 



Le Secrétahu; imcupétuel ollVe ;ui nom i]v l'jiulcui-, M. Alfrt'd 
Kninklin, administrateur de la Bil)liothè((ue Mazarine, la Préface et 
la Table de son Dictionnaire hisloritjue des arts, métiers et profes- 
sions exercés dans Paris depuis le xm'' siècle (Paris, lOOC), in-i-"). 

M. lli'noN DE ViLLEFOssE, au iioni de M. le Professeur Otto 
IlnisciHEM), associé étranger île rAcadémie, dépose sur le l)iii'c;m 

1. Boèrt'. In l'urjilniriuiu u \'icliirin(> tntnsLitiiin. p. .>. linla. 

2. //)(■'/ , |). 10-12; -J-J; .Jl. 

3. Jliiil.. p. 3.3. 



LIVRES OFFERTS 200 

lin nouveau fascicule du Corpus inscriplionuin latinaruin, publié par 
rAcadémip des sciences de Berlin. Ce conii)l(''menl ini|)Oiianl du 
vol. XIII, consacré aux inscriptions des Trois Gaules et des Germa- 
nies, forme le fascicule II de la seconde partie de ce volume et ren- 
ferme : i" Inscriptiones Germaniae inferioris, par Alfred Domaszewski ; 
2° Milliaria Galliarum et Germaniaruni, par Tli. Mommsen, O. Hir- 
schfeld et A. Domaszewski, 1907, in-fol. 

Les inscriptions romaines de la Germanie inférieure oll'renl le 
même genre d'intérêt que celles de la Germanie supérieure; c'est à 
l'occupation militaire de la li^ne du Rhin que nous devons la plupart 
de ces textes. Les uns sont des épitaphes; les autres ont un carac- 
tère religieux : presque tous nous font connaître des officiers ou des 
soldats des légions et des troupes auxiliaires, cantonnées sur le cours 
inférieur du fleuve et ([ui formaient l'armée destinée à proléger la 
Gaule contre les barbares. Les villes de Ronn, de Cologne et de 
Birten ont fourni beaucoup de ces textes. Les dédicaces aux divini- 
tés topicfues s'y rencontrent en grand nombre : dans cette région 
peuplée de militaires, on n'est pas étonné de les trouver à côté de 
dédicaces au dieu Mars et à la Victoire. Le culte des Matrones y est 
répandu, notamment à Juliers et dans le voisinage où ces déesses 
apparaissent ordinairement au nombre de trois, avec les surnoms 
les plus variés. 

La seconde partie, consacrée aux-milliaires des Trois Gaules et des 
Germanies, a une importance particulière pour ceux (juc préoc- 
cupent la géographie ancienne de notre jiays, Ihisloire de son com- 
merce et celle des voies de communication sous le Haut Empire ; 
l'étude du réseau routier peut contribuer aussi à éclairer certains 
événements historicpies dont la Gaule a été le théâtre. Les textes de 
plus de 300 milliaires y sont réunis ; les plus anciens portent le nom 
de l'empereur Claude : en Germanie les plus récents appartiennent 
à la fin du iV siècle; en Gaule ils ne dépassent pas le règne de 
Constantin IL Ce précieux recueil, que nous devons à notre savant 
confrère, M. le professeur Otto Ilirschfeld, vient heureusement com- 
pléter la grande œuvre épigraphique à laquelle son nom demeure 
attaché , œuvre qui nous intéresse si directement puisqu'elle com- 
prend les inscri|)tions de la Narbonnaisc (vol. XII) et les inscrip- 
tions des Trois Gaules (vol. XIIIi. Lorsqu'il nous aura donné les 
tables qui doivent accompagner le dernier volume, nous pourrons 
apprécier encoïc plus aisénu'iil la haute valeur de ce grand travail 
et l'utilité pratiijue de la tâche laborieuse à laquelle, depuis plus de 
trente années, il apporte toute sa science et son dévouement. 



SÉANCE DU 20 AVRIL 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 



M. Eup^ène Lefèvre-Pontalis, directeur de la Société française 
d'archéolof,ne, adresse à 1 Académie un exemplaire du proj^ramme 
du Cong-rùs archéologique qui sera tenu à Avallon (Yonne) du 
11 au 11) juin, par la Société française d'archéologie. 

Il est donné lecture d'une lettre circulaire du Comité d'orga- 
nisation du Congrès international des sciences historiques à 
Berlin, invitant l'Académie à participer à ce Congrès. 

M. Dei.isle communique l'extrait d'une lettre de M. Maçon, 
conservateur adjoint du Musée Coudé, au sujet de la notice que 
M. de Mély a lue dans une des dernières séances, sur quelcpies 
peintures des Très Riches Heures du duc de Berry. 

M. Maçon fait remarquer que des deux signes qu'on peut lire 
IQ et PR, relevés pai- M. de Mély, le premier ne se rencontre que 
deux r<iis dans le inaiiuscrit , et cpie le second est répété à l'in- 
lini ; que ce monogramme, alterné avec d'autres signes, se repro- 
duit trop régulièrement et trop fréquemment dans la même 
bordure de vêtement pourqu'on puisse le considérer comme une 
signature, et qu'il n'y peut voir ([u'un motif monotone de déco- 
ration. En outre, dans la peinture de l'Adoration des Mages, 
outre le nionugramme en quesfinn, on peut lire Filijjpiis sur le 
dos d'un personnage; on y voit, di' plus, un .\1 sur un étendard. 
Faudrait-il en inférer que trois artistes ont collaboré à ce même 
tableau? M. Maçon conclut en disant f|ue. jusqu'à ce que l'on ait 
j)rouvé (pie le mamiscrit n'est pas celui ([ue l'inventaire désigne 
connnc l'ait pai- '- l^)l cl ses frères », il le considérera comme 
l'œuvre de Paul de Limbourg et de ses frères. De l'élude atten- 
tive des peintures exécutées avant la mort du duc, il résulte en 
effet poui- lui ipu- lOn v reconnaît très nettement trois mains, 
(pii sont sans nul diiutc celles des peintres désignés par l'inven- 
taire. 



SÉANCE DU 2() AVRIL 11107 211 

M. le comte Paul Diirrieii fait une communicalioii iiililulce : 
La véritahle oriqiiw du càli'hre lioçcacc de lu Hi hluilhèrfue 
royale de Munich. Il existe à la Bibliothèque royale de Muiiieh 
un rélèbre manuscrit connu sous le nom de Boccace de Munich. 
Ce manuscrit contient la Iraduction française du traité Des cas 
des nobles hommes et femmes malheureux , et il est orné de 
91 miniatures extrêmement remarquables que tous les critiques 
sont d'accord pour attribuer, au moins en partie, au j^rand 
peintre français du w" siècle, Jean Fou([uel. (]e manuscrit 
porte à plusieurs endroits, dans ces miniatures mêmes, la 
devise du premier possesseur qui est : Si u i.v \'a m-oAnn. 
En 1855, on a formulé l'hypothèse que cette devise devait dési- 
fiiier Etienne Chevalier, le trésorier de France, qui a possédé 
le merveilleux livre d'Heures dont les fragments sont à Cliaii- 
tillv. Le «Boccace de Munich» est ainsi devenu le «Boccace 
d" Etienne Chevalier ». Or AI. le comte Paul Durrieu vient de 
déi'ouvrir que cette prétendue origine est une pure lé-^ende. Il 
a retrouvé sous un j^rattagc le nom du véritable personnage pour 
qui le livre a été copié et illustré. Le Boccace de Munich ne 
provient aucunement d'Etienne Chevalier; il a été exécuté en 
réalité pour maître Laurens Gyrard, notaire et secrétaire du roi 
Charles MI et contrôleur de la recette générale des linances. 
Le nom de ce personnage n'était pas seulement inscrit à la fin 
du volume ; il est encore contenu en anagramme dans la devise : 
SiR Lv n'a regard. 

M. l'abbé Breuil présente, au nom de M. Cartailhac et de lui- 
même, les fruits de leur commune exploration dans les cavernes 
pyrénéennes de Niaux (Ariège) et de Gargas (Hautes-Pyrénées). 

Dans celle-ci ils ont relevé 120 mains humaines cernées de 
rouge, dont quelques-unes avaient été remarquées précédemment 
par M. Cartailhac et M. Regnault; ce' sont presque exclusi- 
vement des mains gauches, auxquelles il manque le plus souvent 
une partie des doigts qui ont été repliés au moment où la cou- 
leur était projetée contre la muraille sur laquelle la main était 
appliquée. Les auteurs ont également découvert des essais de 
gravures très frustes, et des points colorés semés sans ordre. 

A Niaux (Ariège), grotte de 1.400 mètres de long, découverte 



212 SÉANCE DU 26 AVRIL 1907 

en septembre par M. le capitaine Molard, MM. Gartailhac et 
Breuil ont relevé en divers points de remarquables g-roupes de 
figures symboliques ou conventionnelles peintes en rouge : 
groupes de points, disposés en lignes courbes et droites, en 
cercles, etc., barres à terminaison pectinée, ligures tecti- 
formes, etc. ; parmi les figures d'animaux, très bien exécutées en 
couleur noire, on distingue des bisons, des chevaux à crinière 
droite, des cerfs, des bouquetins. Un assez grand nombre est 
percé de flèches, comme si on avait voulu pratiquer une sorte 
d'envoûtement. 

Sur les fresques et en plusieurs points voisins, se trouve un 
sol d'origine glaciaire, très sec, sorte de sable impalpable très 
compact, qui supporte quelques traces d'occupation rapide de 
l'âge du renne; dans des points abrités, sur ce sol, se sont con- 
servées d'admirables gravures représentant un poisson , de^ 
bisons, des bovidés, des bouquetins. Ces étranges vestiges n'ont 
pu se conserver que dans le milieu cxtraordinairement stable de 
cette salle, située à 800 mètres du jour^. 

M. CoLi.iGNON donne lecture dune étude sur une tète d'Athéna 
en marbre provenant d'Kgine, et qui, après avoir fait partie de 
la collection Pourtalès, appartient aujourd'hui à M. le marquis 
de Vogué. 11 montre que cette tête, postérieure aux statues des 
frontons d'Egine, s'en rapproche cependant pour la technique. 
C'est une œuvre du milieu du v" siècle environ, et qui ollVe l'in- 
térêt de montrer 1 action des influences alli(|Ui's sur l'ai'l éuinctc. 

M. (iustave ScnLiMUEROicH lit une élude sur une médaille iné- 
dite du fameux jurisconsulte fiançais du xvi'" siècle .Vndré 
Tiraqueau. \';\\n\ de Habelai>. ( >ii connaissait de ce personnage 
une très rare médaille uniface, gravée à Home et portant son très 
beau buste de prolil. M. Sdilumberger a découvert dans une 
ville du Midi un exeniplaue dune autre médaille entièrement 
inconnue jns(|u'ici de Tiracpieau, portant au droit le portrait de 
face du g^rand jurisconsulte, an revers une main sortant des 
nuages, tenant des balances chargées d'un côté d'un poids sur- 

1. \oir ci-après. 



CAVERNES DE MAUX ET DE GARGAS 21^^ 

monté d'un caducée, de l'autre un serpent enroulé. M. Schlum- 
berf,'-er cherche à interpréter le type assez obscur du revers et la 
légende qui l'acconipag'ne, encore plus obscure suivant le goût 
du temps. 

M. Havet montre que, dans les manuscrits de Piaule, les 
copistes ont souvent été induits en erreur par la notation 
archaïque mei pour mi , datif de ego. Ne comprenant pas cette 
vieille forme, ils en ont tiré, suivant les diverses circonstances, 
les divers cas du possessif meus. Dans de nombreux passages, 
les difficultés de sens et de métrique disparaissent par la seule 
restitution du datif monosyllabique mei. .M. Havet restitue 
ensuite dans Plante divers exemples de mis ou lis similis, avec 
le vieux génitif pronominal. Au a-. 33 i du Stichus, il restitue 
min fastidis , où min serait pour misne comme vin pour visne, 
au lieu du niihin fastidis des manuscrits. Au v. 248 du Cordriqe, 
il restitue misl au lieu de mes(, mist représentant mi est [mihi 
est). 



COMMUXIGATIOX 



UNE SECONDE CAMPAGNE AUX CAVERNES ORNÉES 

DE NIAUX (aRIÈGE) ET DE GARGAS ( HAUTES-PYRÉNÉES ) , 

PAR M. E. CARTAILHAC, CORRESPONDANT DE l' INSTITUT, 

ET M. l'abbé h. BREUIL, 

PROFESSEUR AGRÉGÉ A lYnIVERSITÉ DE FRIBOURG. 

Grâce à une subvention de l'Académie, nous avons pu 
faire une campag-ne d'hiver dans les cavernes de Niaux 
(Ariège) et de Gargas (Hautes-Pyrénées), dont l'un de nous 
a déjà fait connaître à l'Académie le contenu artisticjue '. 

1. Pour Gargas, voir Comptes rendus des séances, Académie des inscrip- 
tions, séance du 27 juillet 1906, et aussi Félix Regnault, Société dWnlhro- 
pologie. 5 juillet 1906. — Pour Niaux, Académie des inscriptions, C. It., 
séance du 19 octobre 1906. 



214 CAVERNKS DE MAUX ET DE GARGAS 

Notre récente exploration a considérablement augmenté ce 
que nous savions déjà, soit en nous permettant un examen 
plus approfondi des premières découvertes, soit en y ajou- 
tant de nouvelles révélations. 

Gargas. 

Malgré les nombreuses flaques d'eau qui avaient envahi 
une grande partie du sol, nous avons pu examiner tous les 
recoins de la caverne; toutefois, nous avons dû remettre à 
une saison plus clémente un séjour prolongé nécessaire à 
des relevés définitifs. Voici les résultats de nos investiga- 
tions. Le nombre des mains cernées de rouge et surtout de 
noir est porté à environ cent vingt, dont un certain nombre 
très déteintes; il y en avait presque dès l'entrée ', sur toute 
la paroi gauche de la première salle, et principalement dans 
un diverticule éclairé faiblement par le jour. Un second 
groupe se rencontre plus loin , dans une série de recoins 
pittoresques voisins les uns des autres, en pleine obscurité ; 
là, elles sont mieux conservées et l'on voit très bien que 
c'est à l'état de poussière sèche que la couleur a été proje- 
tée contre la muraille où se tenait appliquée la main desti- 
née à laisser sa silhouette par épargne. Une seule main 
droite a pu être relevée; toutes les autres sont des gauches, 
mais présentent d'étranges particularités : en effet, beau- 
coup montrent un ou plusieurs doigts, souvent même tous, 
comme privés de deux phalanges, soit qu'il s'agisse de 
mains mutilées, soit ({ue les doigts aient été systématique- 
ment repliés au cours de l'opération (fig. \). Ces deux hyj)o- 
thèses présentent d'égales dilïicultés et aussi de sérieuses 
possibilités tirées de l'ethnographie australienne. 

A cette catégorie de manifestations de l'art jirimilif, nous 
pouvons on ajouter plusieurs autres. 

1. Celle-ci s'est cfTondrce des lilpc du renne sur les foyers allumés par 
les hommes fies premiers temjis de cette période: elle n'a été rouverte que 
tout rccemmenL. 



Cavernes de .m\i\ i;i- ni: gargAs 



215 



1 . De gros points roug'es sont irréjjulièrement tlistril)ués 
sur le plafond dune grande partie de la grotte, dans les 
parties où ce plafond laisse apparaître la roche nue. D'autres 
ponctuations à éléments plus réduits et groupés en série, 
noirs ou rouges, se trouvent au fond de la salle d'entrée. 

2. En deux points de la muraille de droite, il existe des 
graffites incisés dans la roche dure, le plus souvent véri- 
tables gribouillis difficiles à saisir ; on peut cependant distin- 
guer plusieurs tètes de cheval, une crinière, une paire de 




Fig. 1. — Choix (le mains de la caverne de Gardas : tandis que la main de 
l'opérateur était appliquée contre! la muraille, de la couleur en poudre 
était projetée, et adhérait à la surface environnante; les mains sont 
cernées de rouge (hachures obliques vers la droite) ou de noir (hachures 
obliques vers la gauche). Un grand nombre de ces mains ont des doigts 
repliés ou présentent des mutilations? 



cornes; ce sont des essais encore inexpérimentés de gra- 
vures au trait. 

3. Une vaste surface du plafond de la salle des crevasses 
présente un enduit argileux; cet enduit a été, sur plus de 
100 mètres carrés, complètement couvert de singulières 
décorations. Ce sont principalement des entrelacs, des ara- 
besques à la forme capricieuse et irrégulière, tracés par les 
doigts réunis ou séparés de mains humaines; ces étranges 
images se continuent souvent sur des espaces beaucoup 



216 CAVERNES DE MAUX ET DE GARGAS 

trop étendus pour quun homme, sans changer plusieurs 
fois de position, ait pu les- exécuter ; parmi elles se voient 
quelques figures animales (bison), extrêmement g-rossières. 
Ce groupe de dessins sur argile est de la même couleur que 
le fond, et se différencie, au premier coup d'œil, des quelques 
noms modernes écrits sur la même surface ; des concrétions, 
fréquemment, recouvrent ces traits anciens, et souvent l'ar- 
gile a subi, en surface, une modification particulière, qui 
lui a donné un aspect chagriné, et ({ui affecte les dessins 
anciens à l'exclusion des noms modernes. 

4. Nous avons retrouvé abondamment, en divers points 
de la paroi droite, les traces des ongles de l'ours des cavernes 
qui avait habité la grotte avant l'homme ; plusieurs sque- 
lettes complets, extraits par M. F. Regnault, sont conservés 
au Muséum d'histoire naturelle. 

La caverne de Gargas appartient aux tout premiers temps 
de l'âge du renne, à une époque antérieure à son grand 
développement artistique. Les mains, les gros points rouges, 
rappellent étrangement les mains et les disques rouges étu- 
diés dans la caverne espagnole de Castillo par MM. Alcalde 
del Rio et l'abbé Breuil ; ils ont pu établir que, dans les 
Cantabres, ces manifestations artistiques étaient les plus 
anciennes de toutes. Quant aux silhouettes et aux entrelacs 
dessinés sur argile du plafond de Gargas, ils ont de nom- 
breux analogues dans la caverne de Hornos de la Pena et 
dans celle de San Isabel, de la province de Santander, éga- 
lement étudiés par MM. Alcalde del Rio et ral)bé Breuil. 
Cette unité remarquable de l'art pyrénéen et cantabrique 
dès le début de l'âge du renne est du [jIus haut intérêt. 

Niaiix. 

Notre exploration, entravée un instant par un vaste lac 
formé en travers de la première salle à la suite de la fonte 
des neiges, a duré une quin/.ainc de jours et s est étendue 



CAVERNES DE NIALX ET DE GARGAS 217 

aux moindres recoins de cette vaste caverne de l.iUO 
mètres. 

Dans la première j^alerie, longue de 600 mètres, on ne 
rencontre que de rares ligures rouges, de caractère symbo- 
lique ; dans une bonne partie de sa longueur, elle présente 
un sol couvert de minces flaques d'eau, restes de masses 
liquides autrefois épaisses de plusieurs mètres; celles-ci ont 
laissé sur les murailles une ligne de concrétion qui témoigne 
de leur ancien niveau et recouvre partiellement certaines 
figures rouges ; l'époque où ces masses d'eau formaient une 
barrière infranchissable en travers de cette galerie est donc 
postérieure aux signes rouges et doit correspondre à l'âge 
de la pierre polie et du bronze ; c'est cette barrière qui a 
empêché les néolithiques et leurs successeurs de pénétrer 
à Xiaux comme ils 1 ont fait dans la grotte voisine d'Ussat. 

(]ette première galerie, vers son extrémité, prend un 
aspect diilerent ; le sol s'assèche, on y marche sur du sable 
granitique, entre des galets de roches cristallines; bientôt 
on arrive dans une vaste salle basse; à droite, en y péné- 
trant, on laisse un angle rocheux couvert de nombreux 
signes rouges, points agencés diversement, figures symbo- 
liques. Si, en traversant cette salle, laissant à droite et à 
gauche les galeries latérales qui en partent, on descend 
vers le fond de la caverne, on trouve, à quatre ou cinq 
reprises, de nouveaux panneaux de figures rouges de la 
même famille que les premières, et aussi d'autres différentes, 
semblables à un rameau de pin (?), à des signes alphabé- 
tiformes, au signe tectiforme des autres cavernes ; quelques 
ligures très simples d'animaux, dessinées en rouge et en 
noir, s'y mêlent aussi. Un signe revient particulièrement 
souvent, composé d'un axe allongé qui se renfle en un point 
de sa longueur assez voisin d'une extrémité. Gela raj)pel- 
lerait quelque peu les massues peintes par les Australiens 
au voisinage des mains dont ils décorent les murailles de 
leurs cavernes et ne manque pas de parenté avec les signes 
naviformes d'Altamira. 



2l8 CAVERNES DE MAUX ET DE GARGAS 

Au bout de cette g-alerie, entièrement sèche, la voûte 
plong'e brusquement jusqu'à toucher la surface d'un petit 
lac que nous n avons pas franchi et qui envahit fréquem- 
ment une partie du corridor avoisinant. En somme, dans 
cette galerie comme dans la première, à part de rares et 
sommaires silhouettes d'animaux , on ne trouve guère que 
ces signes rouges, parfois noirs, tantôt groupés en manière 
d'inscription , tantôt seulement en petits groupes bien 
visibles qui feraient penser à des points de repère (fig. 2). 

C'est dans la galerie latérale droite, tout au fond, à 80(1 
mètres du jour, que le commandant Molard et ses fils 
aperçurent les premières ligures noires dessinées sur la 

•.;.• •..• '-9 v\ •• •. 

Fiy. 2. — Clinix tic (ii;nrcs rouges (quelquefois noires) 
de la grande galerie de Niaux. 

muraille, qui amenèrent M. Cartailhac à explorer la caverne 
le 28 septembre 190G et à communiquer à l'Académie la 
découverte du « Salon noir ». Pour y accéder, on contourne, 
en montant presque constamment, de véritables collines de 
sable très fin et bien sec, jusqu'à l'entrée, faiblement rétré- 
cie par deux avancées de rocher, dune vaste rotonde, élevée 
en haute coupole ; le bas des murs s'y creuse en une sorte 
de bas' côté formé de nmlliples conques en forme d'absi- 
dioles surbaissées, larges et peu profondes; c'esl là que 
s'étalent, sur iO mètres de long, les frescpies noires de 
Niaux; hors dv lii, c'est à peine s'il en subsiste quehjues 
vestiges, et les écoulements d'argile qui , à première vue , 



CAVERNES DE MALX ET DE rxAllGAS 



219 



avaient paru en masquer quelques-unes, sont, en réalité, 
bien antérieurs et définitivement taris. 

Nous glisserons sur la description de ces belles fig-ures de 
bisons, de chevaux, de bouquetins (fig'. 3), auxquels il faut 
ajouter un cerf ; celui-ci et quelques autres figures sont 
d'un tracé simplement linéaire, sans les hachures marquant 
le pelage ou les reliefs du corps des autres animaux. S'agit- 




Fig. 3. — Bouquetin peint en noir. — Salon Noir de Niaux (Ariège) 



il d'œuvres antérieures ou de peintures moins soignées? Il 
est encore difficile de le dire. 

Dès le début, l'Académie a été informée de ce fait digne 
d'attention que nombre de bisons et un bouquetin paraissent 
percés de traits, et l'un de nous a supposé que c'était sans 
doute un nouvel indice en faveur de 1 interprétation ma- 
gique des œuvres d'art quaternaires. 

1907 15 



â20 



CAVERNES DE NIAUX ET DE GARGAS 



Aujourd'hui, nous pouvons mettre sous les yeux de 
l'Académie d'excellentes photographies de ces fresques; 







m o es 







-a >< 




CAVERNES DE MAUX ET DE GARGAS 221 

elles lui permettront de se convaincre, sans intermédiaire, 
de leur haute valeur artistique (fig*. 4). 

Parmi nos photographies, il en est plusieurs qui con- 
cernent une autre catégorie de dessins, dont la découverte 
imprévue et fortuite nous a plongés dans l'étonnement : il 
s'agit de dessins exécutés sur le sol même. 

Dès le mois de septembre 1906, on avait recueilli sous 
les fresques quelques objets se rapportant à l'époque du 
renne ; ils reposaient à la surface même du sol ; aucune for- 
mation ne les avait recouverts. Le sol, comme tout le rem- 
plissage de la caverne , est formé des matériaux qui y ont 
pénétré au moment où le dernier glacier remplissait la vallée 
de Vic-de-Sos, galets et sables granitiques, argile fin d'ori- 
gine schisteuse. Sauf dans la galerie d'accès, où des eaux 
d infiltration ont formé d'importants planchers stalagmi- 
tiques, le sol n"a subi, depuis l'époque du retrait des gla- 
ciers, aucune modification, les gouttières de la voûte sont 
rares et peu abondantes, le sol est absolument sec ; dans le 
(( Salon Noir » il est formé d'argile compacte qui, en séchant, 
a diminué de volume et quitté les parois. Partout où les 
modernes visiteurs n'ont pas foulé sa surface, elle a gardé 
intacts les moindres vestiges ; ce sont les pieds d'une chèvre, 
égarée à 700 mètres du jour, et ({ui chercha vainement une 
issue dans tous les recoins de la muraille : l'empreinte de 
ses pieds est fraîche comme s'ils venaient de quitter le sol 
qu'ils ont marqué : du cadavre, pourtant, de cette pauvre 
bête, à peine reste-t-il des fragments osseux qui tombent en 
miettes : ce contraste est troublant et dénote la pérennité des 
moindres traces dans ces lieux. C'est sur le même sol, dans 
deux étroits diverticules qui précèdent, à droite et à gauche, 
l'entrée du « Salon Noir » dont ils semblent garder l'accès , 
que nous avons remarqué , intacts , les premiers dessins : 
deux poissons dans celui de droite (fig. 5); un bouquetin, 
un cheval, un bœuf, un bison, dans celui de gauche. Une 
vingtaine d'autres au moins se retrouvent sous les fresques 
noires, là où la muraille plafonnante se surbaisse davantage 



222 



CAVERNES DE MAUX ET DE GARGAS 



et le long de celle-ci ; ce sont toujours les mêmes animaux 
(moins les poissons), incisés avec fermeté, sans un repentir, 
d'une main alerte et sûre, avec le même sens des formes et 
des attitudes auquel les gravures sur rocher et sur os des 
autres cavernes nous ont habitués. Un seul dessin analogue, 
figurant un bœuf, a été rencontré dans le reste de la caverne, 
au pied du grand amoncellement de roches effondrées qui 
termine la galerie latérale gauche. 

Ajoutons qu'en deux points épargnés par les pieds des 
visiteurs modernes, nous avons noté, à la surface d'un sol 
analogue, mais un peu moins ferme, l'empreinte des genoux 




Fig. 5. — Poisson (truite) incisé dans le sol argilo-sablcux compact dun 
divcrticulc, à l'enlrée du Salon Noir de Niaux (^Ariège) ; environ un quart 
de grandeur naturelle. 

nus d'un homme qui avait rampé sous une voûte basse, et 
celles de nombreux pieds également nus, appartenant à des 
adultes et à des enfants. 

Nous évitons de nous prononcer définitivement sur l'âge 
de ces derniers vestiges, certainement fort anciens; mais 
en face de cette lenteur des agents naturels, qui, dans ces 
sombres repaires, ont laissé subsister les moindres écor- 
chures, les moindres empieintes d'un sol fragile, en face de 
ces dix mille ans (pii ne sont là pas plus tprun j<»ur. on ne 
saurait demeurer impassible, et ne pas sentir combien les 
siècles de l'humanité, si reculés (|u"on juiisse les soupçon- 
ner, sont de courts instants dans l'histoire du monde. 



223 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule de 
février 1907 des Comptes rendus des séances de T Académie (Paris, 
1907, in-8"). 

Le Secrétaire perpétuel présente, en outre, de la part de l'au- 
teur, M. G. Pinet, bibliothécaire de TEcole Polytechnique, une 
notice sur La Moricière (in-8°). 

M. S. Reinach présente, au nom de notre confrère, ^L le D"" IIamy, 
une bi'ochure intitulée : Les sigles figulins de la flotte de Bretagne 
(Boulogne-sur-Mer, 1907, in-8°). 

M. Omont ofTre la Reproduction des I iH dessins du manuscrit 
latin 4899 de la Bibliothèque nationale; manuscrit des Comédies de 
Térence (Paris, in-8°). 

M. Héron de Villefosse offre à l'Académie, au nom de M. Jules 
Lair, la quatrième édition de son ouvrage intitulé : Louise de La 
Vallière et la Jeunesse de Louis A'/F, d'après des documents inédits 
(Paris, 1907, in-8», avec plusieurs portraits et illustrations). 

« Je dépose ce volume sur le bureau, au nom de notre confrère, et 
je sais répondre à l'un de ses plus chers désirs en remerciant l'Aca- 
démie de lui avoir fourni l'occasion d'enrichir cet ouvrage de deux 
nouveaux portraits de son héroïne. La découverte de ces jjortraits 
fut, en effet, la conséquence du voyage que fit M. Lair à Londres, 
comme délégué de notre Compagnie, à l'occasion du Congrès des 
Académies. C'est au cours de la visite faite par les Académies à 
Windsor qu'il remarqua un tableau attribué à Mignard et donné 
comme représentant Henriette d'Angleterre et ses deux enfants. 
L'attribution lui parut suspecte. Une gravure du tableau lui étant 
tombée entre les mains, il n'hésita pas à en contester l'attribution et 
à y reconnaître La Vallière, sa fdle et son fils. Cette première 
découverte en entraîna une seconde. M. Lair trouva au Musée de 
Versailles un autre portrait, copié d'après un taljleau du château 
d'Eu et donné par le catalogue comme offrant les traits de la femme 
de Philifuje d'Orléans, la Palatine, avec ses deux enfants. Même 
attribution fantaisiste. Cette copie a dû être faite par un artiste de 



224 LIVRES OFFERTS 

talent, soit d'après le tableau de Windsor, soit d'après le tableau 
autrefois conservé à Eu et maintenant disparu. Elle nous offre 
encore l'image de La Vallière. Enfin la ricbe série des illustrations 
renferme aussi un très beau tableau de la dernière manière de 
Mignard, représentant la duchesse de La Vallière avec ses enfants 
et appartenant à M'"^ la marquise d'Oillansson. » 

M. G. ScuLc.MBERGER 3 la parolc pour un hommage : 
(( J'ai l'honneur de faire hommage à l'Académie, de la part de 
M™" la comtesse R. de Fk'arn, des deux premiers fascicules du 
Catalogue de sa collection. Cette très belle publication, tirée à très 
petit nombre et qui n'est pas dans le commerce, est dirigée par 
M. Frôhner qui a rédigé tous les articles de ces deux premiers fasci- 
cules. Chacun de ces articles est un modèle d'excellente érudition. 
Des planches fort belles donnent la figure des principaux objets. Je 
citerai entre autres les articles sur les deux beaux bas-reliefs byzan- 
tins de stéatite déjà puldiés par moi dans les Monunienls Piot, sur 
deux bracelets de Syrie à inscriptions, sur de superbes ornements 
d'orfèvrerie barbare, sur la ravissante statuette votive de bronze 
archa'ique de l'Apollon de Suse. sur d'admirables médailles grecques, 
de Grande-Grèce et de Sicile, enfin sur un précieux manuscrit de 
Cluni. » 

M. Clermont-Ganneau offre à l'Académie, de la part du D"" Weis- 
gerber, un volume publié par lui sous le titre de : Trois mois de cam- 
pagne itii Maroc. C'est la relation fort intéressante des observations 
faites par l'auteur, api)elé, en raison de sa profession, à suivre, dans 
des conditions exceptionnellement favorables, l'expédition dune 
mahalla officielle dans une région (Ui Maroc jusque-là à peu près 
inexplorée. A ces notes de voyage prises sur le vif, le D'' Weisgcrber 
a joint d'autres observations d'un ordre plus général que lui a permis 
de faire un séjour de plusieurs aimées à Casablanca. On trouvera, 
dans ce volume illustré de nombreuses gravures et cartes, d'instruc- 
tives informations sur la j)opulation, l'organisation militaire, l'oro- 
graphie, l'hydrographie, la géologie, le climat, la flore et la faune de 
ce pays ([ui se recommande en ce moment d'une façon si particulière 
à noire attention. 

M. Élie Berger dépose sur le bureau un ouvrage de M. Marcel 
Thibault : La Jeunesse de Louis XL ri23-Liio (Paris, 19(17, in-H»), 
ouvrage très savant et d'une lecture très agiéable, qui nous apprend 
une quantité de faits juscju'à présent peu connus, sur l'enfance, 



Livres offerts ââ8 

l'adolescence et la jeunesse du dauphin Louis. Sans parler de la 
révolte de la Praguerie en 1440 et de la campagne de Suisse en 1444, 
on remarquera surtout la délivrance de Dieppe, en 1443, et les cha- 
pitres relatifs à sa vie privée, à ses rapports avec sa première femme, 
Marguerite d'Ecosse, et à la mort de cette malheureuse princesse. 
Les faits révélés à cette occasion par M. Thibault ne sont pas 
bien favorables à Louis XI et à ce que nous savons de son caractère, 
mais ils ont pour l'histoire un réel intérêt. 

M, Delisle a la parole pour un hommage : 

« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de M. Jean Guiraud, 
professeur à l'Université de Besançon, le Cartulaire de Noire-Dame 
de Prouille, en deux volumes (gr. in-4°). 

« L'auteur n'a rien épargné pour réunir ce qui subsiste des archives 
d'un monastère qui a tenu une grande place dans les origines de 
l'ordre des Frères Prêcheurs. Les pièces qu'il a recueillies de diffé- 
rents côtés, notamment à Paris, à Carcassonne, à Rome, et dans plu- 
sieurs collections particulières, et qu'il a très soigneusement publiées, 
avec des tables très amples, sont fort utiles pour l'histoire des 
premiers temps de l'abbaye et pour la topographie de diverses loca- 
lités du Languedoc au xiii'^ et au commencement du xiv^ siècle. Mais 
ce qui doit être surtout remarqué dans l'ouvrage de M. Guiraud, c'est 
une introduction de 352 pages, qui aurait mérité d'être publiée à part, 
car c'est un important morceau d'histoire générale. Sous le titre de 
UAlbigéisine languedocien au XII^ el au XIII^ siècle, il a étudié minu- 
tieusement et d'après les sources oi'iginales la doctrine et les mœurs 
des Cathares. C'est un curieux chapitre de l'histoire religieuse du 
Midi de la France. » 

M. Delisle présente, en outre, de la part de M. le comte de 
Charencey, un volume intitulé : Esquisses el senlences (Paris, 1891, 
in-8°), et une brochure : Sur les idiomes de la famille chichimèque. 



Le Gérant. A. Picard. 



MAÇON. PROTAT FRERES, IMPRIMEURS 



I 



f 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1907 



PRÉSIDENCE DE M. SALOMOX HEIXACII 



SÉANCE DU 3 MAI 



PRESIDENCE DE M. 



RKINACH. 



L'Académie procède au vote pour raltributioii du prix (ioberL, 
Le premier prix est décerné, par 3*2 suffrages, à M. Charles 

Bémont, pour sa pujjlication intitulée : Rôles gascons, tomes II 

et IIL 

Le second prix est décerné, par 27 suffrages, h M. Louis 

Halphen, pour son ouvrage intitulé : Le comté d' Anjou au 



XI" 



siec 



le. 



M. le docteur Capitan donne lecture de la note suivante : 
i< Dans la séance du 11 août 1905, j'ai communiqué à l'Aca- 
démie, au nom de M. l'abbé Arnaud d'Agnel et au mien, des silex 
néolithiques, incontestablement égyptiens, qui, d'après M. l'abbé 
Arnaud d'Agnel, avaient été découverts par lui dans l'île Riou, 
au S. de Marseille. J'en avais moi-même recueilli en place. 

« Des doutes se sont élevés de divers côlés, non sur l'authen- 
ticité des objets, mais sur celle de la trouvaille. Ils n'étaient que 

1907 16 



228 SÉANCE DL :i .MAI lUOT 

trop justifiés. Un vieillard, aujourdhiii très malade, qui désire 
que son nom ne soit pas connu, vient de faire des aveux cir- 
constanciés à M. Clerc, conservateur du Musée Borély à Mar- 
seille. Il lui a raconté que les silex en ([uestion, acquis à Mar- 
seille, avaient été déposés par lui dans l'ile Kiou alin de tromper 
M. ral)ljé Arnaud d'A^iicl. 

« Ayant en llionneur d'entretenir l'Académie de la décou- 
verte de ces silex égyptiens à Kiou — fait ddul les conséquences 
historiques élaienl considérables — jai le devoir de l'aviser de 
la supercherie ([ui a été commise et qui est aujourd'hui avouée 
par son auleur. » 

M. Salonmn Himnacm l'ail luie conimuiiicalion inlilulée: In 
indice chrondUKju] lie. M. Heinach a observé que, dans les liyures 
de femmes dues à l'arf j^rec, la distance entre les seins, compa- 
rée au diamètre des seins, est très variable : elle peut être 
très su|)érieure à ce diamètre dans l'art archaïque, y compris les 
figures (lu PartlKMKiii ; elle devient insignifiante ou même nulle 
dans l'école de l'raxilèle. L'étude des statues dont on connaît la 
date permel d'affirmer (ju'il ny a pas eu chang-ement brusque, 
mais évolution; l'intervalle entre les seins a diminué progressi- 
\cniciil dans la sculpture grecque entre 480 et 350 av. J.-C. 
IMii^ tard, ainsi que dans l'art de la Kenaissance et l'art moderne, 
c est généralement h canon de Praxitèle (pii a prévalu; les 
statues sculptées par Mi(diel-Auge pour le tombeau des Médicis 
nKir([uent tonl( roi> nii rctoiu- inconscient \ ci^ le c^inan archaïque. 
— l/applicitioii lin crilrre pi-o|)osé pai- M. Hcinai'li nilroduil un 
élémciil noUNCMi dans la chronologie de I art ^rec : ainsi la 
Vénus de Milo desceiul an milieu du iv'' siècle, lantlis (|ue la 
(Aillip\i^e (le Na|)les, considérée i-onune alexandrine on romaine, 
doit être allribuée à une épotpie beaucoup plus ani ienne, peut- 
être à 1 école de Scopas. 

M. L. II.WKT nntntre (pie dans le (lonlaçje de Piaule, au \ . xl^. 
il faut changer iillnm en ullii.<}. La périphrase ne... c/iiiilcni iilliis, 
avec négation séparée, est comjiarable au composé nullii.s dans 
des louriuu'cs comme niillii.s rcnil >■ il n'est pas venu du tout ». 



229 



LnUES OFFERTS 



M. Héhon dk ViLLEKOSSE dé[)Ose sur le bureau les brochures sui- 
vantes : 

1° En son nom et au nom de M. Etienne Michon, son collabora- 
teur : Musée du Louvre. Déparleinenl des antiquités (jrec(/ues et 
romaines ; acquisitions de Vannée 1906 (Paris, 1907); 

2" En son nom personnel : A. L'enfant à Vaiçjlon ; bronze trouvé à 
Lanibèse, Algérie (extr. du Bulletin archéologique , l'JOG, avec une 
planche) ; 

B. Petites notes d'archéologie, IV, n. 21 à 24 (exlr. du Bulletin de 
la Soc. des Antiq. de France, 1906). 

M. Héron de Villicfosse otFre ensuite à rAcadémie, au nom de 
M. le professeur Otto HinscnKELO, associé étranger, un mémoire inti- 
tulé : Die rômischen Meilensteine (extr. des Sitzungshericlite der 
konigl. preuss. Akadeniie der 'Wistiensrh.iflen . 

'( Le travail de M. Otto llirschi'eld sur les milliaires de la Gaule, 
entrepris pour l'achèvement du volume XllI du Corpus latin, lui a 
fourni l'occasion de réviser minutieusement ce (jui est particulier à 
ces milliaires gaulois et en même temps de déterminer ce qui leur est 
commun avec les milliaires de l'Italie et ceux des autres provinces. 
Son étude a porté sur 4U00 textes environ dont il a tiré des remarques 
fort intéressantes, mais des remarques plutôt historiques que géogra- 
phiques. La colonne de Mésa, qui porte le nom de deux magistrats 
contemporains de la premièrre guerre puni({ue, est le plus ancien 
milliaire connu, non seulement de la via Appia , mais du monde 
romain tout entier. Dans les provinces, les bornes milliaires remontent 
à l'époque des Gracques. D'après un passage de Polybe, il est permis 
de croire que, de son temps, la via Domitia récemment ouverte entre 
les Pyrénées et le Rhône était déjà jalonnée de milliaires ; mais les 
milliaires du temps de la République ne se retrouvant plus sur cette 
route, on a été amené à supposer que les inscriptions y avaient été 
peintes et non gravées. 

« Avec l'empire, une ère nouvelle s'ouvre pour les voies de com- 
munication : les documents qui permettent d'en étudier l'histoire 
deviennent beaucoup plus abondants. Notre savant confrère a exposé 
avec une compétence spéciale les questions relatives à la construc- 



230 



SÉANCE Dl 10 MAI 1907 



tioii et à l'entretien des routes; il a montré la part que les provinces, 
les munici|)alités et les propriétaires limitrophes jjrenaient à leur 
établissement. Les sanctuaires les plus renommés fournissent par- 
fois des fonds; l'armée donne des soldats; les particuliers, avec 
Taulorisation de l'empereur, se chargent dune partie des dépenses. 
« La fin de ce travail est plus spécialement consacrée à l'étude des 
milliaires de la Gaule. L'emploi des mesures de longueur, lieues et 
milles, y varie suivant les régions et les é|)oqnes; les noms de villes 
inscrits sur les milliaires et suivis du chiffre des distances donnent 
lieu à de curieuses observations : c'est en cfTet à l'aide de ces men- 
tions, toujours datées d'une façon précise, ([u'on peut déterminer 
l'époque à Ia([uelle la plupart des villes de la Ciaule abandonnèrent 
leur nom primitif pour prendre celui de la peuplade dont elles étaient 
la capitale. Il serait à souhaiter ((ue ce mémoire fût traduil en fran- 
çais; la connaissance des faits acquis ipii y sont exposés rendrait 
grand service aux nombreux érudits (jiii, dans nos provinces, s'oc- 
cupent des ({uestions relati\('s ii la vialjililé romaine. » 



SÉANCE DU 10 MAI 



l'IÎI.SIDKNCK 1)1" M. SAT.OMON Kl-lNACIl. 

J.c 1'ri':su)LNT (Idiiue Ict'ture de l;i mdf >ui\aiilf de M. Léojjold 
Dkmsm-: : 

« La maison Sntlu'b\, dv Ldiidi'cs. amnincc pnui- \r l*"^ juin 
la nii>e en venir d un niannsci'it (|iii parait, au pi'eniier al)or(l , 
avoir un crrliiin inh'TrI puni- imn^. (le sei'.iil une ('paw (\c 1 an- 
cienne I iliiMiiic' dn LiMiNii'. nn Iraib' sur le- .Mlégories de la 
liihle. à l:i lin ihi(|nr| >c t nin\('raicnl (|ni'l(|iic> mol- tracés |)ar 
In main (hi i'oiidalcur, le roi Charles \". (]"esl ce (|n',iriirnu' le 
rédacteur du Catalogue préparé ])our la \enlt'. 

« .\près avoir ^■a^té les (hui/.e très belles el gi'andes inilialo 
enluiniiu''es et lii-loriées cpii orneni le volume, le rédacteur 
signale >nr la pi-cniière el la dernicii' p.iL;c du nianuMi'il le- armes 
de l'i'.inci' iiiicicnnc. r\ à la lin une noie de la main de ( lliarlo \ , 






sÉANci: nr 10 mai lilOT 231 

ainsi conçue : Ce livre est k nous Charles le V", roy de France : 
ciiARLKS , et accompagnée de la sij^nature de jehan , duc de 
Berry. 

M Ce même rcdacleur aui'ail pu ajouler cpie le volume a tait 
partie des collections du comte d'Ashburnham , et qu'il avait 
déjà fîg-uré dans une vente faite à Londres au mois de juin 1901 , 
où il fut adjugé pour 66 livres sterling-. L'identité de l'article 359 
de la vente de 1907 avec l'article 187 de la vente de 1901 ne 
saurait être mise en doute; ils ont été, tous les deux, calqués 
sur la notice 191 du catalogue du fonds Barrois , que le vieux 
comte d'Ashburnham avait fait imprimer pour ses amis, il y a 
un demi-siècle. 

« L'acquéreur du manuscrit à la vente de 1901 crut pouvoir 
réaliser un bénéfice en offrant le prétendu manuscrit de Charles V 
à un spéculateur français, auquel il s'empressa de le communi- 
quer. C'est alors que le manuscrit passa sous mes yeux et que 
j'en pus faire aussitôt publier la description dans la liibliothèqiie 
lie l'Ecole des chartes. 

<( J'avais sans peine constaté que les armes de France ancienne 
signalées sur la première et la dernière page y avaient été 
récemment ajoutées pour dissimuler les traces de l'ancienne 
estampille de la Bibliothèque du roi, et que les feuillets du 
manuscrit avaient été cotés, un peu a\ant l'année 1750, par la 
main d'un scribe de la même Bibliothèque, dont les chitTres 
m'étaient familiers, circonstance qui m'amena à découvrir que 
le livre était un manuscrit volé à la Bibliothèque; il avait reçu 
le n'' 589A dans le Catalogue des manuscrits latins imprimé en 
1744, et la disparition en avait été constatée lors dun reco- 
lenienl l'ail en 1848 par les soins d'Hauréau. 

« Quant à la prétendue note de Charles V et à la signature 
du duc de Berry, la fausseté en avait déjà été reconnue avant 
moi par M. Couderc. 

« Ainsi le manuscrit mis aujourd'hui en vente n'a jamais 
appartenu à Charles V. C'est un livre très vulgaire, c[u"un adroit 
faussaire a mutilé et déshonoré, pour lui faire attribuer une ori- 
gine royale. Je l'ai dénoncé en 1901, avec preuves à l'appui, et 
personne n'a élevé la voix pour me contredire. Il en sera de 
même en 1907. » 



232 SÉANCE DU 10 MAI 1907 

M. GoLUGNON présente à rAcadéniie une tête d'Éros en marbre 
trouvée à Rome, en 1872, dans des fouilles faites près de la Voie 
Appienne par M. le baron des Michels. Cette tête a fait ])artie 
de la collection de la comtesse dHarcourt, el appartient aujour- 
d'hui à M. de Bioncourt. C'est une excellente réplique de la tête 
de VEros lemlunl son arc\ connu par de très nombreuses copies, 
et dont l'original paraît être TÉros de bronze exécuté par Lvsippe 
poui" un k'in])lc dv Thespies. 

M. PiiTTUîR soumet à lAcadémie quelques pholof,^raphies de 
monuments syriens qui lui sont communiquées, avec un commen- 
taire archéologique, par le U. P. Ronzevalle, professeur à ILni- 
versité de Beyroulli . après une exploralion aux environs de 
Damas et dans la région d AKp. Quelques bas-reliefs, de stvle 
hétéen, découverts à Malalia , imn juin (!"( Jnhisou , olîrent des 
ressemblances avec les sculptures rupeslres d'Iasili-Kaïa et 
d'iùiyuk (Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, IV, p. 629 et suiv.; 
p. 6()7 el sui\'. : mais on ne les connaît encore que par ces pho- 
tographies, el il scia nécessaire d'étudier les originaux eux- 
mêmes. 

Le savanl voyageur lait remarquer (|iie Damas est devenu un 
centre très important pour le commerce des auliquilés rassem- 
blées de toute la Palmyrène et du Haurâu. el malheureusement 
aussi un atelier actif de faux. Par exemple, il signale des inscrip- 
tions grecques, tracées par une main moderne, sur des bustes 
funéraires palmyréniens el sur un relief représenlaiil l']scidape 
et Hygie. i.a |)lus piquante de ces contrefaçons est assurément 
une petite copie en marbre du Moïse de Michel-.Ange, auprès 
dutpiel ou a gravé une inscription pluMucienue I 

M. SiiNART annonce, de la part de M. Pelliol, la découverte 
(I im lot de inanuscrils en cai'aclère brahmis trouvés à Koutcliar. 

M. (lli. .Normand lit une note >>ur le unir aMlit|ue qu'il a 
reconnu à langle du boulevard du Palais el du quai des Orfèvres. 

M. (]h. .Normand annonce ensuite une <lécouverte faite par 
lui dans un terrain voisin qu il a ideuliiié avec la « maison du 
trésorier» de la Sainle-f^lhapelle. il s'agit d'une série de mou- 
lures d'un délicat prolil gothique et (roriiements sculptés. 



SÉANCE DU 10 MAI litOT 233 

Enfin M. Normand étudie un bas-reliel' trouvé ;iu Marché 
aux Fleurs et représentant un personnage qui porte un vêtement 
où il a reconnu le ciicnlliis. 

M. Héron de \'n,LEFOssE ajoute quelques observations. 

M. le D*^ H.vMv fait le rapport suivant : 

« La Commission du prix Loubat a décidé : 1" que ce prix est 
attribué cette année, avec une somme de 2 000 francs, à M. Henry 
^'iJ;■naud , premier secrétaire de Fambassade des États-Unis à 
Paris, pour Tensemble de ses travaux sur Christophe Colomb; 

« 2° Qu'une première mention, avec 600 francs, est accordée 
à M. Jules Humbert, docteur es lettres, professeur agrég-é du 
lycée de Bordeaux, pour ses études sur les Oric/ines véné- 
zuéliennes; 

« 3° Qu'une seconde mention, avec 400 francs, est accordée à 
M. Léon Dig-uet, voyageur, archéologue et naturaliste, pour les 
publications qu'il a consacrées aux résultats de ses fructueuses 
missions dans le Centre et l'Ouest des États-Unis du Mexique. » 

M. LoNGNON fait le rapport suivant : 

« J'ai l'honneur de porter à la connaissance de l'Académie 
que la Commission du prix La Grange a décerné cette récom- 
pense à AL Conslans, professeur à l'Université d'Aix, pour les 
deux volumes publiés en 1904 et 1906 de son édition du Roman 
(Je Troie. » 

M. Clermont-Ganneau fait une communication sur Fantique 
nécropole juive d'Alexandrie '. 

1. Voir ci-après. 



2:)'t 



COMMUMCAÏIOX 



I, AMIUIJK NKCROPOLE .IlIVE D ALEXANDRIE, 
l'Ali M. CLEKMONT-r.ANNEAL', MEMURE DE l'aCADÉMIE. 

Lors de mon passage à Alexandrie, au commencement du 
mois de décembre de Tannée dernière, j'avais eu l'occasion, 
sous la conduite du D'" Breccia, le savant et très oMii^eant 
directeur du Musée j^réco-romain , de visiter les fouilles 
entreprises par lui dans une partie de la nécropole antique 
située à environ 'i kilomètres dans le nord-est de la ville, 
auprès du lieu dit El-Ibràhimiyé, non loin de la mer. 

Au cours de cette visite rapide j'avais noté, sur la paroi 
stucjuée d'un des sépulcres mis récemment au jour, une 
inscription dont l'aspect sémitique m'avait vivement frappé. 
Elle se composait d'une dizaine de caractères peints en 
roug-e, sur les deux panneaux d'une sorte de porte fig-urée 
sommairement', caractères rappelant sinj^ulièrement ceux 
de ral[)lial)et araméen de l'époque perse achéménide. Je me 
[)i()[)osais , à mon retour d"l'lléj)liantine . d'aller étudier de 
plus près ce texte quelque peu énigmaticpie el d'examiner le 
résultat éventuel des fouilles que M. Breccia devait j)()ur- 
suivre sur ce point. Malheureusement, pressé par le temj)s et 
aiii\ (' (oui juste pour le dépari du pacjuebot cpiittant Alexan- 
drie le 22 mars, je ne pus mettre ce projet à exécution. 

Je viens de recevoir de M. Breccia inie letti'e en date du 
.'{0 a\iil (|ui UK^ pei'im-t de cond)ler cette lacune du pro- 
«^ramme que je m étais tracé. Il y joint un caUpie lidèle de 
l'inscription en question, et aussi celui d une autre inscrip- 
tion découverte par lui depuis, non loin de la précédente. 
Déplus, il m'envoie le i-elevé de deux inscriptions ;j;-recquos 

1. 1 l:ml ciir ili' hi |>;ii-|ii' cunsfi'vi-o : '" M. 



L A.NTIQLE NÉCROPOLK JLIVE d'aLEX ANDRTE 23î) 

provenant du même endroit. Je dirai d'abord quelques mots 
de celles-ci. 

La première se lit sans difficulté : 

IGOAN I NA€YO ! POCYNH 

Comme la bien vu M. Breccia , le premier des deux 
noms portés })ar la défunte décèle suffisamment l'origine 
juive de celle-ci. 

La seconde est ainsi conçue : 

CIM0T6PAI HAIOACOPOYICIAGONIA 

« Je ne connais pas, m'écrit M. Breccia, lï'.y.cTspa comme 
nom grec, et le démotique me semble un indice de l'origine 
non grecque de cette femme. Est-ce que ces éléments con- 
firment l'origine sémitique des deux premières inscriptions? » 

Le nom de notre Sidonienne est en effet nouveau dans 
l'onomastique hellénique ; mais je crois qu'on jjeut en 
expliquer sans peine la formation. C'est tout simplement 
le comparatif de l'adjectif c7i;r/^ « camarde » ; on a peut-être 
suivi l'analogie de *î>t,A(0T£p2, comparatif de ^f/./;, nom qui, 
mis à la mode par la sœur de Ptolémée II. a pu contribuer 
à la création en Egypte de noms morphologiquement simi- 
laires. En tout cas, si bizarre qu'il puisse paraître au regard 
de nos idées modernes, le nom de ^'.[xr^ est assez fréquent 
et semble avoir été porté souvent par des courtisanes'. 
Peut-être avons-nous là une indication sur la condition 
sociale de la défunte. Il est à noter que le nom, ou plutôt 
le surnom de Ejspsajv^, porté par sa voisine de cimetière, 
la Juive lohanna , avait également quelque vogue dans le 
demi-monde antique. 

I. Voir un nouvel exemple dans une inscription d'Élcuthéropolis de 
Palestine, dont j'ai pu rétablir le véritable sens méconnu par les premiers 
éditeurs (cf. Recueil d'arch. orient., IV, p. 238 : S'-j^rj /.aXr; oo/.sï Iu.qi). 



230 l'antioie nécropole .ilivi-: ij'alexandrie 

J'arrive maintenant aux deux inscriptions sémitiques 
dont M. Breccia a bien voulu me faire tenir les calques ' et 
me confier le déchillrement. Celle qui a été trouvée en der- 
nier lieu me paraît offrir un intérêt exceptionnel. Elle se 
compose de trois lignes tracées en roupie dans un encadre- 
ment de même couleur, qui affecte la forme fj;-énérale d'une 
sorte de stèle ou cippe, rectang'ulaire à la hase, irréji^uliè- 
rement arrondi ou obtusanu^le au sommet. Hauteur totale, 
0"' 8Î) fig-. 1). 

L'écriture est frauchcnicul araméenne et, à première vue, 
rappelle de très près celle des documents de l'époque aché- 
ménide fournis par l'Eg-yple. Je lis ainsi : 

'AqaLj/iiJi fils de Eli/o'ênaï. 

Le nom du défunt et celui de son père sont spécifiquement 
juifs. Le premier est un théophore tiré de la racine verbale 
2p'J (( venir à la suite, succéder » , en combinaison avec le 
nom de Jehovah réjçulièrement abrégé en ni. Il est apparenté 
au nom biblicjue assez répandu -"p>, 'Ar/r/oùb, qui en est pro- 
bablement une forme hypocoristique '', et aussi aux noms 
post-bibliques NUpV ', Ar/nhiâ et N'-''p", Aqîhà. Le vieux 
nom de Jacob, ^pî?'', se classe étymoloj^iquement dans le 
même jj;-roupe, bien qu'il appartienne à un stade antérieur 
de formation onomastique, (juant au nom du père du 

1. I*",t. |»lii-. I;ii'(l, lU's i)liii| i)mM|)liics. ir;i|)iH''> lr->i|U(ll('s nul cli' l'M'rilloes 
les f^i'iiv lires (Iniméi's plus Iniu. 

2. Sur ce type de noms pi'opres de la fnrnit' (jnllotil et leurs pi'olnl \ pes 
correspondauts, cf. entre .lulres les <)1)S( iv;dinns <h' M. Lidzl)arski. hpli. 
f. .se/H. Epigr.. II, 21. Il rapprochait l'p" de );i'(iol)el, nom très sujet à 
caution: mieux \iuit maintenant rai)priicluM' noti-e n^lp" avéré, qui a 
ravantaj;e de nous faire rentrer dans la série remai'quahlement constante : 
X -+- iah ^= <i:illiiii\ . 

3. N^Zp" est peut-èlre bien même entièrement identique A HIZpV- t-f- 1" 
variation ortliojçi-apliique du papyrus araméen Juif Co\vley, K, 1. *_' • N'^l^. 
Yedonijà = ni;3"î\ Yeiloniiah. 



l'antique nécropole .uiYE d'alexandiue 237 

défunt, Elyo'ênaï — littéralement «vers Jehovah (sont 
dirig-és) mes yeux » — il est porté par plusieurs person- 




Fif;-. 1. 



238 (/a.n'iujle nkcropole .iiivf d'alkxandrtf 

nages l)il)liqiies et se [irésenle avec diverses variations 
orthog-raphiques {^l'jvha, ^rv^Sx, irvnnN), entre lesquelles 
notre inscription introduit une juste moyenne. Inutile de 
donner ici les références bibli(jues; on les trouvera sans 
peine dans tous les dictionnaires et manuels courants. Je 
me bornerai à une seule, le passage du I''' livre des Chro- 
nir/ues. III, \ ï. où il est fait mention d'un certain Aqqoùb, 
fils de Elyo'ènaï. de la race de David, descendant de Zoro- 
babel à la septième génération. Si l'on admet que le nom 
'Afff/oùb est, en substance, 1 équivalent de ' Aqahynh ; si 
1 On tient compte, d'autre part, de la façon persistante dont 
certains noms se transmettaient par alternance pappony- 
micjue dans une même famille, il est permis de se demander 
si le couple quasi homonyme formé par notre défunt et son 
père n'avait pas la prétention, plus ou moins fondée, de 
rattacher son origine à cette illustre souche. Sans doute, il 
est toujours dangereux de vouloir faire de la chronologie 
avec les données bibliques. Je ne j)uis pourtant m'empè- 
cher de faire remarcjuer que les six ou sept générations qui 
séparent Zorobabel ( .'J.'iS ;iv. J.-C. de ses descendants 
'Aqqoùb et Elyo'ènaï, nous font descendre jus(ju à une 
époque assez voisine de celle à laquelle il convient, comme 
on va le voir, de faire remonter notre inscription. 

A priori , en ne tenant compte que des considérations 
jialéogiaphi(jues, on serait autorisé à la rigueur à classer 
celle-ci à la période perse achéménide. L'écriture, en elfet, 
est sensiblement celle des papyrus araméens juifs d'Egypte, 
don t la date, gràceaux trouvailles d'Eléphant ine et d.Vssouan, 
est maintenant fixée, avec la plus grande précision, au 
v** siècle avant J.-(^. Mais il ne faudrait pas exagérer la 
portée de cet argument. Il est à croire ([ue les Juifs fixés en 
Egypte n'ont pas abandonné du jour au li'ndenu»in leur 
vieil alphabet araméen. Plusieurs indices, au contraire, 
don lient il })enser (|u'ils ont dû le conserver même après la 
substitution de la domination hellénic[ue ;i la (h)mination 



l'a.NTIOUE NÉCROl'OLE JLIVE d'aLEXA>DRIE 239 

perse. Peu à peu ils Tont transformé, et c'est lui, somme 
toute, que nous retrouvons dans lalphahet hébreu carré 
venu jusqu'à nous. Mais cette évolution n'a pu se faire que 
par degrés; il faut donc s'attendre à trouver un assez long- 
laps de temps pendant lequel l'écriture araméo-juive s'est 
maintenue à un état à peu près stationnaire. Or ici inter- 
vient en l'espèce une condition historique qui domine toute 
la question. Nous ne devons pas oublier que nous sommes 
à Alexandrie et que la fondation de celle-ci n'est pas anté- 
rieure à l'an 332 avant notre ère. Ce n'est guère qu'à par- 
tir de cette date que les Juifs ont pu venir s'y fixer en masse, 
attirés, dès le règne de Ptolémée P"', par la prospérité de 
cette nouvelle capitale de l'Orient. 11 y a là, semble-t-il, 
un terminus a quo que nous ne saurions dépasser. 11 n'est 
guère vraisemblable, en etl'et, que les transfuges de Pales- 
tine soient venus se grouper auparavant dans la misérable 
bourgade ég-yptienne de Rhacotis, sur l'emplacement de 
laquelle s'éleva Alexandrie. Aussi, tout bien pesé, incline- 
rais-je à attribuer notre épitaphe à la période ptolémaïque, 
et, en faisant état des indications paléographiques' qui, 
cette fois, reprennent toute leur valeur, plutôt vers le début 
que vers la tin de cette période. Si l'on accej)te cette 
conclusion . nous aurions donc dans ce texte , probable- 
ment du 111'' siècle, un précieux chaînon chronologique 
nous permettant de rattacher l'écriture juive du v'" siècle 
avant notre ère à celle du i'"" siècle de notre ère telle qu'elle 
apparaît dans les inscriptions de Jérusalem. Par suite, 
nous posséderions désormais trois points de repères solides 
dans l'histoire du développement de l'écriture proprement 
hébraïque depuis ses origines jusqu'à nos jours. 



I. A noter les formes franchement archaujiies du ,///i. du /)e//j, du rech. 
du lained. du iioun médiat et, à un moindre dejrré, celles du i/od et du waw. 
Elles reproduisent fidèlement celles qu'on observe sur les papyrus et ostraca 
judéo-araméens de l'époque perse et n'ont [)as encore subi les altérations qui 
leurdonneront plus lartl leur i)hysioniiniie délinilive dans l'alpliabet carré. 



240 I/ANTIOLt; NÉCROPOLE JUIVE d'aLEXANDRIE 

Il y a encore, j "estime, à tirer de notre inscription un 
autre renseif^nement, et non des moindres. Elle nous per- 
met, si je ne m'abuse, de fixer maintenant en toute certi- 
tude à El-Ibràhimiyé l'emplacement, jusqu'ici indéterminé, 
de la vieille nécropole juive d'Alexandrie. La ville, resserrée 
entre la Méditerranée au Nord-Ouest et le lac Mareotis au 
Sud-Est, n'avait que deux débouchés possibles pour l'éta- 
blissement des vastes cimetières dont elle avait besoin : au 
Sud-Ouest et au Nord-Est. C'est dans la première direction, 
du côté du Meks. que se trouve la grande nécropole gréco- 
égyptienne, celle dont nous parle Strabon ' et qu'il nous 
décrit comme un (juartier suburbain pourvu de tous les 
établissements nécessaires aux rites funéraires indigènes. 
Une autre nécropole devait s'étendre aux portes d'Alexan- 
drie dans la direction opposée, c'est-à-dire du côté Nord-Est. 
C'est ce (ju'avaient montré depuis longtemps les fouilles, 
fortuites ou systémati({ues, prati([uées dans ces derniers 
parages. Il était assez natui'el de supposer a priori que le 
cimetière juif était à chercher non |)as dans la première 
mais dans la seconde de ces deux nécropoles, la m'cropole 
orientale. En elfet , le (juartier o' d Alexandrie occupé par 
les Juifs, dès le début de répo([ue ptolémaïque et encore à 
l'époque romaine , s'élevait dans la partie nord-est de la 
ville-. Par conséquent, ils devaient utiliser la nécropole qui 
était le plus à leur portée. Seulement, quel pouvait être 
dans cette immense ville des morts le (piartier qui, là aussi, 
leur était dévolu? La trouvaille d'El-Il)ràhimiyé me paraît 
apporter à cette question la léponse la plus satisfaisante. 
L épitaphe de notre 'Aqabyah nous révèle d une façon 
générale 1 emplacement de la nécropole juive d'Alexandrie ; 
bien plus, vu la date reculée à laquelle elle semble remon- 
ter paléographi(|uement , elle nous en marcpie en quelque 

t. Slrabon, l'-d. Didol, p. 6'iô : E'.O* r, Ni/.oo-oÀt;, to ;:poâaT£iov Èv o) /f,-oi 

-c -oXXol zal Tiiai /.a't zaTaYtoyal ~po; ri; Tap'./EÎa; t«ûv vs/.ptov È-tTrÎ0£'.a;. 

2. Josèplie, AnI. 7., XIV, 7 : 2; G. J., U, 18: 7, s; Apion., II, î. Philoii. 

In l-'l;iccum. S S. 



L AMIULE NÉCKOl'Ul^t; JUIVE d'aLEXAXDRIE 



241 



sorte le cœur même. Cette nécropole, établie en ce point 
sous les premiers Ptolémées, a pu conserver peiidant long- 
temps, peut-être très tard, son alFectation spéciale. C'est ce 




Fis. 2. 



que tendrait à faire Croire Tépitaphe grecque de la Juive 
lohanna qui, recueillie auprès de celle de Wqabyah , est 
peut-être postérieure à notre ère. Celle, à peu près contem- 



2i2 LAMIoLE NÉCROl'OLI': JLIVK UALIÔX ANDRIE 

poraiiie, de la Sidonienne Simotera semble indiquer, en 
outre, qu au moins à partir dun certain moment, d'autres 
communautés orientales, et en particulier la syro-phéni- 
cienne, pouvaient voisiner dans la mort, comme elles le fai- 
saient peut-être pendant la vie, avec la communauté juive. 
Inutile d insister davantage sur l'importance de cette conclu- 
sion. On ne peut (pie souhaiter de voir M. Breccia povu'suivre 
avec persévérance ses fouilles sur ce terrain dont nous con- 
naissons maintenant la véritable nature et qui peut nous livrer 
des documents du plus rare intérêt pour larchéoloo^ie juive. 

II me resterait maintenant à parler de l'autre inscription, 
celle (.[uv jai sii^nalée plus haut comme ayant été décou- 
verte en premier lieu. Malheureusement je ne puis en dire 
g-rand'chose, n'ayant pas réussi jusqu'ici à en tirer un sens 
satisfaisant. Trouvée à côté de la précédente, tracée comme 
celle-ci en couleur rouj^e, elle est écrite elle aussi en carac- 
tères appartenant à l'al])habet araméen. Il est probable, 
étant donnée sa provenance, que c'est épfalement une épi- 
taphe. Mais est-ce une épitapho juive? C'est ce qu'il serait 
téméraire d'atTirmer (fi<^. 2). 

Bien que les lettres soient exécutées avec soin et très 
bien conservées, sauf peut-être la première, quelques-unes 
d'entre elles ollVent des formes particulières qui rendent 
incertain le déchill'rement même. Cette incertitude est encore 
aug'mentée par la fa^on dont le texte est réparti en deux 
espèces de colonnes constitu('es par les deux vantaux de la 
porte feinte. Faut-il lire en deux litii-nes horizontales conti- 
nues, ou bien (Ml deux g'roupes verticaux distincts? L'essai 
de transcription ci-dessous est ddiiué sous toute réserve: 






■> ■> 

■> 



: N I 



1. Non si-iiliMilciil la l'cirilU', mai> I c'.\i>U'Iil'o iiiciiu- ilc ici te Ici lie ol 
iJiMiUiusc. Le calque donne en cel endruit qnelcjucs Irails dmil la jilioto- 



LIVRES OFFERTS 243 

S'il s'agit bien, comme tout porte à le croire, d'une épi- 
taphe,il semblequ'on doive chercher là le nom, ou les noms 
du défunt, peut-être suivi dun patronymique, peut-être 
aussi précédé d'un mot ayant le sens de «. tombeau ». Toutes 
les combinaisons que j ai tentées dans ces diverses direc- 
tions ne m'ont pas donné de résultat satisfaisant. La multi- 
plicité des saniek — si telle est bien la valeur du second 
caractère répété trois fois, et je n'en vois guère d'autre pos- 
sible ' — et particulièrement leur juxtaposition à la ligne 2 
seraient de nature à faire soupçonner des noms non sémi- 
tiques. J'avais un moment, entre autres hypothèses, pensé 

à ; o'^/i^wÇ HwtTjP; mais je ne vois pas de nom grec du 

type .V -f- cr,[x:ç dont le premier élément x répondrait con- 
venablement aux premières lettres de la lig^ne 1 . On pour- 
rait peut-être aussi songer, en désespoir de cause, à faire 
intervenir l'onomastique ég-yptienne, voire iranienne, bien 
que, pour les raisons exposées plus haut, nous devions 
placer cette inscription après la domination achéménide. 
Mais de ce côté non plus je ne trouve pas pour le moment 
de solution plausible. Force m'est donc de laisser la ques- 
tion en suspens jusqu'à plus ample informé. 



LIVRES OFFERTS 



M. Barth a la parole pour un hommao^e : 

« J'ai l'honneur de faire hommage, au nom des auteurs, du deuxième 
et dernier volume de leur ouvrage sur l'Agnistoma , publié sous les 
auspices de la Société asiatique de Paris : L'Aç/nisfoma, description 
complète de la forme normale du sacrifice de Soma dans le culte 

graphie ne montre pour ainsi dire pas de trace. En outre, les caractères 
semblent être répartis symétriquement en quatre f,n'oupes de deux. Cette 
symétrie serait rompue si l'on admet un premier f,a'oupe de trois lettres. 
1. La valeur yod est improbable paléographiquement. Peut-être le signe 
numéral = i'O? Cela nous mènerait alors à d'autres combinaisons que 
j'examinerai ailleurs. 

1907 17 



244 LIVRES OFFERTS 

vi'diijuo , par M. (Jalaiid, [nol'i'.ssc'ur ii ILniveisilé dLliechl, et 
V. Henry, professeur à rUniversité de Paris (Paris, Ernest Leroux, 
1907). 

« Ainsi se trouve achevée cette utile et laborieuse entreprise, qui 
nous donne pour la première fois la description complèle de 
l'Aonislouia, cest-à-dire de celte forme du sacrifice de Soma que la 
théorie hindoue pose comme le type de tous les sacrifices du grand 
rilui'l, ceux-ci nélanl considérés et décrits, un peu arl)itrairement 
parfois, que comme de simples variétés. Cette exposition, ainsi que 
le porte le titre, est complèle, non seulement parce qu'il y est tenu 
com|)te de toutes les menues modidcations introduites dans le rite 
par les diverses écoles de sacrificateurs dont la tradition nous est 
[)arvemie, mais parce (pie, poui- hi [)i'(Mnière fois, les rites y sont 
accompagnés de leur liturgie. Tous les ma/ilraa, qu'ils soient stances, 
hymnes, récitations ou formules, sont traduits in-extenso et, (|uand 
ils sont chantés, sont donnés dans le texte original avec la notation 
musicale indigène, telK' i|u'('lle nous a été conservée dans les Cfinas 
ou recueils de iiit'lodies du Samaveda. M. (laland a rt'-uni et inter- 
prété lout ce (jue nous avons encore de données, souvent obscures 
et fragmentaires, sur la prati(pie des vieilles sohulae cantoriiin et, 
grâce à lui, avec un |)cu dattenlion, la plupart de ces cantilènes 
peuvent être approximalivemenl transcrites en notation européenne. 

« Mallieureusement , en c-e (pii concerne du moins l'un des deux 
auteurs, la puldication est posthume, ^'ictor Henry a pu encore 
corriger les dernières épreuves; mais il n"a plus eu la joie de tenir 
le volume dans sa forme définitive. En le présentant aujourdhui, je 
songe avec tristesse ii IdiiI ce ([ue les (Hudes xinliiiues ont perdu eu 
la personne de cet honnête, modeste et vaillant travailleur, et je suis 
sûr de ti-aduire les sentiments de rAcadémii- en exprimant l\ cette 
occasion les regrets émus (|ue nous inspire à tous sa fin j)rématurée. » 

M. (i. Boissieh ollVe h l'Acadéiiiie le discours d'ouverture prononcé 
par M. Monceaux i-n commençant son cours de littérature latine au 
(Collège (.le l*'rance. Dans ci' discf)urs, M. Monceaux fait Ihistoiie de 
cette chaire depuis sa fondation en I77H. 11 rappelle (pieu ['.Vt ans 
elle n'a en ipie ipiaire titulaires. Il annonce (pi'il s'occupera surtout 
des auleiiis africains, au sujet (les(pH'ls il a déjà publié trois volumes 
(|ue r.Vcadémie \ient de conronni-r. Saint Augustin sei-a l'objet de 
son cours cette année. 

M. l'>lie l{i:ii(;i:it oll're à r.\ca(l('iiiic , de la |)arl de M. l 'oupaidin , 
deux nu'Mioires sui' V Ilisluliu- ri 1rs i/isl il iil io/ix ilrs i>rin<'iji;nil('s loin- 



SÉANCE DU 17 MAI 1907 243 

hcinles de l'Ilnlie nu'-ridinnale. On sait (ju'après la destruction du 
royaume 16ml)ard par Charlemagne en 774, la principauté de Béné- 
vent, f[ui avait jusqu'alors relevé du royaume des Lombards, réussit 
à sauvegarder son indépendance, à part de courtes périodes où elle 
reconnut ou subit la suzeraineté ou l'influence des Carolingiens; on 
sait aussi que cette principauté ne tarda ]jas à se démembrer, et que 
les principautés de Salerne et de Capoue sont issues de ce démem- 
brement. Elles su])sistèrent jusqu'à larrivée des Normands en Italie, 
au milieu du xi'' siècle. Dans des monograpbies qui portent la marque 
delà critique la plus savante, M. Poupardin étudie les institutions 
politiques et administratives des princij)autés en question et les 
sources de leur histoire ; à ces mémoires se joint un catalogue 
dactes et une série de pièces inédites empruntées surtout aux 
dépôts d'archives de l'Italie du Sud. M. Poupardin, dont nous pos- 
sédons déjà un mémoire fort intéressant sur la diplomatique béné- 
ventaine, s'est acquis, sur cette question aussi intéiessnnte que peu 
connue, une compétence incontestable. 



SÉANCE DU 17 MAI 



PRESIDENCE DE M. SALOMON REINACH. 

M. le Ministre derinstruclion publique. àc<. beaux-arts et des 
cultes, écrit à l'Académie pour lui annoncer que M. Merlin, 
directeur du service des antiquités et des arts de la Rég-ence de 
Tunis, lui a télégraphié, qu'au cours des l'ouilles entreprises dans 
la nécropole punique de Bordj-Djedid, à Carthage. il a découvert 
un vase ég'vptien portant un cartouche du pharaon Amasis. Ce 
même tombeau contenait de la monnaie d'or punique et de 
nombreux objets de mobilier. 

M. Héron de \'illefosse annonce qu'il a reçu de M. le chanoine 
Leynaud une dépèche le priant de faire i)ai-t à l'Académie d'une 
découverte faite tout récemment à Sousse (Tunisie). Au cours 
des travaux de canalisation qui ont lieu autour de cette ville 



246 



SÉANCE DU 21- MAI 1 !I07 



pour y amener des eaux, un coup de mine a fait découvrir, à 
côté des catacombes chrétiennes, un grand hypogée païen. 
M. Leynaud est descendu immédiatement dans cet hypogée ; il 
a reconnu la présence de phisieui"s galei'ies dans lesquelles se 
trouvent des tombeaux arqués, des inscriptions sur marbre, des 
restes de peinlures. etc. 

Après la lecture i\f la corri'sixmdaiicL', le Président, rappi'laul 
la perte ci'Ul'IIc (pic rAcadémic \ieiil de l'aii-e eu la personne de 
M. Jules Lair, lève la séance en signe de druil. 



SEANCE DU 24 MAI 



PRliSlDENCl-: I)i: M. SAI.uMdN liKÎNACU. 



Le Phksiuhxt prononce l'allocution suivante : 

'( MESSIEURS, 

(( Noire éminent contVèi'e, M. Jules Lair, est mort à Paris le 
jeudi 10 mai, à l'agi-' de 71 ans, après une longue maladie qui, 
en brisant sa l'orle constilution , avait respecté sa lucide intelli- 
gence. Il a exprimé le désir (pi aucun tliscours ne l'ùt prononcé 
sur sa lombe; mais ic-i, dans l'enceinte où il ne comptait que des 
amis, on sa perte est ressentie très pnirKiKh'niciit, nous me per- 
mettrez de rendre un discret hummage à la niémon-e du savant 
ijui iKins lui si cher. 

« Jules Lair était homme (raelinn autant qu'homme de 
science et, chose assez, raie dans nuire pays, il lui à la fois l'un 
et l'autre. Sorti le pi-eniier de ri"'cole des Chartes en I.S.')8, 
licencié en di'oil, il nul une pailic de -un aclivilé et de son 



talent au servicr des grandes riilrcpn-cs ((iniiiuM'cialc 



ou II 



occupa, jii-(pi';i la lin de sa vie, dr hautes situations, d'abord 
comme secrétaire génci-al, pin> coin me diiccli iir adjoinl d di rec- 



teur 



a Compagnie des l'.iilicpol: 



M; 



itja^iib 



SÉANCE DU 24 MAI 1907 247 

D'autres, mieux autorisés, diront ce que le commerce et l'indus- 
trie de la France ont dû à Jules Lair ; mais avant de rappeler ses 
titres scientiiiques, je veux ajouter que, pendant le siège de 
Paris, il fui officier d'ordonnance du général Trochu et décoré 
pour son dévouement en ces jours de deuil. 

« Ce bon Français était aussi bon Normand, très attaché à la 
vieille province qui l'avait vu naître et dont rhistoire médiévale 
fit l'objet de sa première publication, V Elude critique sur la 
vie et Vouvrage de Dudon de Saint-Quentin, historien des ducs 
de Normandie au A'/*" siècle. Dans ce travail, comme dans ceux 
qui suivirent, il montra, tout jeune encore, ce qui devait rester 
le caractère essentiel de son talent : le goût des recherches diftî- 
ciles, la critique éveillée et ingénieuse qui lui permit de renou- 
veler bien des questions historiques par le recours incessant aux 
textes originaux , rigoureusement contnMés et interprétés. Ses 
études sur Torigine de l'évêché de Hayeux, sur l'histoire du 
Parlement de Normandie, sur Guillaume Longue-l'^pée , sur la 
bataille de Formigny, pour ne citer que quelques-uns de ses 
écrits sur les choses normandes, suffiraient à sa réputation 
d'historien. 

« Mais l'histoire générale du xvu- siècle français lui doit aussi 
des contributions de haute valeur, qui le tirent connaître et 
apprécier du grand public. Ce fut d'abord la biographie, à la fois 
érudite et agréable, de Louise de La Vallière, dont une quatrième 
édition vient de pai'aître. En écrivant ce livre, notre confrère 
conçut des doutes sur la légitimité de la disgrâce du surinten- 
dant Foucquet et se mit à étudier avec passion l'histoire de ce 
personnage que la postérité, à l'exemple de Louis XI\', a presque 
toujours durement traité. Un ouvrage en deux volumes, Nicolas 
Foucquet, fut le fruit des honorables scrupules de Jules Lair. Il 
le dédia au baron Haussmann, dont il était resté l'admirateur et 
l'ami : « Vous avez eu l'indulgence, écrivait-il dans sa dédicace, 
« de reconnaître en moi un certain amour de la vérité... C'est avec 
« réflexion que je me suis décidé à placer ce livre sous votre 
« patronage. Il n'y a pas qu'au xvn<^ siècle qu'on a commis des 
« injustices envers les hommes qui servent leur pays. » Ces deux 
volumes sur Foucquet ne sont pas seulement une belle œuvre 
historique; on y sent battre le cœur d'un homme de bien, d'un 



248 SÉANCE DU 24 MAI 1907 

ennemi de l'iniquité et du mensonp:e. Pendant les dernières 
années de sa vie, Lair s'occupa beaucoup de la publication des 
Mémoires de Richelieu, entreprise par la Société de l'Histoire de 
France à l'aide de deux subventions de l'Institut; sa connais- 
sance approfondie du xvn" siècle l'avait désigné pour diriger ce 
grand travail, dont il a solidement posé les assises dans deux 
fascicules de Rapports et notices publiés en 1905 et 1906. 

« La clarté de ses idées, le charme et la sûreté de son com- 
merce, en même temps que sa vaste érudition, faisaient de notre 
confrère le modèle des présidents, le plus sagace et le plus écouté 
des conseillers; plusieurs sociétés savantes, celles de l'Histoire 
de France, de l'Histoire de Paris, de l'École des Charles, des 
Antiquaires de Normandie, lui lurent redevables d'une impulsion 
féconde; elles s'unissent aujourd'hui à l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres jxiur porter le deuil de .Iules Lair. Sa 
mémoire restera vivante et respectée partout où les études histo- 
riques sont en honneur, partout où l'on apprécie à son mérite 
l'alliance de la droiture du caractère avec la droiture de l'esprit. » 

M. P(iTTn:i{ présente, de la pari de- M. .1. de Morgan, le calque 
d'un nouveau fragment de céramique grecfpie trouvé dans les 
fouilles de Suse (cf. Comptes rendus, 190-_>, p. 428^ C'est un 
morceau de grand vase décoré de ligures noires (hoplites com- 
battant). M. de Mecquenem écrit de Suse que les traits des per- 
sonnages sont indiqués en blanc. Il -agil sans (ii)ute de traits 
incisés dans le noir. Le style serait alors conforme à celui des 
amphores alliques ou ioniennes du vf siècle avant notre ère. 
Nous aurions là une preuve des relations commerciales , établies 
entce le monde grec et l'empire perse, bien avant les guerres 
médi(|ues, à moins que l'on ne suppose encore iii une épave pro- 
venant des villes grecciues d'Ionie pillées par l'armée de Darius. 

M. LoNONoN, au nom de la Commission du prix Prost, annonce 
rpu- la Commission a décidé de décerner, sur les arrérages du 
prix Prost, deux récompenses : 

I'' Une récompense de liuil cents francs à M. .\lfred drenier, 
pniir son livre inlilulé : IIul)it;tlions ijuiiloises cl rill.is luîmes 
dans le pai/s des Mcdinni.ilrices ; 

■}" lue réciinipense de qnali-c cenis fi-ancs à « L .\uslrasie », 
Revue du pays messin et de la Lorraine. 



SÉANCE DU 24 MAI 1907 249 

M. Omont lait le rapport suivant : 

« L'Académie avait proposé pour le pri\ du budget, à décer- 
ner en 1907, d" « étudier, d'après les textes authentiques, la 
« chronologie d'une ou plusieurs séries de grands leudataires 
« français pour remplacer les séries défectueuses des anciens 
« imprimés ». (Jn seul mémoire a été envoyé, qui, de 1 avis 
unanime des membres de la Commission, n'a pu prétendre à une 
récompense. Aussi la Commission a-t-elle décidé d'évoquer l'un 
des ouvrages déposés au Concours des Antiquités de la France 
et qui rentrait dans le cadre du sujet proposé pour le prix du 
budget. Elle a, en conséquence, décerné le prix, à l'unanimité, à 
l'ouvrage de M. R. Poupardin : Le Royaume de Bourgogne 
{S88-'J038); élude sur les origines du royaume d'Arles. » 

M. PoTTiER lit nue notice sur un petit aryballe à figures rouges 
de la collection Peytel. C'est une très jolie peinture attique du 
v^ siècle, représentant une clinique chez un médecin grec. On y 
voit le chirurgien à sa consultation, examinant et soignant des 
blessés qui portent tous des bandelettes de pansement. Ces docu- 
ments sur la médecine antique sont précieux et rares. — M. Pottier 
énumère les monuments qui se rapportent à ce genre de chirurgie. 

M. Havft lit une note sur les verbes lavere, laver, et lavare, 
se baigner. Le premier a donné un parfait lavi par a bref et v 
double, le second un parfait lavi par a long et v simple, con- 
tracté de lavavi. Le premier a donné en composition eluere, 
l'autre eluare, d'où l'adjectif contenu dans la bru m eluacrum, un 
récipient servant au bain.. Au figuré, eluare signifiait être nettoyé 
(de ses biens), c'est-à-dire ruiné. Le parfait à eluare était eluavi, 
qu'il faut restituer dans quatre passages de Plante, au lieu (Vélavi. 
Le subjonctif présent était eluem , qu'il faut restituer dans deux 
passages de Plaute, au lieu d'e/uam. 

M. Clermont-G.\nneau fait une communication sur les inscrip- 
tions du Lucus Furrinae*. 

MM. CoLLiGNON, S. Reinach, Haussoullier et Havet présentent 
quelques observations. 

1 . Voir c-i-après. 



COMMUMCATIOX 



SUR LES INSCRIPTIONS DU « LUCUS FURRINAK ». 
PAR M. CLERMONT-GANNEAU, MEMRRi: UK l'aCADÉ.MIE. 

Dans une note fort intéressante communiquée à l'Acadé- 
mie en sa séance du 1"! mars dernier, notre correspondant 
M. Gauckler a signalé la découverte faite récemment à 
Rome, à la villa Sciarra, de remplacement du Liiciis Furri- 
nae , le bois sacré de la nymphe Furrina ou des nymphes 
Fiirrinœ, célèbre par la mort trag'icjue de (^.aius Gracchus. 
A coté d'une dédicace i^reccjue qui ne laisse plus aucun 
doute sur l'identification du lieu, on y a recueilli un groupe 
d'autres dédicaces nous montrant que, vers le u^' siècle de 
notre ère, le vieux sanctuaire romain s'était doublé d un 
sanctuaire exotique, consacré à des dieux syriens. 

C'est seulement à mon retour d'Egypte que j'ai eu con- 
naissance de cette communication, au sujet de hujuelle 
M. Gauckler a bien voulu depuis me consulter sur (|uelques 
points concernant les cultes orientaux auxquels se rap- 
porlcnl ces derniers textes épigraphiques. Je voudrais aujour- 
d'hui soumettre à notre (Compagnie (juehpu^s obsei'vations 
(pu- ma suggérées l'examen de certains d'entre eux. 

Il y a d'abord une doui)le dédicace au dieu Ila.dad, Ocoi 
'Aoâco). qualifié à la fois de A'.6av£(.')TY;. « dieu du Lil)an -> et 
de 'Ay.pwpîiTY; (vocable cpii répond peut-être à une concep- 
lidii analogue ;i celle du Ju/il/rr oit/iniii.s ni.i.rimiis ciilrni- 
nuLis). M. Gauckler a bien reconnu lidentité du grand dieu 
syrien. Mais ce n'est pas, comme il l'a dit, la première fois 
(pie eelui-ei apparaît dans un texte épigraphique. On peut 
en cilrr lui moins doux ('X(Mnj)lt'S : 



INSCRIPTIONS DU LUCUS FIKRINAE 2^)1 

1" Dans une inscription de Délos recueillie par M. Dou- 
blet ^ (Ail 'Asâcwi [yJap'.TT-^piiv) ; 

2" Dans une inscription de Cha'âra, dans le Ledjà , au 
sud de Damas, recueillie par M. Dussaud - i[fi]tM Asâco)). 

Vient ensuite une inscription latine dont le début serait 
ainsi conçu : 

Sac[rum) Aug[usto) Jovi Maleciahrudi. 

« Ce Jupiter Ma/cciahrudis, dit M. Gauckler, est inédit. 
« Mais il rentre évidemment dans la série des Malek, ou 
(( dieux rois, syriens. C'est le Malek de Jahruda, comme 
(( Jupiter Jleliopolitanus est le Malek d' Héliopolis , de 
« l'autre côté de FAnti-Liban , comme le Malechal est le 
« Malek par excellence. » 

Il y aurait plus d'une réserve à faire sur la généralisation 
à laquelle M. Gauckler se laisse ainsi entraîner. Je n'en 
retiendrai qu'un point, le point de départ même de ces con- 
sidérations quelque peu sujettes à caution selon moi. 

Peut-être , en proposant cette explication du vocable 
Maleciahrudis , M. Gauckler avait-il en vue la localité 
antique de 'Idtgpcuoa, mentionnée par Ptolémée (v. 15, 20) 
et représentée aujourd'hui par Yahroûd, sur la route de 
Damas à Palmyre. Je dois faire remarquer toutefois que 
Texistence d'un vocable divin toponymique constitué de la 
sorte est faite pour surprendre. Nous n'avons pas d'exemple 
de l'emploi du titre divin Malek combiné avec un nom de 
lieu spécifique'-; c'est toujours le mot Baal qui remplit 
cette fonction. Si donc lahrouda a jamais eu un dieu propre, 
c'est Baaliahrudis , et non Maleciahrudis, qu'il aurait dû 
s'appeler, semble-t-il, en vertu des précédents. Aussi me 
demandé-je si, quelque soin qu'il y ait apporté, la lecture 
de M. Gauckler est matériellement assurée. Lui-même nous 

1. Bull, de corr. helL, IS92, p. IGI, n- 21. 

2. Miss, dans les règ. désert, de la Syrie, p. 21o. n" 5. 

3. Dans le nom de Melqtirt, rék-menL "j"»^ est conihiné avec le mol 
générique np « ville ». 



2o2 INSCRIPTIO.NS DU LLCIS FLIUUNAE 

avertit que le texte, « recouvert d'un épais dépôt calcaire », 

est « assez difTicile à lire, les lettres étant très effacées ». 

Dans ces conditions il est permis d'hésiter à admettre en 
franchise la lecture proposée : lOVI-MALECIABRVDI. 
Peut-être est-elle susceptihle de sérieux amendements 
d'ordre paléo^raphique c[ui ne tendraient à rien de moins 
qu'à remettre en ([uestion l'existence même du prétendu 
Jupiter Maleciabrudis. Plus d'une combinaison s'offre à 
l'esprit, si l'on veut entrer dans cette voie. Mais il faudrait 
pour s V engager sans imprudence avoir sous les yeux soit 
le monument, soit un estampage ou, faute de mieux, une 
copie figurée. Je m'abstiendrai donc, jusqu'il plus ample 
informé, de produire certaines conjectures auxquelles j'ai 
pensé et qui sont subordonnées à l'autopsie de 1 original. 
Je me contenterai seulement de faire observer ([ue, d'autre 
part, la tournure même : Sucriirn Augusio Jovi, etc., a 
quel(|ue chose d'insolite ; les termes de la formule ne se 
présentent pas ici dans l'ordre habituel, (^ette anomalie 
n'est pas faite pour diminuer les doutes que m'inspire l'en- 
semble de la lecture de M. Gauckler. 

J'arrive maintenant à une dernière inscription, une 
inscription grecque, dont l'interprétation est encore très 
controversée. La destination même du monument soulève 
une question qui, intimement liée au sens réel de ce texte 
obscur, a suscité des vues non moins divergentes. Il con- 
vient donc, avant tout, de bien se rendre compte de la 
forme dudit monument. Il consiste, d'après la description 
qu'en donne M. (iauckler. en " un bloc massif de marbre 
« blanc, de forme carrée. incsuraiiL 1 '" 20 de côté et 0'" 27 
« de hauteur. Tout autour, sur la tranche, règne une mou- 
« lure concave, unifoi-me et très simple. Au milieu, se 
« creuse un trou tronc-conique, mesurant (>'" IS de dia- 
« mètre à l'orilice et 0'" 00 seulement au tond, s'évasant 
« vers l'extérieur. Le monolithe est évidé en dessous comme 
« un couvercle. » 



INSCRIPTIONS DU LUCL'S FURRINAE 2o3 

L'inscription, gravée avec soin, est répartie en quatre 
lignes, deux au-dessus et deux au-dessous du trou central. 
La lecture matérielle, qui avait en partie échappé au pre- 
mier éditeur, M. Gatti. a été définitivement établie par 
M. Gauckler d'une façon qui ne laisse plus place à aucun 
doute : 

cv zr, l'auovàç ov.rrfzv.pi-r^: sOeto. 

11 y reconnaît avec raison deux pentamètres, « de proso- 
die correcte, mais de syntaxe embrouillée et d'une conci- 
sion qui nuit à leur clarté ». 11 s'abstient d'en donner une 
traduction, se bornant à dire qu'il y voit « la dédicace d'une 
fontaine qui fut captée et aménagée par un personnage 
sacerdotal du nom de Gaionas, pour les besoins du culte 
d'un sanctuaire construit à cet endroit », 

Ces travaux d'aménagement auraient eu pour but, ajoute- 
t-il un peu plus loin, u de fournir l'eau lustrale nécessaire 
aux sacrifices offerts aux dieux dans le sanctuaire voisin ». 

Il se demande si le bloc était posé horizontalement sur le 
sol ou, au contraire, dressé verticalement. « Dans le pre- 
mier cas, dit-il, il eût pu servir de support à une vasque, 
d'où jaillissait un jet d'eau au centre d'un bassin. Mais la 
disposition du texte qu'il présente sur sa face principale 
semble indiquer plutôt qu'il était appliqué contre un mur 
et encadrait une bouche de fontaine qui le traversait en son 
milieu. » 

Gomme on le voit, M. Gauckler se rallie en substance à 
l'opinion de M. Gatti , en ce qui concerne la destination 
hydraulique du monument. A l'appui de sa thèse il invoque, 
dans une communication particulière qu'il a bien voulu me 
faire, de nouveaux arguments d'ordre matériel. « La rainure 
qui règne tout autour du bloc aurait eu pour objet, pense- 
■t-il, d'en assurer la stabilité dans le massif de maçonnerie 
où il était encastré verticalement. Sur plusieurs points de 



254 INSCRIPTIONS DU LL'CLS FLRRINAE 

cette g"orge il a constaté des restes adhérents de mortier et 
de brique, témoins de cet encastrement. Enfin, toute la sur- 
face externe de la pierre est recouverte dune épaisse con- 
crétion calcaire indic[uant nettement la présence d'un jet 
d'eau qui l'a constamment arrosé pendant des centaines 
d'années. » 

Sans vouloir dès maintenant préjuger la question, je dois 
dire que les divers arguments mis en ligne par M. Gauckler 
n'emportent pas la conviction. Quelques-uns sont contes- 
tables et pourraient même se retourner contre sa thèse. Par 
exemple, le dernier. Si la concrétion calcaire est bien le 
produit séculaire d un jd d'eau passant par l'orifice central 
du bloc placé debout, il semble que cette couche, au 
lieu de s'étendre uniformément sur toute la surface, devrait 
être limitée à la partie inférieure, au-dessous de l'orifice, 
D autre part, ce trou conique, en forme d'entonnoir séva- 
sant au dehors , paraît peu j)ropre à recevoir et à rete- 
nir solidement un ajutage métallicpie servant à l'écoule- 
ment de l'eau. La gorge (pii règne tout autour du bloc n'a 
guère de raison d'être, si elle devait être noyée dans la 
maçonnerie; l'encastrement auniit pu être parfaitenuMit 
assuré sans qu'on eût recours à cet arlilice, inconnu, 
je crois, à l'architecture antique. Les restes de mortier 
(ju'on j a constatés ne prouvent rien par eux-mêmes, la 
pierre ayant pu être réemployée ultérieurement pour un 
autre usage. On s'explique encore moins, dans ce système, 
l'évidement caractéristi(jue de la laee (i[)pt)sée à celle (|ui 
porte l'inscription. Il est certain ([uà premièi-e vue. la 
pierre donne plutôt l'impression — et cette inijiri'ssion 
M. Gauckler l'a éprouvée lui-même comnu^ le montre un 
passage de sa note citée plus haut — liinpression, dis-je, 
dune sorte de couvercle, dont la jiosition normale était 
l'horizontale, avec un trou central (pii. s'évasant largement 
par en haut, si^nble bien plutôt fait pour recevoir ([ue pour 
émettre quehpie chose. 



INSCHIPTIONS DU LUCUS FURRINAE 235 

Mais tout cela ne serait rien si la teneur même de l'in- 
scription apportait quelque indice en faveur de Ihypothèse 
hydraulique. Or, il paraît difficile, pour ne pas dire impos- 
sible, d'en tirer quoi que soit dans ce sens. M. Gauckler ne 
s'est pas expliqué sur ce point qui, en l'espèce, est capital. 
Le nœud de la question réside certainement dans l'inter- 
prétation du dernier mot oscjj.i; , sur lequel je reviendrai 
tout à l'heure. On ne voit pas. en tout cas, ce qui a pu 
l'autoriser à trouver là une expression relative à <( la capta- 
tion et à l'aménagement d'une source ». 

Entre temps, comme me l'apprend M. Gauckler lui- 
même, M. Huelsen, dans une conférence qu'il vient de 
faire à l'Institut archéolog-ique allemand, a proposé une 
solution toute diiférente. Comparant le fameux thesauros de 
Théra, destiné à recevoir les offrandes des adorateurs de 
Sarapis et d'Anubis. et, apparemment, d'autres monuments 
congénères, il propose de voir dans notre bloc le couvercle 
d'un thesauros ou loculus du même genre. L'hypothèse est 
spécieuse , et je dois avouer qu'au premier abord elle me 
souriait beaucoup. Elle me rappelait, en effet, l'usage de 
ces nombreux troncs ou cliofarôt •, qui étaient placés dans 
le temple de Jérusalem et dont quelques-uns étaient spécia- 
lement affectés aux besoins du culte, en particulier aux frais 
de certains sacrifices. Certes, un pareil tronc n'aurait pas 
été déplacé dans un sanctuaire oriental tel que celui c{ui a 
incontestablement existé au Lucas Furrinac. Mais, à la 
réflexion, les objections se dressent. Ainsi que le fait remar- 
quer M. Gauckler, les dimensions du thesauros de Théra 
ne sont pas comparables à celles de notre pierre ; le cou- 
vercle de celui-là ne mesure, en effet, que 0'" 49 de côté 
sur 0'" 218 d'épaisseur. Ce qui me paraît plus grave c'est 
qu'ici encore on ne voit pas comment faire cadrer la teneur 
du texte avec cette conclusion archéologique. M. Huelsen, 

1. LilLcralcment « tronipetles ». prulKihloiuciil à cause de la forme éva- 
sée de l'orilicc de ces troncs. 



256 INSCRIPTIONS DL LLCLS FLRRINAE 

lui non plus, ne s'est pas. du moins, à ma connaissance, 
occupé de cette partie essentielle du problème. Sans doute, 
l'expression ot.mç OO'j.a 6îsîç r.xsiyo'.. " afin ((u'il fournisse 
un sacrifice aux dieux », s'expliquerait assez bien dans cette 
hypothèse. Mais que faire alors du mot o£7[xic? 

Peut-être, a côté des conjecture» si diverg'enles de 
M. Gauckler et de M. Huelsen. y aurait-il place pour une 
troisième conjecture. C'est celle que je soumets, non sans 
quel(|ue hésitation, à l'appréciation de ceux de nos confrères 
qui sont plus compétents que moi en pareille matière. Elle 
repose avant tout sur un essai d'interprétation rationnelle 
de l'inscription elle-même, abstraction faite. [)r()visoirement, 
de toute considération a priori louchant la forme et, par- 
tant, la destination possible du monument. Nous verrons 
ensuite dans quelle mesure le dispositif tout particulier de 
celui-ci peut s'accorder avec le sens obtenu. 

Comme je l'ai dit plus haut, c'est le mot otG\>.ô:, par 
lequel débute l'inscription, qui constitue la principale difFi- 
culté du problème et qui en même temps doit nous en four- 
nir la solution. 11 faut l'accepter avec sa sig'nification propre 
qui est celle de « lien ». Ce serait, à iiion avis, la forcer 
sing-ulièrement que d'y chercher avec M. Gauckler une allu- 
sion à la captation d'une source, ou bien, avec M. Huelsen, 
à la collecte d offrandes pieuses. Je me demande si oiuiJ.i: 
ne serait pas ici tout simplement l'équivalent de /.ztzost;/;;. 
qui a le sens consacré de (( lien majj^ique » et jmie un si 
grand rôle dans les sortilèj^es antiques. La conception qui 
a présidé à son emploi dans cette acception spéciale est trop 
connue pour qu il y ait besoin A y insister. La substitution 
du mot simple au mot conqjosé pourrait se justifier, dans 
notre cas, par une licence poétique, nt)tre texte étant en 
vers. l<llle n'est pas, d'ailleurs, sans exemple. C'est ainsi 
({Lie nous lisons dans une tuhclLi de/ixioiiis atli([ue ', une 
invocation aux l'uries également en vers : 

1. W'uumIi. Di'/i.riiinnin lui), ullic. Ion ■■(. I. 



INSCRIPI'IONS DU LLCUS FL■RRI^AL: 257 

0-fiaoi h{M [his)... îstrij-oîç àpYaAS'iciç 
Je relève encore sur une autre tnbella du même genre ' : 
•/.axaBw £v CÎ7IX0) [j.îAuêoivw. 

Dans ce dernier texte, os^ixiç désigne la feuille même de 
plomb sur laquelle est gravée la defixio. 

Si, en nous appuyant sur ces exemples qu'on pourrait 
probablement multiplier, nous admettons que zza\j.iq doit 
être pris dans notre inscription au sens magique, l'ensemble 
de celle-ci s'éclairerait d'un jour nouveau. Elle signilierait 
alors à peu près ceci : 

Afin que le charme puissant fournisse victime aux dieux, 
Gaionas le deipnocritès la placé. 

L'expression ssay.br -/.paispiç se conçoit dès lors aisément; 
on dit bien d'un «charme » qu'il est « puissant ». D'autre 
part, nous savons que la defixio, le v.o^-.iot^jy.z:; ou, autre- 
ment dit, le o:7;j.6;, avait essentiellement pour objet et pour 
etîet de livrer .aux divinités infernales, comme une véritable 
victime, celui ou celle contre qui elle était dirigée. C'est à 
cette idée tout à fait topique que répondrait l'expression 
i-Mq Oj;j.a Occîç z.x^i'/z\. 

Cela posé, il nous reste à voir si la forme même du 
monument peut se concilier avec cette explication. Il faut 
se rap[)eler tout d'abord une pratique essentielle de la 
defixio antique. Une fois l'incantation dûment et congru- 
ment inscrite sur une feuille de plomb, il s'agissait de faire 
parvenir celle-ci à son adresse, c'est-à-dire aux divinités 
infernales. Pour ce faire on mettait très souvent à contri- 
bution les morts, ceux-ci étant censés, en raison même dé 
leur condition, se trouver en relation directe avec ces divi- 
nités. On roulait la feuille de plomb et on la glissait 
subrepticement dans quelque sépulcre, en utilisant à cet 

1. Id., 15 <i, -1. 



238 l.NSCHll'TKOS DU LLCLS FURRINAE 

ellet, quand on le pouvait, les conduits ou tuyaux y ména- 
jçés pour les libations funéraires. Les sépulcres devenaient 
ainsi les véritables boites aux lettres des enfers. Les trou- 
vailles du P. Delattre à Carthafi^e sont à cet égard des plus 
instructives. Je me demande si notre monument n'était pas 
destiné à assurer, dans des conditions moins précaires , le 
service de cette correspondance infernale. Le trou conique 
creusé dans son milieu, en forme d'entonnoir, pouvait rece- 
voir les /.xTâcss;;.:'. qui tombaient dans une fosse ad hoc 
ménagée au-dessous , fosse recouverte par le bloc posé à 
plat et faisant couvercle. 

Cette sorte d appareil établi par les soins de Gaionas 
était-il réservé à son usage personnel, et s'agit-il de (juelcjue 
cicfixio particulière opérée par lui-même? Ce n'est pas 
impossible. Je croirais pourtant jilus volontiers qu'il répon- 
dait d'une façon générale aux besoins des amateurs de sor- 
tilèges, en leur offrant un moyen commode et pratique d'ar- 
river à leurs lins. Consacré aux nymphes Fiirri/h'c. ([u'uiie 
tradition populaire, erronée si 1 on veut mais attestée histo- 
ri([uement', assimilait aux Furies, le lieu était bien choisi. 
Le souvenir même de la traijfédie dont il avait été autrefois 
le théâtre ne pouvait que favoriser ce choix. Là, en elVet, 
errait encore la grande ombre de Caius (iracchus qui, de 
par sa mort violente, appartenait à la catégorie des ^<.x'.o<)x- 
va-:;i, c'est-à-dire de ces défunts d'élection dont l'interven- 
tion était tenue pour la plus ellicace dans les opérations 
macabres de la defixio. 



I. \ci\v les li'xlcs tic Cici''n>ii. Pliit;ir<iuc el Marliamis (!a|)olla. cilos par 
M. (iaiicklcr. 



sÉANcio iji :îl MAI r.i()7 259 

LIVRES 0KP1':RTS 



Le SHCUKiAinE PEiu'KTUEL ofTro, au nom de S. A. S. le prince de 
Monaco, le tome I des Dociinienis historiques antérieurs au A'V'*' siècle 
relatifs à la seigneurie de Monaco et à la maison de Grimaldi (Impri- 
merie de Monaco. l'.IO"). in-i"). 



SÉANCE DU 31 MAI 



l'RESIDlîNCE DK M. SAIOMON REINACH. 

M. IlÉRON DK V^iLLiîFossE lit uiie iiolc cls M. Eusébe V'assel sur 
cinq stèles puniques votives, inédites, en Ihoiuieur de Tanit, 
découvertes à Cartliai;e (Lins la propriété de AL A. Bessis. Les 
estampaj^es de ces cin([ stèles sont olFertcs à IWcadèmie par 
M. luisèbc Vassel '. 

M. Adrien Biaiu'hel l'ail une coniniuiiication relative à diverses 
statues de divinités reproduites sur les monnaies de Corinthe, 
frappées entre i'25 el 338 avant J.-C. On rec-onnaît sur ces 
pièces des statues archaïques de Zeus et d Apollon et quelques 
autres, de style plus récent, parmi lesquelles une tî<^ure d'Ares, 
le pied droit posé sur un rocher, pourrait être la copie d'une 
œuvre perdue de Lysippe. L ne monnaie de Leucas, colonie de 
Corinthe, présente un Hermès, attachant sa santlale, type créé 
par Lysippe, qui était né à Sicyone, près de Corinthe. Les sta- 
tues qu'on voit sur les monnaies autonomes de Corinthe ornaient 
sans doute les temples et les places de cette ville, avant sa pi-ise 
célèbre par le consul Alummius, en 146 av. J.-C. 

1. Voir ci-après. 

1907 1S 



2(i0 SÉANCI-: 1)1 :{1 M\i l!)07 

M. PdTTii'K expose les ti-itii\ ailles ("ailes à Monl laiii'ès, près de 
Narbonne, par M. il. l{(Ui/aii(l. aiieieii ([(■puli-. pei'cepleur de la 
\ ille (pli, depuis liuil an-, explore ee >ite avec autant de persé- 
vérance cpie de perspicacité. Il y a ramassé à fleur de terre une 
véritable collection d'oljjels antiques, -ilex. meules, poteries, 
lampes, monnaies, pierres gravées, bijoux, qui montrent la 
richesse de cette localité, admirablement située à peu de dislance 
de la mer, commandant à la fois l'embouchure de l'.Xude et les 
délilés cpii, par les Pvrénées et parla côte, mènent en Espag'ne. 
M. l»ou/aud a reconnu cpie le pie rocheux de Moiitlaurès . qui 
s'élève isolé dans la plaine, a dû servir de nécropole au\ habi- 
tants de la réj^ion (pTil identifie avec VIFeh/ce pahis. uieiilionné 
par Avienus, en arrière de Narbonne. Cette nécropole est surtout 
remarquable par l'abondance extraordinaire des fraj,''ments de 
poteries qu'on v recueille et qui permetlenl d'établir tpie les 
(irecs V ont commercé dès une épotpie reculée ; car on y ren- 
contre, outre les poteries dites ibériques, de nombreux débris 
de vases attiques et italioles dont le^ dates s'échelonnent du 
vi" siècle jusqu'aux m" et n''. Il est remarquable ipie les indices 
d'une occupation romaine sont l'oii rares. On peut -u|)poser que 
la cité a disparu et l'ut r niplacée alors par le i^iand port de 
Narbonne. C'est un emplacement dont le caractère pré-romain 
semble bien établi et (pii oilVe d'autant plus d'intérêt pour 
l'histoire fie la Gaule méridionale. Il est rare de rencontrer en 
France un point aussi digne d'attention par la sûreté de la 
chronologie ([u'ou v |)eut établir et par rmiporlance des docu- 
ments antérieurs à la contpiêle (pidii y i-ecueille. M. Pottier 
espère (pie r.\caflémie se montrera favorable au projet de fouiller 
sérieusement et imMIiodiquemenl celte station anticpie. 

M. liiitoN i>i. \'ii.i,i;i-dssi: partage complèleiuent la manière de 
voir de M. Poltier au sujet de Monllaurès. Il a eu l'occasion de 
visiter ce sile l'an deinier: il a pu examiner les découvertes 
faites par M . Hou/a ud et il e>t convaincu de li m poil.i née archéo- 
logi(|ue de cette colline. Si l'Académie veut bien s'intéresser aux 
fouilles projetées, elle aura lieu sans doute de s'en féliciter, car 
elles a|)porleronl ceriaiiiement fies documents nouveaux et inat- 
tendus pour 1 histoire du commerce sur la côte narbonnaise dans 
l'antiquité. 



SIÎANCE DU 31 MAI lîHlT 261 

Ce malin iiRMue. M. liouzaïul a envoyé à M. Héron de Mlle- 
ibsse une nouvelle niar((ue d"amphore, recueillie à Monllaurès et 
remonlanl, autant ([u'on peut en juger sur une copie, à l'époque 
républicaine. 

Elle est iuipriuiée en relief sur le rebord du goulot et se lit 
ainsi : 

M • L O L L I Q ■ F 

M[arci) Lolli{i) Q{uiiit{) f\ilii]. 



Cetle eslauipiile apparaît pour la preniière fois en Xarbonnaise; 
elle n'a été reucontrée jusqu'ici ni à Rome, ni en Gaule; elle est 
probablemeut inédite et paraît prouver que la colline de Montlau- 
rès était encore un entrepôt comniercial, quelques années avant 
la fondatiou de Teiupire romain, ou qu'il y avait au moins une 
habitation romaine au pied de la colline. Il est impossible de dii^e 
qnelle était la nature de la marchandise expédiée dans cette 
amphore, mais c'était vraisemblablement un produit arrivant 
d'Italie. 

M. II. -F. Delaborde présente un document de genre tout à 
fait rare, retrouvé par M. Philippe Lauer, et qui ])ourrait être 
rapproché du célèbre album de MUard de Ilonnecourt. C'est une 
suite de dessins appartenant à la seconde moitié du xni*' siècle. 
M. Delaborde y reconnaît des compositions inspirées par le 
Commentaire du Credo de Joinville; il démontre que cette suite 
n'était pas un projet d'illustration d'un livre, mais un projet de 
décoration murale; et, du rapprochement de certains passages 
du Commentaire avec une charte de l'26.3, il conclut que cette 
décoration pouvait être destinée à la chapelle fondée par l'ami 
de saint Louis à l'Hôlel-Dieu de Joinville. 



COMMUXICATIOX 



NOTE STK OIJELUUES STELES PUNIQUES, 
PAR M. EUSÈrtE VASSEU. 

J'ai riionneur (rolTiir ;i rAcadémie des inscriptions et 
belles-lettres les estanipaj^es de cinq stèles votives inédites 
qui mont été coniiées par M. V. (]havanne. antiquaire à 
Tunis; elles ont été recueillies à Carthage, dans la pi'o- 
priété de M. A. Bessis, et font partie de la collection de cet 
amateur. 

En voici la description sommaire: 



I 



Deux registres. 

.1. — 

Main lovc'c servant de cimier au croissant renversé sur le 
disque ; le symbole astral est ici accompagné de sillons 
supplémentaires destinés, je |)ense. à adjoindre ;i ses vertus 
propres celles de Voudjit. 

li. — 

L'inscription siuvaiite : 

1 .1 /// I)ntnc cl nu Scit/ncin- /l;i;il-Ifnnun- 

2 1)11. cr qu'a voue Hod- Aslurcl /ils tic 

3 ' Azru-Ba al. 



NOTE SUR OL ELgUKS STÈLES PUNIOUES 263 

Plusieurs caractères ont une forme rare ; les mots sont 
séparés et des lignes ont été tracées pour g-uider l'écriture; 
le nom de Tanit est omis. 

Sous l'inscription, le symbole de Tanit entre deux palmes 
ou deux pins. 

Cette stèle me paraît appartenir à la plus basse époque 
punique. 



II 



Trois reg^istres. 

-1. — Colombe assise, avec collier à fermoir; sous loi- 
seau, bande ornée. 

B. — L'inscription : 

lllillllllHllllIlh "i-TNSi Syi ]E n:nS niiS i 

1 A la Dame Tanit, face de Baal, et au Seigneur 

2 [ce qu'] a voué Matton, fils de Ba'al-jaton 

II manque à la fin de la ligne 1 six ou sept lettres ; bien 
que les traces de la première , peut-être par un caprice de 
la cassure, indiquent 'il? plutôt que ^ (ce qui pourrait faire 
songer à Eschmoun), j'incline à suppléer Baal-Hammon. 
Au commencement de la ligne 2, la lettre effacée ne saurait 
être que t*. 

C. — 

Le registre du bas est occupé dans toute sa hauteur, à 
droite par la main levée, à gauche par l'emblème de Tanit. 



III 



Pas de registres délimités. 



Dans le tympan, la main levée; au-dessous, l'inscrip- 
tion : 



264 NOTE SUR QUELQUES STÈLES PUNIQUES 

Tîj w7N pnSy2S "j-nS 2 

1 .1 /a dame Tanit, face de Baa[l, et] 

2 au Seigneur Bnnl-Hamnion. cp qua voué 

3 Sufrt <Juf/c<, fils (le Aris. fils de Snfet, 
o /ils de Ar/s. 

Une distraction du lapicide a substitué un ") au second n 
de Ta ni t. 

En bas, le symbole de la déesse avec le caducée à gauche. 

IV 

Trois re^^istres, séparés par deux larges bandes ornées, 

.4. — 

Le croissant renversé sur le (lis(|ue. 

B. — 
L'inscription : 

III m III m 3 

1 [.l la dame Tani]t, face de BaaL et au Seigneur Baal- 

Ilammon, 

2 [ce qua voue] Bod-Melqarl . /ils de Ifi-Moloklu /Us de 
:\ 

Ligne I : p^, cf. dnnni dans le l'irnuhis. se. 11, v. iftS 
et il. Lr nom disparu a la ligne 3 avait au plus cpialre ;i 
cin(| lettres. 

C. — 

Le symbole de Tanil entre deux caducées; gravure soi- 
gnée. 



* 



LIVRES OFFERTS 263 

V 

Trois rei;istres, séparés par deux bandes historiées. 

A. — 

L'attribut du fronton est l^risé ; un tout petit reste paraît 
appartenir au croissant renversé. 

B. — 
L'inscription : 

[x]''^'i h'ji ]Ei n:nS n2i[S] i 

N:n ni S72jn'2 3 

1 [A] la Dame Tanit face de Baal, ci au [Sei-] 

2 gneur Baal-Haninwn, ce (jua vou[é} 

3 Matton-Ba'al, fille de Hanno 

Un trait vertical isolé, au-dessous de la première lettre 
de la lig-ne 3, me semble parasite: je ne vois pas ce que 
ferait là le chiffre 1 . 

C. — 

Le symbole de Tanit sur un socle au reg-istre inférieur. 
Rien, dans les cinq inscriptions, qui ne fût déjà connu. 



LIVRES OFFERTS 



M. Gagnât offre à l'Académie de la part de M. Legras, docteur en 
droit, un livre intitulé : La table latine d' Héraclée [la prétendue lex 
Julia municipalis). Le titre seul du livre indique la thèse soutenue 
par Tauleur. On admet généralement, et les juristes les plus illustres 
l'ont soutenu, que la table d'Iléraclée nous faisait connaître un 
fragment d'une vaste réglementation des municipes promulguée par 
César en 4o av. J.-C. ^I. Legras n'est pas de cet avis. Pour lui, la lex 
Julia municipalis n'a jamais existé, sauf dans l'imagination des 
modernes : « c'est une compilation de lois municipales réglementant 



266 IJVKES OFFERTS 

radiuiiiislralion communale de licjiue ri dos niunicipes el rédigée 
spécialement pour Héraclée sur Tordre de Sylla, pour la récompenser 
de s'être déclarée en sa faveur. » Il y a dans ce livre beaucoup de 
recherches, une ^raïuh' érudition et des vues intéressantes, 

M. Gagnât dépose également sur le iniieau une hrochure de M. le 
l)aroii de Baye, intitulée : Anlù/uUrs frankes trouvées en Bohôine. 

M. VioLLET présente au nom de M. Vigie, doyen de la Faculté de 
droit de Montpellier, /.''s hnstirhs du Pf-rigord Montpellier, 1907) 
(exlr. des Mérnoire)^ de l'Académie tde Monti)ellierl, section des 
lettres). 

Celte élude est divisée en deux parties. 

Dans la première partie, le savant auteur retrace riiistoire des 
bastides du Périgord : ^'illefranche, Beaumont. Molières, Monlpazier, 
Eymet, Fonroque, etc.; 

Dans la seconde partie, M. Vigie trace une sorte de synthèse de 
rorganis.dion a(hninistrative el judiciaire des bastides, ainsi ((ue du 
droit de ces petites villes. C'est surtout sur le droit criminel ((ue les 
statuts et coutumes des bastides nous fournissent d'utiles rensei- 
gnements. M. Vigie les a méthodi(|uement groupés. 

1. "ouvrage du savant doyen de la l'"nculté de droit de Monlpellier 
esl une coutribul ion liés iin|iorl:inle à lliisloire des inslilutions au 
moyen âge. 

M. lli'iiON m: Vii.i.i-iossK dépose sur le i)ureau. au nom de M. le 
coniniaiidanl i:spéiandieu, correspondant de l'.Vcadémie, un volume 
(Idiil il est r.iideui'. iiililuit' : Recueil rjénéral f/''s h.is-rrlic/'s de lu 
r.anU' ronuiùu; t. I ^Paris, 1907, m) p., in-i"). 

M C'est sur la demande de la Commission des Musées (pie M. le 
Ministre de l'instruction inibrupie et des beaux-arts a ordonné la 
puiilic-iliou de cel iniporlaiil l{ec-ueil d.ms la Cnlh'clion ik'R Docunieiils 
liirdlls sui- rilisloirr di- France. Le soin d'exécuter el de mener à 
bien une ieu\ re aussi idile a été confié au commandant Fs]>érandi«-u. 
correspondant de notre Académie. Personne n'était mieux prépaie 
])our entreprendre celte tâche délicate; elle a été condude avec 
aulaul de /.èle <pu' de couipéleuce. Commencé à la lin di' l'année iOO."i, 
le tome 1, comprenant les bas-reliefs des Alpes-Maritimes, des Alpes- 
Cotliennes, de la Corse et de la Narbonnaise, vient de paraître;: 
nous l'avons attendu dix-huil mois à peine. On voit que l'auleur n'a 
|)as perdu son temps et <pi il a droit à nos meilleurs remerciemenl> 
pour sa grande activité. 



LlVIiHS OFl'KHTS 2()7 

« L'ouvrage complet se composera prol)al)lement de eiiKj volumes. 
Celui (pie je préseute aujourd'hui ne renferme pas moins de HX) repro- 
ductions de monuments antiijues en phototypie ; il sera accueilli avec 
un vif intérêt par tous ceux (pii s'occupent de notre archéologie 
nationale. Ce sont naturellement les grandes villes romaines de la 
Narbonnaise qui ont fourni les plus nombreux documents. Narbonne 
est représentée par plus de 2oO sculptures; Vienne, Arles, Nimes, 
Orange, Vaison, Saint-Remy, Marseille et toutes les localités anciennes 
de la vallée du Rhône apportent aussi un contingent considérable. 
Chacun des monuments est reproduit d'une façon claire, d'après un 
procédé direct ; si le monument n'existe plus, daprès un dessin. 
Une bibliographie aussi complète que possible et une courte notice 
accompagnent chacune des illustrations. On conçoit facilement l'in- 
térêt de ce travail dont rachèvemenl répond à une véritable néces- 
sité scientifique. Le commandant Espérandieu a eu le courage de s'y 
consacrer tout entier; son nom restera attaché au Corpus de nos 
sculptures romaines qu'il suffira de feuilleter maintenant pour voir 
revivre nos ancêtres dans leurs croyances, leurs professions, leurs 
luttes journalières et leurs métiers. Grâce à son labeur, nous avons 
maintenant sous les yeux la première partie d'un album qui nous 
fournit sur la vie gallo-romaine les renseignements les plus i)ositifs 
et qu'on chercherait vainement ailleurs. " 

M. IlÉuo.N DE ViLLEFOSSE présente ensuite à l'Académie deux bro- 
chures au nom de son correspondant le R. P. Delattre : 

1° Un second miii' à amj)hores découvei'l h Carthage (extr. du Bull. 
Je la Soc. arch. de Soiisse, 1906). Entre Bordj-Djedid et Sidi-bou- 
Saïd le P. Delattre a découvert un second mura amphores, analogue 
à celui qu'il a déjà signalé sui- la colline de Saint-Louis en 1894. 11 
est intéressant de comparer ces deux murs. Dans l'un et l'autre les 
amphores, remplies de terre, sont employées comme des gabions, 
mais avec cette différence que dans le mur découvert sur la colline 
de Saint-Louis les amphores étaient placées horizontalement, tandis 
que dans le nouveau dépôt elles sont rangées en lignes, simplement 
penchées les unes sur les autres, dans le sens de la montée. Deux 
mille amphores environ sont entrées dans ce mur de soutènement. 
Ce sont des amphores à vin pour la plupart; plusieurs portent des 
estampilles ou bien ont reçu des inscriptions au pinceau, en couleur 
rouge ou noire, indiquant le nom du vin, le nom de l'expéditeur, la 
date de l'expédition. Quand une amphore a reçu une double inscrip- 
tion en noir et en rouge, c'est ordinairement l'inscription en rouge 
qui est la moins ancienne. 



268 LIVRES OFFERTS 

2" L'i-yliae de l'En/icht el les iiKJsa'ùjues (h-coiivei-tcs dans /es ruines 
des hasiliques du domaine. Celte seconde brochure renferme l'allo- 
eutioii |)i()noncée par Mgr Tarchevêque de Carthage,prini:il d'Arri(jue. 
pour la l)énédiclion de l'église Sainf-Au^ustin d'Enfîdaville, le 1'' mai 
i!l07. Elle est acconipaj^née de reproductions des mosaïques chré- 
tiennes portant des noms de martyrs et d"évêques, découvertes dans 
les basiliques byzantines d'Uppenna et de Sidi Abich, mosaïques qui 
ont été transportées dans la nouvelle éj^lise d'Enfidaville. 

M. IIkuon de Vili.kfosse oiïre enfin à l'Académie, au nom de 
M. Kusèbe Vassel, les ouvrages suivants : 

1° Sur un fragment de dédicace punique (extr. de la Renii' tuni- 
sienne). Il s'agit d'un IVagineul 1res intéressant trouvé à Carthage 
déjà expliqué par le rabi)in R. Arditli, mais dont M. Vassel propose 
une traduction et une restitution nouvelle. 

2° La liltéralure populaire des Israélites tunisiens, l'asc. 1. 11. 111. 
Les orientalistes sauront certainement gré à M. lùisèhe Vassel de 
leur l'aire connaître les chunsons, comjilaiiiles. joununix. imprimés 
de tout genre qui composent actuellement la littérature populaire des 
Israélites d'Algérie et de Tunisie. La morale n'en est pas toujours 
très pure, à notre sens occidental, mais cette littérature n'en olTre 
pas moins des renseignements fort précieux pour le jibilologui- et 
l'etlinographe. L'ouvrage est en cours de publication; les trois 
premiers fascicules présentent un véritable intérêt et font souhaiter 
la continuation de ce recueil spécial. 



Ar Ciéritul. \. l*l(.\l!l). 



I 



MACl», l'HOTAT I Ul;Hi:S. IMIT.IMia »s 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1907 



PRÉSIDENCE DE M. SALOMON REIXACH 



SÉANCE DU 7 JUIN 



PRESIDENCK DE M. S. REINACH. 

M. Théodore Reinach signale brièvement à lAcadémie la 
découverte et la publication par le savant professeur Heiberj^ 
(de Copenhafjue) d'un traité inédit d'Archimède conservé dans 
un palimpseste de Constantinople. Ce traité, intitulé : De la 
Méthode, et adressé à Eratosthène, est remarquable par l'appli- 
cation ingénieuse de la mécanique à la solution des questions 
géométriques et par l'emploi très hardi d'une méthode compa- 
rable au calcul intégral : les surfaces y sont, dans certaines 
conditions, considérées comme des sommes de lignes droites, 
les volumes comme des sommes de plans. 

Archimède apparaît là comme le précurseur de Leibniz el de 
Newton. M. Th. Reinach se propose de publier incessamment 
une traduction française de ce curieux ouvrage. 

1907 19 



270 SÉANCE DU 7 ,IL1N 1907 

M. Senart sijj^nale ;"i rAradémie les progrès au Turkestan 
chinois de la mission que l'Académie a confiée à M. PellioL II 
donne, à ce propos, lecture des extraits suivants de deux lettres 
qu il a reçues récemnniil. 

Koulcliiir. 12 avril 1907. 

... Les documents indigènes sur le Turkestan cliinois étant fort 
pauvres, j'ai été heureux dv pouvoir |)hotog'raphier et faire copier 
deux chartes de la fin du xvi'' et du déijut du xvii'^ siècle concernant 
un établissement religieux de Koutcliar. Hntin je suis enlré en posses- 
sion de trois pièces (jue je crois réellement curieuses : ce sont trois 
litres (U' propriété datant de la lin (\u xi'' siècle et du début du 
XII'' siècle, (jui auraient été déterrés dans le voisinage de Yarkand. 

Mes trois pièces sont en arabe, mais sans points diacriticpies, 
même pour les consonnes, ce qui en coiupli(iue fort la lecture. Seuls 
un certain nombre de noms de lieux sont turcs et accompagnés des 
points (iiacriiifjues nécessaires. Les uiollali d'ici (|iialiiiciil Fécrilure 
de chikestah arabe, mais ce terme parait être inexact, car le mol per- 
san chikestah, mot à mot « brisé », désigne une forme particulière de 
l'écriture persane, et je ne sais s'il a été jamais ap]ili(pié à l'écriture 
de nos documents, (pii diffère fort du ciiikesl.di ordinaire. 11 uu' parait 
iidiiiinieul probable (jue les trois documents acquis ici ont été trouvés 
au même endroit ({ue ceux envoyés dans l'Inde parM. Marcartney, et il 
me semble impossible (pie nous soyons les victimes eu cette alVairc 
d'un nouvel islam ,\.Uiiun 

J'ai |iu idenlilier de façon certaine plusieurs des noms que cite au 
début du XVII'' siècle le frère jésuite iienoit dt> ("kk'-s entre Aiisou et 
Koulchar, et il n'y a aucun doute (pi'au lieu de suivre la grand'roule 
actuelh- par liai, de Goës a enq)runté une voie plus méritlionale, 
aujourd'hui presque abandonnée, et qui passe au sud du Tchol-lâgh. 
Mais la (pieslion se posai! toujours de savoir à (pielle épo(pie des 
villes entières existaient de ce coté. Or, je crois avoir trouvé un rcn- 
seigneinenl (pii nous met assez bien sur la voie. Dans l'histoire de la 
dynastie Tsin, ([ui régna du milieu du iii'= siècle à la fin du V, il est 
dit (pie la capitale du royaume de Koutchar est ;i triple enceinte, et 
([uau cenlre il v a de noudireiix leuq)les et stiq)as. Précisément il y 
a aujourd'liui sur la rive ouest du Mouzart une ancienne enceinte 
appelée l"l(ii-(iàl. mot à mol les «Trois langées», et qui est fornu-e 
(le trois (Miceinles iriégulièrcs concenlri([ues, avec un certain nombre 
(le luiuuli centraux (|ui |iarai>seul èl re d';i iicieus si ùpas. Le nom indi- 
gène fail ualureilenienl allusion à celle disposition. Celle enceinte 



t 



SÉANCE DU 7 JUIN 1907 271 

doit avoir près do 4 kilomètres de tour, et répond donc à une ville 
considérable. Il me parait très probable qu'Utch-qât est la capitale 
dont il est ([uestion dans l'IIisloire des Tsin. D'autre part, la capitale, 
dès le vi" siècle et encore à l'époque de Hiuan-tsang, devait se trou- 
ver à l'emplacement acluel, car il est infiniment vraisemblable que 
le double temple mentionné au vi*^ siècle par le Chouei-king-tchou et 
au vil'' siècle par Hiuan-tsang comme se trouvant à 40 li au nord et 
au nord-est de la ville est représenté aujourd'hui par les très impor- 
tantes ruines de Soubachijlà où la rivière de Koutchar sort des mon- 
tagnes; elles sont précisément, même dans l'estimation populaire 
actuelle, à 40 li de Koutchar. 

La seconde lettre, écrite à Qoum-tourâ, le 25 avril , mérite aussi 
d'être reproduite en partie : 

Qoum-tourà, 25 avril 1907. 

...Le Douldour-à(jour est, selon moi, le temple duu Miracle », que 
Hiuan-tsang met à l'ouest de Koutchar, et après le passage d'un 
rieuve qui ne peut être que le Mouzart. En relisant le texte de Hiuan- 
tsang, je crois d'ailleurs (jue cette identification tranche la question 
de l'itinéraire de Hiuan-tsang entre Koutchar et Aqsou. Comme 
Hiuan-tsang en effet compte du Monastère du Miracle, et non de 
Koutchar même, les 600 et tant de // ([ui le séparent à l'ouest de 
Balukâ, c'est-à-dire de Aqsou, il ne peut avoir pris la route actuelle, 
car entre le Monastère du Miracle et cette route s'étertd la barrière, 
infranchissable aux voitures et même aux cavaliers, du Tchol-tâgh. 
Hiuan-tsang a donc gagné Aqsou par cette même ancienne route au 
sud du Tchôl-tàgh que le père jésuite de Goës a indiscutablement 
suivie au début du xvii^ siècle 

Le viii" siècle est la date moyenne de ce que nous trouvons au 
Douldour-âqour 

Les cellules et les pièces où étaient accumulés, au milieu de la 
paille et des noyaux d'abricots, des détritus dt' toute sorte nous ont 
valu une collection d'étolTes, de sandales, de colonnes, de godets à 
lampe et de débris céramiques beaucoup plus abondante et variée 
que celle recueillie à Toumchouq. 

En dégageant un mur donnant sur la grande cour centrale, on 
trouva des fragments manuscrits. Immédiatement, une tranchée 
en demi-cercle fut ouverte autour du mur, et on avança avec précau- 
tion. Bientôt, il fut évident qu'il y avait là, en dehors du mur, une 
couche assez épaisse de feuillets en brahmî s'étendant sur plus de 
1™ 50 de long. Mais, hélas! depuis tant de siècles que l'eau avait 



272 SÉANCK DU 7 JUIN 1907 

rig-olé sur cette couche, elle en avait fait un magma si frial)le qu'au 
moindre contact tout s'en allait en miettes. 11 ne fallait pas cepen- 
dant désespérer, et le progrès de notre travail nous montra qu'en 
s'approcli.iiii (lu mur et en se relevant, la couclie prenait plus de 
consistance. Il y avait là, froissés, plies, entremêlés, des manuscrits 
de toutes dimensions sur papier blanc, sur papier jaune, sur |)apyrus, 
sur écorce de bouleau, le tout en brahmi. Le vent avait dû jouer 
|),irmi ces feuillets, ou f[uel(iue main sacrilège s'amusera leur disper- 
sion , avant i\iir lu chute du mur ne les eût projetés dans la coui'. 
D'ailleui-s, juscpià ce moment, aucune trace d'incendie. Mettant 
ainsi, par le [)lus grand des hasards, la main sur la bii)liothè({ue d'un 
temple, je me sentais navré de ne pouvoir en sauver que des frag- 
ments. Nous avons fait p(uii le mieux; ce n'est pas encore beaucoup 
(lire, lùifin, t:iiil hier (praujoiiid'luii, nous avons ])U mettre de côté 
un bon nomjjre de feuillets détachés, plus sept à huit manuscrits, 
(pii, s'ils ne sont pas absolument complets, sont du moins en ordre 
et constitués d'un nombre de feuillets suffisants pour foui'nir les élé- 
ments de publications intéressantes, .le ne sais (|ue vous dire, ou ma 
désolation devant ces trésors en |iarlie perdus, ou ma joie de doter 
nos bibliolhè(pies d'une première collection de manuscrits d'Asie 
Centrale. 

En somme, il n'(''tait guère IoiuIk'' dans l;i enur plus (h' (piaiante à 
ci n( pi. m te ma nu se il ts et sans doute en pari ie seulement ; ce n'est pas 
encore là toute la l)ibliolh("'<pie d'uii grand couvent. Puisque nous 
n'avions pas trou\('' trace d incendie et (pu- la fouille japonaise avait 
été superficielle, nous devions trouver le reste entassé clans la 
chambre même, mais il nous faut probablement déchanter. En avan- 
canl dans noti'c di'idaiement, nous axons trouva- la preuve indé- 
nial)Ie(jue le feu n'a [)as plus épargné cette chambre que les autres 
!)àtiments du temple. 11 est évidcMit tpie c'est l'incendie f[ui a 
détei'uiinè la cliule du niui' avant Tend)! asemenl eumplet des 
livres, et c'est par une sorte de miracle (pie les livres, écrasés ainsi 
sous des déblais incomliusl ibles , oui écliapp('' dans la cour à la 
destruci ion. 

Le géiu'ral de Heyiie annonce tpu'. parli de Marseille en 
décembre l'.MKi, il a c.\éiulé ili's fouilles inipoi bintes à ses frais 
à Proiiie, en lîirnianie, avec laulorisalion du goiiveriienient 
anglais. Il résulte de ces lra\aii\ ipie celle ancienne colonie 
hindoue ne contenail , sauf quelques grandes et belles stupas dcjà 
connues , (pic des chapelle^ b(iii(l(llii([iies cU' ,") à ("> mètres de côté. 



SÉANCE iju 7 JUIN 1907 273 

Coatrairenienl aux idées atlniises ju^sqirici par les archéologues, 
la religion bouddhique y était pratiquée à la fois sous les deux 
formes dites du Nord et du Sud (Ilinayaaa et Malayana). 
I/iutluence du Tibet et de la Chine s'atTirmenl dans certains 
détails des bas-reliefs. Deux stèles en langue inconnue n'ont pu 
être encore déchiffrées. Ces travaux complètent les études faites 
l'année précédente, par le général, à Pagan (Birmanie). 

De Birmanie le général de Beylié s'est rendu, par les voies 
rapides, à Bagdad pour étudier Farchitecture musulmane des 
Abbassides au ix'^ siècle, dans le bassin du Tigre et spécialement 
l'ancienne ville de Samara. Cette immense ville est située sur 
les bords du Tigre, à 100 kilomètres environ de Bagdad, dans le 
désert, tout près de la Samara actuelle. Elle a été complètement 
abandonnée par les kalifes et la population vers 872 ou 875. Les 
ruines, qui n'ont jamais été l'objet d'une étude sérieuse et dont 
on ne connaît guère que l'ancienne mosquée, renferment des 
vestiges du plus haut intérêt. L'arc ogival multilobé en est une 
des caractéristiques. La mosquée d'Aboudolaf, qui n'avait jamais 
été signalée jusqu'ici, à 15 kilomètres nord de Samara, dont la 
cour intérieure a 150 mètres sur 108, possède, ainsi que la 
mosquée de Samara et la mosquée de Touloun du Caire, un 
minaret hélicoïdal du type des anciennes tours chaldéennes. Le 
général a rapporté de nombreuses photographies et des plans. 

Traversant ensuite le désert, le général de Beylié a atteint 
Alep en faisant un crochet sur Diarbekir. Il a relevé pour la 
première fois le plan sommaire des anciennes fortifications 
byzantino-arabes de la ville et en a photographié les principales 
inscriptions koufîques. On n'en possédait jusqu'ici que quelques 
bribes illisibles. 

M. Saladin fait une communication sur le minbar de la 
grande mosquée de Kairouan'. Cette mosquée célèbre, fondée 
par Okba-ben-Nali , démolie et reconstruite par Hassan-ben-el- 
Nôman, en 84. H. 703. J.-C, subit sous Ilicham-ibn-abd-el- 
Malik, sous Mohammefl Ibn-el-Achath , sous Yézid-ben-el- 
Hatem, sous Ziadet-Allah, des modifications et des reconstruc- 

1. Cf. La mosquée de Sidi-Okha, par II. Saladin Paris, Leroux, 1899). 



27 i SÉANCK Dl 7 JlIN 1907 

lions suL'CCSsives ; cnlin Ibraliiiu-ihii-cl-Aylab, vers '242 II. 
(856 J.-C), lui donne la forme qu'elle a conservée jusqu'à nos 
jours. C'est lui ([ui (irna k- nuii' du Mihrah de faïences à reflets 
métalliciues qu'il (il \ enir de Bagdad ainsi que le beau niinbar ou 
chaire en bois de platane. Cet ensemble remarquable de faïences 
et de sculptures sur bois est donc daté d'une façon précise, ce 
qui donne un intérêt capital à l'étude de ces monuments de l'art 
musulman sous les Abbassides à la lin du ix'' siècle de notre ère. 

La tradition historique se double d'une curieuse légende. 
Ibrahim-el-Aylab aurait fait venir de Haj^dad des cithares 
sculptées pour les musiciennes de son harem et des carreaux de 
faïence émaillée pour décorer son palais. Les panneaux scul|)lés 
fonnaiil le fond de ces cithares et les faïences destinées au palais 
auraient été consacrées à la décoration de Sidi-Okba, et voici à 
la suite de quelles circonstances. 

Le souverain cpu, de même que beaucoup de ses contempo- 
rains, aimait à boire du vin, mal^yré la défense du Prophète, se 
serait un jour tellement enivré que, pei-ibuit la tête, il se serait 
fait adorer par ses femmes comme un dieu. Le lendemain <le 
cette orf.;ie, on hii i-appelle ce qui s'est passé; bourrelé de 
remords, il l'ait mander le clieick-ul-Islani pf)ui' lui confesser son 
crime et lui demander comment il pourra l'expier, l^nbellissez 
le sanctuaire de Dieu, rêpniul celui-ci. (]'est ainsi que par 
Tassemblage tle panneaux un peu disparates auraient été consti- 
tuées les faces du minbar, et (pu' sur place la construction de ce 
m(Uiumeiit aurai! été cumplétée par de nonx eaux |)aniicaux faits 
dans nii >l\le analogue, ainsi (pie les iiiinilants cl les tra\'erses 
nécessaires. (Juant aux carreaux de l'aïence, le mur du mihrab l'U 
aui-ail élé recouxci'l eiilièi-eiiient , cl ^i leiii' disposition irrégu- 
lière parait chotpiante actuelliMuenl , c'e^l (pu' Maad-el-Moc/.z , 
lils d'Ismad et petit-lils (!'( )l)eïd-.\llal! , les lit enlever en ML") 
(U.'M^-l».')? ,).-(]. Cf. l^l-liekri, ii'ad. de Slane, [). 171, pour changer la 
position du Mihrab et dut. sui- la réclamation des habitants de 
Kainuiaii. les faire sceller de noiiNeaii a leur emplacemeiil prinii- 
llf; lin graml nnmbre de ces carreaux fiiienl hi-isT's et, au lieu 
de le- plact'i- C('ite à ci'ile, il l'alliil les ri'placer sui va n I uni' dispo- 
sition à peu près régulière, mais en laissant enlri' eux un iiiter- 
xallc qui l'nl rempli jiar un eiidnil lilanc sur letpnl on a tracé 



j 



! 



SÉANCE Dr 7 JUIN 1907 27S 

un semis d'ornenieuls très lég-ers. Quelle que soit la nature de ce 
récit lég-endaire, ces faïences et ce niinbar n"en sont pas moins 
parfaitement datés. M. Saladin ne parlera cjne du minbar. 

Il est constitué, comme ces meubles le sont d'ordinaii-e, par un 
escalier conduisant à un banc assez bas sur lequel s'asseoit 
rimam au moment de la prédication. Les rampes, les contre- 
marches, les remplissages des bâtis qui soutiennent Fescalier, les 
bâtis eux-mêmes sont couverts de sculptures du plus haut inté- 
rêt ; et les travaux de consolidation elï'ectués à cette chaire 
pour en empêcher la ruine vont enfin permettre de connaître la 
face de droite qui jusqu'ici était cachée par la Maksoura contre 
laquelle elle était appuyée. M. Saladin met sous les yeux des 
membres de TAcadémie un certain nombre de photographies 
d'ensemble et de détails à grande échelle, de cette chaire remar- 
quable, détails jusqu'ici inédits et dont il poursuit actuellement 
la publication. 

Gomme on peut s'en rendre compte par un examen altentit de 
tous ces détails, il est facile de classer en trois catégories les 
types qui constituent pour ainsi dire le thème décoratif des 
ornements qui y sont figurés : 

1" Panneaux à ornementation d'origine franchement orientale, 
dans lesquels on retrouve des fleurons et des feuillages compa- 
rables à ce que nous connaissons de plus caractéristique de l'or- 
nementation sassanide. Il est facile de voir, en comparant cette 
ornementation sculptée à celle de certains tailloirs, impostes, 
moulures ou éléments de la même mosquée, sculptés sur pierre, 
qui peuvent sans hésitation possible être attribués à la reconstruc- 
tion d'Ibrahim-el-Aglab, que le faire des sculptures sur bois est 
bien plus gras que celui des sculptures sur pierre, ces dernières 
ayant été exécutées par des artisans locaux. 

•2" Panneaux à ornementation dérivant des dispositions de bro- 
deries en soutaches, rectilig-nes ou curvilignes qui, selon M. Sala- 
din, sont d'origine orientale, mais qui présentent de telles ana- 
logies avec l'ornementation de certains édifices romans de France 
et d'Espagne, postérieurs par conséquent au ix'' siècle, que la 
filiation orientale d'une partie de l'ornementation romane paraît 
être de plus en plus fortement confirmée par l'étude de ce monu- 
ment (à comjjarer aux étoffes sassanides, coptes, byzantines). 



27() SÉANCE DL- 7 JUIN 1907 

3° Panneaux à ornementalioii recliligne à réseaux géomé- 
triques, l'n seul de ceux-ci, pelil panneau à entrelacs arabes, 
peut être atlrihué sans conteste au xn'' ou xiu'' siècle de notre 
ère. Tous les autres ont des caractères nettement différents de 
ceux de la polvgonie arabe, et se rattachent, plus ou moins 
directement, ou bien aux dispositions étoilées qui se retrouvent 
dans les plafonds de certains monuments antiques (temples de 
Palmyre, Baalbek; nyiiiphée de Nîmes, etc.) ou bien à celles 
(pii ont été si souvent figurées dans les mosaïques antiques 
(mosaïques des villas romaines de Gaule et dAi'rique, Nîmes, 
Trêves. Ondena, Oued-Atmenia, etc.). D'autres enlin. plus 
simples, reproduisent, à peu de chose près, les dispositions 
(l'a jours qui se rencontrent dans les claustra ou clathri des portes 
en bronze, des balustrades en marbre de certains édifices antiques 
et dans les parties analogues dédilices byzantins de Ravenne, de 
Conslaiiliiiople, dWsie Mineure ou de la Syrie Centrale, ou 
même <le rAlriquc du Nord à l'époque chrétienne, que ces der- f 

niers monuments appartiennent on non au style byzantin pro- 
prement dit. 

On peut donc se rendre compte de rinlérêt très considérable 
que présentera l'étude de ce monument, élude que M. Saladin 
a esquissée dans sa monographie de Sidi-Ukba de Kairouan , 
publiée en 1899, et qu'il va pouvoir compléter maintenant, 
en ajoutant à la description de l'escalier, de la chaire proprement 
dite et de la lace latérale de gauche, l'étude détaillée et complète 
de la l'ace de droite. 

MM. S. Reinacu i:t Pottier présentent quelques observations. 
M. S. Keinach propose que la restauration de la chaire soit 

reconiiuandéc à la sollicitude du service des arts et antiquités 
de la Tunl-ie. 

L'Académie, sur le rapport de M. Héron ni-: X'u.lefosse, 
décerne la médaille Paul Hlanchet à M. le commandant Donau, 
(diniiiaiid ml du cercle supérieur de Kebilli, pour ses découvertes 
.nchéologiques en Tunisie. ■ 



i 



277 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule du mois 
de mars 1907 des Comptes rendus des séances de TAcadéraie (Paris, 
1907, in-8°). 

Le Secrétaire perpétuel offre ensuite, au nom de la Commission 
royale de publication des anciennes lois et ordonnances de la Belgique, 
le tome IV du Recueil des ordonnances des Pays-Bas (Bruxelles, 
1907, in-fol.). 

11 présente enfin, au nom de M. Adolphe Régnier, sous-bibliothé- 
caire à l'Institut, un volume intitulé: Saint Martin, 3 [6-391 [Paris, 
1907,in-8o). 



SEANCE DU 14 JUIN 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 

^L DiEULAFOY demande la parole à propos du procès-verbal. 
Il exprime tous ses regrets d'avoir été forcé de quitter la séance 
vendredi dernier aA'ant la fin de la communication de M. le géné- 
ral de Beylié. Il désire développer sur quelques points cette 
communication et montrer quel intérêt exceptionnel présente 
pour Tarchéolog-ie musulmane les découvertes faites au cours de 
la mission. 

On sait depuis les voyages en Perse et les travaux de 
M. Dieulafoy quels liens étroits unissent aux monuments iraniens 
préislamiques les monuments construits après l'IIégire sous 
linspiration ou par les ordres des chefs arabes et le rôle prépon- 



278 SÉANŒ DU 14 JUIN 1907 

dérant joué par la Perse dans lélaboration de l'architecture 
orientale. Or, aux deux tronçons de la chaîne dont l'un part du 
règne des Achéménides et l'autre conduit juscju'à nos jours, il 
manquait un maillon. C'est ce maillon que M. le général de Beylié 
a découvert. 

M, Dieulafoy étudie tour à tour le plan, les minarets coniques 
à rampe hélicoïdale extérieure, les contreforts, les procédés et 
les détails de construction ainsi que les voussures en fer à cheval 
ou polylobées et les ornements caractéristiques des monuments 
dont les photographies sont rapportées pai- M. le général de Beylié. 
Puis il décrit, d'une part, le tombeau dit de Cyrus de Meched 
Mourgab, VapAclmin hypostyle de Suse, le temple de Diane de 
Kingavar, les palais voûtés de Firouz .Abâd, de Sarvistan, du 
Tag-Eïvan, de Gtésiphon, enlin Vateh-gA de Djour compris entre 
l'époque de Darius et celle de Kosroës et, de l'autre, les vieilles 
mosquées d'.Amrou, de Touloun,de Cordoue, d'Fll .\zhar et deux 
HJimeces de palais nu)res construits au mu'' siècle en Espagne ; 
enlin il montre que, sur les ensembles comme sur les détails, il 
s'établit des rapprochements décisifs qui rendent désormais la 
soudure complète et le lien indisconlinu. <, 



.M. llartwig 1)i;iu:nhi>i K(; signale deux inscriptions arabes 
relevées par le général de Beylié à Diyàrl)ékii\ l'Ainida des 
Romains, lAniid du moyen âge musulman. Ces deux inscrip- 
tions relatent la construction, dans les forlilications de la ville, 
dune tour par le prince Ortokide de Ilisn Kaifâ Mahmoud 
l'Ortokide en 1"2()8 de notre ère. .Au-dessus de chacune des 
inscriptions apparaît clairement l'aigle à deux tètes qui caracté- 
rise aussi les monnaies des ()rtokides. .An-dessous deux lions, 
en marche l'un vers l'autre, ont été artistiquement sculptés, 
infraction à la loi nmsulmane qui interdit les représentations 
figurées. L'architecte d'ailleurs est un chrétien, Jean, lils 
d'.Abraham, de la fainilK' des banquiers, en d'antres termes : de 
la Moi maie '. 



M. l'Ii. I)i.ii(;i:i( i'aj)proche le numuinenl signalé pai' M. Deren- 
)urg des form 

1. V'i'w ci-après. 



bourg des formes orientales anciennes de l'aigle à di-ux têtes 



(• 



i 



1 



SÉANCE DU 14 JUIN 1907 279 

que M. Heuzey a, le premier, mises en lumière. On sait que 
M. Heuzey a fait une étude approfondie de ce symbole héral- 
dique, dans lequel il voit les armes de l'ancienne ville chal- 
déenne de Sirpourla, et de ses transformations depuis Fan 4000 
avant notre ère jusqu'aux temps modernes. 

M. Léon Dorez présente à l'Académie deux monuments 
importants. 

Le premier est un Pontifical exécuté à Vérone, vers la 
fin du xv*^ siècle, pour le cardinal Giuliano Delhi Hovere, le 
futur pape Jules IL Ce volume a fait partie de la collection 
Astle ; il vient d'être acquis par M. Pierpont Mori^an, qui, j,^râce 
à l'intervention de M. Emile Picot, a bien voulu permettre à 
M. Dorez de l'étudier. Il contient un certain nombre de minia- 
tures dues à plusieurs mains. Les plus belles ont été peintes par 
le célèbre miniaturiste véronais Francesco dai Libri. Le style en 
est extrêmement orij;inal, tant pour les personnages que pour 
le décor. L'ornementation et les scènes qu'elle encadre sont 
dessinées à l'encre, d'une manière très serrée, et peintes ensuite 
comme à l'aquarelle, avec une finesse, une science de la lumière 
et des ombres tout à fait remarquables. Les personnages sont 
généralement de grande taille, avec de petites têtes. Les visages, 
surtout les visages féminins, ont une apparence laquée. Les dra- 
peries font à peu près l'effet dune fine pièce de métal qui aurait 
été délicatement travaillée au marteau. Dans les encadrements se 
pressent des motifs d'origine antique, dont plusieurs paraissent 
directement inspirés des œuvres d'Andréa Mantegna, l'illustre 
contemporain de Francesco dai Libri. La mieux conservée de ces 
peintures est celle de la Présentation au Temple, et, par un 
heureux hasard, c'est celle qui porte la signature de l'artiste. On 
Ht en effet, au-dessous de la scène, en petites capitales dor : 
FRANciscnus VERONENSi[s] FECiT, ct, au-dessous de cette signature, 
la devise du peintre : ab olympo. Cette devise est répétée dans 
le fronton du temple de la même peinture, et aussi sur le bois 
de la croix, dans la miniature magnifique, mais malheureu- 
sement endommagée, de la Crucifixion, où ces deux mots sont 
suivis des lettres fr avec un signe d'abréviation, c'est-à-dire 
FRANciscus. Dans cette dernière scène, on voit, à côté de la 



280 SÉANCE DU 14 .lUIN 1907 

A'ierj^e, s'élever sur le sol du (jolj^otha le jeune chêne des Délia 
Rovere, dont les armes lîj^urent d'ailleurs par trois fois dans le 
manuscrit. La seconde série de miniatures est sans doute Id'uvre 
de Girolamo dai I.ihri, lils de Francesco, et non moins célèbre 
que sou père. 11 n'a pas cherché à imiter le style paternel ; il 
peint en couleurs plates , avec une certaine distinction , mais 
sans orif^inalité. Les plus remarquables des peintures (|ui peuvent 
lui être attribuées dans le Ponlilical sont celle qui montre saint 
Jean à Patmos et un buste de cardinal en prière, celle où l'on 
voit un cardinal devant le pape (peut-être (iiuliano Délia Rovere 
devant son oncle Sixte I\'), celle enfin (pii représente la messe 
pontificale. En outre, M. Dorez tient à signaler à l'Académie une 
autre miniature du volume — l'Annonciation aux berjj^ers — qui 
prouve nettement que le style de Jean Foucquet avait été appré- 
cié et imité de très près dans la haute Italie, l-'.n terminant, il 
rappelle que, dès 1817, dans le liihlitHjraphicul JJecumeron , 
Dibdin avait décrit de son mieux, en ajoutant à son texte quelques 
gravures, ce précieux manuscrit. 

Le second monument est un magnifique buste eu bronze 
représentant l'empereur Jean Paléologue et dont les photogra- 
phies ont été communiquées à M. Dorez pai- MM. Antonio 
Munoz et le baron Michel La/./.aroni. Ces deu.v hisloiiens d'art 
l'ont récemment découvert à Home, au Musée de la Propagande, 
et l'ont sûrement identilié, grâce aux bas-reliefs des portes de la 
basilique de Saint-Pierre età la médaille de Pisanello. Ils ont j)u 
établir qu'il a été exécuté à Florence, en 1 i:i9, sur l'ordre du 
pape Eugène IV, pendant le séjour de l'empereur dans la capi- 
tale toscane, et «piil est dû à l'auteur des portes de Saint-Pierre, 
Antonio Averliuo dil l''ilarele, dmil il i)ai-ai( bien être le chef- 
d'œuvre. Outre son intérêt historique et iconographicpic , cet 
ouvrage est d'une très grande importance pour l'histoire du 
buste-portrait en Italie; car il est, au moins pour le moment, le 
seul buste de ce genre antérieur à 1 iôo (pii puisse être daté 
avec une certitude absolue '. 

M. Cagnat lit la note sui\ante, au nom de M. Merlui, direc- 
teur des Antiquités de la Tunisie : 

1. \'<>ii' ci-après. 



SÉANCE DU 14 JUIN 1907 281 

« Dans la séance du 17 mai dernier, M. le directeur de TEn- 
seig-nement Supérieur a bien voulu communiquer à l'Académie 
un télégramme où j'annonçais la découverte, dans la nécropole 
punique de Bordj-Djedid, à Garthage, d'un vase égyptien portant 
le cartouche du pharaon Amasis. L'Académie sera sans doute 
désireuse davoir quelques renseignements détaillés sur le tom- 
beau où cet objet a été trouvé. 

(I Le puits d'accès de cette sépulture s'ouvre à 30 mètres 
environ au nord-ouest du fort de Bordj-Djedid, sensiblement 
en face de la porte d'entrée de la batterie '. Sa partie supérieure 
était encombrée de plusieurs dalles, longues en moyenne de 
1"' 20, larges de 0"' 80, épaisses de 0"' 20, ayant probablement 
appartenu à un édicule tombé en ruines , qui jadis signalait 
extérieurement l'emplacement de la tombe. Au fond du puits, à 
10'" 50, une seule chambre latérale avait été creusée dans la 
masse du grès blanchâtre ; elle contenait le squelette du défunt, 
dont la tète était tournée vers le sud-est. Un mobilier assez 
abondant la garnissait ; en voici l'énumération : 

« 1° Poteries : 

« Deux coupes à deux anses en terre vernissée noire (diam. 
0"' 10 et 0'" 12) ; 

'< Un vase biberon en terre blanche avec des zones de peinture 
rouge (haut. 0'" 12) ; 

(( Un vase pointu à sa base, en terre blanche (haut. 0'" 25) ; 

« Un vase en faïence, forme de gourde, avec décoration égyp- 
tienne et hiéroglyphes ; 

« Unskyphos avec deux anses perpendiculaires à la panse légè- 
rement rentlée et, sur la couverte noire, quelques dessins blancs 
(haut. 0'" 095, diam. en haut 0'" 065); 

« Quatre lampes puniques, avec leurs patères, en terre blanche ; 
le dessus de ces lampes est entièrement fermé, sauf le trou pour 
l'introduction de l'huile et les deux ouvertures pour les mèches ; 

« Une lampe rhodienne, en terre vernissée noire ; 

« Une œnochoé à bouche ronde, en terre blanche (haut. 0"' 20), 
présentant quelques zones de peinture rouge ; 

« Quatre ungiientaria. 

1. Cf. Bull. nrcli. du Corn., isoi, p. -Jisl-lJSj. 



282 SÉANCE DU li JLl.N 1907 

<( 2" Ivoire : 

« Treize l;iniellcs ressemblant à de:i ehevalels crinstrunieuls à 
cordes. Sur deux (rentre elles des lettres puniques gravées au 

trait : C^ A ; -JM '; 

« Des pastilles rondes, sans doute destinées à être appliquées 
sur un colFret (voir bronze). 

« 3'' Os : 

(( Deux manches de couteau portant encore les quatre rivets 
en bronze qui servaient à lixcr la lame. 

« i'^ Bronze : 

« Un petit miroir ; 

« Des épingles ; 

(( \'ingt à trente monnaies ; 

« lue bague à chaton circulaire; 

« Deux rasoirs ou hachettes ; 

« Des clous à tête plate ; 

« Deux anses de colFi-et (cf. ivoire ; 

u Une bague avec un clialon (|ui rt;iit doré ;m moyen d'une 
mince leuille dor. 

M 5" Anjenl : 

« Une boucle d oredle de lornie o\ale; 

« Un annelet; 

« Deux bagues à chaton. 

« 6" Or : 

<- Trois boucles d'oreilles aux extrémités enroulées^; 

(( Une petite monnaie punique (diam. "> 008 ; poids, un peu 
moins dun gramme) ayant au droit une tète de cheval à droite, 
grènelis au pourtour; an rcxers un [lalmier avec deux régimes 
de dattes, grènetis au pourtour'. 



1. CI'. Dclallre, Coinjjles remliis ilc I \i:iil .. Isw, p. M' cl3ls; Musée 
Luiix/eric de Saint-Louis de Carlhuye, I, pi. X.W'III. 

2. Sur c-os boucles doreillcs, trî-s livciueuli-s clans l.i nécropole <lu 
IV" siècle située prés de Honl-DJedid, cf. (lauckler, Comptes rendus de 
l'Acad.. l'.'OO, ]). I!i2-l!t3. 

.'5. Millier. Xiiiiiifuii. dv l'une. .\fii(inc. II, p. x' , n"" "9 cl suiv. 



SÉANCE DU 14 JUIN 1907 . 283 

« 7° Collier : 

(I Une pendeloque ayant la l'orme d'un cœur, eu cornaline, 
suspendue à une boucle d'or ' ; 

« Une amulette en pâte de verre réprésentant un poisson, 
entouré de fil d'or, avec un anneau de suspension- (haut. 
"' 02) ; 

« De nombreuses amulettes en pâte de verre, du type ordi- 
naire : cynocéphales, chiens, oudjas, uraeus ; uii sphinx assis 
(haut. 0"^ 03); 

« Des perles en cornaline, en pâte de verre ; 

M Une perle carrée, percée de six trous ^ ; 

« Deux scarabées en jaspe vert ; sur lun le sujet est assez 
effacé et indistinct ; l'autre montre un guerrier casqué et age- 
nouillé, tenant de la main gauche un bouclier et combattant de 
la main droite ; 

« Enfin un coquillage et une pendeloque allongée, en forme de 
poire. 



« Parmi ces objets, deux surtout méritent d'attirer l'atten- 
tion. 

(( Tout d'abord , la monnaie d'or, la première que l'on ait 
rencontrée dans une tombe punique à Garthage. On sait que les 
espèces de bronze sont très fréquentes dans certaines de ces 
sépultures, du iv'" siècle ou postérieures, et on a souvent remarqué 
l'absence, complète jusqu'ici, de pièces d'or. La découverte 
actuelle est donc tout particulièrement importante. 

« En second lieu, le vase égyptien avec hiéroglyphes (haut. 
'" 21, diam. 0'" 16). Sa panse, de forme circulaire dans le sens 
de la hauteur, se compose de deux faces opposées, légèrement 
bombées dans leur partie centrale et reliées l'une à l'autre par 
une bande plate en saillie, large de 0'" 02, qui part du goulot 



1. Une pendeloque semblable a été décrite par M. Gauckler. Ihill. arch. 
du Com., 1900, p. cxi.in. 

2. Sur ces amulettes, cl'. Delaltre, Comptes rendus de iAcad., l'JOU, 
p. 304. 

3. Cf. Gauckk-r. Bull, du <^(iin.. lac. cil., p. cxi.i. 



284 



SÉANCE DU U JUIN 1907 



d un C()lé, r.iit \r lour de hi gourde en passant par dessous et 



:»'/ 




revient aboutir au -oulot de liutrc coté. Il n'y a pas de pied. 



r 



SÉANCE DU 14 JUIN 1907 28o 

« Le goulot, haut de 0™ 05, à section arrondie, s'évase à sa 
partie su})érieure, rappelant dune manière f^énérale la silhouette 
du lotus. Le col est décoré de quatre fleurs de lotus épanouies, 
pareilles deux à deux et séparées par des lioulons encore fermés 
de la même plante. De petites anses, aujourd'hui disparues, mais 
dont les attaches se discernent très nettement, rattachaient 
autrefois le g-oulol au corps du vase. Autour de ce goulot, qui 
avait été exécuté à part et qui était rapporté, règne sur les deux 
faces de la panse une zone d'ornementations haute de 0" 065, 
qui comprend une série de bandes concentriques où se voient 
des rosaces, des fleurs de lotus, des perles ovales ou rondes. Le 
bourrelet qui entoure le vase est rehaussé, lui aussi, de lignes de 
dessins juxtaposées, au nombre de trois : de chaque côté, des 
rosaces; au milieu, des fleurs de lotus; près du col, *iur toute 
la largeur, des hiéroglyphes. 

« Le charme et l'élégance de cet objet viennent surtout de 
ses nuances très délicates : l'ensemble est revêtu d'un émail 
vert, irrégulièrement conservé aujourd'hui. La bande qui enve- 
loppe la panse comme la zone supérieure qui enserre le goulot 
ont des motifs verts sur un fond en émail bleu, tandis que les 
hiéroglyphes sont bleus, d'un bleu foncé, sur un fond vert. Les 
lotus du col, de teinte verte, ont, eux aussi, des parties bleues. 
Mieux que cette description sommaire, l'aquarelle que j'ai l'hon- 
neur de soumettre à l'Académie et qui est Pieuvre de M. Emonts, 
secrétaire de la Direction des Antiquités et Arts, permettra de 
se rendre un compte exact de la disposition et du cachet esthé- 
tique que présente notre monument. 

« Cet intérêt artistique se double de sa valeur documentaire, à 
cause de l'inscription hiéroglyphique qu'il porte. \'oici à ce 
sujet ce qu'a bien voulu m'écrire M. Maspero, à qui je suis 
heureux de pouvoir exprimer publiquement ma gratitude pour 
son aimable communication : 

« Cet objet appartient à la classe que j'ai nommée ampoule de 
« bonne année, parce que, très souvent, l'inscription gravée sur 
« les tranches ou sur la panse est un souhait de bonne année en 
« faveur du propriétaire. Ici l'inscription contient le nom et le 
« prénom d'Ahmasi-Sineith, l'Amasis d'Hérodote, l'avant-der- 
« nier pharaon de la XXVL dynastie. D'un côté, on a le titre «le 

1907 20 



286 SÉANCE DU U JUIN 1907 

<( dieu bon, maître des deux mondes, Kluioumielirî , tils du 




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« Soli'il, Alim;i-i-SiiuMlh. vivant à lonjours» et, de 1 .lulre, le 



SÉANCE DU li .(UhN 1007 287 

« même protocole avec le titre : roi des Deux. I^gy[)les pour en 
<( tête. » 

u Une des faces du vase est presque entière; de 1 autre, il 
manque la moitié environ. Un tiers de la zone décorée qui les 
rejoint est perdu; cependant on en distin,<,aie encore, non loin (\n 
goulot, dans la section disparue, un pclll fragment avec des 
amorces d'hiéroglyphes. Il y avait donc à gauche des cartouches, 
aujourd'hui anéantis, qui faisaient pendant à ceu\ de droite. 

« Il faut indiquer de plus que tous les morceaux du vase , 
accidentellement brisé de ci de Là, que nous avons retrouvés, se 
raccordent les uns aux autres ; on n'a [)u, malgré tout le soin 
apporté au tamisage de la terre, découvrir un seul fragment de 
la partie endommagée, qui est nettement circonscrite sur un 
même point de l'objet. Il n'est peut-être pas invi'aiscnil)lable dès 
lors de penser que ce vase du vi*^ siècle av. J.-C. a été mis cassé 
dans le tombeau du iv*' siècle av. J.-C. où il a été déterré. 

w Enfin, il n'est pas inutile de noter qu'une ampoule analogue, 
mais plus petite (haut. 0'" 15, diam. 0'" 12), a déjà été exhumée 
d'une tombe punique, au cours des foudles du Service des Anti- 
quités à Garthage, en lUOO; elle est aujourd'hui conservée au 
Musée du Bardo: même forme, même bourrelet circulaire, même 
goulot, même répartition de la décoration; ici les deux anses 
flanquant le col ont subsisté et sont ornées de petites têtes de 
chèvres. Malheureusement, l'objet, qui est en entier, est recou- 
vert d'une gangue grisâtre qui empêche de saisir tous les détails 
des dessins. » 

M. le commandant Espérandieu, correspondant de l'Académie, 
a la parole pour une communication : 

« L'Académie, qui veut bien [)orler aux fouilles d'Alésia un 
intérêt dont la Société de Semur lui est extrêmement reconnais- 
sante, sera sans doute heureuse d'apj)rendre que ces fouilles, 
reprises depuis peu, ont donné de nouveaux et très appréciables 
résultats. Un autre monument public considérable a été reconnu 
au Nord de la place que borde déjà, vers l'Ouest, un édifice à trois 
absides. Ce monument ne pourra pas, de quelque temps encore, 
être dégagé complètement ; ses substructions, sauf celles d'une 
partie de la façade, tpii devait être constituée par une colonnade 



288 SÉANCE DU H JUIN 1907 

dont nous possédons le soubassement, s'étendent sur des 
champs où se trouvent des récoltes que nous n'avons pas le 
droit de détruire. Mais j'espère que le propriétaire de ces champs 
nous les louera après la moisson , ce qui nous permettra de 
reprendre, dans quatre ou cinq semaines, le déblaiement que 
nous venons d'interrompre. 

« Reportés sur un antre cliantier, nos ouvriers ont découvert, 
et mis au jour sur une longueur de plus de 30 mètres, un aque- 
duc, solidement construit, en petit appareil régulier, avec joints 
passés au ter. Cet aqueduc, qui part de la place dont il recueil- 
lait les eaux, a 0"' 65 de large sur 1 '" 10 de haut; son radier 
est constitué par une dalle épaisse creusée en forme de gout- 
tière. 

« Parmi les menus objets provenant des fouilles, je citerai 
d'abord un petit trésor de S(> monnaies de bron/.e avec effigies 
d'empereurs des quatre premiers siècles, ensuite quelques tessons 
de deux vases en poterie rouge dite samienne, décorés de reliefs 
à l'intérieur. Sur deux de ces tessons est lun des dadophores, 
dans le costume et la pose qu'on leur trouve communément. Le 
relief mesure 0"' 09 de long ; il a été moulé, mais le bras gauche 
et la torche, tenue renversée, sont des additions faites à la main. 
Le second vase a pu être restauré, axcc une obligeance dont je 
leur sais gré, j)ar les ateliers de Saint-(ieiMnain. Le relief qu'il 
porte a été fait très habilement à la barbotine; il est contenu 
dans un l'inceau bordé de points et reproduit le type traditionnel 
du Mithra tanroctone. Le dieu solaire, coill'é du boiuiet phrygien, 
vêtu d'une lunif[ne à manches longues dont la majeure j:)artie a 
disparu, d un manteau lloltanl cl d'un pantalon collant [aiinxy- 
r/f/es) est chaussé ; il a Icgcnon gauche <nr la croupe et lajambe 
droite allongée contre la cuisse di-oite postérieure du taureau 
sacré, dont la ((uene se termine jiar ti-ois épis. Mithra regarde 
on arrière; de la main droite disparue il portait à sa victime im 
coup de poignard au défaut tie l'épaule, et, de l'autre main, lui 
relevait le mulle en rempoiguanl par les naseaux. 

« Gomme (riiabilude. le taureau est saisi p;ii' un scorpion et 
menacé par un sei-peiil. (pii est ici lilitmine el a la gueule 
ouverte, tan(li> ([u'un chien se dresse |iour lécher le sang qui 
l'Oule de la |)laie. Sin\aiil 1 usage aus--i. I imiiioj.ilion du taureau 



♦ 



SÉANCE DU 14 JUIN 1907 289 

a pour témoin les deux tladaphores Cautes et Caulopates, qui 
se font pendant et sont de moindre taille que le dieu. Il n'est 
d'ailleurs pas inutile de remarquer que celui-ci, si Ton en juge 
par la lacune qui s'est produite, avait une longueur de buste 
démesurée. Outre que le nombre des poteries décorées intérieu- 
rement est peu considérable, ce qui se conçoit, puisqu'elles ne 
pouvaient servir que par exception à des usages domestiques, les 
reliefs mithriaques, sur des vases d'argile, sont de toute rareté. Je 
n'en puis citer que deux exemples : une tasse trouvée à Lanuvium 
et conservée à Rome, au Musée des Thermes ; un autre, encore 
inédit et simplement constitué par un dadophore, et qui a été vu 
par M. Franz Cumont, au Séminaire d'archéologie de l'Univer- 
sité de Vienne. Il m'a paru qu'à ce titre, les fragments dont je 
viens de parler n'étaient pas trop indignes de votre bienveillante 
attention. S'ils ne fournissent pas la preuve absolue qu'il y avait 
à Alesia un mithraeiun, du moins donnent-ils la certitude d'une 
communauté mithriasle dans cette ville. Alesia devient ainsi 
comme une sorte de station intermédiaire entre les sanctuaires 
des rives de la Méditerranée et de la vallée du Rhône, et ceux, 
beaucoup plus nombreux, des bords du Rhin. >» 

M. Clermont-Ganneau fait la communication suivante : 
« Les fouilles entreprises à Milet par le gouvernement alle- 
mand avaient amené, il y a environ deux ans, une découverte 
assez inattendue, celle dune inscription bilingue, en grec et en 
nabatéen, langue sémitique parlée dans un royaume voisin de la 
Judée. Cette inscription, publiée dans les Mémoires de l'Acadé- 
mie des sciences de Berlin ', en simple transcription, sans repro- 
duction figurée, était demeurée à peu près lettre close pour 
les savants chargés de la faire connaître. J'avais alors repris 
la question -. Corrigeant par conjecture les transcriptions 
données, et supposées fautives, j'avais soutenu que ce texte 
énigmatique n'était autre chose qu'une dédicace faite au dieu 



1. Sitz.-Ber. Akad. Berlin, 1905, p. 260 (Rapport ir V de M. Wjegand, 
notice de M. Mordtmann). 

2. Comptes rendus de l'Acad., 1906, p. 116 cf. recueil dWrch. Orient., 
t. VII, pp. 305-329 . 



290 



SÉANCE DU 14 JUIN 1007 




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SÉANCE DU 14 JUIN 1iJ07 291 

national des Nabaléens, Dousarès, par Syllœos, <;rand vizir 
du roi nabaléen Obodas, eu l'honneur de son auguste maître. 
Le document prenait ainsi une valeur de premier ordre. Ce 
Syllœos, en elTet, a joué un rôle politique considérable à l'époque 
d'Hérode. Auxiliaire perfide des Romains dans leur expédition 
contre l'Arabie Heureuse, amant de Salonié, la sœur d'Hérode, 
adversaire acharné de celui-ci qui l'avait évincé dans sa demande 
en mariage, Sylla^os avait couronné sa carrière toute de crimes 
et de trahisons, en faisant empoisonner, dans l'espoir de lui 
succéder sur le trône , son propre roi Obodas. A plusieurs 
reprises, il avait dû aller à Rome pour plaider auprès d'Auguste 
sa cause contre Hérode. L'empereur, éclairé enfin sur les méfaits 
du personnage, avait coupé court à ses exploits en le faisant 
décapiter à son dernier voyage. C'est au cours de l'un de ces 
voyages que Sylheos, faisant escale à Milel, avait dû faire cette 
démonstration pieuse en l'honneur du roi dont il méditait la 
mort, véritable comédie destinée à donner le change sur ses 
secrets desseins. L'hypothèse mise en avant par moi pouvait 
sembler bien hardie, car elle reposait sur la restitution du nom 
du personnage gravé sur la pierre et entièrement défiguré 
dans la transcription de M. Mordtmann. l']lle est aujourd'hui 
pleinement confirmée parun estampage que j\ii pu enfin obtenir 
par Fentremise de M. Haussoullier et où le nom méconnu de 
Sylheos se lit en toutes lettres, suivi de son titre de « frère du 
roi», titre purement honorifique qui revenait de droit aux pre- 
miers ministres chez les Nabatéens. 

« Cet estampage, dont la reproduction est donnée ci-jointe, 
permet en outre de rectifier les lectures proposées par 
M. Mordtmann pour divers points accessoires que je traiterai 
dans un des prochains fascicules de mon Recueil d' Archéologie 
Orientale. » 

Le Président donne communication d'une lettre de M. Dar- 
Boux , secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, qui otfre 
à TAcadémie la médaille frappée à l'occasion de la première 
réunion, à Paris, de l'Association internationale des Académies. 

Les remerciements de l'Académie seront adressés à M. Dar- 
boux. 



292 SÉANCE DU 14 JLl.N l!J07 

M. Seymour de Ricci communique un texte copte boheirique 
inédit qu'il ;i décliiirré à la lilhliulhèfiue du Witican et qu'il a 
traduit axec la collaboration de M.E.O. Winsledt, de Saint- 
Andrews (Ecosse). 

Ce texte relate les j)éripélies (|ui marquent l'histoire des. 
reliques de quarante-ncul' \icillards assassinés par des Bédouins 
sous le rèt;ne de Théodose. Ces reliques étaient conservées dans 
le monastère de Sainl-Macaire, à trois journées de marche à 
l'ouest du Nil. .A plusieurs reprises, elles tentèrent la cupidité 
des pèlerins : ce ne fut (/u\'ni début du vu'' siècle qu'on les 
renferma dans une cha|)elle construite à cet ellet. 



COMMUNICATIONS 



NOTE SLli UKL X I NSCUl l'IlONS ARAHES 

DE DIYÀH-liEKR, 

l'Ali \1. llVMWn; DEUENBOUIU;, .MKMimK DE LACADÊMIE. 

.V rinsli<,^ati()n de M. Max van Berclicm ' , le ii^éncral 
de Bi'vlié a relevé les inscriptions arabes de Diyàr-Bekr 
(Diarbekr ou Diarbéklr, orthographes moins correctes de ncs 
cartes), l'ancienne Amida des Romains, l'Amid du moyen 
âge musulman, alors que Diyàr-Bekr désiii^nait l'ensemble 
de la réj^ion. Cette épii;ra[)hi(' inédite nous vaudra assu- 
rément un mémoire du maître sans rival de répigraphie 
arabe. Dans ses Matériaux pour un Corpus i/iscriplionum 

1. Max vaii lîcrclu'm, Monuments vl inscriptions de l'ut.iheh LnUu' de 
Mossoul, dans les Orienlalische Slmlien (Gicssen, 1906), I. p. 199. 



i. 



f 



DELX INSCRIPTIONS AKABES DE DIYÀR-IîEKR 293 

arahicarum (p. G80, n. 3) il a signalé quelques documents 
dont il disposait préalablement et qui vont être singulière- 
ment accrus par les belles photographies prises sur place 
par le général de Beylié. 

Celui-ci a bien voulu me les confier et prudemment j'ai 
choisi pour un premier examen les deux inscriptions qui me 
paraissaient les moins indéchiffrables. A ce déblaiement 
improvisé ont collaboré mes amis Paul Casanova et Emile 
Amar. Voici les résultats philologiques, archéologiques et 
historiques auxquels nous sommes arrivés et que j'expose 
comme une introduction provisoire à la publication défini- 
tive de M. Max van Berchem, que je souhaite et que je 
crois savoir prochaine. 

La ville d'Amid, aujourd'hui Divâr-Bekr, construite sur 
un rocher escarpé, bâtie en pierres noires >, aux blocs taillés 
énormes, a été fortifiée par ses possesseurs successifs. Ses 
murailles, construites par Constantin, furent réparées par 
Justinien. Au milieu du xi"^ siècle de notre ère, le voyageur 
persan Nâsiri Khosrau disait^ : « Cette ville est entourée 
d'une muraille fortifiée... Elle a quatre portes tout en fer..., 
placées dans la direction des quatre points cardinaux... En 
dehors du rempart, il y a une autre enceinte fortifiée... qui 
a aussi des portes en fer ne faisant pas face à celles de la 
ville... Dans les différentes parties du monde, en Arabie, en 
Perse, dans le Turkestan et dans l'Inde, j'ai vu un grand 
nombre de villes et de forteresses, mais nulle part je n'en 
ai trouvé aucune qui pût être comparée à Amid. » Saladin, 
après huit jours de siège , obtint la reddition de la place 
qui capitula le 6 mai 1183 en dépit de sa double enceinte 
de murailles massives, de ses portes en fer et aussi de la 
défense naturelle que constituait le demi-cercle du Tigre à 

1. Aussi disait-on Karà-Àmid « Aniid la noire »; cf. G. Le Strange, The 
Lands of the Eastern Caliphate fCamln-idge. 1005;. p. lOS. 

2. Nàsiri Khosrau, Sefer \anieli, trad. Charles Schefer ^Paris, I8SI), 
p. 26-28. 



294 DEUX INSCHIPTIONS ARAHKS DE DIYÀR-liEKK 

l'Ouest de la ville '. Les témoignages des géographes arabes' 




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1. Al...ri Srh;nuM. hil;iU iir-rniiduhiui I.c Caiir. isTii-lsTI . II. p. 3S-42; 
Stanley Lane-Poolc, Salndin iNow ^ ..ik miuI I.miuIcu. Ih'.is . p. 17'^. 

2. ('.. Le Sti-anKc. op. cit.. p. lOs-l lu. 



DEUX I>'SCRlPTlOx\S ARAHKS IJf: DIYAK-BEKH 295 

sont d'accord pour présenter ainsi la topog'raphie d'Amid 
entre le x"" et le xiii*^ siècle de notre ère. M. le général 
de Beylié veut bien m'écrire à ce sujet ^ : « Actuellement 
il n'existe qu'une seule enceinte, précédée, il est vrai, dans 
certaines parties accessibles, par un avant-mur qu'on 
appelle en fortification fausse braie. Peut-être Nâsiri Khos- 
rau a-t-il considéré la citadelle comme étant la deuxième 
enceinte. Il parle de quatre portes. Elles existent encore, 
mais celle de l'Orient, qu'il appelle la Porte du Tigre, m'a 
été donnée comme récente. » Les pourvoyeurs des rensei- 
gnements fournis au général ont sans doute confondu une 
restauration véritable avec une construction hypothétique. 

Saladin s'empressa de céder sa conquête au prince Turko- 
man de Hisn Kaifà,à son fidèle allié l'Ortokide Noûrad-Dîn 
Mohammad, fils de Karâ Arslân, fils de Dàwoûd, fils de 
Soukmân. Après la mort de Saladin en H 93, les Ortokides 
se préoccupèrent de protéger le territoire concédé par lui 
contre les frères, les neveux et les fils de Saladin lui-même. 
Les successeurs de Mohammad, ses deux fils Kotb ad-Dîn 
Soukmân II (1 183-1 200) et surtout Al-Malik As-Sâlih Nàsir 
ad-dounyà wad-dîn Aboù l-Fath Mahmoud'^ (1200-1222) 
renouvelèrent les remparts et ce dernier fit construire au 
Sud du rempart deux tours, sur les murs extérieurs desquels 
furent gravés les deux textes dont je vais parler brièvement. 

D'après le deuxième, qui est sur la c Grande tour » Ewlî 
Badan, au Sud-Est, les travaux y furent exécutés, peut-être 
achevés en 605 de l'hégire, entre le 16 juillet 1208 et le 
5 juillet 1209. La première inscription, placée sur la 
façade antérieure de l'autre tour, la plus méridionale, dite 

1. Lettre du 20 juin, reproduite avec lassentiinent de l'explorateur 
clairvoyant qui me l'a écrite. 

2. A l'exception de la kounyu Aboù 'l-Fath empruntée à mes deux 
inscriptions, le nom et les surnoms du prince sont conformes aux données 
des monnaies ; cf. Stanley Lane-Poole, Catalogue of Oriental Coins in the 
British Muséum, 111 (London, 1877), p. 131-133; de môme Aboù '1-Fidâ, 
dans Hist. or. des croisades, I, p. 9S. 



296 DKIX INSCRIPTIONS ARAMES DK DI VÀh-liKK R 

Yadî Kardàsch « Les sept frères », nous apprend que l'ar- 
chitecte ou plutôt ling'énieur employé par Al-Malik As- 
Sàlih , o'est-à-dii'e par lOrtokide Mahmoud, se nommait 
Jean, fils d'Ahraham, As-Sairafi, évidemment un chrétien 
d'Arménie, sur lequel nous ne sommes pas autrement 
renseij^nés. L'adjectif d'origine As-Sairafî, ainsi lu malgré 
l'absence des points diacritiques, sig-nilie « d'une race de 
banquiers' » et rappelle un certain Jehan de la Monoie -, 
l'écrivain français Bernard de La Monnoye, ainsi que 
d'autres d'appellation identique. 

Au-dessus de la première épigraphe, dans une niche, 
au milieu de la travée, apparaît clairement en relief l'aigle 
à double tête, dont, dès la fm du xii'" siècle, la présence 
a été constatée sur les monnaies des Ortokides de Ilisn 
Kaifâ^. Aux deux côtés de l'encadrement qui entoure la 
première ligne fort courte de l'inscription, deux lions 
affrontés, avec des embryons d'ailes recroquevillées, sont 
en marche l'un vers l'autre '*. La deuxième ligne, avec une 
bordure au sommet, court à droite et à gauche de la ligne 
première sur le large de la muraille oblique. Le commence- 
ment en reste incomplet même après la juxtaposition des 
photographies mises à ma disposition, tandis cju'ii la lin 
rien ne manque. La planche (p. 294) représente la première 



1. As-Sniiyoùlî, Lnubh al-loubùh, éd. Velh, p. 165/). Le célèbre inter- 
prète espaj,'nol du Coran Ahoù 'Anir 'Otlimàn il)n Sa'id de Dénia (Ad- 
Dànî), qui vécut de 9sl à 1053, était aussi surnommé Ibu As-Sairafi, détail 
complémentaire à lîmc kclmann, Geschichle der nrabischeii Lillcraliir. I, 
p. -507, d'après Aiilwanil, W-rzeichniss der aruhiscben Ifumlschriflcn do 
Berlin, I, p. 223. Cf. aussi Sandjar As-Sairafi, un entrepreneur de travaux. 
sur une épitaphe de 673 (1275) dans Max van Herciiem. Inscriptions arabes 
de Syrie (Le Caire, 189"), p. ()S-(j9. 

2. Kracles, L'Esloire, dans Ilisl. ncc. des croisades, II, p. 187. 

3. Stanley Lane-l*oole, CalaUxuie, III, \). 131-135. avec les ]ilanclies 
correspondantes; '\acoul) Artin Pacha, Conlrihntii>n à Irliidc ilii blasmi 
en Orient Londres, 1902). p. S9-90. 

4. Id., Ibid.. p. 59. M. Ma.\ van Uerchem, Matériaux, p. 772, a signalé, 
comme infir((uc d orig;ine mcsopotamienne, les figures danimau.x. 



DEUX INSCRIPTIONS ARABES DE DIYÂR-BEKR 297 

et la troisième ligne entières, mais seulement le milieu delà 
deuxième ligne. Voici la teneur et la traduction de la pre- 
mière inscription, avec restitution partielle, conjecturale, 
de ce qui se trouvait en tête de la ligne deuxième : 

^cut jiut xUy u 2 xu'\j:^J4< ç-Uav-' J/^ 

JU! ^Gj , ^,b5L .J' pG ,'o.> ,lkL \S\ ICU ^bUL 
^x_i!! v( 3 ^^C ^.IxJ Li._> jL'l . ^J! ,.,'^! .^*«=k .,U=^ ,LUj 

1. Au nom d' Allah, le Rahinàn miséricordieux! a Et 
certes, invoquer Allah est un devoir très important. » 

2. ^1 été exécuté complètement l'ordre toujours obéi, 
magistral, royal, parmi ce dont a ordonné la construction 
le sultan Al-Malik As-Sâlih, le sa]vant, le juste, r/u Allah a 
fortifié, rendu triomphant et victorieux, celui qui vivifie la 
justice, Nàsir ad-dounyà ivad-dîn, le pilier de r islam et des 
musulmans, V honneur de la dynastie, V orgueil des rois et des 
sultans, le roi des émirs, le sultan du Diyàr-Bekr, de Roùm ^ 

1. Coran, xxix, ii. 

2. Fragment communique par M. Max van Ecrchcm, où j'ai substitué 

3. Le monument semble porter w-v «-'.5, comme dans id.. Inscripiions 

^ . 
arabes de Si/rie, p. 29. La correction delà et dici est autorisée par la compa- 
raison des exemples parallèles. 

4. Remarquez dans les deux inscriptions rortliogrraphc écourtée avec un 
seul alif. 

5. Roûm désigne l'Asie Mineuie ; voir id.. Matériaux, p. 502; 
G. Le Strange, The Lands of the Easlern Caliphale. p. 129. 



298 DEUX INSCRIPTIONS ARAHKS DE DIYÂR-BEKR 

et de i Arménie . le ylobe des liHiileiirs célestes, le héros 
du monde, le Cosroès de rir,în, le chef vaillant, i homme 
de confiance , le faucon ', le prince heureux Ahoù l-Fath 
Mahmoud ihn Mohammad ihn Karà Arslân ihn Dàivoùd 
ihn Soukniân Ihn Ortok, V auxiliaire de i émir des croyants '-; 
puisse sa victoire être honorée! 

3. Le constructeur de la tour a été Youhannà ihn Ihràhim 
As-Sairafî pour Al-Mnlik As-Sidih '^ 

La seconde inscription nous apporte la même représen- 
tation iig-urée (jue la première, plus deux autres lions aux 
ailes embryonnaires également recro([uevillées, ceux-ci 
adossés marchant en sens inverse, encadrés, placés à droite 
et à gauche au-dessous du texte, comme pendants aux 
deux lions all'rontés qui sont au niveau de la première ligne. 
Ceux-ci et l'aigle à deux tètes sont cette fois-ci surmontés 
de trois frises sculptées faisant saillie sur la paroi. Les 
lignes première et troisième sont de même intactes. De 
la deuxième ligne aux longs circuits, dont le commence- 
ment et la fin manquent , les lacunes n'ont pu être com- 
blées que grâce à la copie d "un « marchand chrétien », repro- 
duite jadis par Niebuhr '. 

Voicd le résultat d'une lecture provisoire : 

1. I.r mot turc oriental lîaigoù est atteste dans le fornuilaiie officiol par 
Ihn Al-Atliir, Chronicon, IX, p. 2(J0 ; X, p. 22, .31, 191; Al-HondAri, éd. 
Ildutsnia. ]). <5. Sur les faucons princes, voir Ma\ van Herclieni, dans les 
Orienlnlisrhc Slinlirii. i. p. '.idii. n. li. 

2. Ce protocole est expliqué sniloul par le même savant dans Oricnl.i- 
lische Stmlii'n. I. j). 20l)--Jitl . Il se rapporte à l'auxiliaire nnlitaire du klialile 
'Abbàside .\u-Nii>ir li-diu .\llàh (575-622= I 1 T'.i-I •.'•:.) . tandis (pi.', dans le 
second texte, eu dehors de cette même appellalion. on rencontre aussi 
" l'auxiliaire de ï'inu'ini ■>, c'est-à-dire le \assal orthodoxe du mèiue khalife 
considéré comme Vitn.iin suiirèmc étendant sa suiirématie à tout l'islam. 

.1. Siuiinin liiiniirili(pn' de r(»rloki(h' Mahmoud, pour cpii on! t'té faites 
les constructions rai>pel(''es. 

4. Niehuhr's Itcisfhesrhn'ihii luj n:uh \r,\liicn ii ml nn<lcrrn iiiiilii'(j('nilcii 
Liniilrrn. Kopeidia^reu, I"7i-IT7N. II. p. H)i ; Vof/.uiv en Arabie, Amsler- 
dani. 1:m). Il, p. .iJT. 



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DEUX INSCRIPTIONS ARABES DE DIYÀR-REKR 299 

^ ^U^\ j^\J\ ^ ^CU! ^/ ^,^^/. ^1 _^- I 

o-cu iia' Aibii^'' .^:^ >'o'Ji -.i .ubî'"!^ i/jr^a .bL^M, 

.,LC , y.A ^«ab ..;! ,lw,lJ wj! j^ ^'' .^^^ ^! »." Uxi! 

^^1 *^l'' ï,!j.x3' ._iil^_5 j,L^3! ii^! j^' -rr-'A^ ^r'^ji:^ J^-j' •H'' 



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1. Au nom <f Allah ^ le Bahtnàn miséricordieux! u La 
royauté est à Allah l'unique, le tout-puissant. » 

2. Ceci fait partie de ce dont a ordonné la construction 
notre maître le sultan Al-Malik As-Sàlih, le savant, le Juste, 
c/u^ Allah a fortifié, rendu triomphant et victorieux , celui 
qui vivifie la Justice, Nâstir ad-dounyà] wad-dîn, l'honneur 
de la doctrine religieuse et de r islam, le roi des émirs, l'auxi- 
liaire de rimàm'\ celui qui vivifie l'humanité, le trésor en 
réserve du khalifat glorifié, le globe des liauteurs célestes, 
Ahoû l-Fat/i Mahmoud ihn Mohammad ihn Karâ Arslàn ihn 
Dàwoùd ihn Soukmân Ihn Ortok, V auxiliaire de l'émir des 
croyants ; puisse Allah honorer ses victoires ^ et douhler son 
autorité! Allah, fais durer ses prospérités et fais par ta 
miséricorde que les félicités divines le protègent de tous ses 
côtés, de sa droite, de sa gauche, en avant et en arrière de lui. 

3. En l'an 605. Et c'est au Donateur de la raison que va 
la reconnaissance à Jamais ■'. 

1. Cor^n, XL, 16; cf. xiv, i9. Passade cité dans les léficndes monétaires; 
cf. Codrington, ,1 Manual of miisalnuia AXiimismalics (London, lOOi), p. 27. 

2. Niebuhr : i^^^. 

3. Titre particulier aux Ortokides ; voir id., ibid.. p. 75. 

■i. Traduit d"a])rés (]lermont-(lanncau, Recueil d' archéologie orientale, 
I, p. 263; Max van Berchcm, Malérimix, p. 87. 

5. Proverbe dont la trace m'échappe, lecture certaine. Allah, outre son 
«beau nom « Al-Wahhàh {Coran, m, 6; xxxvm. s et 34) et la variante 



300 UN lîLSTE EN BRONZE d'aNTONIO FILARETE 

Deux ranimées horizontales de blocs séparent celte inscrip- 
tion d'un cartouche encadré, mis en travers au-dessus dune 
porte étroite. Sur ce linteau je devine deux lignes d'inscrip- 
tion, la seconde enlevée avec le bloc qui la portait : 

Ceci fait partii' de ce qu a ordonné Mahuioùd ; puisse 
Alliih le très liant jierpélner son rèr/ne à Jamais ! 

P. S. — M. Max van Herchem, pendant que j'imprimais 
ceci, a publié et commenté la première inscription dans Ara- 
hisclie Insrhriften ans Arménien u nd Dii/arbekr, Gïiiiingen, 
1907, p. 22-28 et pi. XIII. Son travail n'annule pas le mien, 
j'admire le sien. 

UN BUSTE EN BRONZE d'anTONIO KILARETE 

BEl'RÉSENTAM' l'kMPEREUR .IEAN PALÉOLOGUE , 

PAU MM. LE BARON MICHELE LAZZARONI ET ANTONIO MU.NOZ. 



Antonio .Vverlino dit Filarete, sculpteur et architecte flo- 
rentin du XV'' siècle, est plus connu par les documents 
d'archives que par les cL'uvres qui nous sont parvenues de 
lui. Sur la première période de sa carrière, qu'il passa en 
Toscane, c'est-à-dire des trente premières années de sa vie, 
nous ne possédons absolument aucun renseijçnement certain ; 
des (juatorze années cpi'il passa ii I^ouh» au sci-vice du pape 
Eugène \\\ il ne nous i-este que le grand omrage des 

.1/- \r,i/i//) " le Ddiinaiit uiii\ crsol » r>ii •■ le Dimiianl». est donc encore' 
désigné coninu- <• le Doiiiilcni- de l'intelligence H.c'esl-à-dirc de « la raison <> ; 
voir Ibn Klialdoiin . l'mlèijninùncs, Ir. Slane, I. p. 'J-'iO ; ef. ihùl., I, 
p. wv. l",n Icle d\i l'uhhri p. .H de mon édition. 1. :^- 1 . .\llàli est appelé 

i \_\J' ^_^^ ^. f \lsj\ -i^Jj» « le génért'n\ doiiali'ur de la raison c( le 

disjiensalenr de (ont ■>. Les expressions i_^' iij cl ^io Xj4' lignrenl dans 
les légendes monétaires tCapi-ès Codrington o/i. cil., p. M cl ."^s. 



UN BUSTE EN BRONZE d'aNTONIO FILARETE 301 

portes de bronze de Saint-Pierre, une reproduction de la 
statue de Marc Aurèle qui est aujourd'hui au musée de 
Dresde, et une partie du tombeau du cardinal Ghiaves, à 
Saint-Jean-de-Latran. Oblig'é de s'enfuir de Rome en 1447, 
parce qu'il était accusé dun vol de reliques, il se rendit, 
après diverses pérégrinations, à Milan, où Francesco Sforza 
le prit à son service. A Milan, il travailla à la tour du 
Château, qui fut détruite par une explosion en 1521 ; tou- 
jours sur les ordres du duc, il commença k Crémone un 
arc de triomphe, dont nous ne savons rien ; il éleva la cathé- 
drale de Bergame, qui fut entièrement reconstruite au 
xvui'' siècle ; il construit le Grand Hôpital de Milan, qui fut 
remanié au cours des siècles suivants ; il composa un traité 
d'architecture et étudia même l'agriculture sur laquelle il 
composa un ouvrage qui ne nous est point parvenu. 

Mais pour cette dernière période de sa vie, passée au service 
de Francesco Sforza, si beaucoup des œuvres qu'il exécuta 
nous manquent, nous avons au moins de nombreuses pièces 
d'archives, tandis que le temps qu'il passa à Rome était 
presque entièrement resté dans l'obscurité. L'année même 
de son arrivée dans la ville des papes n'était pas connue ; 
Mûntz, Reymond, Milanesi et tous les autres auteurs qui ont 
eu k s'occuper de Filarete , ont cru que l'artiste était venu k 
Rome en 1439 seulement ; mais nous avons pu établir qu'il 
se trouvait déjà en 1433 k la cour d Eugène IV. Or l'œuvre 
principale qu'il exécuta k Rome pendant la période qui va 
de 1 433 k 1 4i-7, c'est-à-dire les portes de bronze de la basi- 
lique de Saint-Pierre, montrent une variété, une graduelle 
transformation de style et aussi de technique, qui témoignent 
de linfluence que ce milieu classique exerça sur l'artiste, et 
de sa grande puissance d'assimilation. 

Il était naturel de supposer qu'outre les trois œuvres déjà 
citées , Filarete en avait , durant cette période , exécuté 
beaucoup d'autres. Les contemporains le traitent de célèbre 
sculpteur en bronze, d'émulé de Phidias et de Praxitèle, et 

1907 21 



302 UN lilSTE Ei\ BRONZE d' ANTONIO FILAHETE 

par conséquent sa renommée devait s'être répandue grâce à 
un nombre d'œuvres beaucoup plus grand. Il n'y a pas 
longtemps, on a reconnu comme son œuvre un buste de 
bronze de grandeur naturelle, qui fait aujourd'hui partie de 
la collection Lazzaroni à Paris ; inspiré de quelque œuvre 
anti({ue, il représente Jules César. Il est d'une force, d'une 
puissance extraordinaires, et j)rovo{{ue de nombreux 
rapprochements avec la série de tètes d'empereurs, vues 
de profil, dont Filarete orna le décor qui encadre les portes 
de bronze de Saint-Pierre. 

Au cours des recherches entreprises pour un travail d'en- 
semble sur la vie et les œuvres de cet artiste ', nous avons 
reconnu sa main dans beaucoup d'autres (ouvres moins 
considérables qui jusqu'ici ne lui étaient pas attribuées. 
Mais nous avons aujourd'hui le plaisir de communiquer une 
œuvre de lui, de g-rande importance, absolument inconnue, 
et qui est, on peut l'aflirmer, son chef-d'œuvre en sculpture. 
II s'agit d'un buste de bronze, de grandeur naturelle, en 
ronde bosse, représentant l'empereur grec Jean Paléologue' 
(pii vint en Italie en 1438-1439 [join- le concile de Florence, 
Filarete exécutait alors les j)ortes de Saint-Pierre, pour 
lesquelles il avait déjà conçu et composé quelques-uns des 
principaux bas-reliefs, lorsque s'accomplit le solennel évé- 
nement (le 1 union des deux églises, (pii fui un des faits les 
plus im[)()rlants (h; l'époque, et la gloire du pontificat d'Eu- 
gène \\ . L'artiste pensa il éterniser le souvenir de ce fait en le 
représentant sur les portes de la plus grande église de la 
chrétienté; et comme l'espace lui mancpiait. il fut obligé de 
placer les épisodes du concile de Florence, ainsi (jue d autres 
événements relatifs à l'union des églises, dans les bandes 
de séparation disposées entre les grands ])as-reliefs de la 
jjorte, bandes qui sans nul doute étaient d abord réservées 
à une frise décorative. Dans ces bas-reliefs, Filarete figura 

1. M. I>;i/yiiiniii r A. Miiiiii/., l-'iLirele. Huiiiii, l'.Hi", in- J" (sons j)rcssc). 



UN BUSTE EN URONZE d'aNTONIO FILAKETE 303 

le départ de l'empereur de ConstanLiiiuple, son débarque- 
ment en Italie, l'hommage qu'il rendit au souverain pontife 
à Ferrare, puis la séance de clôture du concile de Florence, 
où il fut donné lecture de l'acte d'union , et enfin l'embar- 
quement de Jean Paléolog-ue pour retourner dans sa patrie. 
Tout dans ces représentations est rendu avec une extraor- 
dinaire netteté , avec un naturel et une vérité tels que l'on 
doit supposer que l'artiste a assisté aux événements cjuil 
éternisait dans le bronze. Ses figures de Jean Paléolog-ue, du 
patriarche Joseph, des évêques grecs, syriens, arméniens, 
russes, sont autant de portraits étudiés d'après nature. Mûntz, 
Reymond, Milanesi et les autres historiens avaient supposé 
que Filarete avait commencé les portes api'ès 1 i39, et alors il 
était naturel qu'étant resté jusqu'à cette époque à Florence, 
il eût assisté aux événements du concile. Mais, comme on 
l'a vu plus haut, nous avons pu établir que dès 1433 Fila- 
rete était à Rome. Il est donc certain qu'en 1439 il se ren- 
dit à Florence pour quelque temps, et dans ce séjour se 
trouve la meilleure explication du grand progrès de style 
qui se remarque dans les dernières parties de la porte de 
bronze, progrès dû à l'influence qu'exercèrent sur lui les 
chefs-d'œuvre de la sculpture florentine. Ce fut durant ce 
séjour à Florence qu'Eugène IV, son protecteur, dut lui 
confier l'exécution du buste-portrait de l'empereur. Ce buste, 
resté jusqu'ici entièrement ignoré, se trouve à Rome, au 
Musée de la Propagande, qui l'a acquis, il y a peu d'années, 
sur un marché en plein vent. L'empereur est représenté 
avec le même costume que sur la porte de Saint-Pierre, 
avec le grand couvre-chef à pointe, le manteau muni d'un 
collet à revers ; il porte de petites moustaches et une 
courte barbe; ses cheveux sont bouclés en long et lui 
descendent sur les épaules. Vu de profil, il apparaît presque 
identique au demi-buste figuré sur la médaille que Pisanello 
exécuta en 1439 pour la célébration de l'union ', médaille 

1. I. B. SupiiKi, // nwdagliere mediceo Firenze, isiUd, pi. W. 



304 UN nUSTE EN RRONZE d'aNTONIO FILARETE 

qui nous a servi h identifier sùremenl 1. l>uste de la Propa- 
gande. Mais le soupçon (jui pourrait suryir cpie ce derme, 




puisse dériver .Ir la uu.lnWv ... qurst...,,. se dissipe entiè- 
,.,„! .i Ton eN:..nn.c. Ir l.uslr dv T.k v : .1 a un caractère 



remc 



il 



UN BUSTE EN imo.NZE d'antomu filarete 305 

si marqué de naturel, une dillerence de modelé, une viva- 




cité, une expression ({ui ne peuvent s'expliquer qu'en pen- 
sant à un portrait fait ad vivurn. 



30() LN liUSTr: en iîronze u'amûnio filarkte 

Antonio Filarete, que les portes de Saint-Pierre nous 
avaient révélé comme un savant animalier, digne de riva- 
liser avec le grand Pisanello, habile à saisir les mouvements 
les plus caractéristiques de la vie animale, nous apparaît 
dans le buste de la Propagande comme un profond obser- 
vateur de Tàme humaine. Si Ton pense aux épreuves de la 
vie de Jean Paléologue, si tourmenté par l'invasion. musul- 
mane qui avait réduit à rien son empire, affligé par les 
luttes intestines, civiles et religieuses, malheureux aussi 
dans sa famille divisée par de continuelles discordes, on 
retrouvera toute l'amertume de son âme dans cet admirable 
buste de bronze, où Filarete l'a figuré avec la tête un peu 
inclinée et abaissée, et le regard presque voilé par les 
larmes. Si le costume dont il est revêtu nv témoignait pas 
de sa dignité impériale, ce visage marqué par le malheur 
paraîtrait presque celui d'un Christ douloureux et souffrant. 
L'arl italien, si puissamment naturaliste avant 1450, avait 
de préférence exprimé des sentiments plus forts, des alîec- 
tions plus fîères, des passions plus tumultueuses. Filarete, 
dans le buste de .ban Paléologue. a su découvrir un côté 
tout diiïérent de lame humaine : hi tristesse presque rési- 
gnée, l'amertume sans consolation d'un grand et noble 
esprit tourmenté partant de malheurs. L'empereur d'Orient, 
venu en Italie avec son riche cortège de (juatre cents Grecs, 
était passé parmi l'admiration du peuple et des artistes, 
particubèrement des peintres, qui couraient à sa rencontre 
lors de son arrivée, portant sous son apparente magnifi- 
cence une douleur profonde en son cœur. Sous prétexte de 
l'union des églises , il venait en Occident chercher aide et 
secours contre l'invasion musulmane ([uil n était pas de 
force à arrêter tout seul, et il sentait très bien ([uil n'ob- 
tiendrait p;is ic (juil vriKiit demander. Tandis que dans le 
concile les discussions (Idginaticpies se prolongeaient, on 
recevait l;i iinuvcile des progrès de rennemi . et l'impéra- 
trice mourait à Constantinople. 



UN liUSTE EN BRONZP: d'aNTOMO FILARETE '{07 

Ce fut certainement Eugène IV, qui comblait de poli- 
tesses son hôte impérial, dont la venue en Italie avait mar- 
qué un des plus grands succès de la politique papale contre 
le concile de Bàle ; ce fut certainement , disons-nous , 
Eug-ène IV qui commanda à Filarete d'exécuter ce portrait, 
qui, conservé en original dans quelque palais pontifical de 
Rome, vint échouer, on ne sait comment, sur le marché 
aux antiquailles. Outre son importance au point de vue 
historique et iconographique, le buste de la Propagande en 
a une très grande pour l'histoire du portrait dans l'art ita- 
lien. On sait combien il est difficile de dater avec sûreté les 
œuvres de sculpture antérieures à 14o0; nous possédons 
une série as.sez nombreuse de bustes-portraits de Donatello, 
de Verrocchio et de leurs élèves; mais il n'est pas un 
d'entre eux auquel on puisse assigner une date certaine. Or 
le buste de Filarete que nous avons retrouvé doit sans nul 
doute être placé dans la première moitié de l'année 1439, 
époque k laquelle l'empereur Jean séjourna à Florence, 
puisque, comme nous l'avons observé, ce buste est certai- 
nement un portrait exécuté d'après nature. C'est donc le plus 
ancien buste-portrait du xv" siècle qui nous soit parvenu. 
Dans l'histoire de l'évolution des divers types artis- 
tiques, le buste-portrait mériterait une étude spéciale : 
d'usage commun dans l'antiquité classique, il paraît avoir 
été abandonné au moyen âge, où l'on peut trouver des bustes 
à l'imitation de l'antique ou employés comme reliquaires, 
mais aucun qui puisse prétendre au titre de vrai portrait. 
C'est à l'art italien du xv** siècle, à la Toscane, que revient 
le mérite d'avoir ressuscité cette noble forme d'art, dont 
Texemple le plus ancien, pour la certitude de la date, reste 
pour le moment le buste de Jean Paléologue. 

Quant à l'attribution que nous en faisons à la main de 
Filarete, elle est fortement appuyée par les comi^araisons de 
style avec la porte de Saint-Pierre. 

Filarete fut un artiste éminemment personnel , et il serait 



308 UN m STR EN URON'/R d'aNTOMO FILARETE 

difficile de le rattacher à quelqu'un des grands maîtres de son 
temps. KestéàFlorence jusqu'en 1433, lorsque Donatello et 
Ghiberti avaient déjà donné de splendides preuves de leur 
g-énie , il paraît avoir tenu ses yeux fermés à la g-rande lumière 
de leur art, et les premières parties de la porte de bronze de 
Saint-Pierre sont à une immense distance des chefs-d'œuvre 
de ces excellents artistes. Peu à peu, sous l'influence de l'an- 
ti({ue, le style de Filarete devient plus libre et plus dég'agé; 
certaines duretés s'atténuent, certaines inexpériences tech- 
niques disparaissent, certaines diflicultés sont vaincues. 
L'artiste se formait de lui seul, jour par jour, par l'étude de 
la nature et de la \ie ; il allinail son goût, il [)erfectionnait 
ses moyens d'expression. Or le buste de bronze de Jean 
Paléologue, exécuté en 143!), précisément dans la période 
de transformation du tempérament artisti({ue du maître, 
laisse très nettement apercevoir les incertitudes de Filarete 
qui abandonnait certaines vieilles formes conventionnelles 
et regardait la nature avec des yeux nouveaux. A côté de 
l'exacte et merveilleuse reproduction de la vie, on remarque 
dans le bviste quelques défauts tl'exécution qui sont la preuve 
évidente de notre attribution au maître. Plus habile dans 
le bas-relief que dans la sculpture en ronde bosse, il paraît 
incertain dans la disposition des plans et place la joue 
droite un jx'U trop en arrière, de sorte que l'œil apparaît 
un peu dans lombre; il dessine les piqiilles de l'o'il d'un 
trait en hélice assez conventionnel; il écrase trop, d'une 
manière qui est chez lui cara('téi-is(i(|U(' , le l()l)e suju'ricur 
de loreille. 

Mais, il côté de ces défauts, (juelle forci- de vie nouvelle 
dans t;et admiial)l(' |iorli'ai(! l*'ilai'i'(i' l'a lomu dans un de 
ses moments les plus heureux ; il a saisi la vie dans le regard, 
il a arrête la parole sur les lèvres entourées d'une barbe 
fine et souple, et qui semblent prêtes à s'ouvrir et à parler; 
il a rendu avec une inlinie vi'rité eel accent un peu exo- 
tiijue et nous dirions presque lui peu barbare, qui existait 
elfectivement dans le visage de Jean Paléolog-ue. 



LIVRES OFFERTS 309 

Désormais c'est à ce buste de Tempereur d'Orient que la 
gloire de Filarete reste attachée, comme à son vrai chef- 
d'œuvre, comme à une des œuvres les plus vivantes de la 
sculpture italienne du xv" siècle. 



LI\'RKS OFFERTS 



Le Seckkiaihe i^eupétuel dépose sur le l)iu'eaii le l'ascicule du 
mois d'avril 1907 des Comptes /•enilua dea sijunces de l'Académie 
(Paris, 1907, in-8°). 

M. Rahbieu de Meynard offre à l'Académie les deux publications 
suivantes : 

\° Mémoires de Li Délégation de Perse. Tome IX. Textes élamites- 
anzanites, .3'* série, par V. Scheil (Paris, 1907, gr. in-4") : 

« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom du P. Scheil, la suite 
de textes cunéiformes datant de cinquante siècles environ, dont le 
déchiffrement et la restitution font grand honneur à la pénétration 
et à la sagacité du savant professeur de l'Ecole des Hautes-Etudes. 

" Le volume que je présente aujourd'hui renferme près de trois 
cents nouvelles tablettes élémites-anzanites qui, pour la plupart, 
proviennent de Suse. La date de ces documents est inévitablement 
incertaine parce qu'ils ne renferment aucun nom de roi, aucune 
mention de règne qui puissent servir de point de repère. Néanmoins 
M. Scheil tire de nombreuses considérations linguistiques la preuve 
qu'ils remontent à la lin de la monarchie élamite, avant le rétablis- 
sement de la domination babylonienne en Susiane, c'est-à-dire dans 
la période qui précède l'avènement de Nabopolassar et de Nabucho- 
donosor. Presque toutes ces tablettes ont trait à la livraison d'étoffes, 
de vêtements, meubles, armes, etc., qui représentait soit l'impôt payé 
en nature, soit diverses transactions entre le fisc et les particuliers. 
On voit quelle source de renseignements elles fournissent sur la 
constitution de la société et le mélange des races dans l'empire élamite, 
et aussi quelles précieuses révélations sur la vie domestique, les 
arts, l'industrie, le commerce, la vie intime du vieux monde asia- 
tique. 



310 



LIVRES OFFERTS 



« C'est ainsi que renfermé dans sa laborieuse retraite, loin des com- 
pétitions mondaines, et sans se plaindre de la méconnaissance de 
ses titres scienlifiquos, M. Schcil continue à maintenir TEcole fran- 
çaise au rang^ triiiiliatricc qu'elle n"a cessé d"occui)er depuis les pre- 
mières fouilles (le Holta, juscpi'à celles de ses dignes successeurs, 
MM. Dieulafoy, de Sarzec et de Morgan. L'Académie a déjà eu 
l'occasion de reconnaître les services rendus [)ar M. Scheil à l'étude 
de ces vieilles civilisations orientales, qui est une des gloires de 
l'érudition française. Qu'il me soit permis d'espérer, en lui offrant ce 
nouveau témoignage de l'activité scientifujuc de raulcur, ([u'clle lui 
en tiendra compte le jour où elle devra s'adjoindre, dans cet ordre 
d'études, le savant le plus digne de les représenter. » 

2° Esliennc de Ln lioolic el In Srrriludn vuli/nluire.l\omar(\uesno\i- 
velles, par H. Dezeimeris, correspondant de l'Inslilul : 

<i Je suis chargé aussi par notre confrère, M. Dc/.eimeris, de faire 
hommage à l'Académie d'une étude sur le discours de La Boëtie 
intitulé : « De la servitude volontaire ». De cette intéressante bro- 
cliure et de la (|uesUon d'histoire littéraire ({u'elle soulève, je n'ai 
(]u'nn mot à dire, d'autant plus cpie M. Dezeimeris en a adressé un 
exemplaire à chacun îles membres de l'Académie ; et d'ailleurs un 
orii'nlaliste n'est guère qualilié pour prendre part au débat. Quelle 
<pi'en soit la solution, que la thèse de notre correspondant ou celle 
«le M. le D'' Armingaud ait gain de cause, il est juste de rendre 
hommage à la pensée (pii a inspiré le présent travail : dissiper les 
doutes qui pourraient planer sur l'iionnêteté littéraire de Montaigiu' 
et disculper le grand moraliste français d'une tentative, en elTet bien 
invraisemblable, de plagiat et d'interpolatioii an pidiil d'un panq>hlet 
adapté à des circonstances politiques postérieures à l'époque de 
La P)()('tie. A ce litre aussi, l'étude de M. Dezeimeris, qu'il se prop»)se 
de développer et de fortifier d'arguments nouveau.x, me parait 
mériter entièrement l'approbation de l'Académie ». 

M. Dki.isi.i- oITre à l'Académie, de la paît de M. le marquis d'ilar- 
ccHui, l'édition des Pri'iirpx de la maison de llarcourt recueillies à la 
fin du xviii*' siècle par Doui Lenoir dans les Archives de la Chambre 
des Comptes (Paris, iUOT, gr. in-H^j. Ce recueil nous a conservé 
beaucoup de pièces du xiv" et du w" siècle, très intéressantes pour 
l'histoire de Normandie, et i|ui ne sont connues que par les copies 
de Dom Le Noir, l'un des j)!us ial)()rieux bénédictins du xviii'' siècle. 



3H 



SÉANCE DU 21 JUIN 



PRESIDENCE DF M. S. REINACII. 



L'Académie décide, au scrutin, qu'il y a lieu de pourvoir au 
remplacement fie M. Jules Lair, membre libre de TAcadémie, 
décédé le 16 mai dernier. Elle fixera dans la prochaine séance 
la date de 1 examen des titres des candidats. 

M. Deusle présente plusieurs photographies en couleurs de 
documents anciens, réalisées par le procédé Lumière. 

M. DiKULAFov fournit quelques explications sur ce procédé. 

^L Omont annonce à TAcadémie que la Bibliothèque nationale 
vient de recevoir en don de M. Jacques Rosenthal , libraire à 
Munich, le mandement original de la reine Anne de Bretagne, 
en date du 14 mars 1507 (L508 nouveau style), portant paiement 
au peintre miniaturiste Jean Bourdichon de la somme considé- 
rable pour l'époque de 600 écus d'or, « pour le récompenser de ce 
« qu'il nous a richement et somptueusement historié et enlu- 
« miné unes grans Heures pour nostre usaige et service ». 

Ainsi se trouve heureusement réalisé le vœu formulé, il y a 
plus de vingt-cinq ans, par M. Léopold Delisle, à la fin de la 
description qu'il a consacrée, en 1881, dans le Cabinet des 
inaniiscrils delà Bibliothèque Nationale (111,345-347), au livre 
d'Heures d'Anne de l^retagnc. Bien que le texte de ce mande- 
ment, qui se trouvait alors dans le cabinet d'un collectionneur 
lyonnais, M. Steyert, après avoir fait partie des archives du 
Collège héraldique, ait été publié dans les Nouvelles archives 
de Vart français (I, 1-11), il ne sera pas inutile d'en reproduire 
de nouveau ici le texte, accompagné d'un fac-similé réduit de 
l'original sur parchemin (250x170"""). 



:j12 séance du 21 ,iLiN 1907 

Anne, par la grâce de Dieu, roync de France, duchesse de Brctaijîne, 
a nosti-e arné et féal conseiller et trésorier gênerai de noz luiances 
M° Raoul Ilurault salut et dilleclion. Nous voulions et vous mandons que 
des deniers et revenu de nostre douaire de oestc présente année, com- 
mancée le premier joui- doctohre derroin passé, vous poiez, baillez et déli- 
vrez a nosti'e cher et bien amé Jehan Hiiurdichon, paintre et varlet de 
chambre de Monseigneur, la somme de mil eimiuante livres tournois en 
six cens escuz d'or, auquel nous l'avons donnée et ordonnée, donnons et 
ordonnons par ces présentes, tant pour le recompenser de ce que il nous 
a richement et sumptueusement historié et enlumyné unes grans Heures 
pour nostre usaif^e et service, où il a mys et employé grant temps, que 
aussi en faveur d'autres services cpi'il nous a cy devant faiz. l'U par rap- 
por-laiil cesdites ])resenles, signées de nostre main a^■ec (juitlance dudict 
Bortlichon sur ce sullisante seuUement, nous voulions laclile somme de 
mil cinquante li\i'es tournois estre allouée à voz coinjites et rabatue de 
vostrc! rect'i)te |)ar noz amez et feaulx les gens des Comptes île nu)ndit 
seigneur, à Paris, sans aucune difficulté, car tel est nostre plaisir. 

Donné à Bloys. le xiiij' .junr ilc mars l'an de grâce mil cinq cens et sept. 
ANNE. Par la royiie et duchesse, 

(j. liK FoHKSTZ. 

M. Georf^es Pi:rrot donne quelques détails sur le voyage quil 
vient de faire en (irèce. 11 dit avec quel intérêt il a visité le 
champ de fouilles du Iliéron d'Mpidaure. Noire correspondant, 
M. Kavvadias, éphore général, a terminé le déblaiement complet 
des édifices du Iliéron; il s'apprête à en faire connaître les 
dispositions j)ai- un ouvrage d'ensemble doul les premières 
feuilles sont déjà imprimées et dont nombre de planches sont 
tirées. Il a consh-iiil là un musée où ne ri'xicndronl pas prendre 
place les charmantes sculptures du fronton et des antélixes du 
temple d'Asclépios que ])ossède le Musée national dWthènes, 
mais qui n'en ollVe pas moins un grand inlérêl. M. Ka\ \adias y 
a l'ail exécuter, par un hiibilc mouleur, des reslilulions archilec- 
toniques des principaux édilices de lenccinle sacrée el particu- 
lièrement de cet édilice énigiH;iti(|iu', la Tholos, (pii a soulcxé 
tanl (le (liscussi(ms ; il a l'établi l;i, en grandeur réelle, l'ordre, 
l'entablement et les plafonds. V.n ce faisant, il a siii\i l'exemple 
que M. IlomoUe avait donné à Delphes, où, dans le musée bâti 
sur les plans de M. Toui-naîre, on trouve la restitution du Tré- 
sor de Cnide, du sphinx des Naxiens el de la colonne d'acanthe. 

M. Perrol avait, en I8<J1, assisté aux travaux de la troisième 
anuic ilis fouilles de Delphes. 11 a pu, celle année, en parcou- 



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SÉANCE Di: 21 JUIN 1007 313 

rant le champ de fouilles, juger de la j^randeur de l'cjeuvre qui 
a été menée à bonne fin en onze ans, j^ràce aux sacrifices con- 
sentis par le Parlement français et à la patiente énerg^ie de 
M. riomolle. 11 a beaucoup admiré ce Trésor des Athéniens qui 
a été reconstruit, sur la terrasse qui le portait autrefois, avec les 
matériaux anciens, aux Irais de la municipalité d'Athènes. L'ar- 
chitecte chargé de cette réfection, M. Replat, s'est acquitté de 
cette tâche délicate avec beaucoup de scrupule et de goût. 

A Délos, M. Perrot a assisté à la mise en train de la cam- 
pagne de 1907. Grâce à la libéralité de notre correspondant 
M. le duc de Loubat, l'I'^cole française poursuit dans les meil- 
leures conditions le travail d'exhumation qu'elle a entrepris il v 
a plus de trente ans. Le directeur et les pensionnaires rivalisent 
de zèle pour faire honneur au concours qui leur est si généreu- 
sement accordé, pour tirer le meilleur |)arti jiossible des res- 
sources qui leur sont assurées. Le plan des fouilles de cette 
année comporte le déblaiement jusqu'au sol vierge du sanctuaire 
d'Apollon cl des édifices qui y sont attenants ainsi que le déga- 
gement des maisons qui touchent au quartier du temple. Ce 
plan une fois réalisé, le visiteur aura sous les yeux toute une 
tranche de la ville antique. En suivant ses voies dallées, il 
pourra, des magasins qui bordaient les quais, monter à travers 
le quartier du temple, jusqu'aux quartiers hauts, jusqu'à ce 
théâtre dont le site a jadis été découvert par notre confrère 
M. Salomon Reinach. 

Enfin M. Perrot dit avec quel intérêt, pendant les cinq jours 
quil a passés en Crète, il a étudié les ruines des palais de 
Cnossos et les monuments qui sont aujourd'hui réunis et classés, 
par les soins de MM. Iladjidakis et Xanthoudidis, dans le 
Musée de Candie. On y trouve rapprochés ceux qui sont dus 
aux fouilles que notre correspondanl . M. John .Arthur Evans, 
a entreprises à Cnossos, ceux qui proviennent des fouilles que 
la mission italienne, dirigée par M. Halbherr, a exécutées, dans 
le même temps, à Pha'stos , ceux enfin qui sont issus des 
l'echerches que différents explorateurs, anglais, américains et 
français, ont tentées sur divers points de l'île et particulièrement 
dans sa province orientale. Pour la connaissance de la civilisa- 
tion préhistorique de ce qui fut plus tard le monde grec, les 



314 



SÉANCE DU 21 JLIN 19(l7 



restes des édifices ainsi déj,''agés et les documents de tout jj;enre 
qui en sont sortis sont plus riches en ensei'^nenients variés c|ue 
les pièces réunies dans la salle mycénienne du Musée (rAthènes. 
C'est en Grêle, on ne saurait plus en douter, qu'il l'aul chercher 
les orif^ines de l'ait dit mycénien. 

M. Perrol , en lermiiiaiil , pai'lc des vases en stéalile rpii ont 
été découverts à Ilaj^ia Triada, près de Phicstos. Il présente le 
moulage d'un de ces vases, encore inédit, où les ciselures de la 
surface extérieure montrent cinq personna;,'-es, un chef militaire 
dans Tattilude du commandement, un ol'licier debout devant lui, 
comme au i)orl darmes, et trois soldats, ceux-ci couverts de 
larges boucliers qui leui- cachent complètement le corps. Il 
insiste sui- lintérél que présente un collVe funéraire de pierre, 
trouvé aussi à Ilag'hia Triada, ddiit les f[uati'e faces sont 
décorées de tableaux forl bien conservés. Ces peintures, dont 
deux représentent de^ cért'nioiiies du culte local, seront prochai- 
nement publiées dans les Moniirnenli , avec les couleurs des 
originaux. 

M. Pichnn comninnique des observations sur liiiterprétation 
de quelques passages de //. 1/7 /yocV/yz/c d' Horace. 



M. 1 )n;ri,Ai'(iv a la parole pour une cuminunicatioii : 
« Au conimmcement de cetle année, la générosité de M. le 
dwi' (le Ldub.it, correspoiidaiil de T Acadi'niie , a ])ermis à la 
Société française des l'ouille< ai-c-ht'dlogiques de diriger une mis- 
sion en Arabie. Cette mission, conliée à deux Pères dominicains 
de l'Ecole bibli([ue de Saint-l<]lienne à Jérusalem, avait jKuir but 
Teïma. Des diflicullés insurmontables ont empêché les Pères 
Jaussen et Savignac d'aLteindre Teima, mais les deux voyageurs 
ont exécuté une mission très intéressante, très dangereuse aussi, 
(Ii'mI (111 eoiiiijiil déjà le> premiers rêsull;lt^. II- -oui coii-.ignés 
dans deux lettres que M. I )ieulafoy lil à I.Académie. .\vant que 
les rapports ne par\ ieniieiil. on peut citer à litre de document 
un cadran solaire uabatéen — le premier connu — qui porte la 
signature du scnlpteui- rpii l'a ciselé ou pliil('il. à mon avis, de 
1 astronome (pii la eoiisli iiil : 

MniiHssc hitr .\;il;i/uin chitlnnt. » 



SÉANCE DU 21 JUl^ 11)07 315 

Voici la seconde des lettres des PP. Jaussen et Savignac : 

Jérusalem, le 2 juin IVI()7, 
Monsieur le Pi-ésident, 

Parmi les documents rapportés de notre voyage en Arabie, il en 
est un qu'il peut être utile de vous communicjuer sans retard. C'est 
un cadran solaire nabatéen, le premier qui ait été signalé juscju'à ce 
jour, du moins à notre connaissance. Il a été trouvé par les soldats 



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Cadran solaire nabatéen. 

(jui travaillaient an chemin de fer de Tlledjaz, à 1.800 mètres environ 
au Sud du Qala'a de Medaïn Saleh, sur l'emplacement présumé de 
l'ancienne ville dHégra. Comme dans ces parages les petites pierres 
font défaut, le génie militaire préposé à la construction de la ligne a 
pensé que le moyen le plus simple de se procurer du ballast était 



316 SÉANCE DU 21 .iriN 1907 

flextrairc du saljle ul de concasser les lesles des anciennes construc- 
tions situées non loin de la voie ferrée. C'est en se livrant à ces 
loiiilles archéologiques diin nouveau genre que, le 2."> avril dernier, 
les ouvriers mirent à jour le monument en question. Ils reconnurent 
par hasard une ligne d'écriture el eurent le bon esprit de mettre la 
j)ierre de côté; le cajjilaine Louffi ell'endi , chef du détachement, la fit 
porter au camp on nous fûmes admis à la voir, à la mesurer et à en 
]>rendre un croquis. (Tesl un petit hloc de grès mesurant à la hase 
0™ 3ij de large et au sommet 0™ 38, sur une hauteur de 0™ 42 et une 
épaisseur moyenne de 0™ i"). La partie antérieure a été travaillée 
avec soin: le bas alfecte la forme d'un socle sur le devant du(|uel se 
trouve un cartouche en creux avec une inscription nabatéenne en 
relief; une cassure a enqjorté un angle, mais l'inscription n"a pas été 
trop abîmée. Au dessus de ce socle on a ménagé une manière de 
])ied, large de 0™ il et haut de " 00, supportant le cadran propre- 
ment dit. (iciui-ci est formé par une surface concave» égalant un quart 
de splivrc dont le diann'Uc esl de 0™ 26; ci'lle surface est divisée 
en douze parties égales par onze lignes distantes l'une de r^ulrc sur 
le bord de U '" 03 et coupées par un arc de cercle. Au centre d'où 
])artent les lignes, la pierre jjorle une entaille île quehjues milli- 
mètres de profondeur faite sans doute pour recevoir une pelilc 
pla(jue dcî métal; an dessus, en arrière, se trouve le Irou ilaiis iccpicl 
était fixée la tige (l('sliu(''e à projeler l'oniljrc. i,c cr()(|uis joint ;i cette 
lettre, ainsi (ju'une photographie, si imparfaite soit-elle, vous don- 
neront mieux qu'une longue description une idée de ce monument 
sur lequel il y aura lien sans doute de revenir i)lus lanl. 

Nous vous envoyons aussi dans le mènic pacpirl un estampage de 
l'inscription, (lelli'-ci n'est autic chose, seniiiie-t-ii. (piiun» sii^nature 
de l'artiste; ncnis avions cherché à y voir tout d'alxn'd une allusion à 
la nature de l'instrument, mais pour le moment nous nous sommes 
arrêtés à la lecture de D'^U? "IPtZ "^2 XlL'Ja qui parait la plus vrai- 
semblable d'après l'estampage; dans nos copies cepend.mt , nous 
avions noté que la 6^ lettre, dont la partie supéiieure a disparu, pou- 
vait être liée avec la suiv;iule. ce (pii aur.iit doniu- un ; au lieu 
d'un "^. 

Nous avons tenu ;i \ous iul'orin<'r di' suiti' de lintc-i'essanle ti'ou- 
vaille, afin (pic \ olre Société et 1 AcnliMuir des inscriplious cl hcllcs- 
lettres en aient la priiucui" et (juelh's soient mises en gardi- contre 
les faux bruits ipion pourrait ré|)andre. 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de notre j>ro- 

fond respect, 

PP. Ant. Jaussen, 

cl liay. Saxiguac. 



LIVRES OFFERTS 3 1 7 

M. Gagnât communique le télégramme suivant qui! vient de 
recevoir de M. Merlin, directeur du Service des antiquités et des 
arts en Tunisie : 

Tunis, 21 juin. 

Drappier, après avoir vu olijets, confirme ce matin de Mahdia 
découverte sous-marine de statues Adolescent, Priape, Bacclius, 
fragments d'arcliitecturo, le tout on bronze. 

Merlin. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel ofTre, au nom de .M. Holleaux, directeur 
de l'Ecole française d'Athènes, le fascicule IV-VIl (avril-juillet 1907) 
du Bulletin de correspondance hellénique (Paris, 1907, in-8°, avec 
7 planches). 

M. Cagxat offre à l'Académie, de la part de M. C. Jullian, profes- 
seur au Collège de France, deux brochures : 

« La première est la leçon d'ouverture qu'il a faite cette année au 
début de son cours. Elle est intitulée: La structure et le sol de Paris. 
Avec ce talent d'exposition et cette finesse d'analyse dont il est cou- 
tumier, M. Jullian y montre que Paris était géographiquement 
destiné à devenir la capitale des Gaules et ensuite de la France : il 
est le centre où viennent aboutir et se couper toutes les routes qui 
traversent le pays; il offrait aux arrivants une place forte oi^i ils 
pouvaient se mettre à l'abri, une ville marchande où ils trouvaient à 
exercer leur commerce; c'était une cité sainte ouverte à tous les 
dieux. Joint à cela que la nature y est gaie et harmonieuse, le sol 
riche en bois do construction et en pierre, en pain et en vin, le milieu 
propice à l'éclosion des letti-és et des poètes. Cet éloge de Paris 
dans la bouche du méridional qu'est notre confrère prouve, une fois 
de plus, que Paris en l'appelant dans son sein a fait, de toute façon, 
une» bonne alTaire. 

1906 22 



318 SÉANCE DU 28 .iriN 1907 

« La seconde brochure traite d'Ani/usIin Thierrij et du moiivemenl 
histori/fur nous la Bcslaurullon. M. .killian y montre la révolution 
historique et littéraire dont Aug. Thierry a été un des auteurs, ana- 
lyse à cet égard les tendances de l'époque où il a vécu et trace ainsi 
le résumé de son œuvre : « Au début c'est un journaliste qui se sert de 
rhistoii'o pour aider le présent ; » la fin cest l'historien (jui n'a 
d'autre i)ul c[ue de rendre justice au passé. C'est l'ascension de 
Ihomme vers le travail désintéressé, la marche progressive vers la 
vérité, l'aspect graduel de son âme par la lumière. ■■ La lecture de 
cette brochure est aussi instructive qu'agréable. » 

M. Gagnât offre ensuite, en son nom, une brocliure inlilulée : A 
Uoinnn Ban-Relief froni Ilrcmeniiini (London, 1907, in-8» ; rcpriiiled 
from Tlic .ircliHeolof/ical .loiirn.il. vol. LI\'. n" 2"i3). 



SÉANCE DU 28 JUIX 



PRESIDENCE HH M. SAI.OMdN HKIN.XCU. 

M. G. BoissiER, revenaiil sur la coiiiinuiiicatioii l'aile par 
M. René Pichon dans la séance précédente, e.xplique le sens des 
vers 350 et suivants de VArl poétique dllorace. Selon lui, ces 
vers ne se comprennent bien que si l'on sesouvicnL en leslisaiil. 
de la personnalité chanj^eante d'Horace. Il conclut en disant qu'il 
ne faut pas tenter de rien changer au texte de ce passage <?t que 
le mot indignor doit y être pris dans son sens le plus fort : « je 
me mets en colère ». Il expose ensuite l'idée qu"IIorace se faisait 
de l'épopée et du merveilleux, idée (pii reparaît dans les auteurs 
français (hi wii'" siècle et (|iii n"a commencé à être ébranlée que 
par \'(iltaire. 

M. Hréal ajoute quelques considérations sur les appréciations 
diverses émises au sujet des Iciuianci's ([11011 a cru |iiHiviiir 
drdiilrr des (r'iivrcs d'IIoinère. 

.\ prupiis de la <léioii\ erlc réccmiiRMil signalée à l'Académie 
d'un vase an carlrjuclic d "Amasis provenaiil d 1111 tombeau 
puni(pic de Hordj-Djédid. M. (lauckler. correspondant de 1" Aca- 



SÉANCE DU 28 JUIN 1907 '^\9 

demie, donne quelques renseig-nemenls sur un vase analogue 
qu'il a trouvé dès l'année 1899 dans un tombeau du vi" siècle de 
la nécropole de Dermech. à Carthage *. 

M. Tabbé TuKDENAT, au nom de la Commission des antiquités 
nalionales, fait connaître les résultats du conci^urs : 

l"" médaille : M. Adrien Hlancliel, Les enceintes romaines de 
la Gaule; élude sur lOrif/ine d'un cjrand nombre de villes 
romaines. 

2'^ médaille : M. Jacotin, Preuves de la maison de PoUgnac. 

3'' médaille : M. le chanoine Jules Chevalier; I. Mémoires pour 
servir à Ihisloire des comtés de Valenlinois el de iJiois^ t. II; 
II. Le mandement d'Kghiy el V abbaye de Léoncel. 

A^ médaille : M. Tabbé Angot, Epigraphie de la Mayenne. 

1'" mention : MM. .1. \ iard el Iv Depre/, Chronique de Jean 
Le Bel. 

2*^ mention : M. .1. Roman, Description des sceaux des familles 
seigneuriales du D;niphiné. 

3" mention : M. Eugène Martin-Chabot, Les archives de la 
Cour des comptes, aides et finances de Montpellier. 

4" mention : M. labbé Cazaurau, Cartulaire de Berdoues. 

W' mention : M. Léon Gauthier, Les Lombards dans les deux 
Bourgognes. 

6'' mention: M. Ktienne Guillemot, Les forêts de Sentis; 
étude sur le régime des forêts dllalatte, de Chantilly el d'IIer- 
menonville depuis le moyen âge jusqu'à la Révolution. 

7** mention : M. Louis Jacob, I. Le royaume de Bourgogne 
sous les empereurs franconiens, 1038-1125; II. La formation 
des limites entre le Dauphiné et la Savoie, Il iO- 1760. 

8^ mention : M. E. Picard, L'écurie de Philippe le Hardi, 
duc de Bourgogne. 

9" mention : M. André Philippe, La baronnie du Tournel el 
ses seiqneurs. 

M. Bartii fait le rapport suivant : 

« \'otre commission d'Extrême-Orient a pris connaissance des 
propositions qui sont faites par M. Maître, directeur de l'Ecole 

1. Voir ci-après. 



320 VASE ÉGYPTIEN TROl'YÉ A DEKMECH 

(le Hanoï. Elle les approuve el recommande à l'Académie de 
proposer M. Maybon comme stag^iaire.» 

Les propositions de la Commission sont adoptées; elles seront 
soumises à la sanction de M. le Gouverneur général de llndo- 
Ghine. 

1/Académie décide que l'élection d'un membre libre eu rem- 
placement de M. Jules Lair, décédé, aura lieu le 6 décembre. 



COMMUNICATION 



NOTE SUR UN VASE ÉliVPTIEN EN FORME DE GOURDE 
TROUVÉ DANS LA NÉCROPOLE PROTOPUNIQUE DE DERMECH , 

A CARTHAGE, 
PAR M, GAUCKLER, CORRESPONDANT DE l'aCADÉ.MIE. 

Dans une note adressée à l'Académie des inscriptions le 
Il juin dernier, au sujet de la découverte, dans un tom- 
beau punifjue de Bordj-Djedid, d'une amphorisque ég'vp- 
tienne portant le cartouche d'Amasis, M. Merlin a remar- 
qué avec raison que l'on n'avait rencontré jusqu'ici à Car- 
thage qu'un seul vase de forme analoi;ue, aujourd'hui con- 
servé au musée du Bardo. 

Ce vase provient de la région la plus ancienne de la 
nécropole de Dermech, que j'ai fouillée il y a huit ans '. Je 

1. J'ai rt'-suiiiL: les résultais do ces l'oiiillos, au l'ur el à mesure des décou- 
vertes faites, dans une série de coniniunications de détail adressées à la 
('omniission archéolof.'-iciue de rAfi-i(|uc du Noi-d ("oiiiité des Travaux 
historiques), ou à lAcadémic îles inscriptions et belles-lettres. \'oir 
notamment les notes insérées : 1° dans le Bulletin nrchéologi<iue du 
Comilé — année IS9!>, p. cxi.viii, i:i,viii. ci.ix à ci.xiv, c.lxxi à clxxii, cciii. 
c.cxi ; — année 1000. p. cxxviii à c.xxxi, cxi, à cxi.v, ci.vii h ci.x, clxm, 
ci.x.wi à CLXxx ; — année HiOl, p. ci.xxxi à ci.xxxii, ccxxii et suiv., 127 



VASE ÉGYPTIEN TROUVÉ A DERMECH 321 

l'ai trouvé, le 10 octobre 1899, dans le 135'' tombeau que j'ai 
ouvert. Il est demeuré inédit, comme la plupart des objets 
antiques que j'ai recueillis à Carthag-e, et dont j'ai réservé 
la publication pour le Supplément, en préparation, du Cata- 
logue du musée AlaouiK L'importance particulière qu'il 
acquiert aujourd'hui, en raison de sa ressemblance avec 
l'ampliorisque d'Amasis, me décide à présenter à l'Acadé- 
mie le dessin de ce vase, et à lui communiquer, en ce qui 
concerne la provenance exacte de celui-ci , les renseig-ne- 
ments circonstanciés que j'avais consignés sur place dans 
mon carnet de fouilles, au moment même de la trouvaille. 
Le tombeau n'' 135, où je l'ai recueilli, est situé au 
pied des premières pentes de la colline de Bordj-Djedid, à 
quelques mètres au Nord-Ouest de la basilique byzantine de 
Dermech que j'avais déblayée au cours de l'été 1899 -, et à 
peu près au même niveau, à 5 mètres de profondeur au- 
dessous du sol moderne. Pour éviter un déblaiement coû- 
teux, je renonçai à décombler le puits d'accès dont j'avais 
repéré l'orifice, et c'est par un tunnel pratiqué horizonta- 
lement dans le sable vierg-e, à partir du baptistère annexé 
à la basilique, que j'atteignis la porte du caveau. 

à 138 ; — année 1902, p. ci,iv à clviii, clxxxiii à clxxxv ; — année 1903, 
p. 410 à 420; — année 1904, p. clxxxv et cxcv. 2° clans les Comptes rendus 
de i Académie des inscriptions, t. XXVII, 1899, p. 156 à 165, 335 ; t. XXVIII, 
1900, p. 14, 16 à 22, 171, 176 à 207, 294 ; t. XXIX, 1901, p. 433 et 603. 3° dans 
les Comptes rendus de la Marche du Service des Antiquités et Arts de 
Tunisie en 1899, p. 6 à S et 11; — en 1900, p. 6 à 8 et 15 ; — en 1901, 
p. 8 à 11 et 19 ; — en 190:2, p. 5 à 9 et 27 à 29 ; — en 1903, p. 6 à S et 31. 
— Cf. aussi G. Perrot. Le musée du lîardo et les fouilles de M. Gauckler, 
dans la Revue de IWrt ancien et moderne, t. VI, 1899, p. 1 à 18 et 98 à 116, 
et P. Gauckler, Les fouilles de Tunisie, dans la Revue archéologique, 1902, 
II, p. 369 à 389. 

1. Feu La Blanchère et Gauckler, Catalorfue du Musée Alaoui, in-8° 
avec 43 planches hors texte, 1897. — Le Supplément de ce Catalogue, dont 
la première partie est actuellement sous presse, contiendra la description 
de tous les objets découverts dans les fouilles que j'ai dirigées en Tunisie 
de 1896 à 1905. 

2. Cf. Gauckler, C. R. Acad. inscr., 1901, p. 603 et Marche du service en 
1899, p. 6 et 7. 



322 VASE ÉGVPTIL.N TR(JLVi: A DERMECH 

Un monolithe, haut de 1 '" 60, larfi^e de "' 70 et épais 
de "' 30. dressé verticalement et sencastrant dans l'ou- 
verture de la chambre funéraire qu'il bouchait herméti- 
quement, avait parfaitement protégé celle-ci contre lenva- 
hissement des terres. La tombe ne portait aucune trace 
de violation. Elle était demeurée intacte, dans létat même 
où elle se trouvait au moment de la déposition du cadavre, 
il y a deux mille cinq cents ans. Le caveau mesurait , à 
l'intérieur, 1 '" 00 de haut, 2'" 20 de long et G™ 95 de 
large. Il était construit en blocs de calcaire coquillier, 
bien équarris . de grande taille. Le toit était formé de 
larges dalles transversales, assemblées avec soin, posées à 
plat au lieu d'être contrebutées. et doublées d un plafond 
en cèdre que la pourriture avait fait tomber en poussière. 
Les parois étaient toutes revêtues d'une épaisse couche de 
stuc, d'apparence saccharoïde et dune éclatante blan- 
cheur, qui s'étaient détachées à demi de la pierre, et pen- 
daient par grandes lames cristallisées, sonores comme du 
métal. 

Sur le sol dallé était étendu un squelette de femme 
adulte, très décomposé, mais facilement reconnaissable 
cependant au développement très accusé du bassin. La tête 
était à l'Ouest, vers le fond du tombeau, les pieds vers l'ou- 
verture, du côté du soleil levant, comme c est la règle 
dans les tombes protopuniques. 

A la place de l'oreille droite, je recueillis, parmi les 
cendres, le pendant d'or massif qui caractérise à Carthage 
les sépultures les plus anciennes, jusqu au v" siècle, et que 
remplace ensuite l'anneau d'or aux extrémités enroulées 
sur lui-même : c'est une croix en tnn , surmontée dune 
anse ovale. Le cou était entouré d un riche collier, formé 
de perles, d'olives, de barillets en cornaline rouge-sang, 
en agate l'ubannée noire, brune ou blanche, en émail jau- 
nâtre ou turquoise, alternant avec des globules d or fin 
striés ou godronnés; puis des figurines en pâte de verre, 



VASE ÉGYPTIE^ TROUVÉ A DERMECIl 323 

oiidja, Horiis et Bês ; des pendeloques sphériques en or ou 
en cornaline; deux disques d'or, Fun figurant le croissant 
de la lune retombant sur le globe solaire ' ; l'autre, avec 
ombon central et bourrelet de pourtour rentrant en pointe 
à la partie inférieure, reproduisant exactement la forme du 
célèbre pendant de collier qui porte une dédicace archaïque 
à Astarté Pygmalion-; enfin, au centre, un médaillon habi- 
lement ciselé, d'un modèle fort en vog-ue à Garthage et 



dont nous avons découvert, le P. Delattre et moi, divers 
spécimens analogues, sinon absolument pareils '^ Celui du 
tombeau 1 35 se compose d'une plaquette d'or en forme de 
niche, haute de 0'"0i6, large de 0'" 014, épaisse de 

1 . Comparez aux bijoux analof^ues trouvés dans la nécropole de Douimés, 
l)ar exemple, Delattre, Cosmos, 1897, p. 757 et fig. — Ph. Berger, Musée 
Lavigerie de Saint-Louis de Carthayc, p. 230 et pi. XXXII, n° 13. 

2. Cf. Ph. Berger, C. B. Acad. inscr. 1000, p. 220, et Musée Lavigerie... 
p. 43, n" 4, et pi. VI, n" 8 (à corriger en n" 4). 

3. Cf. par exemple Ph. Berger, ibid., p. 230, pi. XXXII. n" S. 



324 VASE ÉGYPTIEN TROUVÉ A DERMECH 

'" OOlo, rectanfi^ulaire à la base, cintrée au sommet, et 
surmontée d'une large bélière. Dans le champ évidé, 
qu'entoure un cadre à double rang de perles, se détache 
en relief, sur un autel à gorge égyptienne, un flacon en 
grènetis à large goulot et sans anse, accosté de deux uraci 
dressés, coiltes du globe astral, .\u-dessus plane Tépervier 
solaire, aux ailes symétriques largement éployées (fig.)- 

Il n'y avait pas d'autres bijoux. La défunte tenait de la 
main droite une coupe, formée d'un œuf d'autruche scié par 
le milieu, et décoré au pourtour d'une zone de fleurs de lotus 
et de palmettes, sommairement indiquées en rouge et noir 
par quehjues touches de pinceau. 

Sur la poitrine étaient déposés plusieurs autres frag- 
ments d'œuf d'autruche, rondelles ou quartiers, peints de 
figures grimaçantes, qui jouaient le rôle d'apotropaïa. 

La main gauche reposait sur un vase à parfum égyptien 
en bronze, d'un type fort rare et très particulier, qui n'a 
jamais été rencontré ailleurs à Carthage, et dont le musée 
du Caire lui-même ne possède, je crois, qu'un seul exem- 
plaire '. C'est un flacon tronconique à fond plat, sans anse, 
haut de O.I2o. La panse, renflée vers le sommet, et attei- 
gnant dans sa plus grande largeur 0.07 de diamètre, ne 
mesure (jue 0.0 i à la base. Elle ne présente aucun ornement. 
Au-dessus , le goulot , très étranglé et très court . mesure 
seulement 0.018 de diamètre. L'orilice est entouré d'un 
disque horizontal large de 0.0 i, (pii se creuse sur la tranche 
d'une rainure striée, faite pour retenir la capsule qui servait 
à boucher le flacon. Le métal, d'excellente qualité, homo- 
gène et sonore, est recouvert d'une belle patine. La forme est 
bien conçue, et de style très sobre. Elle rappelle le type de 
ces vases rituels, placés sur un auld . (jui sont assez sou- 
vent représentés au sommet des stèles votives à Baal 



I. Cr. CiilHUiijuv ijciienil des nnliqiiHés êmiplienncs ilu miixèe ilii Cuire. 
— Fr. de Bissing, MeUiUfjefaesse, j). 10, n" 319s. 



VASE ÉGYPTIEN TROUVÉ A DEHMECII 325 

Haman et Tanit Pêne Baal '. et que reproduisent aussi 
nombre de bijoux d'or protopuniques-, notamment le médail- 
lon que je viens de décrire. Comme ceux-ci, le flacon de 
métal du tombeau 135 semljle avoir joué un rôle symbo- 
lique et rituel. 

Diverses poteries complétaient ce mobilier funéraire. 
Tout d'abord, les six vases puniques réglementaires : deux 
Jurandes hydries, dressées dans les angles du caveau à droite 
et à gauche de l'entrée, l'une en forme d'obus, à base 
conique et large orifice circulaire, sans goulot, l'autre à fond 
plat, à panse ovoïde, et couvercle hémisphérique; puis deux 
oenochoés , l'une à bouche tréflée , l'autre à orifice rond 
entouré d'un marli aplati, toutes deux déposées au fond de 
la chambre, à droite, avec la bilvchnis habituelle en forme de 



soucoupe reposant sur une patère. La lampe avait été allu- 
mée et les deux becs étaient souillés de suie. Ces vases de 
fabrication locale se distinguent par leurs formes archaïques, 
massives et trapues, leurs contours nets et heurtés, leurs 

1. Cf. par exemple Ph. Berger, Musée Lavigerie..., pi. III, ^i, et pi. IV, 2. 

2. Cf. Ph. Berger, IhkL, pi. XXXII, S. 



326 



VASE EGYPTIEN TKOUVE A DERMECII 




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VASE ÉGYPTIEN TROUVÉ A DERMKCIl 327 

divisions logiques, bien accusées, que soulignent des zones 
de peinture rougeàtre largement appliquées sur une arg^ile 
brune, au grain serré, bien cuite, lisse et brillante. Ils ne 
peuvent donc être postérieurs avi vi'' siècle de notre ère. 

Us étaient accompagnés de quelques poteries de fabrica- 
tion étrangère. Le long du mur, à droite, étaient déposés 
deux vases étrusques en hucchero : un beau skyphos, à 
anses hautes et bien détachées; une oenochoé à large 
goulot cylindrique et bouche légèrement trilobée. 

Près de l'épaule gauche du squelette gisait un petit ary- 
balle corinthien, à panse sphérique , goulot très court et 
orifice plat, décoré avec beaucoup de goût de figures inci- 
sées et peintes, en noir brillant, rehaussé de rouge et de 
brun. La panse est occupée par une large zone ornementale 
figurant, au centre, deux hoplites grecs, casqués et vêtus 
d'une courte tunique, qui se combattent face à face avec la 
lance et le bouclier rond. Deux sphinx aux ailes recourbées, 
accroupis et alfrontés, encadrent le groupe principal, tour- 
nant le dos à deux éphèbes agenouillés, qui retournent la 
tête en arrière pour regarder la scène du combat. Les vides 
sont remplis d'ornements accessoires : rosaces, palmettes, 
oiseaux aux ailes éployées. Cet aryballe, d'un style très 
pur, est, parmi les nombreux vases corinthiens qui ont été 
recueillis dans les nécropoles de Carthage, l'un des mieux 
conservés et des plus élégants. 

Enfin, entre les jambes du squelette, au-dessous du bas- 
ventre, était déposé le vase égyptien qui fait l'objet de 
cette note '. C'est une gourde en terre blanchâtre, d'aspect 
sableux, actuellement encrassée d'un dépôt calcaire de cou- 
leur brune, mais qui devait avoir été recouverte à l'origine 
de cet enduit opaque et mat, rappelant par son ton verdàtre 
l'aspect de la turquoise morte, qui manque rarement sur les 

1. J ai fait allusion à ce vaso dans mon article sur c Les fouilles de 
Tunisie», Jiev. arch., 1902, II. p. ••5T;< : (.ampoules égyptiennes, qui ne 
peuvent généralement pas être postérieures au xn" siècle de notre ère. » 



328 



VASE ÉGVPTIEN TROUVÉ A DEKMECH 



vases analogues découverts en Egypte *. Cet engobe, à base 
de cuivre, semble avoir été rongé par Thumidité du caveau 
et par le sel marin dont les sables de Dermech sont tou- 
jours fortement chargés. Il n'en reste plus trace aujour- 
d'hui. Le vase, peu bombé, se compose de deux calottes 




sphéri({ues, de même diamètre, réunies par un bandeau plat 
en fer à cheval, qui fait le tour de la panse, et vient enserrer 
le goulot de ses deux extrémiU's (jui se recourbent gra- 



1. Ciiiiipiui/. notamment » la série des fîonrdes plates de b<inne aiinôr, 
conservées au iiinst'c du Louvre, el pioxcnanl pioscpu- Innlos de la collec- 
tion Clot-Hoy, notaniTiienl N. 50s. N. «tj'j, N. 900. Cf. de l{ou^-é-l'ierrel. 
Descripl. soinm. des sullcs du musée éyyplien, p. 83, qui avec raison com- 
pare leur forme à celle des eulo([ies chrétiennes. 



VASE ÉGYPTir:^ TROUVÉ A DERMECH 329 

cieusement pour former deux petites anses fig-urant des 
têtes de gazelle. Siu- le vase d'Amasis trouvé à Bordj- 
Djedid, les anses ont disparu. Sur les vases semblables 
découverts en Egypte, elles sont le plus souvent formées de 
deux cynocéphales accroupis K Le goulot cylindrique, très 
court, se renfle à l'orifice comme un chapiteau lotiforme : 
au-dessous des anses, la gourde est décorée d'une large 
collerette de style purement égyptien, avec cinq zones super- 
posées d'ornements géométriques, — denticules, disques 
et bâtonnets, dents de scie, folioles lancéolées, — imprimés 
à l'estampille avant la cuisson, sur la terre encore fraîche. 
D'ailleurs aucun autre ornement, ni sur la panse qui, dans 
les amphorisques analogues, porte souvent le cartouche 
d'un pharaon : Amasis ou Apriès, ni sur l'anneau de pour- 
tour où apparaît d'ordinaire un texte hiéroglyphique expri- 
mant des souhaits de bonne année -. 

Somme toute, des diverses pièces qui composent ce 
mobilier funéraire, aucune n'a par elle-même une impor- 
tance exceptionnelle : mais leur réunion dans un même 
tombeau punique leur donne cependant un très grand 
intérêt. Il est rare partout, et surtout à Carthage, de ren- 
contrer sur un même point un choix de pièces aussi diffé- 
rentes d'origine et de nature, et dont les types, très carac- 
téristiques, concordent aussi exactement au point de vue 
chronologique. 

Les poteries de fabrication locale, par leur ressemblance 
avec les vases phéniciens de la côte de Syrie et des 
îles voisines, nous reportent au temps où la Carthage pri- 
mitive était encore profondément imbue des traditions 
artistiques et des procédés céramiques de la mère-patrie. 

1. De Roufic-Pierret, Ibid. 

2. Cf. Calaloyiie (jénéral des antiq. égypt. du musée du Caire. Fr. de 
Bissing, Fayenzgefaesse, p. 4, n°^ 3626 et 3627, attribués sans preuve à la 
XVIIP dynastie, et p. 43 et suiv., n"' 3738 et 3749 {XeujahvsfLische), 
d'époque saïte. 



330 VASE ÉGYPTIEN TROLVÉ A DERMECH 

Les vases en hiicchero sont identiques à ceux que Ton 
retire des nécropoles it;ili([ues des vu*" et vi'' siècles avant 
notre ère. 

L'aryballe corinthien ressemble à s'y méprendre aux 
vases peints de ce type qui, à la même époque, g-arnissaient 
les sépultures de la Grèce ionienne, et des iles de la région 
de Rhodes. 

La gourde égyptienne enfin remonte également à la 
même période. C'est un produit de l'industrie du Delta, 
fabriqué à l'époque saïte. Les vases de ce genre n'appa- 
raissent en Egypte qu'avec la XXVP dynastie. Ils furent 
très employés pendant quelques années pour les cadeaux 
d'étrennes, mais leur vogue dura peu. Les plus récents 
remontent au règne d'Amasis. De ce nombre est celui qui 
vient d'être découvert dans le tombeau punique de Bordj- 
Djedid. Le mobilier funéraire avec lequel il a été refcueilli 
est, il est vrai, beaucoup plus récent, puiscju'il comporte des 
monnaies puniques, (|ui ne peuvent, en aucun cas, être 
antérieures au iv*^ siècle avant notre ère '. Mais il me paraît 
évident (jue le A'^ase lui-même ne faisait point partie inté- 
grante de ce mol)ilier, auquel il s'est trouvé mêlé d'une 
fac^-on accidentelle. Il a été découvert en miettes, et 
incomplet : il manquait un quart de la panse et les deux 
anses. Il est, d'ailleurs, d'un style très pur. ([ui nous 
interdit d'y voir une contrefaçon de basse époqvu'. Le car- 
touche pharaonique (|u'il porte en son milieu indi([ue. à 
mon avis, la date exacte de sa fabrication. La gourde du 
tondieau L3o [)eut être un peu plus ancienne, mais ne sau- 
rait guère être antérieure aux environs do lan (iOO avant 
notre {'re. 

C'est la date (ju il (.onvient, selon toute ajjparence, 
d'assigner au tombeau lui-même. 

Or ce monument funéraire est sitiu' ii la lisière dv la pre- 

1. Sur la diilo de l'introdufLion de la mminaie à (^ai lliauc. il". Miillfi'. 
Niiniiamuliiiiw ilc l'uitciennc .\ /'rifiiir. I. II. p. 72. 



I 



LIVRKS OFFERTS 331 

mière rég^ion de la nécropole protopuniqiie de Dermech ', 
encore tout égyptienne d apparence, et qui ma paru remonter 
aux viu'' et vu"' siècles avant notre ère. A quelques mètres 
en amont, commencent les rangées des sépultures plus 
récentes (vi^ et v"" siècles), dont le mobilier prend un caractère 
tout différent, sous l'influence de l'art grec. Le tombeau 133 
appartient, lui, encore à la première série : il fait partie de 
ce groupe de chambres sépulcrales bâties en grandes dalles 
ou simplement creusées dans le sable, et de sarcophages 
construits en blocs juxtaposés ou monolithes, d'où j'ai 
retiré les séries si curieuses de masques de terre cuite gri- 
maçants, réalistes ou symboliques, les statuettes dAstarté 
assise ou debout, les moules à décor chypriote, les scara- 
bées de jaspe sarde, les bijoux d'or massif des types cartha- 
ginois les plus anciens, les étuis métalliques à tête de chatte 
ou de bélier, enfermant des lames enroulées, gravées de 
figures divines. Tous ces objets, dune si haute impor- 
tance pour l'histoire de l'art, sont fort ditliciles à dater, en 
1 absence de toute inscription ou monnaie pouvant fournir 
un point de repère chronologique. La découverte du vase 
d'Amasis, en nous permettant de préciser la date d'un des 
principaux tombeaux de Dermech , apporte donc une con- 
tribution fort utile à l'archéologie de Carthage. 



LIVRES OPTERTS 



M. DiEULAFOY dépose sur le bureau le volume qu'il vient de publier 
sous le titre suivant : Le Théâtre édifiant : Cervantes. Tirsu de Molina. 
Calderon (Paris, 1907, in-8°). 

M. Ilartwig Derenbourg a la parole pour un hommage : 

« Aboû l-Mahâsin Yoûsouf Ibn Tagrîbardî,né en diil au Caire, où 

1. Sur les différences de caractère de ces deux régions, cf. Gauckler. Les 
fouilles de Tunisie, Revue ardu, 1902, p. 372 à 378. 



332 LIVRES OFFERTS 

il mourut en 1400, a composé une chronique année par année et des 
obituaircs, successivement étendus juscju'en 1467, de TEgypte et des 
pays adjacents. F. G. Juynl)oll et Malthcs ont donné en 18o.")-i861 
une excellente édition de ce texte historique, depuis la conquête mu- 
sulmane au commencement de Tan 21 de 1 "hégire, à la fin de Tan 641 
de notre ère, jusqu'en 365 (975-976). L'Université de Californie à 
Berkeley reprend le travail interrompu pendant ])res(pie un demi- 
siècle et, dès cette année, les professeurs Gottheil et Popper comptent 
publier un premier volume de la continuation. Comme leurs prédé- 
cesseurs de Leyde, ils feront surtout appel aux admirables manu- 
scrits de notre Bibliothèque nationale, n°* 1771-1790, accrus mainte- 
nant des n°^ 4948 et 0O6."i, autographes ou exemplaires comtempo- 
rains de l'auteur. C'est à ce trésor unique que M. E. Fagnan, profes- 
seur à l'Ecole des lettres d'Alger, a emprunté aussi les éléments de 
la plaquette (juc j'ullVe de sa part à notre Compagnie : En-Nojoum 
ez-znhira [Extraits relatifs au Maghreb). Le court avant-propos, la 
traduction et l'index de M. Fagnan ne méritent que des éloges. Il 
nous donne une nouvelle et précieuse contribution au passé de 
l'Afrique septentrionale, suite naturelle des ouvrages arabes qu'il a 
si bien mis à la portée du public français : Les Almohades de Merrâ- 
kechi (1893), ceux de Zerkechi (1893), Vhtihrar (1900), les Annales 
du Mar/hreh el de l'Espagne, par Ibn El-Athir (1901), Bai/ano 'l-Mogrib 
(1901-1904, 2 vol.). Cette bibliothèque spéciale, cpii n'est pas close, 
procède du même esprit sagement patriotique dont s'inspirent les 
Archives marocaines, la Revue du monde musulman et le Bulletin du 
Comité du Maroc. » 

M. Heuzev a la parole pour un Iif)mmage : 

« J'ai Ihonneur (rolTiii' à l'Académie, de la part de M. Ililprecht, 
(pialro nouveaux volumes de la [)ublicatioii ipiil dirige sous le titre 
de BaJjijlonian Expédition of Ihe Unicersitij of Pcnsylvan'ia (Phiiadel- 
phia, 1906, 4 vol. in-4"). Il s'agit des recherches et des fouilles exé- 
cutées, sous le patronage de cette Université américaine, principale- 
ment à Niiïer (l'ancienne \ippam), et sur quelques autres points de 
la Babylonie. C'est une pui)lication de textes cunéiformes ajiparte- 
nant à la catégorie si nombreuse des tablettes d'argile. 

" Trois de ces volumes sont dus aux savants collaborateurs ipie 
M. Ililprecht a allacliès à son (puvre : M. llciinaiiii l{aid<e \nn\v les 
tablettes juridi([ues de la première dynastie babylonienne, el M. .\lbert 
CMay pour les documents d'archives et de comptabilité elc Képocjuc 
des rois khassites. 

« Un quatrième volume, qui est l'u'uvre personnelle de M. Ililp- 



LIVRES OFFERTS 333 

recht, contient des textes cFun autre ordre: ce sont des documents 
niatliématiques et chronologiques, gravés également sur des tablettes 
de la même matière. L'auteur en a extrait toute la substance scien- 
tifique dans une série de mémoires, i-éunis sous forme d'introduc- 
tion. Je signalerai ses observations sur la mathématique des Baby- 
loniens, sur ce qu'il appelle «la mystique des nombres», sur les 
relations entre le cycle babylonien de 36,000 ans et le mafjnus nume- 
rus platonicus des anciens astronomes, indiquant la connaissance, à 
une époque reculée, do la précession des équinoxes. 

« N'étant pas mathématicien; et encore moins astronome, j'attirerai 
de préférence l'alU'ntion de l'Académie sur un document d'un grand 
intérêt pour l'histoire. C'est une tablette chronologique, malheureu- 
sement incomplète, qui donne les listes de plusieurs dynasties 
locales de la Basse Chaldée, avec la filiation des rois et l'indication 
des années de règne. La liste de la ville d'Our, comprenant cinq 
règnes en 118 années et celle de la ville d'isin avec seize règnes en 
225 années, sont seules intactes. Nous y apprenons en particulier 
que les rois d'Our, que Ton divisait en deux dynasties, n'en formaient 
en réalité qu'une seule et se succédaient de pèi'e en fils d'Our- 
Engom à Hi-Sin. Il est certain que, si l'on retrouve quelques autres 
documents de cette précision et de cette valeur, les discussions des 
savants sur ce sujet seront singulièrement simplifiées et aplanies. » 

M. PoTTiER présente, de la part de M. Homolle, le premier fasci- 
cule du texte des Fouilles de Delphes (Paris, Fontemoing, 1906, 
in-i"). 11 a été rédigé par M. Paul Perdrizet, ancien membre de 
l'Ecole d'Athènes, aujourd'liui maître de conférences à la Faculté des 
lettres de Nancy. C'est un catalogue exact et savant qui compiend 
les armes et outils de silex de l'âge préhistorique, les objets de 
style Cretois et mycénien, les antiquités de provenance orientale. 

Puis viennent les bronzes de l'époque gi'ecque qui occupent la 
place principale, depuis les statuettes du type le plus ancien jusqu'aux 
œuvres de la période classique; un chapitre spécial est consacré aux 
animaux qui se sont rencontrés, comme à Olympie, en nombre con- 
sidérable; enfin les ustensiles et les armes terminent la série. Plus 
de .300 figures forment l'illustration répartie dans le texte; les plus 
beaux bronzes ont été reproduits en héliogravures dans deux fasci- 
cules précédents. 

Rappelons que la publication des Fouilles de Delphes comprend 

actuellement six fascicules de planches parus : un fascicule du 

tome II (Topographie et architecture), trois fascicules du tome lY 

(Sculptures), deux fascicules du tome V (Monuments figurés, petits 

190" 23 



334 



LIVRES OFFERTS 



bronzes et antiquités diverses). Le travail de M. Perdii/ct forme le 
premier fascicule de texte du tome V. 

M. Bahbieh de Mi;vN.\nr) oll're à TAcadéniie, au nom île l'Ecole des 
lettres d'Alger, le loiiir III des .4c<e.s du doTKjrès international den 
Orienfaliates qui s'est réuni à Alger en 1905 (Paris, 1907, in-8") : 

« Ce volume, dont 1" Académie a les prémisses — car il u"a j)as encore 
paru en librairie — est consacré aux éludes musulmanes qui ont été 
l'œuvre maîtresse de ce Congrès. Il renferme des travaux duu baut 
intérêt et signés de noms estimés dans les études orientales en 
France et à l'étranger, sur dilTérents sujets de philologie, d'bistoire 
et de littérature arabe, persane et turque. Je citerai en particulier 
une communication curieuse de notre confrère M. De Goeje sur cer- 
tains rites funéraires chez les Arabes préislamiles; des fragments de 
poésie arabe de notre correspondant M. Guidi : des recherches 
pleines de détails inédits sur les légendes relatives à Mahomet pen- 
dant le moyen âge et juscju'au xvm'' siècle par M. Martin; enfin une 
série de savantes monographies ducs à MM. Mercier, Joly et Dcspar- 
met sur les dialectes arabes de l'Egypte et de Mngreb. 

« L'ensemble de ces travaux remanpiables par leur variété et le 
soin avec lecpud ils ont été exécutés fait honneur au (Congrès algérien 
et à la savante direction que son présidiuil M. René Basset, directeur 
de l'Ecole des lettres, a su leur imjjrimer. C'est avec une véritable 
satisfaction (pie je présente à lAcadémie ce volume qui l'st la nu'il- 
leure preuve de la vitalité et des progrès des études orientales. >• 



i 



335 



APPENDICE 



RAPPORT 

SLR LES TRAVALX EXÉCUTÉS DAiNS l'ÎLE DE DÉLOS 

PAR l'école FRANÇAISE d'aTHÈiNES PENDANT l' ANNÉE 1906, 

PAR .M. MAURICE IIOLLEAUX, DIRECTEUR. 

J'ai riionneurde présenter à rAcadéniie mon rapport surles 
travaux poursuivis, en IDOG, par l'Ecole française d'Athènes 
dans 1 île de Délos'. L'Académie n'a pas besoin qu'on lui 
rappelle, mais l'I'lcole croirait manquer au premier de ses 
devoirs en ne rappelant jjas que c'est la persistante généro- 
sité de son grand bienfaiteur, M. le duc de Loubat, (jui , 
seule, a rendu possible l'exécution de ces travaux. 

La campagne, très laborieuse à ses débuts, en raison des 
difficultés que nous suscitèrent a Mykonos quelques adver- 
saires de notre entreprise, a duré d'avril à septembre. 
MM. Chamonard, Courby, Leroux, Mayence ont conduit 
l'exploration, avec l'assistance techni([ue de M. Couvert, ingé- 
nieur des fouilles. MAL Schulhofet Pierre Roussel ont relevé 
les inscriptions. A deux reprises, \l. Replat, architecte, est 
venu étudier les monuments. Je dirai plus loin ce que nous 
devons à la collaboration toute i-racieuse de M. Caveux , 
professeur à l'Ecole nationale des mines. 

Comme mes précédents rapports-, celui-ci comprendra 

1. Cf. Comptes rendus, 1900, p. 546. [L'impression de ce rapport a été 
retardée beaucoup plus que ne Tout voulu l'auteur. Il se proposait d'y 
joindre les plans ([ui l'eussent rendu plus intelligible. En raison de la 
grande étendue des fouilles, ces plans n'ont pu encore être terminés. On 
les trouvera dans le rapport (pii sera publié sur la campagne de 1907. Le 
lecteur pourra, en attendant, se reporter au plan général des fouilles de 1904, 
publié dans le Btillelin de Correspondance heUénu[ne, 190tj, pi. IX.] 

2. Comptes rendus, 1904, p. 7'Jë et suiv.; 1903, p. 760 et suiv. 



336 TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DR DÉLOS 

naturellement trois parties, selon que les fouilles ont été 
pratiquées à l'intérieur, au Nord ou au Sud du Téniénos 
apollinien. 

A. Fouilles a l'intékielr du téménos d'Apollon. 
1" Porlifjuc d' Antigone. 

En moi ', on avait entièrement dégag-é l'angle Nord-Est 
du grand Portique — très improprement appelé Portique 
des Cornes — , qui limite en partie le Téménos du côté du 
Nord. L édifice avait été soigneusement reconnu par 
MM. Homolle etNénot; mais j'ai pensé quil y avait lieu de 
procéder à une exj)loration définitive. A ma demande, 
M. Courby a fouillé le porticjue sur toute son étendue et 
jus([u'au sol vierge. 

Il est extrêmement ruiné et ne subsiste guère qu'en fon- 
dations, le crépis ayant presque partout disparu ; pourtant, le 
plan et les principales dispositions se laissent encore recon- 
naitre avec une pai'faite netteté. Le poi-tique est long d'en- 
viron 120 mètres, flantjué de deux ailes saillantes aux 
extrémités de sa façade méridionale ; large, aux ailes, d'en- 
viron 20 mètres, et, dans sa partie médiane, de 13. Un 
mur plein le fermait au Nord; une colonnade le précédait 
au Sud; le nombre des colonnes était de i7, dont cS pour 
chacune des ailes. A l'intérieui". il tHail divisé en deux 
nefs, de profondeur à peu près égale, par une rangée de 
J!) colonnes. De cet ordix' intérieur il ne reste rien: on n'a 
retrouvé que les massifs de poros où reposaient les colonnes; 
en revanche, on [)ossècle presque tous les éléments de 
lOi'dre ext(''rieur, v compris les frontons (pii couronnaient 
les ailes. ÏTne reconstitution giaplii({ue de cet ordre peut 
donc être (Mablie avec certitude; seule, la hauteur des 
colonnes ne peut être exactement calculée. L entablement, 
comme on le savait déjà, présente cette particularité (pie 

1. (Wtnijjles reiiihis. ludl. |). 72S. 



TRAVAUX EXECUTES UA.NS L ILE UE DELOS 



337 












«^^taiS^^' 










I 



1 







338 TIîWMX EXÉCUTÉS DANS l/ÎLE DE DÉLOS 

les tri<^lvphes posés sur Taxe des entrecolonnements sont 
décorés de prolomes de taureaux en forte saillie. 

Les formes de l'architecture indi(|uent immédiatement 
Tépocpie hellénistique; mais la découverte d'une partie de 
la dédicace gravée sur l'architrave permet , semble-t-il , 
d'aboutir à des précisions plus grandes. On a pu sur deux 
blocs, non continus et brisés. ilecliillVei- les restes tle mots 
([ue voici : 

— r,xpiou May.î — — — vu 

Ce qui autorise la restitution : [j^a^'Asùç '^x'jù.ih): 

i^-q[).\-q-piz\j j\I:!ty.efo(ov Wr.o/jM^n. Il s'ag-it assurément d'un 
roi de Macédoine, et l'on n'a le choix (juentre Antigone 
Gonatas, Antigone Doson et Philippe \'. Lattribution à ce 
dernier serait ])eu vraisemblable, ne fût-ce que parce que 
c'est lui (pii avait construit, à Délos, le grand portique du 
Sud. Pour des raisons qu'il serait un peu long de dévelop- 
per ici, nous penchons à croire que le porlicpie fut l'œuvre 
ilAntigone Gonatas, en sorte qu'il vu faudrait j)lacer la 
conslruclittii au temps où linllucnce tle ce prince domina 
dans la mer Kg"ée, c'est-à-dire aux alentours de l'année 2o0 
avant notre ère. 

2° Ossuaire « /iii/cc/ucn ». 

A ."» mètres environ en avani du front Nord du portique, 
on a fait une découverte fort inailendue. .\u di-dans d'une 
enceinte demi-circulaire, g-rossiërement établie ;t 1 éprxpie 
li(ll('nisli(|ue , la fouille a mis au jour deux fosses contiguës 
et perpendiculaires : lune , plus grande, orientée du Nord 
au Sud: l'autre, plus petite, de IKsl ;i l'Ouest: celle-là, 
close des quali'e côtés, celle-ci ouverte vers 1 l^st. Les nnu's 
des di'ux fosses, liants deO'" "iO-O"' lil». sont faits de matériaux 
varies, moiei'anx de gneiss et de granit, liés par un mortier 
di' (erre : an poini on elles se reneonlrenl, diuix blocs de 
gneiss, de loiine p\ ramida le. soiil plantés verticalement et 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DA>'S l/ÎLE DE DÉLOS 



339 




3i0 THAYAUX EXKaTÉS DANS L IT-R DE DÉLOS 

dcpassenl de I mètre environ le sol antique. Chacune des 
fosses contenait des ossements humains, provenant de. plu- 
sieurs sc/ucletfes; ilsétaient particulièrement nombreux dans 
lapins grande, qui renfermait aussi cinq vases : savoir, trois 
vases monochromes de la primitive céramicjue des Cj'clades ; 
une oinoclioé mycénienne à peinture mate, et une oino- 
choé à ('trier de la meilleure technique. — Des sépul- 
tures de même sorte, comme a bien voulu nous l'indiquer 
mon savant collèg'ue M. Dawkins, ont été trouvées en 
Crète, dans le voisinag-e de Pnbiiknsfro. La partie haute de 
la conslruction, au-dessus des nmrs en pierrailles, devait 
être faite de briques crues; les deux blocs de jçneiss dressés 
en terre supportaient peut-être un linteau, et faisaient ainsi 
office de montants de porte ; la p^rande fosse consliluail sans 
doute la sépulture proprement dite, la plus petite n'élaiil 
(pi'un f//'o//(o.s qui y donnait accès. La présence d'ossements 
détachés (h' plusieurs corps indique qu'on avait voulu réu- 
nir en 'un même lieu le contenu de plusieurs (ombes, et que 
c'est (huie bien ici u:i « ossuaire ». 

Le fait sinii^ulier, à première vue inexplicable, est que 
cette très antique construction funéraire, fort apparente de 
tout temps, ait subsisté en plein sanctuaire, même après 
la grande y.xOapj'.ç de 'i2(). Si les .athéniens font respectée, 
c'est probn!)lement que quelque prescription religieuse leur 
en faisait un • obligalion : ce n'étaient pas les restes de vul- 
gaires mortels qu'enfermait cet ossuaire; ces restes étaient 
saints. Et l'on est ainsi amené à se demander — sans que je 
veuille hop insister sur cette conjecture — si une chance 
heureuse ne nous aurait pas fait découvrir lun des tom- 
beaux fameux, vainement eheichés jus(pi';i présent, des 
Vierges 1I\ perboréennes. 

,'{•' S(,ii(l;ii/cs (hnis Ir snl ilii TriiK'nos. 

,r,ii r;iit [):•,! Ii(pier. en plusieurs points du Téménos, des 
s(MidaL;vs proloiids, a l'elleL de rechercher s'il ne contenait 



1RAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLIÎ DE DÉLOS 341 

pas dans ses parties basses — comme c'est le cas, par 
exemple, pour lAltis d'Olympie — les débris accumulés 
d'anciennes oll'randes'. Il ne s'agissait point encore de 
recherches systématiques et continues, mais seulement 
d'expériences provisoires, limitées à de courts espaces, dont 
les résultats nous fixeraient sur la méthode à suivre dans 
l'exploration définitive du sanctuaire. Ces expériences ont 
été plus heureuses que je n'eusse osé l'espérer. En maint 
endroit, notamment à l'intérieur et dans le voisinage de la 
Terrasse occidentale, j'ai trouvé, à une grande profondeur, 
des fragments extrêmement nombreux de vases archaïques, 
dont voici, par ordre chronologique, le classement som- 
maire : vases mycéniens; vases du Dipylon ; vases géomé- 
triques de Crète, de Rhodes et de Chypre ; vases géomé- 
triques d nn type mal défini (origine insulaire?) ; vases de 
style (f orientalisant )» (^ pour le style, cf. Thera, 11, p. 212); 
vases rhodiens, méliens, « protocorinthiens » et corinthiens ; 
vases proto-attiques et à figures noires. On a, de plus, 
découvert, mêlés k ces tessons, quelques figurines de style 
égyptien ou égyptisant , un scaraboïde et de menus frag- 
ments de lames d'or. Des trouvailles de cette sorte sont faites 
pour éclairer l'histoire primitive de Délos. La rencontre 
très fréquente de la céramique mycénienne, qui semblait faire 
défaut dans l'île, est, en particulier, un fait intéressant. Et il 
est sûr maintenant que le devoir s'imposera à nous de pous- 
ser partout, au dedans du Téménos, la fouille au plus bas. 

B. Fouilles au Nord du téménos d'Apollon. 

Le déblaiement de Y Agora des Italiens, entrepris en 1904, 
ayant été terminé en 1905-, j'avais. Tan dernier, exprimé 
le désir''' qu'on en pût dégager les alentours, à l'Est et à 

1. Cette question s'était, dès 1S85, posée à l'esprit de ^L Ilmiiolle: Ài-ch. 
des Missions. lss7, p. 393-391. 

2. Comptes rendus, 1905, p. 7<ij et suiv. 

3. IbiJ., p. 782. 



342 



TRAVAUX EXECUTES DANS L ILE DE DELC)S 




TRAVAUX i:\ÉCLTÉS DANS L ILK DE DÉLOS 



343 




3ii TKAVAtx exéci:tés da.ns l'île de délos 

rOuest, aux deux côtés du Lac Sacré. C'est une partie de 
cette tâche nécessaire qu'a accomplie M. Leroux. Il a pris 
pour point de départ l'ang-le Sud-Ouest de l'Agora, s'est 
tenu constamment au côté gauche de la rue qui la limite à 
l'occident, et s'est dirigé vers l'Etablissement des Poseido- 
niastes de Bérytos, c'est-à-dire vers le Nord. Ses recherches, 
que je vais résumer, ont porté sur trois points. 

I . Temple dorique. 

Au Sud-Ouest de l'Agora, M. HomoUe , en I880. avait 
découvert et partiellement fouillé un temple dorique , de 
dimensions restreintes mais d'une construction excellente , 
dont il a donné la description sommaire et précise'. 
M. Leroux a complètement déblayé cet édifice ; en même 
temps il a procédé au classement et à l'étude des très nom- 
breux fragments de l'élévation. — Le temple est long de 
16"' 60 et large de 10"' 03; une euthyntéria en granit, 
portée par des blocs qui posent sur le i(»cher, soutient 
l'appareil de la crépis, formée de trois degrés de marbre. 
Le monument, comme l'avait reconnu M. HomoUe. est 
amphiprostyle et tétrastyle, sans opisthodome. A 1 inté- 
rieur de la cella, près du mur de l'Ouest, le soubassement 
en granit d'un long piédestal rectangulaire, qui portait une 
ou plusieurs statues, est demeuré en place. — Les colonnes 
étaient hautes d'un peu moins de o mètres; l'entablement 
est entièrement conservé, moins l'architrave. Les propor- 
tions et les formes sont celles qui étaient en usage aux 
temps macédoniens; mais, par le soin apporté à toutes les 
parties de l'exécution, léditice l'emporte sur la plupart de 
ceux de la même époque qui ont été découverts à Délos; 
c'est avec le Sanciuuire des Taureaux qu'il présente le plus 
d'analogies. 

M. liomolle songeait à y reconnaître VAsklépieion '. L'hypo- 

1. .4n/i. des Missions, 18S7. p. 309. 

2. Id., p. 400. 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 345 

thèse est peut-être confirmée por une découverte dont 1 im- 
portance est, en tout cas, considérable. A l'angle Sud- 
Ouest du temple , au pied du premier degré, on a déterré 
une tète colossale déjeune dieu (haut. 0'" 55), en marbre 
de Paros, qui appartenait certainement, comme quelques 
morceaux de draperie trouvés jadis par M. HomoUe, à la 
statue du culte. Par son expression pathétique, la profon- 
deur des orbites, le mouvement convers^ent des veux, la 
contraction de la bouche entr' ouverte, cette tête charmante 
relève certainement de lécole de Skopas. On ne croira 
g-uère quelle représente Apollon, dont le culte était loca- 
lisé à l'intérieur du téménos ; il ne semble pas, d'autre part, 
qu'elle convienne à un Dionysos ; l'opinion de M. Leroux, 
selon laquelle ce pourrait être une copie de l'Asklépios 
imberbe dontSkopasétait l'auteur ', mérite au moins d'être 
soigneusement retenue. 

2. Monument de granii. 

Par ce nom un peu trop vague nous désignons lédilice , 
orienté du Nord au Sud, long d'environ iO mètres et large 
de plus de 19, qui fait face, à l'Ouest, à \ Agora des Ita- 
liens, de l'autre côté de la rue qui la borde. Les murs, 
conservés par endroits sur plus de 3 mètres de haut, appa- 
reillés, principalement aux angles, en énormes blocs de 
granit, sollicitaient depuis longtemps l'attention '. La face 
orientale de l'édifice, percée de sept larges portes, et l'angle 
Sud-Est avaient été dégagés en 1904; dès ce moment, 
j'avais jugé nécessaire de le fouiller dans toutes ses parties '^ 
Cette fouille, conduite par M. Leroux, sans compter qu elle 
a mis au jour les vestiges de constructions plus anciennes, 
a fait clairement apparaître l'aménagement du rez-de-chaus- 
sée. Vers le milieu du bâtiment, faisant face à l'Ouest, se 

1. Pausan., \'III, 2.s, 1. 

2. Cf. Homolle, Arch. des Missions, 188", p. 397-398. 

3. Comptes rendus. 1904, p. "32. 



346 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS L ILE UE DELOS 




Dt'los. — i.c « nidiiiiiiUMil (11- ^'raml •> (aiijïK- Su<l-( )iic^l). 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 347 

trouve une double cour, placée au-dessus d'une grande 
citerne voûtée dont plusieurs cintres sont conservés. L'es- 
pace environnant est partagé en seize pièces, de dimensions 
inégales, mais assez symétriquement disposées. Ce qui est 
caractéristique, c'est que ces pièces n'ont point de commu- 
nications entre elles, tandis qu'elles ouvrent toutes sur 
l'extérieur. A ce signe, on reconnaîtrait déjà qu'on est en 
présence, non d'une maison d'habitation, mais d'un groupe 
de boutiques ou d'ateliers; hypothèse que confirme, d'une 
part, la découverte de plusieurs (jt^ymij.olix et d'ustensiles 
industriels; de l'autre, l'absence, dans les pièces déblayées, 
de toute décoration : les murs n'en paraissent pas avoir été 
peints, mais sont revêtus seulement d'un enduit blanc 
grossier. — Un escalier, dont les traces sont bien appa- 
rentes le long du mur Sud de la cour, menait à l'étage 
supérieur. De cet étage, qui était sans nul doute la partie 
principale de l'édifice, il ne demeure rien en place, et Ton 
n'en saurait risquer une reconstruction graphique ; mais 
les très nombreux débris d'architecture qui en proviennent 
ne laissent pas d'avoir leur intérêt. Il est sûr qu'il était 
richement décoré : les murs, faits de carreaux de poros soi- 
gneusement taillés, étaient couverts de peintures sur stuc 
d'un très bon style (l'une d'elles, représentant des bouquets 
fleuris, peut compter parmi les meilleures qu'on ait trouvées 
à Délos) ; les planchers portaient un pavement en mosaïque 
dont la coloration est d'un bel eliet ; l'existence de 
deux colonnades est attestée par la découverte de deux 
séries d'éléments ioniques qui diffèrent par le module : 
bases, chapiteaux et fûts (ceux-ci tantôt en marbre, tantôt 
en poros enduit de stuc). C'est vraisemblablement à la déco- 
ration de l'étage qu'il faut aussi rapporter les quatre bas- 
reliefs, d'une exécution à la vérité assez grossière et d'une 
signification encore incertaine, dont j'ai mentionné la décou- 
verte en 1904 ^. 

1. Comptes rendus, 1001. p. 732, 



348 TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 

En l'absence de trouvailles épigraphiques, il est malheu- 
reusement bien difficile de se prononcer sur la destination 
du Monument do granit. Il [tarait assuré que de 
petits marchands en occupaient le rez-de-chaussée; mais 
quel était lusage de l'étaa^e supérieur? Les grandes dimen- 
sions de la construction excluent l'idée d'un logis privé. Le 
plus vraisemblable ne serait-il pas que cet étage servait aux 
réunions de quelque association de négociants, comparable 
à celle des Poseidoniastes de Bérytos . qui aurait été pro- 
priétaire de tout l'immeuble et qui en aurait loué la partie 
basse à des boutiquiers et à des artisans? 11 ne s'agit ici que 
d'une pure hypothèse; mais la situation du monument, en 
plein quartier marchand', à deux pas de YAyora des Ita- 
liens^ non loin de l'Etablissement des Poseidoniastes, est 
propre à la recommander à l'attention. 

3" Terrasse des lions. 

A l'exploration du Monument de (jrnnit a lait suite celle 
de la Terrasse, qui s'étend plus loin, au Nord et au Nord- 
Est, sur la rive occidentale du Lac Sacré '. 

Cette terrasse, longue d'environ oO mètres et large de 
2o en moyenne, a la forme d'un trapèze irrégulier. Elle est 
limitée : à l'Ouest, pai- des constructions très ruinées et 
d'époque assez récente, dont il na été dégagé que la façade; 
au Nord, par un ilôt dv maisons, ([ui la sépare de ll^^tablis- 
sement des Poseidoniastes; à l'ivst, jiar un mur de soutè- 
nement très bas, bordure occidentale ilc l.i rue qui longe 
l'Agora (les Italiens et côtoie le Lac Sacré. Le sous-sol. lait 
de granit, a partout été mis à nu, sans ([uon ait rencontré 
nulle part aucun reste de construction. Il send)le {[ue la 
terrasse ait toujours élc- un espace ouaciI d libre, peut-être 
une sorte de |)lac(' publujue. 



1. Cf. lloinoUc. /. /. 

2. La Ijorchirt- oi'i'"il:ilc eu a\ait déjà rlc rccoimiic cii l!>iil. 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS L ILE DE DÉLOS 



349 




S 






Q 



Q 



1907. 



350 TRAVAUX EXÉCUTÉS I)A^S l'ÎLK DE DÉLOS 

Les menues trouvailles v ont été insiu-nifiantes. En 
revanche, la série, considérable déjà. des sculptures archaïques 
de Délos s'est enrichie, à la suite de cette fouille, dun 
g^roupe imposant de monuments. Ce sont, sans parler de 
plusieurs frag-ments, cinq lions colossaux, en marbre. 

A diverses reprises, notamment au cours des reconnais- 
sances faites dans cette réij^ion, en 1885, par M. Ilomolle, 
on avait trouvé plusieurs débris de statues de cette sorte, 
sans que ces découvertes eussent particulièrement éveillé 
l'attention'. Au début de la campag-ne de 1906^ en posant 
une voie ferrée devant le front Nord du Monument de gra- 
nit, on rencontra le premier lion entier, assis sur sa base, 
la face tournée à l'I^st. Lorsque commença le déblaiement 
méthodi([ue de la terrasse, on avança vers le Nord, sur une 
long^ueur de près de 25 mètres, sans faire aucune nouvelle 
trouvaille. Puis vint la découverte d un second lion, pareil 
au précédent, tourné dans le même sens, mais tombé sur 
le côté g-auche (les pattes étaient brisées) ; 10 mètres au 
delà, un troisième, quehjue peu mutilé, était debout comme 
le premier: 10 mètres au delà encore, un quatrième, adhé- 
rent à sa base, se dressait, presque intact, sur le même 
alignement (jue les trois autres; enfin, un peu en arrière, 
on en trouvait un cinquième, le mieux sculpté de tous, cou- 
ché sur le flanc. Quelques pas plus loin, on atteignait le 
petit groupe de maisons (|ui bornent la terrasse au Nord. 

Il paraît sûr que ces monuments sont demeurés exacte- 
ment, ou presque exactement, en leur place primitive. Le 
dernier lion (au Sud) repose sur ime base dont la foinie 
semble correspondre à une cavité creusée dans le rocher; 
d'autre part, tous, comme on Ta vu, ont été trouvés à inter- 
valles presque égaux. svmétri(|uement disposés sur une 
lig-ne droite qui aboutit au milieu de la façade septentrio- 

1. Pourtant, Tournefort signalait di-jà en ce lieu (l'oi/<if/e dii Levant. I 
(1"2" , ]). 35()-357), avec l)cauc<)U|) de i)i'ccisi(in. les déijiis de cinq lions en 
marbre. 



TRAVAUX EXECUTES DANS L ILE DE DELOS 



351 




3S2 TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 

nale du Monument de granit; enfin, il est certain que tous 
avaient même attitude et regardaient le Lac Sacré. Entre 
le premier et le troisième colosse, il en manque ou deux ou 
trois. M. Leroux, qui fera de ces monuments, dont la décou- 
verte lui est due, une étude approfondie, estime que la 
série complète était de huit figures et que l'un des lions 
absents, emporté de Délos par Morosini, se retrouve aujou- 
d'hui parmi ceux qui gardent, à Venise, la "porte de l'Ar- 
senal; les deux autres ne subsisteraient qu'à l'état de 
fragments. 

Tous sont taillés — corps et base — d'un seul morceau, 
dans un marbre identique à celui du Colosse des Naxiens : 
un marbre de Naxos, à gros grain, teinté de gris. 11 faut 
donc les ajouter à la liste, déjà longue, des œuvres de la 
vieille école naxienne. Les dimensions, comme le caractère 
du travail, varient notablement d'une figure à l'autre. Le 
plus petit lion est long de 1 '" 74 à la base, et haut de 1 "' 64. 
Le plus grand mesure, de la tête à la queue, 3'" 2\ . Le 
corps est toujours étiré et maigre à l'excès; les pattes de 
derrière, bien assises, sont d'un heureux modelé, celles 
de devant paraissent trop grêles ; l'ossature n'est guère 
indiquée que dans la région des côtes ; la facture de la tête 
est sommaire et brutale; la gueule s'ouvre largement; les 
mèches de la crinière ne sont indiquées que superficielle- 
ment, par des stries parallèles un peu ondulées. Le style est 
encore barbare, mais la rudesse même de l'exécution con- 
tribue à la puissance de l'ellet. Il ne semble pas qu'aucune 
de ces sculptures soit plus récente que la fin du vu'" siècle. 

On se demandera dans quel dessein on les avait placées, 
en longue file, d'un bout à l'autre de la terrasse qui domine 
le Lac Sacré. C'est une question que nous ne saurions 
encore résoudre. Les lions étaient-ils censés garder (juelque 
monument dressé derrière eux? Mais de ce monument il 
ne resterait aucun vestige, car hi terrasse, à sa partie occi- 
dentale, n'est bordée, on l'a dit, que par de chétives maisons, 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 353 

datant d'une basse époque. La proximité de la voie, peut- 
être très fréquentée aux temps les plus anciens de Thistoire 
de Délos, qui contourne, à l'Ouest, le Lac Sacré pour abou- 
tir au port de Scardana , pourrait , à la rigueur suffire à 
expliquer leur présence. Gomme les lions des Branchides, 
dont il est naturel de se souvenir ici, on aurait voulu qu'ils 
fissent l'ornement de cette grande route. L'explication est 
admissible, mais on n'a garde de la donner pour définitive. 



G. Fouilles au Sud du téménos d'apollon. 

1" Fouilles au Sud-Ouest 
et au Sud du Portique' Tétragone. 

Le grand Portique coudé, dit Portique Tétragone, situé 
au Sud du téménos, fut découvert par M. Dûrrbach en 
19021. Il restait, en 190G, à en dégager l'angle Sud-Est, 
masqué par un épais massif de maçonnerie, reste des thermes 
romains qui, à l'époque impériale, avaient recouvert le 
portique. En même temps qu'il abattait ce massif, M. Leroux 
déblayait, au Sud-Est du portique, une petite place dallée, 
de forme triangulaire, mesurant 25 mètres sur 12, où abou- 
tissent plusieurs voies importantes. G'est là que se joignent 
notamment : la rue non dallée qui longe le Tétragone à 
l'Est, puis atteint l'angle Sud-Est du Péribole ; la rue 
dallée qui descend vers l'Agora des Gompétaliastes, en 
passant au Sud du Portique oblique-, annexe au Tétragone, 
du <( Petit Portique >; et du Portique de Philippe ; une rue 
qui se dirige d'abord vers le Sud et qui oblique ensuite à 
l'Ouest pour devenir parallèle à la précédente. Vers le Sud 
de la place, on a découvert, très inopinément, le monu- 
ment d'un culte héroïque. G'est une enceinte de marbre 
blanc, parfaitement circulaire, faite d'orthostates cintrés 

1. Bull, de Corr. hell., 1902, p. iso et suiv., pi. II-III. 

2. Voir l'étude précédemment citée de M. Diirrbach. 



354 TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS L ILU DE DÉLOS 

(haut., 0'" 34) qui reposent sur une assise élevée et portent 
un couronnement à double pente. Cet enclos n'est inter- 
rompu qu'au Xord-Ouest par une ouverture large de O"' 80, 
A l'intérieur, il est dallé de plaques de gneiss, dont quelques- 
unes ont disparu. Au-dessus de ce dallage, on trouva des 
tessons de vases grossiers, un luorteau de bois de cerf, de 
la cendre et des fragments de bois carbonisé ; au-dessous, 
ime fouille poussée jusqu'au sol vierge fit découvrir, outre 
de la cendre et du charbon, des os de petit bétail. Des 
sondages pratiqués en dehors de l'enclos, sous le dallage de 
la place, amenèrent au jour des débris sen-.blables. On ne 
saurait douter, après cela, qvi'un culte ail été célébré, 
bien antérieurement l\ la construction de l'édifice circulaire, 
sur le lieu où il devait s'élever. Reste à savoir à qui s'adres- 
sait ce culte. Une inscription, gravée à la face intérieure d'un 
des orthostates, au-dessous du couronnement nous fournit 
une réponse qui n'est, malheureusement, ni claire ni com- 
plète. On lit : 



A.£ 



"■ay.'.ocov 



:o)v 



Les deux premières lignes sont gravées ■z-.zv/r^Jzi en 
caractères excellents de l'an iOO en\ irnu ; la troisième, 
tracée, dans la marge étroite laissée par les deux autres, 
d'une écriture moins nette et plus serrée, [)araît avoir été 
ajoutée après coup; des huit lettres (pii la composent, on 
n'a pu juscpi'ii présent déchillVci' sùrcMunit ([ue la première et 
les trois dernières. (Jn sait que les lljppay.iox'. sont un vévsç 
altique, connu notamment par les inscri[)tions delphiques de 
la pythaïde athénienne '. Je pensi' que le mot TpucrâTfop 
désigne ici, non l'un des Génies des W'nts adorés à Athènes, 
mais bien 1 arciiégèU' ou 1 lui des archégètes (au propre, le 

1. Cr. Culin. Cullt! il Wpollun piilliicn, p. 53 et suiv. : Dillenberjjer, Syl- 
lo(je, fil I , iiulc 7. 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS L ILE DE DELOS 



3r)5 




3§6 TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l/ÎLE DE DÉLOS 

« bisaïeul ».) des Iljppa/.ioat '; son nom figurait peut-être à 
la troisième ligne de Tinscription. Ainsi, c'est à un héros 
dont se réclamait cette famille, qu'aurait été érigé, sur 
l'antique emplacement du culte qu'on lui rendait, le monu- 
ment retrouvé par M. Leroux. 

Celui-ci a complété ses recherches au Sud-Ouest et au 
Sud du Tétragone, par le dégagement de la rue, mentionnée 
plus haut, c[ui descend vers la mer, en arrière des divers 
portiques. L'exhaussement continu du sol de cette rue, qui 
eut pour conséquence l'enfouissement progressif, au Sud, du 
« Petit Portique « el du Tétragone, est le fait très impor- 
tant qu'a révélé cette fouille. On en pourra tirer des indi- 
cations précieuses pour la chronologie du Quartier du Sud. 
D'autre part, il semble dès maintenant démontré que le 
Portiqnr oblique^ annexe au Tétragone, est contemporain 
du relèvement de la rue et, par suite, sensiblement plus 
récent que le Tétragone. 

2" Quartier du Théâtre. 

Les fouilles entreprises en 1904-, continuées en lOOo ••, 
dans le Quartier de la ville haute, voisin du théâtre, ont été 
poursuivies en 1906 par MM. Majence, Courby et Chamo- 
nard. 

Nos ell'orls, en 190o, s'étaient portés exclusivement sur 
la partie de ce quartier située à 1 Est de la grande rue du 
Théâtre '' ; c'est la partie opposée. limitro[)he de la même 
rue à l'Ouest, qui a été, cette année, notre principal objec- 
tif : ainsi les deux fouilles, à peu près symétriques', se font 
pendant et se complètent. 

1. (;f. liekkcr, Anecd., :U)7. 16 : TV.Torrârooa;" ToJ: -c.ojtoj: ào/r,Yitaç. 

2. Bull, lie (]<trr. fiellén., lOOô, p. Isj vl siii\ . Chamonard) ; Cnmples 
reniliis. l'.Mil, p. 7.'5S oL siiiv. 

:i. (Uiin]>U's rendus, l!to.'), p. "0 cl sui\. 
i. (Joinples rendus, 1903, p. 770 cl suiv. 

5. Ellfif lie le sfnil pas exactenieiil : cesl (lucn elTcL, la partie occiden- 
tale (lu (|ii;irlirr, r()iiilli''0 cette année, ne cnniinence jias. dn côté Sud. 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 3o7 

MM. Mayence et Gourby avaient ici la conduite des 
chantiers. En arrière des boutiques n"^ 1-33 qui bordent la 
rue du Théâtre et qu'avait déblayées M. Chamonard en 
15)04 1, M. Mayence a fouillé la partie occidentale du quar- 
tier, comprise entre la rue qui descend vers la mer (limite 
Sud) et une petite rue qui débouche dans la rue du Théâtre 
auprès de l'immeuble n" 37 (limite Nord). Il avait dessein 
de pousser son exploration vers l'Ouest, jusqu'à l'arrière des 
premiers mag-asins alignés le long du rivage. La hauteur 
exceptionnelle des déblais qu'il lui a fallu évacuer (elle 
atteignait souvent et dépassait parfois 5 mètres), en ralen- 
tissant son travail, ne lui a pas permis de s'étendre aussi 
loin ; il a dû s'arrêter à 60 mètres en contrebas de la rue 
du Théâtre, au bord d'une rue, partiellement reconnue, qui 
semblecourir du Sud-Ouest au Nord-Est et qui marque à la 
fouille une limite provisoire. — L'espace dégagé mesure en 
surface 400 mètres ; il comprend : 12 maisons privées ; un 
vaste local, caractérisé par la présence de nombreux réser- 
voirs d'eau, qui peut avoir été un atelier de foulons ; et une 
vingtaine de boutiques. Il importe de noter que cette 
grande agglomération ne forme qu'une insula unique; on y 
a pratiqué de longues impasses' qui donnent accès aux 
immeubles sis dans la région centrale, mais on n'y a pas 
percé de rues. Jamais on n"a vu par un meilleur exemple 
combien les Déliens, ménagers à l'excès de l'espace, se 
plaisaient à entasser leurs maisons à l'étroit'^. 

Sur les 12 habitations privées, 2 seulement reproduisent 
le type, ailleurs si ordinaire, de la maison « à péristyle ». 
Les 10 autres sont des logis modestes, ne comprenant le plus 
souvent, au rez-de-chaussée, qu'une cour et une grande 

à l'esplanade du théâtre, mais seulement au point où débouche dans la rue 
du Théâtre la rue qui descend vers la mer (pour cette rue, voir Comptes 
rendus, 1905, p. 771, et Bull, de Corr. Iiellén., 1906, p. 37 i et fig. 30). 
1 Bull, de Corr. hellén., 1906, pi. X. 

2. Cf. Comptes rendus, 1905, p. 773. 

3. Ihid., l. l. 



358 THAVALX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 

salle, sur laquelle ouvrent deux pièces plus petites. C'est là 
un plan très simple, qu'on connaissait déjà, mais dont les 
fouilles nouvelles ont révélé la fréquence. L'angle Sud-Est 
de ïinsula est formé d'un groupe de 7 maisons, toutes éta- 
blies sur ce modèle. La plupart avaient un étage, comme l'in- 
diquent de nombreuses ruines d'escaliers; parfois, l'étage, 
indépendant du rez-de-chaussée, communiquait avec la rue 
par un escalier extérieur. Partout, on a constaté l'existence 
de latrines ' ; elles sont le plus souvent placées près de la 
porte d'entrée ; une canalisation les relie à l'égout de l'im- 
passe voisine. 

Au cours de ses fouilles, M. Mayence a pu faire trois 
observations, qui sont d'un grand intérêt pour l'histoire de 
la ville de Délos : — 1" Sous les fondations des maisons hel- 
lénistiques, il a rencontré parfois les restes de constructions 
plus anciennes, en même temps (|u"il recueillait, dans les 
déblais, des tessons de vases archaïcjues. Il n'est donc pas 
douteux (jue Y ancienne ville — antérieure, non seulement à 
l'époque alexandrine, mais à la première domination athé- 
nienne — ne se soit étendue assez loin, à l'Ouest de la rue 
du Théàlrc. Il ne semble pas, du reste, qu'elle ait dépassé, 
.vers l'Est, la ligne que trace cette rue, car les vestiges 
anciens faisaient entièrement défaut dans les insu lue 
déblayées en l!JOo. — 2" Dans la partie Sud de la grande 
innula dégag^ée cette année, des traces de remaniements 
tardifs (postérieurs à l'époque hellénistique) sont encore 
très rares; ils se multiplient, au contraire, à mesure qu'on 
avance dans la partie Nord de la même insula. Ainsi, la 
Délos récente — romaine, inq)ériale et byzantine — (pii 
avait, on le sait, un de ses centies principaux au Sud 
(lu Téménos, ne se prolongeait pas beaucoup vers le midi : 
('lie s'était massée au pied de l.i colline (jui inontc vers le 
théâtre. — •'{" Dans la plus inq)ortante des deux mai.sons à 

1. (;r. r.omjili'S rrttiliis. \'M):t. |). 771. imle A. 



TRAVAl X EXÉCUTÉS DANS LÎLE DE DÉLOS 3.')9 

péristyle de Vinsiila, on a découvert, encore in situ^ dressé 
dans une sorte de niche, un g-rand piédestal de marbre por- 
tant rinscription suivante : 

K"/,E;rxTp*/ Xzpy.'y-oj ï'[ M jP'.vîJtty;; f}j\'y.-:r,z tv/ ïy/j-f,: 
avopa A',c77.;jc'3y;v Qssowpcj È-; iM-r;piv:'jTTY;r a/a-sOî'.y.i'ra 

vacTv. r.y.p' kv.y-ipy./ ~y.pot.G-y.zx ÈttI Ti[j,âpysç à'pycvT:; \\.0y;vy;7'.v. 

Des remarques très précises faites par M. Mayence il 
paraît résulter que l'érection de ce piédestal — cpii portait, 
outre la statue de Dioskouridès, celle de Kléopatra (elles 
ont été retrouvées lune et lautre) — a suivi de près la 
construction de la maison. L'archontat de Timarchos étant 
de Tannée liO environ avant notre ère, celle-ci aurait donc 
été édifiée vers le milieu du ii*^ siècle ; et la même date vaut 
probablement pour la majeure partie du quartier au milieu 
duquel elle est placée. Il est à peine besoin de rappeler que 
cette indication chronologique saccorde parfaitement avec 
celles qu'on pouvait tirer des nombreuses découvertes de 
monnaies attiques du <( nouveau style » faites en 190i '. 
On peut tenir aujourd'hui pour chose presque assurée que 
le Quartier du Théâtre était en pleine prospérité dans la 
seconde moitié du ii" siècle. 

La fouille de M. Courby, contiguë au Nord à celle de 
M. Mayence, en était complémentaire. Elle avait pour 
objet le déblaiement des maisons situées à l'Ouest de la rue 
du Théâtre, en arrière des boutiques n-'* 37-57, fouillées en 
1904 par \l. Chamonard -. Cette rég-ion. ainsi que je l'indi- 
quais tout à l'heure, ayant été habitée jusqu'à une époque 
très basse, a subi des transformations sans nombre : il est 
donc, le plus souvent, malaisé de retrouver le plan des 
édifices anciens, et l'aspect des ruines demeure nécessaire- 
ment quelque peu confus. Par bonheur, l'exploration pro- 

J. Comptes reiKliis. 100 1. p. TcSJ. 

2. Cf. Bull, lie Corr. hellén.. l',H)ii. pi. X. 



360 TKAVALX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 

fonde du sous-sol a amené ici des découvertes fort pré- 
cieuses. Les débris de vases archaïques s'y sont rencontrés 
en bien plus grande abondance que dans Vinsiila fouillée 
par M, Mayence. Sur cette trouvaille, dont il a fait une 
'analvse attentive, M. Fred. Poulsen veut bien me donner 
les renseignements suivants : « Les tessons appartiennent 
à toutes les séries de la céramique archaïque (exception 
faite des séries mycéniennes). Les styles géométrique, 
« orientalisant », à figures noires, à ligures rouges sont éga- 
lement représentés. On doil signaler à part un fragment 
provenant d'un très grand vase, analogue aux « amphores 
de Mélos », mais qu'il faut attribuer pourtant à une série 
distincte dont un seul exemplaire a été publié jusqu'ici 
[Thera, II, p. 212). On y voit représenté un homme assis, 
faisant de ses deux bras levés le geste de lamentation bien 
connu par la céramique du Dipjdon. 11 n'y a point à douter 
que ce vase eût une destination funéraire, et tel était aussi 
le cas pour la plujjart de ceux qu'on a trouvés aux 
alentours. Or la présence d'un grand nombre de vases 
funéraires en ce lieu ne s'explique guère qu à la condition 
d'admettre qu'antérieurement à la /.âOapffiç de 420, une 
partie de l'ancienne nécropole de Délos coïncidait avec la 
région fouillée. Les comparaisons ([u on a faites entre 
les débris de céramiques de Délos et les vases trouvés à 
Rhénée confirment cette hypothèse. 11 se pourrait même 
(c'est l'avis de M. Stavropoulos, qui a dirigé, à Rhénée, 
les fouilles de la nécropole), ([ue ([uelques fragments 
recueillis à Délos se rajustassent ;i d'autres qui proviennent 
de Rhénée. Les restes de vases trouvés à Délos y auraient 
été laissés par négligence, lorscjue les Athéniens procé- 
dèrent au transfert des sépultures. » Si ces conjectures se 
vérifient, la fouille conduite par M. (]ourby aurait eu ce 
résultat inattendu de lixerun point cajjital de la topographie 
de la primitive Délos. 

En même temj)s qu'on reconnaissait la partie occidentale 



TKAVAUX EXECUTES DANS L ILE DE DELOS 



3(îl 



du quartier du théâtre, M. Chamonard achevait le déblaie- 
ment, interrompu en 190,5 ', de la troisième des insulae 
découvertes à l'Est de la grande rue. Ce déblaiement, limité 




Délos. — Fragment de peiiiliire murale. 

à un espace restreint, n'a pas laissé d'apporter sa part d'in- 
téressantes nouveautés. Quatre maisons et cinq boutiques 
ont été fouillées. Trois des boutiques offraient cette parti- 
cularité d'être voûtées (probablement en lattis de bois, 
recouvert d'un stuc blanc). Dans une des maisons, on a 

1. Comptes i-endiis, 1903, p. 771. 



362 TU AVAL' X RXÉCLTÉS DANS l'h.E \iK DÉLOS 

trouvé, parmi les décombres tombés de Tétag-e, quatre 
morceaux d'une frise en stuc coloré, vestiges extrêmement 
précieux d'une décoration murale qui représentait, semble- 
t-il, les piiases successives d'une même histoire mytholo- 
gique'. Le mieux conservé de ces morceaux, montre une 
femme (Ariadne?) endormie, au-dessus de qui vole un per- 
sonnage ailé (Némésis?). 



Je ne saurais terminer l'exposé de nos fouilles sans faire 
connaitre les résultats de l'étude que M. Cayeux. chargé 
d'une mission géologique dans les Cyclades, a faite, durant 
deux mois, des terrains de l'île. On verra par le résumé qui 
suit, et que je dois à l'obligeance de M. Gayeux lui-même, 
combien ils intéressent l'histoire de Délos : 

1" Le rivage le plus ancien de la période historique est 
très éloigné du littoral actuel. Son tracé est celui-ci : il 
passait au Nord de YAf/ora 'le TliropJtrastos et à l'Ouest 
du Porinos Oikos, empiétait vni peu sur l'enq^lacement de 
la Terrasse occidentale du sanctuaire et s étendait jusqu au 
mur oriental du Portique de Philippe ; de Ik, il s'infléchissait 
rapidement vers l'Est pour former un petit golfe en arrière 
de V Agora des Comjjétaliasles, puis reprenait la direction du 
Nord au Sud, à l'I^st des premiers magasins. — 2'' Le retrait 
de la mer, (pii donna lieu au rivage actuel, est surtout la 
conséquence de grands travaux de remblaiement qui 
datent du iT' siècle avant notre ère. Le rivage fut alors 
rejeté au Sud de V Agora de Théophraslos ; il longea le 
bord occidental du sanctuaire (Terrasse et Portique de 
Philippe), et juit brusquement la direction de l'Ouest à la 
hauteur de VAgo/'a des Conii)etaliastes, conquise siu' l;i uu-r 

1. L'iiisloirc d"Ai'iadiic. sckm 1 iiiU'iprétiilion inj^éniciisi.' de .M. \\ . 
Deonna. — Comp. les stucs peints, découverts en lOOî et 1903, où sont 
figurées des scènes à personnages: (Jontples rendus. 1901, pp. 7i3-7i4; 
190.'). |). 777. Ces ])eiiitnres semnt i)n>iliaiiifnu'iil rcpi-oduites dans les 
Miiiiuinenls Piol. 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS L'h.K DK DÉLOS 303 

comme celle de Thèophraslos. — 3° Le recul de la mer, après 
la ruine de Délos, est dû à un phénomène d'ensablement 
qui continue de nos jours ; ce recul s'est produit assez len- 
tement pour qu'une partie des colonnes de la Terrasse et 
du Portique de Philippe soient tombés dans la mer '. — i° 
Il est impossible, quant à présent et sans de nouvelles 
recherches, d'assigner une date précise au rivage le plus 
ancien. Dans les sables qui le caractérisent, on trouve de 
nombreux galets de poteries, recouverts, le long de la Ter- 
rasse, par des débris de vases à décor géométrique datant 
du viu'' siècle (observation de M. Poulsen). Les poteries 
roulées dans les sables doivent appartenir à une époque 
plus ancienne. — o° Le Port sacré, tel qu'il était à l'époque 
du plus ancien rivage, constituait un mouillage très défec- 
tueux. La limite, au Nord, était une ligne à peu près per- 
pendiculaire à la côte actuelle; à l'Ouest, il était dépourvu 
de toute protection. Le môle qui le protège contre les vents 
du Nord n'est pas une digue naturelle, complétée et amé- 
liorée par l'homme : il est exclusivement formé de blocs 
de granit transportés et immergés. La masse des matériaux 
jetés dans le chenal pour fermer le port à l'Ouest est consi- 
dérable ; l'un des blocs qui affleurent pèse au moins 
10 tonnes. Le tracé du rivage antique implique l'existence 
du môle à l'origine même du Port sacré ; sa construction 
remonte à une époque très ancienne. 

L'énumé ration des monuments archéologiques trouvés 
dans les diverses parties des fouilles doit forcément être 
ici très succincte. Les ouvrages de sculpture les plus con- 
sidérables ont été déjà mentionnés au cours de ce rapport; 

]. On rectifiera c^après cela ce que j'ai avancé d'inexact clans les 
Comptes rendus, 1905, p. '66. La mer, contrairement à ce que jai cru en 
un temps où je n'avais pas l'assistance d'un excellent fïéologue, était fort 
voisine du Portique de Philippe lors de la construction de ce portique. 
Les bâtisses tardives, dont j'ai noté la présence à l'Ouest du monument, 
sont postérieures aux premiers ensablements de la cote. 



364 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS I.'ÎLE DE DÉLOS 





Dc'lns. — l''ra^nuMil de stalucllo l'uypticnne. 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 8G5 

j'en dois encore signaler ciuelques autres : 1° (Partie basse 
du Quartier du Théâtre) : Frag-ment d'une statuette égyp- 
tienne en basalte, qui en complète un autre, trouvé autre- 
fois au sanctuaire des dieux étrangers-. La statuette, dont 
la tête est perdue, représentait une jeune femme nue, ados- 
sée à un pilier que couvre une inscription hiéroglyphique. 
M. Maspero', qui m'a fait l'honneur de lire cette inscrip- 
tion sur la photographie, a bien a^ouIu m'apprendre qu'elle 
permet de fixer la date du monument entre le milieu du 
m'' et le milieu dun*' siècle avant notre ère. — 2" (Sud-Ouest 
du Téménos ; dans le Porinos oikos) : Fragment de figure 
archaïque, de la série des « Apollons » '. Il ne subsiste que 
le milieu du corps et le haut des jambes ; la taille est serrée 
d'une ceinture (mitre ?). Le travail est particulièrement élé- 
gant et fin. — 3° (Haut Quartier du Théâtre): Statue de 
Muse reproduisant — c'est la seconde fois à Délos — le type 
de la « Polhyninie ». Bien que fâcheusement mutilée (la tête 
manque et les deux avant-bras) et d'une facture trop sèche, 
cette figure est très digne d'étude ^ : la particularité la plus 
intéressante est le soin qu'a pris le sculpteur de rendre la 
transparence des étoffes superposées. A cet égard, il faut 
rapprocher de la nouvelle Polhymnie la statue, mentionnée 
plus haut, de l'Athénienne Kleopatra, où l'on retrouve le 
même singulier effort pour donner au vêtement une appa- 
rence diaphane^. — S'' (Partie basse du Quartier du Théâtre) : 
Groupe représentant Artémis chasseresse, qui terrasse une 

1. Bull, de Corr. hellén., 18S;2, p. 313 el suiv. (Hauvette). 

2. M. Lej?rain, de passage à Athènes au niomenL de la découverte, a eu 
aussi la grande obligeance de me donner sur ce monument d'utiles indica- 
tions. 

3. La figure a été reproduite provisoirement, avec mon autorisation, par 
M. Fr. Poulsen, dans VArch. Jahrh., XXI, p. 20i, n" 9. 

4. L'étude en sera faite, ainsi que celle des nombreuses figures de Muses 
découvertes à Délos, par MM. Leroux et Mayence. 

5. Gomp. les statues trouvées à Magnésie du Méandre : Mngnesia am 
Maeander, p. 19S et suiv. (Watzinger) et pi. IX. 

1907 25 



366 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS L ILE DE DÉLOS 




:i.,i.... .I.> l'iilliviiiiiip. 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS L ILE DE DELOS 



367 




Dclos. — Statue de Kléopatra. 



3()S TKAVALX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 

biche et la perce d'un trait. Le motif paraît nouveau; la 
composition est des plus gracieuses, Texécution médiocre. 
On croit reconnaître avec certitude dans cette tL'uvrt' les 
influences mêlées des écoles de Praxitèle et de Lysippe; 
l'original d'où elle dérive pouvait dater du iv" siècle. — 
6" Le beau torse de jeune homme, trouvé en l!JOi dans la 
rue du Théâtre ^ et complété partiellement en 1905', est 
devenu enlin, par la découverte de la tête et de nouveaux 
fragments, une statue pres(|ue intacte : elle représente 
Apollon vainqueur, dans l'attitude de V Apollon lycien, le 
corps appuyé à un arbre, le bras ramené sur la tête, le pied 
droit posé — c'est là le trait le plus caractéristique — sur 
trois boucliers, qui semblent être des boucliers galates. 

Parmi les terres cuites (dont le nombre est grand, si Ion 
y joint les fragments de vases à reliefs), deux doivent être 
mises hors de pair : un vase-statuette figurant le dieu Bès ; 
un buste d'IIéraklès jeune, dans le style de Skopas, d'un 
travail admirable. — Les bijoux éUne ni raresjusquà pré- 
sent; les nouvelles fouilles nous en ont livré (juehjues-uns : 
un anneau d'or, auquel est fixée une ininustule statuette 
d'ilarpokrates dans un état parfait de conservation ; une 
épingle d'argent, surmontée dune boule dOr linemont 
ouvragée, pièce détachée d lui nécessaire de toilette dont il 
subsiste de nombreux débris. — Aux trois « trésors » de 
monnaies attiqucs découverts en \WiY.\ ', nous en pouvons 
maintenant joindre un (piatrième, rencontré sous lui pié- 
destal de marl>re, au Nord du Porlicpie de Philii)[)e ; il 
contenait, comme les autres, des monnaies <( du nouveau 
style » au nond^re d'une ([uarantaine : tétradrachmes, 
drachmes et hémidrac nu>s. 

Les inscriptions ont été, cette année, moins abondantes 



1. Co»i/)/c'.s rcmliis. l!i(ll, p. 7 15. 

2. Comptes rendus, 1905, p. """. 
.3. Comptes rendus, 1005, p. Tsi. 



TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS L ÎLE DE DÉLOS 



369 




Délos. — StatucLle d'Artcmis. 



370 TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 

que précédemment. Outre un certain nombre de fragments 
de comptes et de décrets, il faut noter : une liste, qui paraît 
complète, des sacerdoces de Délos sous la seconde domi- 
nation athénienne; — une dédicace relative au prêteur 
Volusius Saturninus ; — une signature du sculpteur Aga- 
sias d'Ephèse. 



Puisque ce raj)port sc' termine })ar la mention de nos 
trouvailles épigraphiques, il ne paraîtra pas hors de propos 
que je dise un mot du Corpus des inscriptions de Délos, 
depuis longtemps en préparation. Bien qu'elle ne soit pas offi- 
ciellement associée à cette grande entreprise, jai pensé 
que l'Ecole d'Athènes ne pouvait s'en désintéresser. A ma 
prière, M. Dûrrbach, professeur à l'Université de Tou- 
louse, que M. HomoUe a choisi pour son principal coHa- 
borateur, est venu passer deux mois (hms l'île et s'est 
appliqué, avec l'aide constante de M. Jardé, à reviser, en 
vue d'ime édition définitive, l'iinmense collection des 
Comptes des Hicropes. Sur 09 documents de cette sorte, 
déchiffrés ])ar M. IlomoUe et recensés par lui dans ses 
Archives de i intendance sacrée à Délos, 44 (et, parmi eux, 
quelques-uns des plus longs) ont été entièrement revus. 
Les comptes et inventaires, découverts par MM. Doublet 
et Fougères postérieurement à l;i |)ublication d('s Archives, 
ont été collationnés aussi. Enfin, M. Dûibach a pu arréfei- 
la copie, commencée par lui depuis longtemps, de dtux 
des plus importants inventaires de la seconde domination 
athénienne, celui de Kallislratos et celui d'Archon. — De 
son côté, M. Pierre Roussel, dont \c ne saurais assez louer 
l'ardeur et la conscience, a procédi' à la revision des 
décrets et dédicaces réunis dans le Musée de Délos ou 



TRAVAUX EXÉCCTÉS DANS l'ÎLE DE DÉLOS 371 

demeurés sur les champs de fouilles. Ce travail, qui est 
très avancé, sera sans doute terminé l'an prochain : il était 
assez long- et malaisé pour rebuter de moins courageux que 
M. Roussel ; il lui fera le plus grand honneur. 



Le Gérant. A. Picard. 



MACOS, PKOTAT FRERES, IMPIUMEURS 



COMPTES RENDUS DES SÉANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES-LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1007 

PRÉSIDENCE DE M. SALOMoX REIXAGII 



SÉANCE DU 5 JUILLET 



PRliSIDENCE DE M. S. REINACH. 

Le Secrétaiiœ PERPÉTUEi, lit une courle lettre de M. Ciiavannes, 
datée de Moukden, lô mai. 

Mon clier maître, 

Je suis de retour depuis hier soir à Moukden d'où j'étais parti 
vingi-deux jours auparavant pour me rendre à Tong-Kiou, sur le 
haut cours de la rivière Yalou (|ui forme, comme vous le savez, la 
limite entre la Chine et la Corée. Dans cette localité se trouvent 
des monuments extrêmement intéressants de l'ancien royaume de 
Kao-li qui a donné son nom à la Corée ; des tombes princières, 
construites en blocs de granit énormes, ont la forme de pyranddes 
tronquées ; ce sont les seuls vestiges connus de l'ancienne architec- 
ture coréenne ; je pars demain pour Peoking où j'arriverai dans 

1907. 26 



374 SÉANCE DU 5 JLILLKT 1 907 

trois jours et où j'espère pouvoir développer mes pliotograpliies ; 
j'enverrai alors une note à l'Académie et je serai heureux si on peut 
la publier dans les Comptes rendus. 

Veuillez agréer, mon clu-r innitre, Tassurance de mes sentiments 
très respectueux. 

D. CllAVANNES. 

M. Clermont-Cjanneal" l'ait une communication sur des ins- 
criptions grecques et araméennes découvertes dans l'antique 
nécropole juive d'Alexandrie '. 

M. Gagnât lit une note de M. le (locleur Carton sur un sanc- 
tuaire lie Saturne découvert près de (iiiardimaou (Tunisie) -. 

M. Bartii propose une explication nouvelle de l'inscription 
P gravée sur le « chapiteau des lions » du Mathurâ. L'inscrip- 
tion mentionne bien le Çakasthâna, le pays de Çakas; mais elle 
ne prouve rien, ni pour ni contre, quant à la présence, aux envi- 
rons de notre ère, d'une dynastie (,1a ka dans l'Inde du Nord •*. 

M. de Morgan, délégué général en Perse du Ministère de 
l'instruction pui)lique. expose les résultats des fouilles opérées à 
Suse l'hiver passé sous la direction de son collaborateur M. J. 
V. Gautier. Les inscriptions nouvellement découvertes sont 
nombreuses et importantes pour l'histoire de l'Hlam et de la 
Ghaldée, berceau de nos civilisations. Parmi les objets d'art, il 
est à signaler une statue d'albâtre du roi Manichtousou, vieille de 
six mille ans(env. iOOÛ av. J.-C.;, authentiquée par le texte 
qu'elle porte. Cette statue, le plus ancien témoin artistique de 
l'Asie, est contemporaine des premières dynasties égyptiennes. 
Les fouilles ont également mis à jour une magnifique céramicpie 
peinte, antérieure au xi.'" siècle avant noire ère, située à '2.") mètres 
de profondeur dans les ruines de Suse et que M. de Morgan 
pense être, avec la céramique anté-iiisloricpK' de ri']gyple. 



1. \'nir ci-après. 
■-'. ^'l^il• ci-api'ès. 
'i. \'oii" ci-xipri's. 



LA NÉCROPOLE JLIVE d'aLEXANDRIE 375 

lancètre des arls du potier dans les pays médiLerrauéens. Enfin 
M. de Morg'an, exposant les résultats de ses observations géo- 
logiques de quinze années, montre qu'à Tépoque quaternaire 
le Caucase, l'Iran et TArniénie étaient couverts de glaciers et, 
par suite inhabitables ; que ces masses de glace, reliées à celles 
du Nord par le lac Aralo-Gaspien, formaient entre les territoires 
sibériens et nos pays d'Europe une barrière infranchissable. Ces 
constatations sont d'un grand poids en ce qui concerne la civili- 
sation asiatique et l'origine des peuples européens. M. de Mor- 
gan termine en annonçant qu'il vient de recevoir de bonnes 
nouvelles de la mission qu'il a envoyée dans le Zagros sous la 
direction de M. R. de Mecquenem, attaché à la Délégation '. 



COMMUNICATIONS 



LA NÉCROPOLE JUIVE D ALEXANDRIE, 
PAR M. CLERMONT-GANNEAU, MEMBRE DE l'aGADÉMIE. 

Je viens de recevoir par les soins du D"" Breccia une 
seconde photographie de l'inscription araniéenne juive 
A de la nécropole d'El-Ibràhimiyé que le 10 mai dernier "~ 
j'ai communiquée à l'Académie, avec le résultat de mon 
déchiffrement. Cette photographie, prise dans des conditions 
meilleures que la précédente et à plus grande échelle, permet 
de se rendre un compte très exact de la forme des carac- 
tères. Elle ne fait d'ailleurs que confirmer la lecture que 
j'avais proposée : ' Aqabyah fils de Elyo 'ènai. 

Les fouilles poursuivies par M. Breccia dans cette inté- 
ressante nécropole viennent d'amener la découverte de deux 

\. \'(iir ci-après. 

2. C. n.. 1907, p. 234cLsuiv. 



37fi 



LA NÉCROPOLE JUIVE d'aLEXANDRIE 



nouvelles inscriptions donl le président du comité du 
Musée d'Alexandrie a bien voulu me faire tenir des j^hoto- 




1^ 




r •* 



S 



'À 



ii 



ii^rapliies cl un cal(jue. Comme les aulics. elles soiil peinles 
en rou}^e sur la j),irni slu(|U(''e du idclier. 



LA NÉCROPOLE JUIVE D ALEXANDRIE 



377 



L'une (A) est tracée sur le vantail g'aviche d'une sorte de 
porte feinte figurée sommairement '. Elle est j^recque et se 




•c^f^ 











-S :- 



I 




1. Remarquer le croisillun surmoulaut le vantail droit; à comparer à 
ceux que ron voit sur la porte feinte contenant l'inscription publiée plus 
liaul, p. 2 11, flg-. 2. 



378 LA NÉCKOPOLE JUIVE d'aLEXANDRIE 

compose de six caractères qui sont disposés dune façon assez 
capricieuse et qui, malgré leurs formes un peu cursives, 
dénotent une haute époque pouvant remonter aux joremiers 
temps de la période ptolémaïque. Jv reconnais le nom 
propre Wùkkocç. Ce nom est rare, mais non sans exemple. Il 
s'est déjà rencontré dans une inscription de Corcyre {CIG, 
IcSio). Cf. le nom de femme ^FyXXd'). Doit-il être rattaché aux 
noms, topique WùXkoi, ville de Bithynie, ou ethnique ^'^Jaaji, 
peuplade africaine de Cyrénaïque? Est-il au contraire, 
apjjarenté aux mots 'VJ/.Xcç, 'hùWy., -VjXXa; « puce », ou 
« puceron»,'? Kn l'espèce, on peut se demander si ce n'est 
pas à ce dernier titre qu'il apparaît dans notre nécropole 
juive. En elfet. l'onomastique biblique connaît à l'époque 
du retour de l'exil, un nom d'homme w'^E Phar^ocli iden- 
tique au mot hébreu sig-niiiant « puce », ou « puceron » -. 
Peut-être le choix de ce nom hellénicjue si peu fréquent 
a-t-il été déterminé ici par le sens, au moins apparent, 
(pi'il offrait et le défunt était-il un Juif j^ortant dans sa 
lang-ue nationale le nom équivalent de Phar^och. 

La seconde inscription (B) est en caractères araméens tout 
à fait com])arables à ceux des deux autres inscriptions du 
même lieu dont je me suis déjà occupé. Elle doit donc être 
vraisemblablement à peu près contempor;iine de celles-ci. 
Elle se compose de deux lignes dont la deuxième est d'un 
déchiffrement difficile, les lettres (pii la terminent ayant 
sérieusement souffert. Ce qui augmente encore l;i dilliculté, 
c'est que plusieurs des traits sont doublés par suite du 
mauvais état du pinceau dont on s'est servi pour les tracer. 
Voici ce que je crois lire : 

- cz 



■r!!>. -SsN 



1. Cf. le c«if;iioii)cii Piilex. <Iaiis une inscri]ition romaine d'.MViqiio 
(Ephern. epiyr., V. Gjti . 

2. La version des Septante rend le mot -^''J'\^ plnr'och par 'iJÀXo:. 
Sur l'espèce véritable de Tinsecte ainsi désij,'né. voir les observations que 
j"ai puhlires aiilrefnis dans mes Étndead Arch. Orient., in-î", t. II. p. 1 i, n. 5. 



LA Mîr.Koi'oi.K JLIVE d'alkxanduii; 379 

La forme archaïque du yod k la 1. 1 est remarquable, 
surtout si on la rapproche de celle du yod plus cursif de 
l'épitaphe de 'Aqabvah '. Elle rappelle le type lapidaire de 
cette lettre, tel qu'on l'observe, par exemple, dans l'inscrip- 
tion du CIS II, n" 122, datée de l'an 482 av. J.-C. Néan- 
moins, pour les raisons historiques que j'ai déjà eu l'occasion 
d'exposer, les épitaphes de la nécrope d'P]l-Ibrâhimiyé ne 
sauraient galère être antérieures à la fondation d'Alexandrie, 
cest-à-dire à 332 av. J.-C^.. * 

Le premier mot □''- semble = Q"''^ « au jour ». Cette 
orthog-raphe défective pourrait surprendre tout d'abord, les 
papyrus donnant toujours pour ce mot lorthog-raphe pleine; 
mais elle est autorisée par les ostraca -'. Le signe suivant 
n'est pas une lettre, mais le chiffre 10^ bien connu en ara- 
méen sous cette forme. Le tout donnerait : (( au 10'' jour ». 

Cette inscription inviterait à chercher dans le mot indécis 
de la 1. 2 quelque nom de mois. Les premières lettres 
Sex pourraient faire penser tout d'abord à une transcri- 
ption de 'ÀTCsAAaïoç, quatrième mois du vieux calendrier 
macédonien. Mais les éléments g^raphiques qui suivent, tout 
incertains qu'ils soient, se prêtent mal à cette conjecture. 
Faut-il admettre que le nom du mois, qui semble nécessaire, 
se trouvait tracé, et aura disparu par suite de quelque 
accident, à la fin de la 1. 1, après le chiffre 10? Dans ce cas, 
on pourrait chercher au début de la 1. 2 un nom propre, 
celui du défunt. Si la quatrième lettre est un waiv'\ dont 
la hampe aurait été indûment doublée par la suite de l'état 
défectueux du pinceau que j'ai déjà sig-nalé, on serait tenté, 
en utilisant les déh/ins des caractères qu'on disting-ue au 
delà'', de restituer [DTT]iS3x = 'ATcoAAiowpoç, ou peut-être 



1. Cf. supra, p. 236. 

2. Voir, par exemple, Voslrucon de Berlin, Lidj;b. Eph. 11, p. 231, a. 1. 3. 

3. Le second trait parallèle est armé en haut du crochet caractéristique 
de cette lettre. 

4. A'isibics surtout sur le calque. 



380 



UKCdl VKIiTt; D UN SANCTLAIKi: DK SATURNE 



quelque nom théophore cong-énère [\^.~zXKZ':.y.r^^z, Xt.z'/X'zzz- 
-zc, Xt.zX/m'hz: ', etc. Les Juifs, grands amateurs de noms 
liellénicjues, ne semblent pas avoir répugné à adopter ceux- 
là même (jui auraient dû être, à leurs yeux, entachés de 
luytlKtldgie païenne. Nous connaissons des Juifs avérés qui 
ont porté sans vergogne des noms tels que ceux de Aiôowpcç-, 
AioYî'v-/;ç -^j Z-r^v(ov ', 'ApT£[j.î(.)v •', etc.. i^oui' m'en tenir aux 
théo[)hores dérivés du nom divin d'Apollon, je citerai, sans 
j)arli'r du Apella Jiidacus dllorace^, le 'A-:/,/.(.)V'.c; envoyé 
d llyrkan à Uome' et le IzjzyJ.z: zi -.'.: W-zKAf,:^ sv;[jLa-t, 
des Actes (les AjxMres (18 : 2i) lequel, justement, était 
originaire d'Alexandrie ('A/vSçavBpsù; tw y^vci). 



NOTE Sll! I.A DÉCOUVERTE D IN SANCTUAIRE DE SATURNE 

DANS LA (( COI.OMA IHUBURMCA », 

l'AR M. I.E DOCrEUH CARTON. 

Ayant découvert, au mois de novembre I!H)fi, un certain 
nombre de stèles dans les ruines de la colon'ui Thuhurnica 
(actuellement ferme Carton, lieu dit rimburnic, près de 
Gardimaou, Tunisie) jai i)u, grâce à un subside que 
M. Merlin, directeur des Antiquités tunisiennes, a bien 

i. ()ii puuri'iiil sniif^'iM", on revi'iiaiil ;'i la pri'iniùri' liypothèse, au mois de 
ce nom, celui des jeux olympi(iues dans le ealendriei- de l'I-^lide, et aussi 
dans d'autres calendriers. Mais l'emploi en l']j;ypLe d lui eaK'udrier autre 
que le macédonien est peu vraisemblable. 

2. .losèplie. \(i/. y., i;j, 9:2. 

.'5. Id. cf. ./.. id. l.i, 16 : 2: Cin-rrc .1 . 1. .') : .5. 

1. (irandeinseri|)ti(>n j;i-ce(piedeHérenice, C.l.a.. n".')36l(cf. le rabbin V jif 
{Levy, Neiihchr. \\. s. v.j. 

f). Ciief des Juifs insurf^'és de Cypre. sous Trajau . Diim (]assius. 68 ; H2. 

(i. Apellii - W-iIIt.; =z '/.-oXXa; < '.VroXÀo -|- •' ■ 

T. Joseph.'. AnI. ./. 13,3 : 2; 11, 10 : 22. Cf. aussi la grande iiiseriplioii 
de H(''rriiicc précitée. 

H. \'ariantc : 'A-oXÀtô;. 



DÉCOUVERÏt: d'un sanctuaire de SATURNE 381 

voulu m'accorder, explorer une partie du sanctuaire de 
Saturne auquel elles appartenaient. 

En attendant le rapport détaillé que je remettrai à 
M. Merlin pour la Commission de TAfrique. j'adresse à 
l'Académie quelques renseignements sur ma découverte. 

Le sanctuaire était à tlanc de coteau sur le versant de la 
montag-ne boisée qui, vers le Nord, domine les ruines de la 
petite cité romaine, à 30 mètres environ k l'Ouest des 
citernes publiques. 

Les fouilles ont fait découvrir, en ce point, im monu- 
ment de 17 mètres de longueur sur 16 mètres de larg-eur, 
retovn-né vers le Sud, et dont les parties essentielles sont 
deux cells^ au fond de chacune desquelles était une niche. 
En avant d'elles rég-nait un portique, que précédait une 
cour entourée d'une colonnade, au centre de laquelle un 
massif cubique de 1 '" 90 de côté rappelle tout k fait celui, 
si curieux, que j'ai trouvé dans le sanctuaire de Tanit, k 
El Kenissia, près de Sousse. 

Aucune inscription n'a été rencontrée dans le monument, 
qui paraît avoir été rasé par les Byzantins. J'y ai trouvé les 
restes d'une statue en marbre blanc et trois statuettes en 
terre cuite, rappelant aussi les petites effigies votives d'El 
Kenissia. 

Au pied des niches était une grande quantité de vases et 
de lampes d'un type curieux, dont il sera question plus 
loin. On y a trouvé aussi un petit pécule en bronzes du 
Haut-Empire. Enfin, deux fragments de vases portaient, 
sur la panse, en grafiite creusé à la pointe, avant la cuis- 
son, le nom de la divinité honorée dans l'édifice : 

SATVRNL 

Dans une autre des pièces du sanctuaire on a rencontré 
un alignement de grands vases. C'est k l'extérieur que se 
trouvait, en plus grande abondance, le mobilier votif. 



382 DÉCOLVEKTE d'uN SANCTUAIRE DE SATURNE 

En arrière des niches, au pied du mur nord par consé- 
quent, le sol otï'rait. dans une couche de cendres, une 
énorme quantité de Arases de toutes formes, où dominait le 
type œnnchoé et Vunguentarium. La forme, assez grossière, 
en était souvent orig-inale. Il y avait avec eux de nombreuses 
lampes, et tous ces petits vaisseaux étaient disposés en 
i^roupes votifs bien distincts. Cette disposition rappelle tout 
à fait, en de bien moindres proportions, l'énorme couche de 
cendres d"El Kenissia, dans lacjuelle, on le sait, j'ai trouvé 
plus de (i.OOO poteries. 

Ce sanctuaire, ou du moins ce que j en ai exploré, est 
relativement récent. Les lampes, païennes, n'ont pas la 
queue forée. Un certain nombre épousent même tout à lait 
la forme des lampes chrétiennes. 

Un fait intéressant, c'est que toutes ces poteries sont de 
fabrication locale. Elles sont assez mal cuites, dun ualbe 
quelquefois assez pur, copié sur des originaux romains, mais 
aussi parfois de formes bizarres. 

J'ai trouvé plus de cent lampes. Elles sont aussi en 
poterie tendre, mal cuite: les sujets en sont usés, oljtenus 
évidemment à l'aide de surmoulages sur des lampes 
romaines. Mais cj qu'elles olfrent d'intéressant, c'est im 
encadrement tout à fait dillerent de celui des lampes 
romaines, et dont lOrnementation se rapproche beaucoup 
de celle des poteries kabyles ou arabes. 

Certainement ces lamj)es ont aussi été fabriquées surplace. 
Il V a à Thuburnic, au-dessous du sanctuaire de Saturne 
lui-même, une épaisse couche de terre à potier, et le four 
d'où sont sorties ces lampes ne doit pas en être très éloigné. 

Immédiatement au-dessus de ce dépôt et contigu à lui, 
c'est-à-dire vers le sommet de la colline, était le champ de 
stèles votives. J'en ai trouvé une centaine. Elles étaient 
toutes en place, serrc'es les unes contre les autres et, alors 
que la déclivité du sol i-t que l'entn'e du temple regardaient 
au Sud, toutes étaient très exactement tournées vers l'Est. 



DÉCOUVKBTK I)'l"N SANCTIAinE DE SATURNE 383 

La plupart sont assez grossières ; quelques-unes, au con- 
traire, soig-nées, avec ou sans inscriptions, pointues le plus 
souvent, ou s'amincissant vers le bout. Elles portent les 
emblèmes si connus à Thuburnic et dans toute l'Afrique : 
croissant, triang^le, rosace, palmette, caducée, etc. L'une 
d'elles offre un autel cornu, portant la pomme de pin. 
Plusieurs portent de gTossières représentations humaines. 
Elles m'ont fourni une moisson épigràphique assez intéres- 
sante, notamment trois inscriptions puniques, dont deux 
parfaitement gravées, plusieurs textes grecs, un assez grand 
nombre de latins. Les formules sont très courtes, limitées 
même souvent au nom et à l'indication du vœu à l'aide des 
deux sigles habituelles. Il n'y a jamais de dédicace olîrant 
le nom de la divinité. 

Parmi les inscriptions g-recques, je relève le nom de : 

ATHMCON 
Une autre porte la mention d'un mag-istrat : 

n o A E n c 

E Y X H E 
niAIOIAOY 
APXAPXON 
TOC 



Celle-ci offre un nom romain écrit en grec 



T-CAAAOYCTiOC 

La rédaction des inscriptions latines est souvent curieuse, 
ou sommaire. En voici un exemple : 

L-T-L-F-S 
V-SLA 



384 INSCKII'TIO.N Di: MATIILlîA 

Une autre porte les lettres suivantes : 

DIODORE 
VO-SOSA 

La dernière abréviation se rapporte au nom de Saturne. 

Un fait intéressant ressort de lexamen de tous ces 
documents : c'est la forte impréi^i-nation ^-rectjue de la popu- 
lation de la petite cité. 

On sait, en outre, que par ses stèles énormes, en forme 
de menhirs, par son culte à Priape, au geuiiis Sesase, par 
le caractère de ses monuments et la symboli({ue de certains 
d'entre eux, la colonia T hii Lu mica oiïre un curieux mélange 
dintluences indigènes et romaines. 

L'étude des monuments trouvés dans le sanctuaire de 
Saturne ajoutera un chapitre de plus à cet ensemble de 
documents appelés à jeter quekjue lumière sur ce qu'était, 
en certaines parties de l'Afrique, la population indigène, à 
l'époque où l'influence romaine atteignit son maximum ch' 
puissance. 



l'inscription P du « CIIAI'ITKAL" DKS LIONS » hK .AlAllUnA, 
l'AR M. A. liAHIll. MEMliRK DE l'aCADÉMIE. 

Cette inscription, une des plus courtes de la série, — elle 
ne se compose ((ue de trois mots, — en est peut-être, à 
certains égards, la j)lus iinjioitaiile ; car, avant déjà (|u"elle 
fût publiée, on s'était habitué à y voir la preuve directe (jue 
toute une dynastie de Satrapes et de Grands satrapes, à 
noms barbares , dont quohjues-uns figurent encore sur 
d'autres docunuMils à Mathura même, à TaUsa^ilâ dans le 
Penjàb, le VxiChx ties Anciens, et sur des monnaies, appar- 
tenaient à celte l)ranche des nations scythiques connue des 



INSCRIPTION DE MATHURA 



385 



Grecs, depuis Hérodote, sous le nom de i^axat,, les Çakas 
de la littérature sanscrite. Aussi l'un des maîtres de l'épi- 
graphie indienne, M. Fleet, a-t-il récemment rappelé l'atten- 
tion sur notre document : dans un travail très ingénieux', 
il a amélioré l'interprétation du début; mais il me paraît 
avoir dévié à moitié chemin, et je crains fort qu il n ait 
plutôt gâté celle de la tin. 

L'inscription est gravée, avec dix-sept autres, sur un cha- 
piteau en grès rouge, de dimensions assez modestes (0'" 49 
X *> '" ^^2), formé par deux lions adossés. A en juger par les 
mortaises (ju^il porte en haut et en bas , il devait surmon- 
ter un de ces slamhhas ou piliers qui faisaient partie de la 
décoration des sanctuaires et, conformément k ce que nous 
montrent d'anciens bas-reliefs, être surmonté lui-même de 
quelque autre symbole religieux, tel qu'un dharmncakra 
ou roue de la loi. Dans l'une des inscriptions, Tinscription P, 
d'interprétation, il est vrai , très douteuse, il semble bien 
qu'il s'agisse d'armée, de guerre, de victoire, et le pilier aurait 
été ainsi à la fois un dhartnastamhha et un jay as tamb ha, 
un monument de dévotion et un trophée de victoire. 

Le bloc provient des environs immédiats de Mathurâ, le 
MÉGoca des Anciens, sur la Jumnà, la cité sainte du Ixrish- 
iiaïsnie, mais qui, comme presque tous les grands centres 
religieux de l'Inde, a été aussi une terre sainte pour les 
Bouddhistes et les Jainas. 11 a été découvert en 1869 et 
acquis l'année suivante pour le compte de son patron Bhau 
Daji, par un des hommes qui ont le mieux mérité de l'ar- 
chéologie indienne, feu Rhagv;\nlâl Indrajî. Malheureuse- 
ment le pandit n'a pas assez précisé le site de la trouvaille : 
il nous dit simplement qu'il l'a faite à quelque distance de 
la Saptarsifîlâ « la butte des Sept rishis )),sans doute un des 
nombreux tumulus de la plaine de Mathurâ, mais pour 

1. ,/. n. As. Soc. de Londres, 100 i, p. 703 et s., et 1905, p. loi cl s. 

2. Ces lettres se rapportent à la publication Biiagvânlal-Bi'ihler, où les 
dix-huit inscriptions sont cotées A. H, C H. 



386 INSCRIPTION DK MATULRA 

lequel je ne trouve aucune indication, ni dans les Reports 
de Gunningham, ni dans la volumineuse monographie du 
district de Mathvn-â par Growse. D'ailleurs, lors de la 
découverte, la pierre n'était plus iii situ; elle avait été 
employée à la construction d'un autel consacré à la déesse 
de la variole. La provenance exacte est donc inconnue, et 
nous n'avons jusqu'ici aucun indice pour situer même appro- 
ximativement ce Guhâvihâra, inconnu par ailleurs, qui est 
mentionné dans rinscription H et auquel le monument a 
probablement appartenu. Le chapiteau a été légué par 
Bhagvânlâl au British Muséum, où il est maintenant exposé. 
G'est aussi seulement après la mort du pandit et d'après ses 
papiers conservés à la Société asiatique de Londres, que 
son grand travail sur les ksatrapas , tant ceux de l'Ouest 
que ceux du Nord, a été résumé par \L Rapson', et que 
sa lecture et sa traduction des présentes inscriptions ont été 
pieusement publiées par Bûhler"-. avec les corrections de 
l'éditeur et à la suite d'une nouvelle et soigneuse compa- 
raison avec le monument original. 

Les dix-huit inscriptions sont gravées sur toutes les par- 
ties du chapiteau, très irrégulièrement, en sens divers et en 
lettres de calibres très différents, Llles rappellent ainsi 
singulièrement les souvenirs qu'en tout pays, d'indiscrets 
voyageurs se plaisent à laisser de leur passage. Ce ne 
sont pourtant pas de simples gribouillages ; les caractères, 
même les plus menus, sont bien formés, gravés profondé- 
ment et avec soin. La plupart, sinon toutes, n'en devaient 
pas moins être illisibles, vues du bas du [)ilier, et deux, A' 
et N, incisées tout contre les deux mortaises, étaient même 
entièrement cachées, le chapiteau uiu- fois mis en place e( 
surmonté de son ap[)endice. Bhagvanlal en a conclu qu l'iles 
ont dû avoir été toutes gravées à la fois, avant la mise en 



I. ./. K. .\!i. Soc. (le I,nll(i|-i'S. IS'.KI, p. Ù.V.t ci s., cl lH!i;. p. .') i I cl S. 
•J. Ibiilt'lil. ls!l 1. Il .i-J.) cl s. 



INSCRIPTION DE MAIIUHA 387 

place. Et cela est en effet très probable de l'inscription 
principale A, qui relate la consécration de reli(|ues du 
Buddha Çâkyamuni, d'un stùpa et d'un monastère, le tout 
au pi'ofit dune communauté de moines Sarvàstivadins, et 
l'œuvre de la reine principale du Grand satrape Rajula, 
conjointement avec sa mère , sa grand'mère et d'autres 
parents. C'est le seul de ces textes qui présente un certain 
développement, et c'est précisément un des deux qui devaient 
rester à jamais invisibles. On admettra aussi volontiers la 
même conclusion pour quelques autres, relatifs, comme il 
est tantôt probable, tantôt certain, à des membres de la 
même famille et commémorant des actes d'hommage à 
l'adresse de ces personnages, selon Bhagvânlâl, ou plutôt, 
selon moi, accomplis par eux. Le fait que ces commémora- 
tions auraient été ainsi gravées pour n'être jamais lues ne 
serait pas, en tout cas, une objection. Ainsi que le fait 
observer le pandit, rien n'est plus commun pour cette sorte 
de documents. Les exemples, en effet, abondent à toute 
époque, depuis les nombreuses épigraphes enfouies au fond 
des stupas, jusqu'à ce temple du haut Siam où, dans une 
longue galerie, une sorte de boyau absolument obscur pra- 
tiqué dans l'épaisseur de la maçonnerie, M. Fournereau a 
relevé une centaine de bas-reliefs accompagnés d'inscrip- 
tions descriptives et destinés à n'être jamais vus de personne. 
Faut-il rappeler aussi qu'à Girnar, une partie des inscrip- 
tions d'Açoka, qui étaient pourtant des édits, on pourrait 
dire des affiches, ne peut être lue qu'en se couchant à plat 
sous le rocher et que, à ce qu'il semble, il en a été toujours 
ainsi? Ce sont là œuvres pies, qui comportent bien une 
certaine publicité, mais une publicité à l'adresse, surtout, 
de l'autre monde. 

Mais faut-il étendre la même conclusion à toutes les 
inscriptions du chapiteau, même à celles qui concernent 
des personnages aussi peu titrés que possible et paraissant 
n'avoir aucun rapport avec cette famille des satrapes? Ici, 



388 INSCRIPTION DE MATHIRA 

j'hésiterais beaucoup. D'une part, il y a le désordre dans 
lequel sont semées sur la pierre, comme au hasard, toutes 
ces épig-raphes i-elatant des actes religieux sans rapport 
apparent les uns avec les autres; il y a de plus les dilîé- 
rences dans la dimension des caractères, qui ne parait nul- 
lenu'ul proportionnelle à la dignité des personnages men- 
tionnés, certaines divergences aussi d'ordre orthographique, 
autant d'indices (|ui ne s'accordent pas bien avec l'hypo- 
thèse d'une origine commune, d'une œuvre faite en une 
fois, par les mêmes mains et dans le peu de temps qu'a dû 
exiger la confection du chapiteau. D'autre part . même en 
l'absence toujours encore si regrettable de fac-similés, il 
faut bien admettre qu'il n'y a pas de dilférences caractéris- 
tiques dans l'écriture, puisque, sans parler de Bhagvanlâl, 
des épigraphistes aussi distingués que Bûhler et M. Fleet, 
qui ont pu examiner la pierre et ont disposé d'excellentes 
reproductions, n'en ont signalé aucune. Mais j'avoue que 
cette dernière considération ne me paraît pas de grand 
poids. Ces inscriptions sont en kharos/hi , en cette écriture 
cursive , aux formes indécises, où les variations du tracé, 
tout en étant nombreuses, ne se laissent pas ramènera un 
cadre chronologi(|ue tant soit peu serré. Si l'on avait le 
moindre doute à cet égard, on n'aurait qu'à se reporter aux 
étranges chasses-croisés que des hommes également habiles 
et conqiétents ne cessent pas de faire exécuter à ces dynas- 
ties des alentours de notre ère. et cela, en s'appuyant sur 
les mêmes documents, dont une p.iilu' pourtant est en 
hr.i/nni, c'est-à-dire en une écriluic plus régulière et où les 
variations sont bien phis appréciables. 

Tout compte'-, j'inclinerais donc plutôt ;i croirf (piiin l)on 
nombre de ces inscriptions n Ont rien ;i faille avec l'érection 
du pilier, (piClK-s ne sont [)as contemporaines de la première 
consécration, et (ju'elles ont été gravées, nona\anl bi mise 
en place du chapiteau, mais à diverses occasions, après sa 
c'bulc. I.i's tremblements de terre ne sont pas inconnus 



INSCRIPTION DE MATHLRA 389 

dans la région; on s'y souvient encore de celui de 180 i, et 
Mathurâ, que la tradition fait ravag-er par les Yavanas, les 
Grecs, n'a pas dû être non plus à l'abri d'entreprises hostiles 
pendant ces temps certainement troublés. Nous n'avons 
aucun moyen d'évaluer la durée de cet intervalle ; il v a 
pourtant des raisons de croire qu'elle n'a pas dû être fort 
g-rande; car l'écriture kharoH//tî n'a jamais été bien accli- 
matée H Mathura et, à quelque époque qu'on y place son 
apparition , elle ne paraît pas y être restée longtemps en 
usage. En tout cas, je n'hésite pas à ranger parmi ces 
inscriptions, à mon avis, postérieures, notre inscription P, 
à laquelle je reviens enfin après ce long préambule. 

L'inscription est gravée en deux lignes, sur le flanc du 
lion de droite, et parfaitement isolée de ses voisines. Elle a 
été lue par Bhagvânltd : 

Savasa sakasianasa puijac^ 

et traduite par lui : u en l'honneur de tout le Sakastana », 
c'est-à-dire en l'honneur de tout le Ségestan, dans le nom 
duquel s'est conservé jusqu'à nos jours le souvenir des 
Çakas. La lecture, au témoignage de Bûhler et de M. Fleet, 
est absolument certaine, et Bûhler a aussi montré que la 
traduction est irréprochable sous le rapport de la phoné- 
tique et de l'orthographe. A ne considérer cp.ie la forme des 
mots pracrits, ceux-ci se transcrivent, en eff'et, parfaitement 
et comme deux-mêmes en sanscrit par : 

Sarvasya Çakasthânasya pùjâyai. 

De cette glorification du Çakasthana, on a ensuite conclu 
que tous ces Satrapes et Grands satrapes qui figurent ici et 
ailleurs, Rajula ou Ràjuvùla et son fils Çudâsa ou Çodâsa, 
Kusulaka Patika et son père Liaka Kusulaka (ces deux der- 
niers, vassaux d'un Grand roi Moga), d'autres encore dont les 
noms n'importent guère ici, qui paraissent avoir régné en 



1907 



27 



390 INSCKIPTION iJi: MATHURA 

une ou en plusieurs branches, comme souverains plus ou 
moins indépendants', de la Jumnâ à l'Indus, et pour les- 
quels on a les dates 72 et 78 d'une ère non spécifiée, étaient 
des Çakas. 

Si les remarques qui pi-écèdent sur 1 indépendance respec- 
tive de ces documents ont quelque valeur, on trouvera 
peut-être que la conclusion ne s impose pas, même étant 
admise l'exactitude de la traduction d'où on la tirée. Mais 
cette traduction est-elle exacte? BiJhler. qui admettait l'une 
et l'autre, la traduction et la conclusion, parait pourtant 
avoir été quelque peu étonné de cet hommage à toute la 
contrée des Çakas : « C'est un fait remarquable, dit-il; on 
ne connaît pas d'autre exemple analogue. » Pour moi, il 
m'a toujours semblé que même cetexenqjle ne comptait pas, 
et cela, pour plusieurs raisons. 

D'abord, on ne voit pas que ce nom de Çaka ni aucun 
autre de même sorte et de signification très générale soit 
jamais entré dans le protocole d'aucune de ces dynasties 
étrangères ; on n y trouve, en fait d ethnicjues. que des 
noms de tribu ou de clan. Même ceux de ces dynastes que 
leurs ennemis appellent Çakas et que tout le monde à peu 
près s'accorde maintenant à reconnaître pour tels, les fon- 
dateurs de l'ère de ce nom, les Satrapes et Grands satrapes 
de Surâstra et de Malwa, ne se (^ualilient pas ainsi, à 
l'exception du gendre de 1 un d'eux. Usavadâta. et encore 
cette unique confession dune origine étrangère nest-elle 
pas absolument certaine ~. 



1. On est peut-être porté à s'exagérer le degré d'indépendance de ces 
satra])es. surtout de ceux dont on n'a pas de monnaies. Le tili'c même 
indique déjà une certaine sujétion. Au cas de Liaka et de Palika, vassaux 
du grand roi Moga, s'ajoute maintenant celui du drand satrape Khara- 
pallâna et du Satrape Vanaspara qui. tlans des inscriptions récemment 
trouvées à Sarnâlh, reconnaissent pour suzerain le (îrand i-oi Kaiiiska. 
Epiijr. Ind., Vlll. 17(1-179. 

2. Nâsik, 6 A, ap. .Irc/i. Siiri\ WcrI. Imliii. W . p. Kil. cl w 1 i. ap. 
Illtujr. Iml.. \\\\. |i. sr>. (.'■■i/i-,i \ii'iil iinnK'diatcmcnl apri-s uno lacune. 



INSCRIPTION DE MATIllKA 391 

Une autre raison qui me rend la traduction suspecte, c est 
qu'on n j trouve pas la mention de l'auteur de l'hommage, 
mention essentielle, selon moi, comme la signature l'est à 
une pétition et qui, en effet, ne manque presque jamais. 
Ici même, elle ne manque qu'une fois, dans l'inscription 0, 
qui, ainsi que l'indique le mot puya au nominatif, est une 
formule d'adoration toute générale, comme namo huddhâya 
et tant d'autres, et n'implique aucun acte particulier d'hom- 
mage. Partout ailleurs où, dans ces textes, il s'agit d'un 
acte semblable, l'auteur de l'acte est soigneusement nommé ; 
car je pense, comme M. Fleet, que tous ces noms propres 
au génitif désignent les personnes qui rendent l'hommage, 
non celles qui le reçoivent. 

Enfm, j'ai une dernière raison : c'est que cette traduction 
me paraît contraire à l'usage de la langue et au sens natu- 
rel des mots. Pùjâ n'a pas le sens de glorification; c'est un 
acte concret d'adoration, d'hommage, de grand respect, qui 
comporte toujours quelque chose de religieux; il s'adresse 
à un dieu, à un supérieur, à des parents ; accompagné d'une 
invocation mentale, il peut s'adresser à un absent; il peut 
même s'adresser k des objets inanimés, un sanctuaire, un 
fleuve, un arbre sacré ; le guerrier fera une pùja à ses 
armes, le maître de maison en fera une à son foyer; je com- 
prendrais même que, revenant de loin, un voyageur en fît 
une à son pays natal. Mais je ne vois pas comment, de 
Mathurâ, on ferait une pùjâ k tout le Ségestan. Bref, « in 
honour of the whole Sakastana » est une phrase anglaise ; 
ce n'est pas une phrase religieuse indienne, ni même une 
phrase indienne tout court. 

M. Fleet n'est pas plus satisfait que moi de cette traduc- 
tion, mais pour une autre raison : il ne veut absolument 
pas qu'il y ait la moindre mention des Çakas dans l'épigra- 
phie de l'Inde du Nord. En attendant qu'il les déloge d'une 
autre inscription de Mathurâ où l'on a cru les trouver', il 

J. ./. li. .l.s. Soc. de Londres, 190&, p. C3j et s. 



392 INSCRIPTION DE MATHUHA 

faut donc qu'ils disparaissent de celle-ci. Il pense donc que 
ce n'est pas ce nom, que c'est ladjectif possessif svaka qui 
forme le premier terme du composé sakastana , lequel doit 
se transcrire en sanscrit par svaknslhâna. Quant à savasa, 
il l'accepte comme un nom propre Sarva ou Çarva, le géni- 
lif dépendant non plus de puyac , mais d'un mot comme 
dana, don, olfrande, sous-entendu. 11 arrive ainsi, après un 
premier essai auquel je ne m'arrête pas, puisqu'il y a 
renoncé lui-même, à la traduction : 

« (une offrande) de Sarva en llionneur de sa demeure». 

Savasa devenu nom propre du donateur et construit avec 
ini mot sous-entendu est une excellente sug-g-estion, tout à 
fait conforme à l'usage de ces documents ; mais l'interpré- 
tation de sakastanasa me paraît absolument inadmissible. 
SUiâna ne peut pas, comme notre « maison » et, à la rigueur, 
comme l'anglais c home » , se prendre dans le sens de 
« famille >» ; c'est l'endroit où l'on se tient, la résidence, la 
demeure au sens matériel, et rien que cela. Or, on ne fait 
pas une pi'lj^ à son logis, pas plus (juon en fait une à « tout 
le Ségestan ». Il faut donc chercher autre chose. 

Je ne m'arrêterai pas à discuter diverses solutions qu'on 
peut être tenté d'essayer de cette énigme . comme , par 
exemple, d'y voir un hommage à l'adresse du Çâki/asihana, 
de l'établissement des religieux bouddhistes auquel se rap- 
portent ces inscriptions. Cela ne nous donnerait ni le nom 
de celui qui a fait l'hommage ni une expression bien accep- 
table pour ce que les textes eux-mêmes désignent [)ar le mot 
propre. san(/ha, la communauté. Je vais plutôt tout droit 
à liiilt'i prétation (pii me par;iil la j)lus probable, la seule 
conforme à l'esprit de la langue et à l'usage des documents. 

1 ."inscription constale (piau sanctuaire bouddhique don! 
le pilier faisait pai'tie, il a été l'iiil nne /w//,/. un acte d'iiom- 
mage. nous ne savons !c(|iu'l. sans (lonic (|Ufl(|ue olli'ande 
ou donation il la communauté; il nous faut donc le nom de 



INSCRIPTION DE MATHL'UA 'A\)3 

l'auteur de l'acte ; car l'acte, nous pouvons en être bien sûrs, 
n'a été enreg-istré que pour que le nom le fût. De plus, il faut 
que la désignation de la personne soit suffisamment explicite; 
pour cela, il faut plus que le simple nom, il faut au moins 
un qualificatif, c'est-à-dire deux mots. Or ces deux mots, 
le texte nous les donne, savasa et sakasfanasa. Car sakastana 
n'est pas seulement nom propre de lieu ; il est aussi l'adjectif 
dérivé de ce nom propre et signifiant « natif du Sakastana, 
habitant du Sakastana ». Pour qu'il ait cette deuxième sig-ni- 
fication, il suffît que nous supposions dans la première syl- 
labe un a long, et rien n'empêche que nous la lisions ainsi, car 
l'écriture khar^osfhi ne marque pas la quantité des voyelles. 
En brâhmï, où cette quantité se marque, nous aurions proba- 
blement sakastana, comme en sanscrit nous avons mâthiwa, 
natif de Mathurâ, kânyakuhja, natif de Kanyakubja, sau- 
ras/ ra, natif du Surastra. Les grammairiens sanscrits ont 
donné des règ-les pour cette dérivation et l'ont entourée de 
restrictions ; mais les pracrits sont très libres à cet égard : 
tout au plus ajoutent-ils parfois leur éternel suffixe ka, 
comme pour nâsikaka^ natif de Nâsika, et ici même, dans 
l'inscription F. nakaraa, natif de Nagara ; mais dans R, 
nous avons tachila, natif de Taksila, l'exact pendant de 
notre sakastana. Suivant un usage constant, ces deux géni- 
tifs désignant l'auteur de l'acte dépendent d'un terme sous- 
entendu, que nous pouvons d'ailleurs nous dispenser de 
rétablir, puisque nous ignorons en quoi au juste l'acte a 
consisté. En tout cas, ils sont indépendants de puyae; ils 
le sont même si bien que ce dernier peut à son tour être 
supprimé, comme il l'est dans Q et R, où il n'y a que a de 
Khardaa satrape », « de Kodina natif de Taksila », qui pour- 
tant l'un et l'autre, sans aucun doute possible, prétendent 
bien avoir accompli un acte àepCiJâ. Nous avons donc ainsi 
la traduction : 

« de Sava, natif du Sakastana ; pour rendre hommage ». 



394 INSCRIPTION DE MATHUKA 

Quel était ce Sa va, dont je laisse tel quel le nom proba- 
blement étranger? Etait-il un capitaine d'aventure à la solde 
d'un souverain indien , selon la coutume immémoriale des 
hommes de son pays? Et ce souverain lui-même, était-il un 
Çaka, ou quelque autre barbare, ou un indigène? Ou bien 
Sava était-il un marchand de passage, venu avec une de ces 
caravanes du Kayber (jui. de tout temps, ont amené dans 
rinde les chevaux et les chameaux de l'Iran? Peut-être 
aussi était-il fixé à Mathurâ? Ou était-il un simple pèlerin? 
Nous n'en savons rien ; tout ce que nous pouvons dire, 
c'est qu'il a dû être un homme non titré, mais d'une cer- 
taine fortune; qu'il était un bouddhiste laïque et qu'il était 
venu d'un pays qui s'appelait alors le Sakastana. Réduite 
à ces proportions, je crois que M. Fleet lui-même ne pren- 
dra plus ombrage de cette mention d'un Çaka : car elle ne 
jiréjuge rien , ni pour ni contre ce qu'il appelle la présence 
historique des Çakas dans l'Inde du Nord. 

C'est là du reste une question à laquelle je ne veux pas 
toucher. Y a-t-il eu dans l'Inde du Nord, aux environs de 
notre ère, des dynastes Çakas? Nous n'en savons absolu- 
ment rien. M. Fleet le nie, et le fait est que, s'il y en a eu, 
ils ne nous l'ont pas dit. Mais c'est là un argument dont il 
ne faudrait pas abuser ; car les dynastes du Sud-Ouest, (jui 
paraissent bien avoir été des Çakas, ne nous l'ont pas dit 
davantage, et, dès l'antiquité, le nom paraît avoir été une 
désignation globale très diversement appliquée. En tout cas, 
cette mention ici du Sakastana ne doit pas nous étonner. 
Le terme est ancien ; il remonte au moins à Isidore de 
Charax, en qui nous n'avons aucune raison de ne pas recon- 
naître le géographe employé par Auguste, Il place la ïa/.xj- 
TavY^ entre la Zarangiane et l'Arachosie ', c'est à-dire dans 
le Ségestan de la géographie postérieure ; et la dénomina- 
tion devait être déjà ancienne, car le pays était alors sous 

1. Geogr. Graeci Min.. i'mI. C. Millier. I, p. 211 «'l 2lj. 



iNscKiPTioN DK mathi:ka 39f) 

la domination des Parthes ; bien avant même, c'est à peu 
près dans cette rég-ion, parmi les peuples de la frontière 
orientale de son empire, que Darius énumère les Çakas *, ou 
du moins certaines tribus des Çakas qui, en leur qualité de 
mercenaires très recherchés, ont dû avoir des établissements 
en divers lieux. Il se pourrait même que, déjà avant notre 
ère, ils en aient eu en terre indienne; car déjà Lassen -' et, 
plus récemment, M. Boyer-^ ont attiré l'attention sur le fait 
qu'à la Miv zôXiç d'Isidore de Charax, l'une des quatre capi- 
tales des Çakas de la Sakastanè, correspondent exactement, 
dans le Périple de la mer Erythrée (2*" moitié du l*''" siècle), 
deux autres MiwxY^p ou Mf-wa^ipa [narfara = TzbXiq,), l'une 
sur le bas Indus, lautre sur le golfe de Cambaye. Et ici 
encore, si, comme il est probable, ces dénominations appar- 
tiennent à la lang-ue des Cakas, elles devaient être anciennes, 
car les Scythes, c est-à-dire les Çakas de la première de ces 
métropoles , étaient , à l'époque du Périple , soumis à des 
roitelets Parthes, et ceux de la seconde étaient si bien hin- 
douisés que le rédacteur n'a plus reconnu en eux des étran- 
gers. (( C'est ici, dit-il que commence l'Inde ''. » 

Je n'ai pas; jusqu'ici, touché la question de la date de ces 
inscriptions ou, du moins, je n'ai parlé qu'en termes vagues 
des environs de notre ère. C'est que je crois qu'il y aurait 
de la témérité à vouloir être plus précis. Tout ce qu'on 
possède actuellement de données, directes et indirectes, 
étrangères et indigènes, a été tourné et retourné en tous 
sens, et arrangé en des combinaisons qui ne se comptent 
plus, mais dont aucune ne paraît convaincante à l'exclusion 
des autres Quand on voit, par exemple, Biïhler affirmer 



1. Behistan I, 16; Persépolis I, is ; N Ra, 25. Je cite daprès rédition de 
Spiegel, la seule que j'aie sous la main. Ces listes sont un peu confuses; 
mais la situation générale ressort assez claire. 

2. Ind. Alterlhumsk. 11^, p. 387. 

3. /oHrn. .4.S., X (1897), p. 140. 

4. Geogr. Graeci Min., I, p. 290. 



396 INSCKIPTION DE MATHURA 

comme un fait absolument certain (jue les satrapes de nos 
inscriptions sont venus avant Kaniska et les premiers 
empereurs Kusanas , et M. Fleet affirmer comme un fait 
non moins certain qu'ils sont venus après eux, et cela, 
quand, de part et d'autre, on assigne à Kaniska et ses suc- 
cesseurs immédiats des époques qui difl'èrent de 13o ans, il 
est permis de trouver que la question n'est pas mûre et de 
ne pas vouloir construire un système de plus après tant 
d'autres. On a vu que ])our deux des satrapes qui fii^urent 
dans nos inscriptions et précisément dans celles (pii ont 
quelque chance d'être contemporaines de l'érection du pilier 
et, par conséquent, les plus anciennes, pour Çudasa et pour 
Patika,on a les deux dates de 72 et 78. Malheureusement, 
ces dates, ainsi que toutes celles qu'on a de cette époque et 
cpii ne sont pas simplement des années de règ-ne, sont d'une 
ère indéterminée. Les Bhandarkar, père et fds, les rap- 
portent à 1 ère çaka de 78 après J.-C. La plupart des savants 
en cherchent l'origine vers le milieu du T'' siècle avant J.-C, 
sans compter des ou/siders qui prétendent les faire remon- 
ter beaucoup plus haut. M. Fleet, plus précis, les rapporte, 
ainsi (jue toutes les autres qu'on a pour cette période dans 
l'Inde du Nord, à l'ère appelée plus tard du nom de Vikra- 
nia , (jui commence en .^>8 avant J.-C. C'est évidemment 
simplifier les choses, et, autour de cette thèse qu'il défend 
depuis des années, il n'a pas manqué de grouper fort ingé- 
nieusement maintes raisons qui peuvent la rendre plausible. 
Mais encore la principale de ces raisons reste-t-elle que 
rinde du Nord est en possession d'une ère bien établie, le 
sanivat de ^'iUrama ; qu'il n'est pas prouvé qui-llc en ait eu 
d'autres pour cette période et. donc, qu'elle n'en a pas eu 
d'autres en ell'et. A cela on pourrait répondre (pie la plu- 
ralité des ères est normale dans lliide, où presque chaque 
dynastie a eu la sienne ; (pic cette pluralité est a priori 
probable dans cette période d'invasions et de dominations 
peu stables, (pii a eu même plusieurs calendriers, le macé- 



TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PERSE 397 

donien et au moins deux indig-ènes; que l'usage g-énéral 
ancien du Vikrama-sanivat aurait lui-même grand besoin 
dètre prouvé, et qu'enfin il y a dans cette démonstration 
quelque chose d'un cercle vicieux : car, à tout prendre pour 
l'une de ces ères anonymes, il est clair qu il ne doit rien 
rester pour les autres. Mais il est bien clair aussi que toutes 
les objections du monde ne feraient pas faire un pas à la ques- 
tion. Ce pas ne pourra être fait que quand quelque heureuse 
trouvaille aura introduit un point fixe vraiment solide 
dans cette masse de données actuellement flottantes et ne 
se prêtant qu'à des constructions hypothétiques. 



LES TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PERSE 

AU COURS DE LA CAMPAGNE DE 1906-1907, 

PAR M. J. DE MORGAN. 

N'ayant pas jugé que ma présence en Perse fût nécessaire 
au cours de la dernière campag-ne, j'avais chargé M. Joseph 
Etienne Gautier de diriger les fouilles, assisté de M. Roland 
de Mecquenem et, comme de coutume, les résultats ont 
pleinement répondu à mes espérances. Les travaux habile- 
ment conduits ont fourni un nombre considérable de textes 
et d'objets d'art dont l'importance ne vous échappera pas 
après l'exposé que je vais avoir l'honneur de vous faire des 
principales découvertes. 

Ces objets et monuments, je dois le dire tout d'abord, 
de même que ceux résultant de la campagne de 1905-1906, 
sont encore à Suse ; ils seront apportés en France au prin- 
temps prochain, en même temps que le produit des fouilles 
de 1907-1908 que j'irai diriger moi-même. 

La grande difficulté des transports entre Suse et la côte, 
les frais généraux très élevés qu'ils entraînent m'obligent à 
remettre de trois en trois ans l'organisation de mes convois. 
Ce sont donc des collections égales en importance à la 



398 TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCI i;.\ i IFIOUE EN PERSE 

moitié environ de ce que nous possédons déjà au Louvre 
qui arriveront Tan prochain. 

Voici dans l'ordre chronologique la liste des principaux 
documents épij^raphiques découverts au cours de la der- 
nière campagne et dont M. J.-E. Gautier ma transmis la 
première lecture de Suse même : 








0// ' l 



1 ^ ^ 









V\'j.. I. — SImIuc ilu roi Mniii^lusu face). 

Vw lot d'une trentaine de tiihld lis proto-élamites, ana- 
logues à celles publiées i)ar le 1*. Scheil iii l!M)."t dans le 
tome M des Mémoires de la Délégation. 

Deux légendes sur pit'rrc égidcmciil en taractères proto- 
élaniites. 



TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIExNTlFIQUE EN PERSE 399 

Le buste en albâtre d'une statue du roi Manistusu du 
XL'' siècle environ avant notre ère, pièce dûment identifiée 
par le texte de ce souverain, inscription prouvant qu'il a 
réellement rég-né sur Suse. 

Cette statue est l'œuvre d'art la plus ancienne que nous 







Fig'. 2. — Statue du roi Manistusu (dos et texte). 

possédions de ces pays ; elle est très curieuse par sa facture 
primitive et fait songer aux monuments archaïques décou- 
verts en Egypte. 

Les yeux , de calcaire blanc , ornés d'une prunelle noire 



400 TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PERSE 

aujourd'hui tombée, sont maintenus dans leur orbite à l'aide 
de bitume; le visage est grossier d'aspect; la barbe, les che- 
veux sont conventionnels; quant au texte, il est gravé en 
cunéiformes linéaires du plus ancien style. 

De ce roi, nous avons encore rencontré une autre statue 
dont il ne reste malheureusement qu'un gros fragment. Elle 
n avait pas été sculptée pour Suse, mais fut enlevée du pays 
d'Asnunak par le roi Susien Sulruk-Xahhuntè qui lui imposa 
sa légende. 

Viennent ensuite des l)ri([ues portant des inscriptions 
inédites de Dungi, roi d'Ur. 

Une petite stèle, beau monument épigraphique, de Karibu 
sa-Susinak qui mentionne la construction de temples. 

Le buste d'une statue criophore. 

Un lot important de tablettes de comptabilité datant du 
xxv" siècle environ, intéressant au point de vue de la topo- 
graphie et del'onomastique de l'ancienne Suse. sans compter 
l'attrait qu'il présente pour la philologie. C'est pour la pre- 
mière fois que nous rencontrons dans nos fouilles des docu- 
ments de cette nature. 

La partie inférieure de la statue ilu rui l ntas Gai, mari 
de la reine Napirasou dont nous possédons au Louvre la 
belle statue de bronze. Jusqu'ici nous ne connaissions ce 
souverain que par ses briques de construction. 

Un gond de porte au nom de Silhak-in-Susinak, pendant 
d un autre gond découvert dans une autre campagne de 
fouilles et déposé au Louvre : le texte (|u"il porte fournit de 
nouveau une liste généalogique des rois an/anites d'Klam. 

Plusieurs koudourrous, aux textes martelés, mais portant 
encore des reliefs intéressants au point de vue mytholo- 
gique. 

Deux fragments de n\esures de capacité au nom des rois 
babvloniens Xergal-.sar-T'sur et .Vmil-Marduk, fournissant 
une nouvelle preuve de ce fait qu'à partir de Nabuchodo- 
nosor la province de Susiane était entre les mains des Baby- 



TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PERSE 401 

Ioniens, alors que le reste des territoires élamites était échu 
aux Mèdes et aux Perses. 

Les textes dont il vient d'être question sont entre les 
mains du P. Scheil assisté de M. .I.-lv Gautier. Elt l'on 
peut dès maintenant atlirmer que le nouveau volume des 
textes sémitiques d'Elam ne le cédera en rien comme im- 
portance et intérêt à son prédécesseur, sans qu'il soit besoin 
d'escompter les découvertes de l'hiver prochain. 

Parmi les objets d'art, je dois citer en première lig'ne la 
statue de Manistusu dont il vient d'être parlé, puis les autres 
fragments statuaires, un vase portant des reliefs sculptés, 
quelques menus objets, des cylindres, des empreintes appar- 
tenant à toutes les époques, des armes, outils et instruments 
de bronze, enfin un curieux fragment de céramique grecque 
polychrome dont M. Pottier vous a entretenus dans la séance 
du 2(3 mai dernier. 

Si les niveaux supérieurs de o, 10 et lo mètres ont fourni 
leur précieux apport, ils ne nous ont donné que des docu- 
ments dont nous povivions prévoir l'existence. Il n'en a 
pas été de même du niveau de 25 mètres de profondeur, 
déjà ouvert en 1902, que de^îuis j avais délaissé afin de 
créer des dégagements et que j'avais chargé mes attachés 
de reprendre en vue des travaux de 1897-1898. Là nous 
avons éprouvé de réelles surprises. 

Ces couches profondes que je pensais appartenir au pré- 
historique renferment encore des murailles faites de briques 
grossières et, dans le nettoyage du chantier, on a trouvé, en 
même temps que des silex taillés et de nombreux exem- 
plaires de céramique peinte, un bouchon d'argile portant 
une inscription très efPacée qu'on devine plutôt qu on ne la 
voit et lempreinte d'un cylindre. 

La représentation que fournit cette empreinte rappelle 
beaucoup les scènes mythiques de 1 époque de Sargon et 
de Naram-Sin : Eabani, sans doute, luttant contre un lion. 
Il est probable que cet objet n'est pas isolé et que bientôt 



402 TRAVAUX DK LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PEKSE 

il nous sera possible de dater ces couches profondes que 
dès maintenant nous pouvons ranger dans l'époque histo- 
rique. 

Ainsi, cette belle céramique peinte que nous connaissions 
par les sondages en galeries, par les fouilles de Mousian 
et par les nombreux débris épars à tous les niveaux, appar- 
tiendrait aux temps historiques et aurait été à son apogée 
peu de temps avant la conquête sémitique de TElam. Son 
usage se serait continué pour s'éteindre lentement en même 
temps que, vers 4000 av. J.-C, des usages nouveaux se 
seraient introduits dans la Susiane. 

L esprit et les goûts sémitiques svipplantant l'esprit et les 
goûts autochtones auraient été la cause de sa disparition. 

(^uand je parle de 4000 ans av. J.-C. pour l'époque de 
cette transformation, je ne fais là qu'indiquer luie limite 
inférieure de son antiquité. Il sera certainement nécessaire 
de remonter bien plus haut au cours des âges pour dater 
l'absorption de l'I^lani par les Sémites, puisqu'au début 
du quatrième millénium Manistusu régnait déjà sur ces 
pays. 

Quoi qu'il en soit, cette révolution dans les tendances 
marque une étape bien nette, de même qu'en Egypte, la 
dis])arition des arts autochtones devant les goûts pharao- 
niques. 

Dans notre tranchée de 25 mètres de profondeur, nous 
avons rencontré au centre une foule de débris de vases 
peints, alors que sur le Ixnd du Tell cette céramique se 
retrouvait entière, fort bien conservée par groupes de trois 
ou quatre vases semblant indiquer l'emplacement de sépul- 
tures ; aucun objet de pierre ni de bronze, aucun ossement 
caractérisé n'est encore V(mhi contrôler cette supposition. 
C'est seulement au couis des I nivaux de 1 hi\c'r prochain 
que nt)us sereins à même daNoir ch^s certitudes. 

Les vases découverts son! très n()nd)reux et, bien cjue 
souvent brisés, n'en consliluent pas moins une très impor- 



TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PERSE 403 

tante collection. La variété des sujets représentés, les carac- 
tères de la technique, les formes sont une véritable révéla- 
tion en ce qui concerne les origines de l'art céramique. 




Vi'f. 3. — Céranii(im' archaïque susieniic. 



Déjà la publication des tVa<^nienls que nous possédions 
de Suse et des vases de Tepeh Mousian avait appelé l'atten- 
tion sur ces arts très anciens, mais nous n'en possédions 



404 TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PERSE 

pas encore la date. Aujourd'hui le voile qui la couvrait se 
soulève peu à peu. 

La présence dune aussi curieuse poterie dans les 
couches profondes du tell de Suse est pleine d'enseigne- 
ments. Mais afin de faire mieux comprendre ma pensée, je 
suis obligé de reprendre, dès les temps quaternaires, lé vo- 




Fig. ». — Cc'raïuiquc arcliaùiiR' susieiiiic. 

lution (K' I"lniin;iiiiié dans cettt' partie de TAsic et de vous 
sif^ii.ilcr (Ml inriiic temps un l'ait (pic je nIimis de (h'^eoin rir 
et (Rii est (le la plus haute portée en ce (pii rei^arde les 
oi"i<j^ines hist(»i'i(pies. 

Depuis longtem|)sje cherchais;! m"expli([uer Tahscnce. sur 
le plateau ii-auieuet dans le (laucase, de ti'aees de I homme 



ntAVALX DE LA DÉLKGATIUN SCIENTIFIQUE EX l'ERSE lOo 

pléistocène dont, mali^ré bien des années de recherches très 
suivies, je n'avais jamais rencontré le moindre vestig-e. 

L'Iran et le Caucase, n'avaient donc pas été habités à ces 
époques, et s'ils étaient aussi complètement déserts, c'est que 
la vie ny était pas possible ; car les contrées voisines , la 
Syrie, l'Ég-ypte, l'Inde abondent en restes de l'homme 




■ ^^A^\\\^^A\■•^\\\o^\■^,A\ 
\"\^' V\v -v'^ 






Fig. ô. — Céramique archaïque susieune. 

paléolithique, et ces hommes eussent forcément envahi le 
plateau persan si des obstacles naturels n'étaient venus 
s'opposer à leur expansion. 

Les causes de cette anomalie apparente, ce sont mes 
observations géolog-iques qui me les ont fait découvrir. Des 
traces de moraines, des roches striées rares, il est vrai, mais 
répandues çà et là, sont venues me prouver qu'aux temps 
quaternaires, les g-randes chaînes bordières de l'Iran, le Cau- 
case et probablement aussi la majeure partie du massif 
arménien et du Taurus étaient occupés par de vastes g-laciers 
dont bien des vallées renferment encore les terrasses 

190- 2S 



40G TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIKNTIFIQLE EN PEKSE 

Quant au ])lateau persan proprement dit, aux plaines 
irréj^ulières qui s'étendent sur mille kilomètres de lars^eur 
et deux ou trois mille de long-ueur, situées à ime altitude 
moyenne de mille à dou7.e cents mètres, elles s'étaient rem- 
plies de névés et formaient un immense réservoir glacé 
analoj^ue à celui que présente de nos jours encore le Groen- 
land central ; mais avec cette différence qu'il ne possédait 




Vi'^. 6. — Céramique iiroliaïque susieniie. 



pas de portes d'écoulement cl ({ue l'air dépouilli- di» son 
liumi(lil(' pai- K-s tliaines hordières ne lui apportait qu'une 
l>ien moindre (juantité de neiges. 

Pendant la période jj^lacidire, ces pays n'(''laiciit donc pas 
hal)ités parct' ([u'ils n'étaient pas habital)les. 

Lors de la fonte délijiitive des glaces et des neiges, des 
vallées se creusèrent dans les massifs montagneux, tant 
vers rint(''i'icui' (pie \ ers l'i-xti-ricur. les cours d'eau laissant 



TRAVAUX DI-: LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PERSE 407 

des alluvions caillouteuses souvent épaisses de plusieurs 
centaines de mètres, telles qu'on en peut observer dans le 
Louristan central, en ce qui concerne le plateau et sur tout 
le pied delà chaîne bordière pour le versant mésopotamien. 

Et tandis que, sur son pourtour, le plateau envoyait ses 
eaux vers les mers, il se formait à l'intérieur de vastes lacs 
et des marais d'eau saumâtre rendant le pays impropre à la 
vie de l'homme. 

Ces lacs ont laissé d'indiscutables traces dans toutes les 
cavités. La plus remarquable est le désert salé qui occupe 
tout le pays compris entre Kirman au Sud et Téhéran au Nord. 

L'Iran ne connut jamais cette fertilité qui, en Syrie, en 
Ég-ypte, permit aux populations de se développer sur un sol 
devenu plus tard désert et aride. La lin du glaciaire et les 
temps qui suivirent pendant bien des milliers d'années le 
trouvèrent hostile. Ce n'est qu'après l'assèchement de ses 
lacs et de ses marécages qu'il fut à même de se peupler dans 
quelques-uns de ses districts fertilisés par des cours d'eau 
douce. 

Pendant les temps quaternaires, le massif iranien for- 
mait donc une sorte de muraille infranchissable s'étendant 
de la mer des Indes à la Caspienne et reliée aux plateaux 
g-lacés de l'Asie Centrale. Mais alors, cette mer, aux eaux 
plus étendues qu'aujourd'hui, couvrait la majeure partie de 
la Scythie et s'en allait jusqu'au cœur de la Russie baig'ner 
les avances extrêmes des glaciers Scandinaves qui, comme 
on le sait, s'allong-eaient au Sud bien au delà de Moscou. 
Le manque absolu de traces paléolithiques dans les pay^ 
recouverts par les g-laces et l'eau sont une indiscutable 
preiive du synchronisme de ces phénomènes. 

Ainsi, depuis les confins septentrionaux de l'Europe jus- 
qu à l'Océan Indien, sur une épaisseur de plus de mille kilo- 
mètres dans ses points les plus étroits (latitvide d'Astrakan), 
une immense barrière de glace et d'eau séparait les terres 
méditerranéennes, alors très liabitées, de la Sibérie qui jouis- 



408 TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUP: EN PERSE 

saient d'un climat assez tempéré poumomnnrà la fois l'homme 
et li's fj^rands pachydermes; ce dernier fait est classique. 




Cette sé|)aration dv deux i^i-aïKlcs li actions de l'huina- 
niti' dura l)icii lon^ti'iiij)s, |)cii(laiil loul Ir couis drs lcinj)s 



TRAVAUX DE LA DÉLÉGATION SCIENTIFIQUE EN PERSE 409 

g-laciaires. Peut-être ne fut-elle pas continuellement abso- 
lue, car les glaciers subirent une série de progressions et de 
reculs. Mais ces phases ne laissèrent qu'un passage étroit, 
semé des difficultés naturelles causées par l'extrême abon- 
dance des eaux dans les plaines de Scythie, au Nord du 
lac Aralo-Caspien. 

Quand la porte s'ouvrit définitivement au delà du Cau- 
case, elle demeura fermée encore en ce qui concerne l'Iran, 
l'Arménie et la Transcaucasie. Ces pays ne renferment 
d'ailleurs pas plus de traces néolithiques de l'homme que de 
vestiges paléolithiques, et les très rares instruments de 
pierre qu'on y rencontre semblent être énéolithiques, c'est- 
à-dire contemporains de l'usage des métaux. 

Dans la partie basse de l'Asie antérieure, au contraire, 
de même qu'aux Indes, en Egypte, en Lybie, dans l'Afrique 
méridionale (Rhodésia) et dans tous les pays méditerra- 
néens, l'homme connut toutes les phases de la civilisation 
préhistorique. Il se développa sur lui-même avec le génie 
spécial à sa race, sans aucun mélange venu du Nord. Mais 
c'est surtout dans la vallée du Nil et le bassin de l'Euphrate 
et du Tigre que cette civilisation atteignit son apogée. 

C'est ainsi qu'après les temps glaciaires, lorsque l'huma- 
nité fut remise des grands cataclysmes pléistocènes que 
lentement prirent naissance en Egypte, en Élam et dans la 
majeure partie de l'Asie antérieure les arts céramiques et 
autres, partant d'un même principe, mais employant des 
m-oyens techniques différents suivant les milieux. 

Quand débuta cet art? Nous l'ignorons encore ; les travaux 
de Susenous permettront peut-être de résoudre ce problème. 
Mais ce que nous savons de manière positive, c'est qu'en 
Elam comme en Egypte il eut son apogée antérieurement 
à l'époque de Naram Sin et de Snéfrou, c'est-à-dire avant 
le IV'' millénium, que dans la vallée du Nil il battait son 
plein au temps de Menés, qu'ensuite il déclina rapidement 
dans les deux pays. 



410 TRAVAIX DK LA UKLKOATION SCIENTIFlQli: KN PERSE 

Bien que rapjjrochés luii de l'autre, ces deux arts olîrent 
cependant une dilîérence très notable. En Egypte, la couleur 
employée pour l'ornementation des A'ases nest jamais adhé- 
rente et s'efface au lavag-e; en Elani au contraire, elle forme 
un enduit fixe, sorte de vernis que nous retrouvons plus 
tard perfectionné dans les pays occidentaux. 

Ce n'est pas seulement sur les bords du Nil et dans les 
plaines du Kàroun que ces arts furent florissants : ils s'éten- 
dirent jusqu'à la Méditerranée, en Palestine, et bien que 
leurs traces n'aient pas encore été rencontrées en abondance 
dans la Ghaldée proprement dite, ils semblent avoir, peut- 
être à des àg'es quelque peu dilférents, couvert la majeure 
partie de l'.Vsie antérieure méridionale, alors que dans les 
pays du Nord, clu"/ les peuples issus des steppes de Sibérie, 
on n'en rencontre aiicuiu' trace ni aucun indice orig'inel. 

Si 1 on compare les plus anciennes poteries méditerra- 
néennes, celles d Hissarlik, de Santorin, de Rhodes, de 
Mycènes, de Crète, de (Chypre avec les vases nouvellement 
découverts en l^^çypte et à Suse, on est frappé non seule- 
ment, dans certains cas, par l'identité des procédés 
techniques, mais aussi par d'évidentes analogies dans le 
sentiment artistique qui guida les peintres. 

Et cette techni([ue, ces analogies se retrouvent non seu- 
lement dans les poteries archaïques des localités (jue je 
viens de citer, mais plus loin encore vers l'occident. 

En rapprochant les dates des divers monuments, on 
sent ([ue ces coïncidences ne j)euvent être fortuites, et Ton 
est tenté de rechercher les grandes lignes de migration de 
cet art qui, se nio<hliant suivant le génie de chaque j)i'uple, 
aurait fini par enlanli-r des merveilles dans la Méditerranée, 
alors que, depuis des milliers d'années, les pays d'origine, 
l'I^lani et l'Egypte, l'avaient oublié. 

Je ne m'étendrai pas |)lus longuement sur ce sujet, mais 
ferai observer que dans toute 1 Europe, dans le Caucase, 
la Perse sejttentrinnaje. on m- renc(»ntre jias. aux ('pocjnes 



TRAVAUX DE LA DKLKGAIION SCilONTIFIQUE EN PERSE i-ll 

très anciennes, le moindre indice des tendances artistiques 
dont je viens de parler. Elles ne naissent qu'au contact des 
pays niésopotamiens, syriens et égyptiens. 

Dans le plateau persan, comme dans le Caucase, je n'ai 
jamais trouvé de restes de populations antérieures à l'usage 
des métaux. A mon sens, les monuments les plus anciens 
sont les dolmens du Mazandéran, du Ghilanet du Talyche. 
Ils sont de làg-e du bronze et appartiennent à des peuples 
venus sans aucun doute du Nord-Est. Ces tribus ne sont 
jamais descendues des hauteurs de l'Iran septentrional et de 
l'Arménie avant les temps historiques; car d'une part nous 
ne rencontrons aucune trace archéologique de leur migra- 
tion vers le Sud, d'autre part nous savons par les textes que 
les habitants de l'Iran n'apparurent dans la vallée du Tigie 
qu'au moment de la chute de l'empire assyrien, vers le 
vil'' siècle av. J.-(]. 

En même temps que, par suite de la fonte des glaces et 
de l'assèchement de la steppe scy thique, s'ouvraient les pays 
européens et iraniens, la Sibérie s'était graduellement refroi- 
die, la faune des toundras en est la preuve ; et ce grand réser- 
voir d'hommes, isolé pendant des milliers d'années, épan- 
chait sur nos pays les populations qu'il n'était plus capable 
d'alimenter, sur l'Europe d'abord à cause de sa fertilité et 
des immenses terrains laissés libres par le départ des gla- 
ciers, sur le plateau iranien bien plus tard parce qu'il ne fut 
pas en même temps que 1 Europe prêt à recevoir l'homme. 

Ces migrations d'Est en Ouest commencèrent, nous le 
savons, pour l'Europe occidentale, tout de suite après ce que 
nous sommes convenus d'appeler l'époque magdalénienne, 
c'est-à-dire peu après le recul définitif des glaciers Scandi- 
naves. Elles se continuèrent par flots successifs, au fur et à 
mesure que les districts sibériens devenaient inhabitables, 
et ces pays sont aujourd'hui déserts au point que, malgré 
la colonisation russe, ils ne renferment plus en moyenne 
qu'un être humain pour quatre kilomètres carrés. 



412 IHAVAIX IJK LA D.I':L1':(. A I M t.N SCI I:.\TIF1QUE KN l'KRSK 

Les causes des premières migrations ne nous ont pas 
laissé d'indices historiques ; elles sont trop anciennes. Mais 
il n'en est pas de même en ce qui concerne les mouvements 
de la race iranienne. LAvesta nous montre les tribus 
fuyant devant \c t'roid que res})rit du mal répandait sur les 
terres au fureta mesure qu'Ormazd les créait pour l'homme. 
Cette tradition relative à des migrations vieilles de deux ou 
trois mille ans au plus avant notre ère concorde pleinement 
avec les faits révélés par la géologie. 

Dès le début de ces mouvements, nous vo^'ons appa- 
raître en Europe des races nouvelles, inhabiles dans les arts, 
des industries, des coutumes inconnues jusqu'alors. Ce sont 
ces races qui arrêtèrent l'essor de la peinture et de la gra- 
vure dans les cavernes . et si longtemps plus tard elles 
s'adonnèrent elles-mêmes aux (ouvres du goût, ce ne fut pas 
]iar progrès spontané, mais bien sous l'inspiration de ceux 
de leurs congénères qui, par les hasards des migrations, 
s'étaient trouvés en contact avec l'esprit aulochtone de 
l'Asie antérieure. 

Ces considérations basées sur des laits .scieutili({ues cer- 
tains, appuyées sur des arguments positifs et négatifs se 
contrôlant les uns les autres, m'ont semblé présenter un tel 
intérêt en ce qui concerne les origines de la civilisation et 
les mouvements des j)t'uj)les, que je n'ai pas craint de trop 
abuser de votre bienveillante attention. Depuis longtemps 
je les avais pressenties; mais ne voidant pas les émettre 
sous forme d livpothèse, j ai dû NiM-ilicr toutes les bases sur 
lesquelles je m aj)j)uie, et di's années d'observations étaient 
nécessaires j)our grouper et contrôler les faits concluants. 

Pendant (|iie j'ai l'honneur de nous exposer les résul- 
tats (le nos travaux, M. 1». de Mecquenem continue les 
j'eclieiclirs. 11(111 plus ;i Suse oii la lenip(''rature ne permet 
pas (le demeurer imi ét(^, mais dans les montagnes du 
Zagros situéi'S au Nonl-lvst de Uagdad, dans le Kurdistan. 
C est l;i (|ii il (joli eiiiplo\'ei- sa saison d él('' à explorer ce 



THAULT.TION DU TEXT1-: DK LA STATUE DE MAMSTUSU 41'i 

pays de Bâtir dont nous connaissons le nom par la stèle 
d'Anou-Banini à Ser-i-Poul et où des sépultures antiques 
me sont signalées; sa mii^sion comporte en même temps 
des relevés g'éolog-iques et topog-raphiques. 

L'état de troubles dans lequel se trouve actuellement 
tout le Sud-Ouest de la Perse ne laissait pas que de m'in- 
quiéter, mais les derniers courriers m'apportent de bonnes 
nouvelles, et j'ai confiance dans le succès de cette utile 
expédition. 



TRADUCTION ET COMMENTAIRE 

DU TEXTE DE LA STATUE DE MANLSTUSU , 

PAR M. V. SCriElL, 

DIRECTEUR D "ÉTUDES A l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES, 

ATTACHÉ A LA DÉLÉGATION EN PERSE. 



1. 


Ma-an-is-tu-su 


1. 


Manistusu 


2. 


sar 


2. 


roi 


3. 


Kisim 


3. 


de Kis 


4. 


TIS-SUB 


4. 


(que) Tîs-sub 


5. 


arad-su 


0. 


son serviteur 


6. 


a-na 


6. 


au 


7. 


(ilu) Na-ru-ti 


7. 


dieu Naruti 


8. 


a-mu-na-ru 


8. 


a voué K 



C'était l'usag-e dans l'antique Orient que de hauts fonc- 
tionnaires, des lapicides de renom offrissent au roi leur 
maître, des objets d'art, soit des cylindres-cachets, comme 
ht Ibni sarru le scribe pour Sargani sar ali, roi d'Akkad, 
soit des statuettes. Par surcroît, celles-ci étaient vouées aux 
dieux dans les temples, pour le salut du souverain. Ainsi 
trouvons-nous, à Suse même, une statuette de Naram Sin 

1. \'oir les références dans le recueil de Thureaii-Dangin, Vorderas. 
Bibliolh., M, p. 162. 



414 TRAnrcTioN nr tkxtk m-: r,A statie de MAMsTi>r 

olFerte au dieu Xin nèr uiiu, par un scribe, ami du roi 
(Text. élani. sémit. III'' série, planche I, n*' 2 et page G). 

Le roi Manistusu de notre nouveau texte est assez connu 
parle fameux obélisque du Louvre publié dans le l*"'" vol. 
de textes sémitiques delà Délégation de Perse — et par une 
masse d'armes (piil voue à Xin Aia v[ par un vase (piil 
voue à Bel ' . 

Le nom du j)ers()nnage, qui cette lois, l'ait sa cour à 
Manistusu en oiïrant son image aux dit'iix, est de lecture 
incertaine. Nous le lisons provisoirement TIS-SUB. Le 

premiei' signe peut être en ell'et T ou >^- et même ^ à la 
rigueur. Le dei-nier signe est lu par les uns SUB, par 
d'autres aussi 1)A, — considén'' |)ar les uns comme un 
idéogramme, par d'autres connue un élément phouéticjue. 

Le dieu dédicataire de cet objet d'ai-t et de piété est 
Nariiti. Il se trouve {|ue le culte de ce dieu Xaruli tlorissait 
tout spécialement à Siise. Lii seulement nous trouvons son 
nom associé à celui des grands dieux Susinak, Samas, 
Bel, b'a, etc., mentionnés dans les formules impré- 
catoires ([ui closent di\crs textes votifs. On en lira les 
références dans le '2'' \(>\. des textes élamites sémitiques, 
p. 10. Bien plus, nous savons j)ertinemment cpu' ce dieu 
avait ;» Suse un liMnj)le, (jue Addapaksu (Addahusu) 
reconstruit, d'après des textes élamites sémitiques, 2'' vol. 
]). '2i\, (' (Uu) Xurii/c h:irii. 

11 devient dès lors tout naturel de prétendre (pie cette 
statue a été dédiée au dieu Xaruti. m son Icmple do Susc 
oiifUe a été découverte, et (pu' Manistusu (pi'elle représente 
était suzerain de l'I^laui. eounne plus tard Xaram Sin. 

dette alliriualion ne doil pas céder devant l'hypothèse 
d'un sujet s'adressant à des dieux (•fr;inf/crs en favevu' de 



1. l iic picmicrc letturi" de ci' loxle a olé t'ailc au moment île la ilécmi- 
verle. par M. J.-K. Guuticr. 



LIVRES OFFERTS 413 

son souverain, ni devant celle dun transfert de l'objet à 
Suse, comme butin de ij^uerre. Il est vrai que Sutruk 
Nahbunte a transporté des pays dAccad et Asnunak à Suse 
certains monuments de Manistusu. Mais il en a fait autant 
pour ceux de Naram Sin et Untas GAL dont personne ne 
contestera qu'ils aient rég-né sur l'Elam. 



Ln'RES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel ofTro au nom do M. le duc de Loul)al, 
correspondant de TAcadéniie, iihisieuvs tirages à part du « Bulletin 
de Correspondance hellénique » contenant les rapports sur les 
Fouilles de Délos exécutées aux frais de M. le duc de Loubat. 

M. Perrot présente, au nom de l'auteur, un ouvrage intitulé : 
Essai sur l'histoire du génie rural, par Max Ringelmann, t. II. Les 
temps anciens (suite). La Chaldée et VAssyrie (1 vol. in-8°, contenant 
149 figures dessinées par l'auteur) : 

« Dans cette étude, M. Ringelmann poursuit, avec une persévérance 
et une sagacité que Ton ne saurait trop louer, cette histoire de l'agri- 
culture des anciens qu'il avait commencée par l'Egypte. En parcou- 
rant l'ouvrage, on se rend aisément compte de l'esprit dans lequel 
a été entreprise cette recherche et de la méthode qui y a été appli- 
quée. Professeur à l'Institut agronomique, M. Ringelmann estime 
devoir indiquer, à pi'opos de chacune des civilisations dont il passe 
en revue l'œuvre agricole, tout ce qui a été fait autrefois, tout ce qui 
se fait actuellement ; enfin il expose ce que l'on devrait faire pour 
mettre pleinement en valeur le sol de la contrée dont il s'occupe, et 
il cherche à prévoir les progrès qu'un avenir plus ou moins rapproché 
est appelé à réaliser. La premièi-e partie de sa tâche est la plus 
diflîcile à accomplir. Pour la très liante antiquité, pour l'Kgypte et la 
Chaldée par exemple, les documents écrits font en généi-al défaut, ou 
du moins il n'en a été traduit qu'une faible portion. La plupart d'entre 
eux sont, pour cette raison, inutilisables à ceux qui ne sont ni égyp- 
tologues ni assyriologues. Aussi l'auteur de l'ouvrage a-t-il beaucoup 
demandé aux monuments figurés, qu'il a compulsés et consultés 
avec une patiente et intelligente curiosité. Il en a donné, grâce à 



416 



SÉANCE DU 12 .iriLI.ET 1907 



l'habilelé de son crayon, de fidèles reproductions. Tel qu'il est, avec 
ses lacunes que le savant professeur est le ])remier à signaler, cet 
essai conticnl, sur une des formes de Tactivité des peuples dont 
l'héritage a été retiuilli jinr les Grecs, un ensemble de notions bien 
coordonnées que l'on ne trouverait nulle part ailleurs. » 



SÉANCE DU 12 JUILLET 



PRESIDENCE DE M. 



REINACII. 



Le Président annonce en ces termes le décès de M. Snphus 
Bug^g'e, associé étranger de rAcadémie: 

« Messieurs, 
« L'illustre philolog-ue norvéj,nen, Sopiius Bugge, est mort à 
Christiania le 7 juillet, dans sa soixante-quinzième année. Il 
était correspondant de notre Académie depuis 1881, associé 
étrang-er depuis 1902; à deux reprises, ses titres éminents ont 
été rappelés ici par la voix autorisée de Gaston Paris, qui appré- 
ciait également en lui l'homme et le savant. 

« Sophus Hugge appartenait, comme Ascoli qu'il suit de près 
dans la tombe, à cette génération de philologues, aujourd'hui 
presque éteinte, qui ont inauguré, dans les divers pays d'I^urope, 
l'enseignement de la linguistique comparée. Ces hommes nous 
étonnent déjà et étonneront plus encore nos successeurs par 
l'étendue, on dirait presque par l'universalité de leurs connais- 
sances; chargés d'enseigner la linguistique indo-européenne dans 
son ensemble, il n'est guère de régions de ce vaste domaine où ils 
n'aient fait du moins quelques incursions. 

" l'élève de Weslcrgaard à Copenhague pour le siinscrit. 
de Webcr à Berlin pour le sanscrit, le pâli et le zend, Bug-ge 
a publié des travaux originaux sur les langues Scandinaves et 
germaniques, sur les dialectes italiques, l'étruscuic I arménien, 
le lycieii ; il a édité un ouvrage de Torp sur les flexions du 
pâli et du sanscrit; il a donné à la lUnuuuin plusieurs séries de 
notices ingénieuses sur des étvmologies de mots romans; il 
a contribué brillamment au déchillremenl et à l'histoire de lécri- 



SÉANCE DL 12 JUILLET 1907 417 

lure ruuique ; il s'est appliqué, avec non moins de succès, 
à recueillir les légendes et les chansons populaires de son pays. 
La philologie classique lui doit enfin des études sur Plante et 
une édition estimée de la Mostellan'a. Dans la chaire de l'Uni- 
versité de Christiania, fondée pour lui par le Storthing norvé- 
gien, il a formé de nombreux élèves et n'a cessé, jusqu'au seuil 
de la vieillesse, d'éveiller et de diriger des vocations. 

« Le nom de Bugge restera surtout inséparable de l'élude 
scientifique des Eddas et de la mythologie septentrionale. Après 
avoir publié, en 1867, la meilleure édition del'Edda de Saemund, 
il consacra de longues recherches à l'exégèse de cette littérature 
difficile qui, transmise dans des manuscrits de date tardive, n'en 
était pas moins considérée, par Grimm et son école, comme 
l'expression des croyances les plus anciennes des peuples ger- 
maniques. Familier avec la littérature latine du haut moyen 
âge comme avec la littérature anglo-saxonne, Bugge étonna les 
savants, eu 1881, par une hypothèse hardie: la plus grande 
partie des mythes de l'Edda, rédigés au x*' siècle, ne seraient 
qu'un remaniement de légendes chrétiennes et de mythes païens, 
enseignés aux Norvégiens par les clercs de la Grande-Bretagne 
et de l'Irlande. Baldr, le jeune dieu qui meurt à la fleur de l'âge, 
aurait emprunté les traits de Jésus; Loki ne serait autre, à l'ori- 
gine, que le démon chrétien Lucifer. De vives discussions s'en- 
gagèrent à ce sujet et durent encore ; mais si l'on a pu convaincre 
Bugge d'avoir poussé trop loin la réaction contre l'école de 
Grimm, il reste acquis, grâce à lui, que l'ensemble de la mytho- 
logie des Lddas ne saurait être qualifié de primitif et qu'il faut 
y reconnaître, dans une mesure assez large, des éléments chré- 
tiens et classiques sous un déguisement norvégien ou islandais. 

« Une autre thèse favorite de Sophus Bugge fut celle de l'affi- 
nité de l'étrusque avec l'arménien. Malheureusement, il était 
réduit à comparer les vocabulaires et les formes grammaticales 
de deux langues dont l'une est connue par des textes antérieurs 
de plusieurs siècles à l'ère chrétienne, tandis que l'autre ne 
commence à nous apparaître que cinq ou six cents ans après 
J.-C. En 1886, lorsque M. Bréal révéla au monde savant 
l'inscription tyrrhénienne de Lemnos, découverte par MM. Cou- 
sin et Durrbach, Bugge s'empressa de la Iraduire à sa manière; 



418 SÉANCE DU 12 11:11.1. KT 1907 

il y reconnut une dédicace, alors que la plupart des philologues la 
considèrent aujourd'hui comme funéraire. Quoi qu'il en soit de 
rinterprélation de ce texte et de la thèse arménienne de Bujj^^^'^e, 
qui voyait dans Tétrusque une lanj^ue indo-européenne très évo- 
luée, les recherches de détail poursuivies par ce savant sur le voca- 
bulaire et la phonétique étrusques, en particulier sur les trans- 
criptions étrusques de noms grecs, comptent parmi les travaux 
les plus solides que Tétruscologie du xi.x® siècle nous ait légués. 
« La réputation de Bugge était européenne ; plusieurs de ses 
ouvrages ont été traduits en anglais et en allemand; en France, 
ses idées sur la mythologie Scandinave ont été exposées par 
M. Bréal dans le Journal des savants. La science norvégienne 
perd en lui un maître dont elle était justement fière ; la France, 
un ami des jours heureux et des jours sombres, et notre Aca- 
démie un associédont elle se faisait honneur. » 

M. (îaston BoissiER demande la parole à la suite de l'allo- 
cution du Présidcnl. Il ne s"ag"it pas de rien ajouter à ce qui 
vient d'être si bien dit des travaux scientifiques de M. Sophus 
Bugge. Ceux auxquels il appartiendrait d'en parler. MM. Bréal 
et Meyer, sont absents; mais M. Heinach a rendu en quelques 
mots hommage à l'homme en même temps qu'au savant. 
yi. Boissier a eu la chance de rencontrer M. Bugge et il a pu 
l'apprécier de près. Fn 1879, il a rendu visite, avec ^L Gaston 
Paris, à l'Université de Christiania. File a mis à les recevoir un 
empressemenl, une cordialité dont ils fui-ent profondément tou- 
chés. On les fit assister à une cérémonie universitaire, où ils 
virent de quelle affection les étudiants entouraient leur éminent 
professeur, et combien ils étaient fiers de sa réputation. Le soir, 
ils prirent place à un banquet qu'il leur donna dans son hospi- 
talière demeure, et où toute n'iiiversilé était invitée. Dans le 
discours (juii y prononça, en latin, il rendait hommage à la 
science française et parla de nos malheui's, qui étaient récents, 
avec une sympathie partagée par tous les convives et (pii fil 
naître, on le comprend, chez les Français qui l'écoutaient, une 
très vive émotion. Gaston Paris, en présentanl devant l'.Acadé- 
mie les litres de Sophus Bugge, quand il s'agit de l'élire associé 
étranger, rap[)ela ces souvenirs avec celte élocjuence qui lui 
élail naturelle et (pie nos confrères, qui l'entendirent alors, 
n'uni certainement pas oubliée. 



1 



SÉA^CE DL 12 .lUILLKT 1907 * 419 

M. Sejmour de Ricci communique un fraymenl d'un historien 
lalin de basse époque, découvert par lui dans la reliure dun 
manuscrit appartenant au Musée Plantin, à Anvers. Ce fragment 
est relatif à Ihisloire du premier triumvirat et à la mort de 
Crassus. Ariovisle y est nommé Brennus '. 

M. BorcnÉ-LECi.KRCQ et M. Salomon Ueinacm présentent 
quelques observations. 

M. le D' Gapitan fait, en son propre nom el au nom de 
M. Ulysse Dumas, une communication relative aux construc- 
tions autour des dohnens. Il rappelle que jusqu'ici on considé- 
rait les dolmens comme isolés. Or il signale à l'Académie l'exis- 
tence de nombreux vestiges de constructions en pierres sèches 
autour de dolmens ou tumuli du département du Gard. Ces 
murs mesurent en général 0'"50 à 1 ■" 50 de hauteur sur 0™ 50 
à 1 mètre en moyenne d'épaisseur. Ils circonscrivent des espaces 
de terrains de dimensions variées (depuis un jusqu'à 500 mètres 
carrés; et de formes non moins dissemblables (huttes, enceintes 
circulaires, ovales, rectangulaires, trapézoïdes). Ces murs en- 
tourent toujours des dolmens ou des tumuli qui sont même par- 
fois compris dans ces murs. Ils ne se retrouvent pas ailleurs. 
Leur rapport avec les dolmens paraît bien établi, d'où une pro- 
babilité de leur contemporanéité. S'agit-il, autour des tombeaux 
que sont les dolmens, de vestiges d'habitats préhistoriques ou de 
constructions ayant un caractère funéraire ou religieux rappe- 
lant ce qui existait dans les villages jadis : l'église et le cimetière 
au centre et les maisons tout autour? C'est ce que des recherches 
prolongées pourront seules dire. Il y a là en tous cas un sujet 
nouveau d'observations pour les chercheurs. C'est surtout alin 
d'attirer l'attention sur ce point que les auteurs ont fait leur, 
présentation à l'.Académie -. 

M. Paul Monceaux, professeur au Collège de France, fait une 
communication sur la restitution d'un livre du donatiste Fulgen- 
tius. Parmi les ouvrages attribués à saint Augustin ligure le dia- 

1. Voir ci-api'cs. 

2. Voir ci-après. 



420 * SÉANCE IK 12 .11 If. I, HT 190" 

log-ue intitulé : (wntra Fiihfentiiim donatislani, (\u\ est sûre- 
ment d'origine africaine, et qui paraît nxoii' été écrit, entre 411 
et 420, par un clerc de I cntouraj;e d'Augustin et de son école. 
C'est une réfutation dun traité sur le baptême, qui avait été 
envoyé à l'auteur catholique par le donatiste Fulgcntius, et qui 
était sans doute l'œuvre de ce Fulgentius. 

Le dialogue met en scène un donatiste et un catholique, qui, 
dans la dernière partie de l'ouvrage, sont identiliés avec Fulgen- 
tius et Augustin. Le dialogue, sauf vers l;i lin, n ;i d une cduver- 
sation que l'apparence; il se réduit à deux monologues qui 
s'entrecoupent et se poursuivent parallèlement. Seul, le catho- 
lique discute les affirmations ou les textes bibliques de son 
adversaire. Le donatiste. comme un sourd, continue sans rien 
entendre; il ne i-épond iiim;iis au.\ objections. Toutes ses tirades 
se relient étroitement l'uiie à l'autre : ce sont simplement les 
fragments successifs du traité. Il suflil de mettre bout à bout 
ces frag"ments jxiur reconstituei' IduI l'opuscule. Dans les nom- 
breuses citations bd)li(pies, tandis (pie riiiterloculciir catho- 
lique suil la ^'ulgate, dont l'usage commençait alors à se répandre 
en .\frique, le donatiste, comme tous les sectaires de son l^glise, 
s'en lient aux vieux textes '< africains » du temps de saint 
Cyprien. 

.\vec les fragments épars dans le Conira FiiU/enliuiu, on peut 
donc restituer le texte entier de l'opuscule donatiste dont l'ou- 
vrage catholique est une réfutation. Xou< ne connaissons pas 
avec certitude le litre de I opuscule. Il traitait jjresque exclusi- 
vement des controverses entre Gatholicpies et Donalisles sur le 
baptême : comme l'oMivre analogue de Petilianns, il rlcvait être 
intitulé De iinicn hapfismo on De ha/ilisnio. 11 est ipialilié de 
lUjellii.s, et axait la forme d'une Ici Ire. 

L'auteur du Conira Ful</viiliinn , (jniaxail reçu de f'nlgentius 
le traité (loiiali>le. Mippo>ail (pie l'opuscule a\ait été composé 
par fulgentlus lui-même. Telle était aussi I opinion des picmiers 
copistes, (|ni. a la lin du dialogue, ont idenlilié rmlcrlocuteur 
donatiste avec l-'ulgentius. Nous n'avons pas de raison pour 
rejeter cette tradition, pas plus que muis ne pouvons la pistilier. 
On ne coiniait d'ailleurs, au temps d .Vn^uslin, aucun ilonastisle 
de ce non». 



FRAGMENT d'lN HISTORIEN LATIN 421 

Le Iraité attribué à Fulyentius est analysé au début fki Conira 
Fulqeulium, et cette analyse correspond au contenu de lopus- 
cule qui vient d'être restitué. Le plan, assez artificiel, est fondé 
sur le commentaire de certains textes bibliques, dont linlerpré- 
tation était Lobjet d'incessantes controverses entre les deux 
l'^glises l'ivales. On y distingue quatre parties, dont les trois 
premières traitent du baptême sous trois aspects ditFérenls, et 
dont la dernière contient une satire sur lindignité des Catho- 
liques. L'opuscule présente plus d'un rapport avec les ouvrages 
précédemment restitués de Petilianus : même haine contre 
TÉglise officielle , même inlransig-eance et même àpreté, mais 
beaucoup moins d'habileté, de variété, d'éloquence et de talent. 

x\L Héron ni- Vh,lefosse lit à l'Académie, au nom de M. le cha- 
noine Leynaud, curé de Sousse, un rapport sur les fouilles des 
catacombes d'IIadrumète. Ce rapport renferme les textes de 
plusieurs inscriptions chrétiennes et l'exposé des découvertes 
qui ont été faites au cours des fouilles '. 

M. Maindron rend compte de sa mission archéologique dans 
l'Inde du Sud. 



COMMUNICATIONS 



UN FRAGMENT D UN HISTORIEN LATIN , 
PAR M. SEYMOUR DE RICCI. 

Le frag-ment historique que j'ai riionneur de soumettre 
à l'Académie a été découvert par moi, il y a quelques 
semaines, dans un manuscrit conservé au Musée Plantin , 
à Anvers. 

1. "S'oir ci-après. 

lOO: 29 



422 FRAGMENT UL.N IllSruUIE.N LATl.N 

La série des manuscrits appartenant à ce riche dépôt n'a 
pas encore été l'ohjet d'un travail d'ensemble. Aux manu- 
scrits d'auteurs classiques recueillis vers le milieu du w r 
siècle par Ihumaniste Théodore Poelmann, se sont joints 
dasse/ nombreux codices théologiques médiévaux, apportés 
d'Angleterre, au début du règ-ne dElizabeth, par des réfu- 
giés catholiques. 

Des membres du collège d'^1// Soûls ou de celui de Balliol 
à Oxford, cherchant asile aux Pays-Bas, y emportèrent avec 
eux les manuscrits de leurs bibliothèques collégiales. C'est 
pour cette raison que nous trouvons aujourd'hui, sur les 
rayons du Musée Plantin, des manuscrits donnés jadis à des 
collèges d Oxford par des évêques d'Ely ou de (^antorbéry. 
La collection formée ainsi par Christophe Plantin de 
I06O à loiM) s'accrut rapidement par les soins de toute une 
dvnastie de Moretus. Aux \élins du haut moven àye on 
joignit les autographes des grands humanistes commensaux 
de la maison. A côté d'un traité de droit canon, on ranoea 
les manuscrits d Un Goltzius, d'un Kiliaiius ou d'un Juste 
Lipse. On conser\a enlin avec unst)iii jaloux tous les maté- 
riaux manuscrits, toutes les collations (jui avaient servi ou 
qui étaient destinés ;< servir ;i ces éditions eriticpies dont la 
correction exceptionnelle a\ ait \ alu it la maison Plantin une 
bonne partie de sa renommée-. 

En plein MX"" siècle, les Moretus aeiielaient encore des 
numuscrils, et l'on retrouNc par exemple, au Musée Plantin, 
plusieurs volumes accjuis à Anvers en 183o, à la vente de 
la ])ibliothèque du comte Glemens-W'encelas de Uenasse- 
Breidbach. 

En rédigeant un catalogue sommaire des manuscrits de 
toute nature composant ht collection dont je viens de raj)pe- 
1er brièvement l'histoire, nmn attention fut attirée par le 
n" tt8, un manuscrit de la Plmrsnlc de Lucain dont l'écri- 
ture nie |)ai-ut du W' siècle en\ iion. 

,1 ignore siée manuscrit a jamais ('tt' utilisi' j)ar mi ('mIi 



FRAGMENT d'i N IIISTOIUEN LATIN 423 

teur de la Pharsale. Je ne l'ai trouvé mentionné ni par Ou- 
(lendorp, ni par Lejay, ni même, ce qui est plus singulier, 
par M. Francken. dont l'édition de Lucain, publiée à Leyde 
en 189(), tient un compte tout particulier des codices néer- 
landais et belges. Tout au plus, pourrait-on se demander 
s'il y a quelque chose de commun entre notre manuscrit et 
un soi-disant Heinsianus dont on ne sait pas g-rand'chose, 
sinon qu'une collation par Heinsiusen est conservée à Levde 
dans les papiers de Pierre Burmann K Nous savons de 
source certaine que Heinsius a collationné plusieurs autres 
manuscrits aujourd'hui conservés au Musée Plantin. 

Quoi qu'il en soit de l'identification de ce codex, ce n'est 
pas sur ce manuscrit de la Pharsale que je désirerais appe- 
ler l'attention de l'Académie, mais sur un feuillet de vélin 
tiré d'un autre manuscrit, contemporain apparemment du 
premier et placé en guise de feuillet de garde à la fin du 
manuscrit de Lucain. 

Pendant mon court séjour à x\nvers, je n'ai pu transcrire, 
et encore d'une façon assez hâtive, que le recto de ce feuillet. 
L'écriture du verso est effacée, et il aurait fallu, pour en assu- 
rer le déchiffrement, plus de temps que je n'en avais. Pour- 
tant il m'a semblé que les traces de lettres étaient encore 
suffisamment visibles pour permettre à un œil exercé de 
rétablir d'une façon certaine la lecture véritable du manu- 
scrit. Si personne de mieux qualifié que moi pour cette tâche 
assez délicate ne s'en charge avant mon prochain voyage 
à Anvers, je ferai mon possible pour déchiffrer le verso et 
pour en rapporter à l'Académie une transcription fidèle. 

Voici le texte du lecto ; 

romani cum res publica eo magiiitiidinis 
processisset qiiod per providentiani con 
sulum pretorum Iribunorum atque aliorum 

I. M. Aiiniiei Lucanin l'hnrs;tlin riim coinnwnl.'irio rrilico edidil C. M . 
FruiicUen (Lufiduni IJatavoium [1896J, in-8), p. wvi. 



424 FRAGMENT d'uN HISTORIEN LAllN 

ma<,nptratuiim quibus usque ad id temporis 
innilebalur disponi non posset très 
dictatores Pompeium Caesarem Crassuni sibi 
creabant quorum nului ceteri maj^istra 
lus oboedirent ex quibus duos cuni exer 
citu contra infestantes patriam diri 
gendos tertium urbi presidere cen 
scbant. Crassus ig'itur contra Assirios 
Unes ronianos inquiétantes niissus data 
pecunia ab Assiriis velul toli terre poti 
lurus pacificus venit, dolisque eorundem 
in convivio circumventus interfectis primo 
Grasse iîlio suo cum aliis l^ome nobihbus 
quamplurimis dein ipse princeps auro 
liquefacto in uentrem fuso auaricie sue 
penas soluens interiit. César nichilominus 
directus in Galliam primnm Luf;(luni cum 

verso duce Brenno Sueuorum ((ui^ressus ex 

ercitu hostium ...il duce, efc. 

« La République étant parvenue à une grandeur telle, 
qu'elle ne pouvait plus être administrée par les soins des 
consuls, des prêteurs, des tribuns et autres magistrats, sur 
lesquels jusque-là elle s'était reposée, les Romains se don- 
nèrent trois dictateui's. Pompée, César et Crassus, à (jui 
(lurent obéissance tous les autres magistrats : on estimait 
que deux d entre eux devaient marcher avec l'armée contre 
les ennemis (jui attaquaient la patrie, tandis que le troi- 
sième gouvernerait la ville. 

« Crassus donc fut envoyé contre les Assyriens (|ui mena- 
çaient les frontières romaines ; mais ayant re(^u do l'argent 
des Assyriens, ce guerrier, parti pour la concjuéte du monde, 
se transforma en négociateur de paix. Attiré par ruse dans 
un banquet, Crassus vit mettre à mort si m lils et nombre 
di' romains illustres; on hii versa ensuite sur le ventre de 
l'or fondu et il paya ainsi de sa \'\v le crime de sa cuj)idilé. 



CONSTRUCTIONS AUTOUR DES DOLMENS 425 

(( César, cependant, qu'on avait envoyé vers la Gaule, se 
mesura d'abord à Lvon avec Brennus, le chef des Suèves... » 

Il suffît de parcourir ce petit texte pour y relever plus 
d'un sio^ne caractéristique dune latinité de très basse épo- 
que. Quel Romain, môme de la décadence, aurait écrit toti 
terrae potituriis'l Et si de la forme, nous passons au fond, 
quel Romain aurait confondu Brennus et Arioviste ? 

Mais c'est en vain cp.ie, parmi les nombreux abréviateurs 
et continuateurs de Florus, j'ai cherché à identifier l'auteur 
de ce fragment. Je sei-ais heureux si quelque membre de 
l'Académie pouvait répondre à ce petit problème et indi- 
quer si ce texte est publié ou inédit. 



LES CONSTRUCTIONS AUTOUR DES DOLMENS, 
PAR MM. LE DOCTEUR CAPITAN ET ULYSSE DUMAS. 

Depuis un certain temps déjà, nous avions constaté , 
autour de divers dolmens ou tumuli du département 
du Gard, l'existence de substructions en pierres sèches, 
ordinairement un peu élevées au-dessus du niveau du sol, 
et constituant ainsi de véritables murs, souvent assez 
larges. 

La répétition de ces faits, la multiplicité et la complexité 
de ces murs autour de plusieurs dolmens, alors qu'ils 
manquent absolument ailleurs, nous avaient fait supposer 
depuis longtemps déjà qu'il s'agissait là de particularités 
nouvelles et d'un caractère général. 

Gomment se présentent ces constructions ? Ce sont des 
murs mesurant O'"o0 à un mètre en moyenne d'épaisseur, 
formés de blocs de dimensions très variables du calcaire 
sous-jacent, recueillis sur place et tels quels, rangés et 
superposés assez régulièrement. Tantôt ce sont des maté- 



126 CONSTIUCIIONS AUTOUK DES DOLMKNS 

l'iaux (le petit ou moyen volume, tantôt ce sont d'assez fj^ros 
blocs. Quelquefois les parements du ' mur sont formés de 
dalles debout, entre lesquelles les pierres ont été tassées 
irrégulièrement. 

Leur hauteur est très variable. Parfois ce sont de simples 
substructions visibles sur le sol, mais le plus souvent 
dépassant le sol dune hauteur variant de '" oO k 1 '" oO. 
Quelquefois ce sont de simples dalles peu élevées (0'" oO 
environ), disposées les unes k côté des autres, et entourant 
parfois un dolmen. En certains points, les murs sont j)lacés 
sur des saillies rocheuses qu'ils suivent. 

Souvent tes murs circonscrivent de larges enceintes cir- 
culaires ou ovales de quehpies mètres k 'M) mètres de dia- 
mètre. On peut en voir deux assez rapprochées l'une de 
l'autre, qu(!l((uefois disposées en 8 de chiffre. Parfois ces 
enceintes sont carrées. D'autres fois, elles affectent des 
formes irrég-ulières : elles sont ovales, trapézoïdes, etc. 
Tantôt l'enceinte est placée assez loin du dolmen. Fréquem- 
ment, elle est tout auprès. Elle l'entoure parfois. Dans 
quelques cas, le dolmen ou lui lumulus forme le point de 
jonction de deux nuirs perpendiculaires l'un ;i T.iutre. Les 
enceintes carrées sont parfois placées assez réji^ulièrement 
les unes k côté des autres, alfectaiit ainsi la forme diiu 
g'rand damier k cases inéjj^ales. 

A côté des enceintes, il y a lieu de sij^nalcr quehfues gros 
amas de pierre (pii ont bien l'aspect de tumuli, puis de très 
nombreux petits amas de pierres isolés, ne mesurant (juel- 
quefois qu'un mètre de diamètre sur un mètre environ de 
hauteur, mais souvent le double ou encore davantane. 
Certains ont nettement une sorte de parenuMit intérieur 
et extérieiu-. Ils semblent bien axoir été creux et ii'pré- 
sentent des sortes de cabanes. 

Les dolmens sont en dalles calcaires locah-s, généiah-ment 
assez petits, et la plupart du temps partiellement détruits, 
mais encore très reconnaissables. Souvent il n'en existe 



r.ONSTKLT.TTONS AUTOUR DES DOLMENS 427 

qu'un ; quelquefois il y en a plusieurs. Parfois ce sont au 
contraire des tumuli qui se voient au milieu de ces enceintes, 
ou même semblant faire partie des murs. 

Il est d'ailleurs difficile de donner une idée du plan de ces 
curieuses constructions. Les %ures ci-contre qui repro- 
duisent les plans que nous avons relevés à la boussole et 
au décamètre des dolmens de Tharauxet de Cougoussac et 
de leur voisinage, permettront de comprendre la forme 
o-énérale et les principales particularités caractérisant ces 
constructions. 

jo Dolmen de Tharaux (voir ii";. 1). Situé à 150 mètres 
environ de hauteur au-dessus de ce village, sur une mon- 
tagne très boisée, ce dolmen (fouillé par le D"" Raymond 
qui y a trouvé un mobilier néolithi({ue avec un peu de 
cuivre) occupe l'angle de deux longs murs faisant partie 
d'une g^rande enceinte de 200 mètres environ de longueur 
sur 150 de largeur, à compartiments de formes et de dimen- 
sions variées. 

Au Nord, une enceinte d'une trentaine de mètres dans 
son plus grand axe. Presque partout, les murs mesurent 
environ 1 mètre de hauteur. A noter aussi les nombreux 
petits amas de pierres dont certains, vidés par nous, sont 
formés d'une paroi dans l'intérieur de laquelle les pierres 
sus-jacentes se sont elfondrées (donc vraisemblablement 
cabanes). Dans l'un d'eux nous avons trouvé un fragment 
de meule et deux galets ayant servi d'aig^uisoirs. 

2" Dolmen de Cougoussac (voir fig. 2). Il faut aller à 
10 kilomètres au Nord-Est de Tharaux pour gagner au Sud 
de Méjeannes-le-Clap le hameau de la Lèque. De là, après 
2 kilomètres en plein bois, dans un pays accidenté, on finit 
par découvrir, à 300 mètres environ d'altitude, ce még-a- 
lithe au milieu d'une enceinte mesurant loO mètres environ 
dans son plus grand axe. Près du dolmen, une petite 
enceinte d'une vingtaine de mètres de diamètre, bien 
conservée. Un peu plus loin, à l'Ouest, une g-rande enceinte 



i.2S 



CONSTRUCTIONS AITOUR DES DOLMENS 



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CONSTIU'CTIO.NS AL'IULK DES DOLMENS 



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430 coNSTRicno.NS AnoiK des dolmens 

incomplète, puis des divisions variées de l'enceinte; en 
dehors, plusieurs cabanes. 

Tous les murs mesurent 0"' oO à I "' ."() de hauteur. A 
400 mètres à l'Ouest, il existe un second dolnion. 

Nous citerons encore : 

3° Les deux dolmens de Carqui<.(naou , avec grande 
enceinte circulaire et nombreux amas de pierres. 

4" Le dolmen de Coumoulet , avec plusieurs grandes 
enceintes circulaires, dont une lentoure complètement. 

5° Le g-roupe du Bouïssas, avec deux dolmens et deux 
tumùli, de e^randes enceintes subdivisées en enceintes carrées 
avant la forme de vraies maisons. Un des dolmens en ruines 
occupe l'angle d'une grande enceinte carrée. Les murs pré- 
sentent la plus grande variété dans leur construction: blocs 
bien rangés, parements formés de dalles, dalles isolées. 

Ces divers dolmens se trouvent sur la commune de 
Méjeannes-le-Clap. 

(')" Le groupe du (>liène, comprenant cincj tumuli et un 
dolmen sous tumulus avec enceintes carrées assez régulières, 
du type en damier, de 8 mètres à oO mètres de côté, plu- 
sieurs enceintes ovales et de larges murs ayant juscju'à 1 '" 80 
d'épaisseur par places, en gros blocs et bien parementés. 

7" A 500 mètres au Sud de Mé jeannes-le-(]lap, deux gros 
tumuli réunis par un large mur limitant un espace triangu- 
laire. A côté, une pai'tie (l'enceinte (ircuiairi' en j)iorres 
debout. 

Qui'l([ue singulières cpie j)araissent ces sul)structions, 
ce n'est pas la j)remière fois (ju'on les signale, mais leur 
importance et Icin- signification avaient jus([u ici échappé. 

Dès 1809. ()licr de Marichiird l'.otKjrrs scicnli/iquc do 
France), avait obversé aulonr de (|ucl((ucs dolmens des 
Causses « de petits caiTt's de minaillt-s formés de 3 à 
4 assises (pii nur.iicnl pu vin' lii.ibitat des constructeurs des 
dolmens ». 



CONSTRUCTIONS AUTOUR DES DOLMENS 431 

Depuis lon^Hemps aussi en Bretagne, on a signalé et on 
peut observer, en bien des points, de grandes enceintes 
carrées, formées de pierres levées, au voisinage des 
dolmens. 

L'un de nous (Capitan) a observé depuis longtemps au 
voisinage du grand dolmen dit la Pierre Turquaise, non loin 
de Presles (Seine-et-Oise). plusieurs petites enceintes en 
dalles dressées. 

On peut aussi citer le très important ensemble d'Averdon, 
près de Blois (Loir-et-Cher), qui se compose de multiples 
enceintes rectangulaires mesurant de 20 à 200 mètres 
de côté, entourées par de larges murs encore très visibles au 
ras du sol. 

Au milieu de ces enceintes, il existe des tombelles nom- 
breuses, fouillées par M. Ouignard, et qui ont fourni un 
mobilier funéraire néolithique. 

Pour qui a étudié Averdon et les enceintes du Gard, 
l'identité est absolue. Il est très vraisemblable que si 
l'attention est attirée sur ce point, on trouvera en bien des 
régions de nombreux faits analogues. 

On pourrait faire à la légitimité des observations ci-dessus 
exposées quelques objections. 

S'agit-il là d'une façon certaine de constructions antiques? 
Nous dirons d'abord que l'observation minutieuse et la 
comparaison avec les murs modernes soit délimitant des 
lopins de terre, soit soutenant le terrain sur les pentes, 
nous a permis de les distinguer assez facilement les uns des 
autres. La grande épaisseur des nuu-s antiques et leurs 
modes de construction constituent de bons caractères 
distinctifs . 

D'autre part, lorsque nous avions la moindre hésitation, 
nous n'indiquions pas le mur douteux. D'ailleurs les formes 
même des enceintes, leur existence en pleines forets, dans 
des points qui paraissent avoir été toujours incultes, ne 
semblent guère cadrer avec l'idée de constructions bien 



432 CO>STRUCTIONS AlTnrR DKS DOL^FENS 

postérieures aux dolmens. I) autre part, il existe un rapport 
évident entre ces murs et les dolmens qu ils entourent si 
souvent, ou dont ils semblent se détacher. Si ces construc- 
tions n'étaient pas contemporaines, il est bien probable que 
les constructeurs ultérieurs auraient vidé ces dolmens qui, 
au contraire, étaient en j^énéral restés intacts jusqu'à une 
époque récente. Entin, nous n'avons jamais observé de 
pareils restes de constructions ailleurs qu'autour des dol- 
mens. On peut donc admettre que vraisemblablement il 
existe entre les dolmens, les tumuli et ces diverses enceintes 
un rapport que de nouvelles recherches permettront seules 
de préciser. 

Dans cette hypothèse, resterait à se demander quel pou- 
vait être l'usage de ces enceintes disposées autour ou au 
voisinage des dolmens. S'agit-il de constructions ayant eu, 
comme les dolmens, un caractère funéraire ou un usage reli- 
gieux, ou au contraire d'habitats (cabanes, maisons même, 
parcs à bestiaux), le tout entourant les dolmens comme nos 
villages entouraient jadis l'église et le cimetière? 

Quoi qu il en soit de ces hypothèses, tout ceci constitue 
un ensemble de faits qui nous ont paru nouveaux et 
intéressants. C'est pour cela que nous nous sommes 
permis d ollVir la primeur de nos observations à 1 Aca- 
démie. Il y a là d'ailleurs un thème d'observations nou- 
velles à faire autour de tous les dolmens ; nous nous 
permettons de le signaler aux archéologues. 



133 



RAPPORT 

SUR LES FOLILLKS DES CATACOMBES u'hADRUMÈTE 

PAR M. LE CHANOINE LEYNALD, CCRÉ DE S0US8E. 

Sousse, 24 juin 1907. 

Vers le milieu de ma troisième année de fouilles aux 
Catacombes d'Hadrumète, et six jours seulement après 
l'envoi de mon dernier rapport à l'Académie, le 27 juin 190G, 
nos travailleurs du 4'' régiment de tirailleurs rencontrèrent, 
à l'angle d'une galerie nord-ouest, un loculus fermé par de 
la maçonnerie et une belle plaque de marbre blanc. Sur 
cette plaque, que la chaux fait adhérer à une tuile, est 
gravée une inscription du meilleur style avec, de chaque 
côté, une ancre cruciforme, et au-dessous, une très gra- 
cieuse colombe tenant en son bec et sous ses pattes un 
rameau aussi grand qu'elle : 

cruciforme] FLAVIAE-DOMITIAE.IN-PACE cruciforme) 

{^colombe 
tournée à gauche) ^ 

Ils attaquèrent ensuite, au Sud, une galerie qui nous 
réservait, au point de vue épigraphique, plus d'une agréable 
surprise. Elle s'ouvrait par une large brèche faite dans une 
ancienne citerne romaine dont les parois étaient garnies de 
loculi. 

C'est au fond de cette citerne que nous avons trouvé, 
adossé à la paroi gauche, un grand sarcophage en maçon- 
nerie -, recouvert d'une plaque de marbre gris, longue de 



1. Longueur de l'inscription, 0, i i ; hauteur des lettres, 0. Oi : hauteur 
des ancres, 0, 10 et 0, il ; colombe avec son rameau, (). 17 x 0, OS. 

2. Lonfrueur, 1, Oâ : largeur, 0, "fj : hauteur au-dessus du snl, 0, 91. 



434 FOUILLES DKS CATACOMBES d'iIADRL.MÈTE 

1 '"2i. larg-e de '" 48, épaisse de (I '" 1."), portant, sur une 
seule lii^ne, linscription suivante, entre deux colombes qui 
se l'ont lace : 



[colombe) VINCENTIA IN PAGE [colombe) 

Cette inscription, gravée avec soin, mesure "' 34 de 
long ; la hauteur des lettres varie entre '" 06 et ^ Oo ; la 
colombe qui est à droite, en regardant le sarcophage, a 
'" 17 de haut sur '" Itio de long ; celle qui est à gauche, 
U"'20 sur "'14:i. 

Au sujet du nom de Vincentifi, je ferai remarquer qu'il 
a déjà été trouvé à (>arthage par le H. P. Delattre et que 
les BoUandistes mentionnent ({uatre saintes de ce nom, 
toutes africaines. 

En face du sarcophage précédent, on en trouva un 
second, un peu moins grand, recouvert aussi d'une plaque 
de marbre gris; mais l'inscription n'y était point gravée; 
elle se lisait dans la chaux, tracée à la pointe, (hi côté qui 
regardait le sarcophage de \'incentia et sur deux lignes : 

SIMPLICIVS 
IN PAGE 

Hauteur des lettres : première ligne, ()"'(I7; deuxième 
ligne. 0"'05. 

La galerie qui s'ouvrait sur la citerne nous conduisit dans 
plusieurs autres que nous avons j)u fouiller, grâce à la 
subvention accordée par l'Académie, t^es galeries, les der- 
nières tlu premier groupe, nous ont donné un assez grand 
nombre d'inscriptions parmi Icscpicllos je signalerai les six 
suivantes : 

I. Dans une disposition cpic nous avons i-arenienL ren- 
c-onlr(''e ici, le seul nom d un dcfunl est écrit en colonne 



FOUILLES DKS CATACOMBES d'hADRLMÉTE i.'^5 

et se lit de liaut en bas en caractères bien formés, sur la 
chaux qui recouvrait la tuile : 

SV 
Bl 

TA 
N 
V 
S 



Hauteur des lettres, "' Oi 
2. Si 
fouillée 



2. Sur la tuile d'un loculus de la dernière g'alerie 



dONATA 
IN PAGE 

Hauteur des lettres : première ligne, '" 09 ; deuxième 
ligne, '" 04. 

Remarquer la forme cursive du D ; les A sont barrés de 
deux traits. 

'A. Dans la même galerie : 

mARCIANE I X 

Hauteur des lettres, 0'" OH. 

Cette inscription, commençant aussi par une lettre en 
cursive, est fort remarquable par la formule qui suit le nom 
et qui doit s'interpréter : in Christo, synonyme, dans 
l'esprit des chrétiens, de /// pace '. 

4. Dans la même galerie, et du même côté : 

6L6NA 
IN PACE 

1. Iii parc in idipsiim dormiaiii ot rcrpiicscani [l'sulin. H' . 



43H FOUILLES DES CATACOMBES d'hADHLMÈTE 

La hauteur des lettres est très inégale : la plus grande a 
0'" 10 ; la plus petite, 0"'(li. 

o. Inscription longue de 1 '" 0.'), tracée sur une seule 
ligne dans le plâtre du scellement, au Ixis des trois tuiles 
et non plus au milieu : 

CATVLA IN PAGE CALCIDEONIONI 

llaulfur des lettres : la plus grande mesure U '" 08 ; la 
plus petite, 0"Mj;i. 

(jette femme était-elle oriyinaiie de (ihalcédoine en Asie 



meure 



•> 



M 

0. L'inscription suivante, la dernière trouvée dans le 
premier groupe de nos Catacombes, rappelle — coïncidence 
étrange — la })remière qui y fut découverte en 1888 par 
MM. de Lacomble et Ilannezo. Comme celle-ci, elle est 
peinte en rouge et tracée aussi à la pointe dans le plâtre 
de scellement : 

CANEIA EMERITA 

EMERITA IN PAGE 
CA 

La première ligne, longue de "' 45, est peinte en rouge ; 
hauteurdes lettres, "'05 et '"Oi. La deuxième ligne, qui 
s'étend sur une longueur de 1 '" 40 environ, est tracée à la 
pointe en très jolies lettres de 0'" 09 à 0'" 08. La troisième 
ligne n'a que deux lettres, peintes encore en rouge, et 
mesurant 0'" 00 de hauteur. 

Les A ne sont pas barrés. 

Enlin je signalerai unt' bcHe plaque de marbre blanc 
(0"'2Î) X 29; épaisseur. (>"'02i découverte ;i cin(| mètres 
seulement d'une aulre phicpic identitpie portant nue ins- 
cription, de forine païenne, (pie nous a\(Uis donnée au 
Bulletin de lu Soc'uHo nrrlK'olo'/it/iic de Sousse^. 

1. N" ", p. "fi. 



KOLILLKS DES CATACOMHES D*ll ADHUMÈTE 437 

Ici encore, l'inscription semble païenne, et, détail inté- 
ressant, porte le même nom que la première, le nom des 
Mevius écrit dans l'inscription nouvelle avec un A, 
Maeviiis. 

D M S 
L-MAEVIVS-VALERIANVS- 
QVI ET MOFLONTIVS- 
HIC-SITVS-EST-VIX-ANN- 
XXXV- MENS-MI- 

Hauteur des lettres, 0'" 03, excepté à la quatrième ligne 
où elles n'ont plus que 0"^ 023. 

Le sobriquet de Moflontiiis m'était tout à fait inconnu. 

Le jeudi, 21 février 1907, nous avons terminé le déblaie- 
ment du premier groupe des galeries dont les fouilles 
avaient commencé le 17 novembre 1903. Les fouilles ont 
donc duré exactement trois ans, trois mois et quatre jours, 
et nous ont donné cent dix-sept galeries d'une longueur 
de plus de deux kilomètres, contenant environ sept mille 
trois cents sépultures. 

Mais notre œuvre est loin d'être achevée. Si du côté sud, 
est et ouest, toutes les galeries sont fouillées et consolidées, 
dans la mesure du possible, il nous reste, du côté nord-est, 
à explorer des galeries nouvelles, découvertes par le sergent 
Moreau. pendant que nous faisions en France une tournée 
de conférences sur les Catacombes. 

Qu'on nous permette de passer ici la plume à notre 
dévoué collaborateur pour lui laisser le plaisir de relater 
lui-même son importante découverte : 

« Ayant remarqué depuis longtemps déjà, au milieu 
du camp Sabatier et près de la nécropole romaine située 
le long delà piste de l'Oued Lava, un petit carré de terrain 
inculte, l'idée m'était venue plusieurs fois d'y pratiquer des 
fouilles. 

190- 30 



438 FOLILLKS DES CATACU.MlJliS bllADKl M K lli 

« Enfin, le 1 septembre dernier, je me décidai à faire un 
sondage sur vni point situé à deux cents mètres environ de 
l'entrée des catacombes actuelles et à cinquante mètres de la 
nécropole romaine. 

(( A ()'" t)0 de profondeur, je rencontrai l'emplacement 
dun tondjcau percé dans le roc et dont le fond me semblait 
s'être allaissé ; j'entrepris alors d'en sortir la terre à laquelle 
étaient mêlés de nombreux débris de tuile et de maçonne- 
rie. Le soir, après avoir déblayé une excavation de l"'oO 
de côté et de 2"' de profondeur, je me heurtai à une paroi 
où se voyaient, taillés dans le tuf, les emplacements de plu- 
sieurs petits loculi. 

« Le lendemain, ayant lait enl(>vor encore une certaine 
quantité de terre, j'aperçus un tout petit espace laissé entre 
la voûte et la terre de remblai par le tassement de cette 
dernière ; l'ouverture agrandie, je pus m'y glisser et parcou- 
rir à plat ventre ime cpiinzaine de mètres. A partir de cet 
endroit, le vide laissé atteignant près d'un mètre de hau- 
teur, il me fut plus facile de m'y diriger et d'explorer cent 
cinquante mètres t'uviroH di' galeries, dont la voûte, consti- 
tuée par une couche de travertin de plus d'un mètre 
d'épaisseur, m'a semblé des plus résistantes; à droite et à 
gauche se voient, très bien dessinés, les loculi des étages 
supérieurs. 

« Un mois après, ayant lait im deuxième sondage 
à quatre-vingt-quinze mètres au nord-ouest du premier 
et à quatre-vingts mètres de la nécropole romaine, je me 
trouvai à nouveau sur une galerie des Catacombes. » 

Le 4 mars seulement, après avoir fait réparer les dégâts 
assez considérables causés dans le premier groupe de gale- 
ries par les pluies torrentielles de septembre 1!>0(), je lis 
conuueneiT les fouilles dans les galeries jiouvelles. 

In vrai lucernaire, laille dans le tuf solide, nous y donna 
entrée. Mais nous ne tardâmes pas ;i nous a[)ercevoir ((ue 
les eaux avaii'ul iavag('' lamentablemenl la liés longue 



FOI ILLES DES CATACOMBES d'iIADKLMÈTE 439 

g-alerie qui s'ouvrait devant nous avec ses six ou sept étages 
de loculi, pour la plupart ouverts et détériorés. 

Pourtant les commencements furent assez heureux et 
nous donnèrent les trois inscriptions suivantes, chacune 
d'un intérêt spécial : 

1. Sur une tuile, inscription tracée à la pointe dans la 
chaux : 



y^bREGRINVS 

IN PACE 



[ancre crucifonno 
ou navire) 



Hauteur des lettres : première ligne, 0'" 07 ; deuxième 
lig-ne, 0"' 05. 

Après le nom du défunt, on voit un signe tracé aussi 
dans la chaux et qui donne l'idée d'une ancre cruciforme ou 
d'un navire. On sait que ce dernier symbole, l'un des plus 
communs de l'antiquité chrétienne, figure l'âme accomplis- 
sant sur la terre un ditlîcile pèlerinage. Ici, le nom même 
du défunt pouvait facilement rappeler au fossoyeur cet 
emblème. 

2. Inscription tracée à la pointe sur la chaux : 

Q B 

Hauteur des lettres : 0"' 12. 

C'est la première fois que nous rencontrons ces sigles. 

3. Sur une plaque de marbre blanc (longueur, 0"' 34; 
hauteur moyenne, 0'" 20; épaisseur, 0'" 025), débris de 
c[uelque tombeau païen, l'inscription svi'ivante sur trois 
lignes a été tracée par une main novice : on dirait même, 
tant les lettres de la première ligne diffèrent de celles des 
deux autres, que les fossoyeurs se sont mis à deux pour gra- 
ver cette curieuse épitaphe : 

ARISVS 1/* PACE 
NATVS ORA SEXTA 
BIXIT SS Vllll 



440 LIVKES OFFERTS 

Hauteur des lettres : première ligne, 0'" 04 ; deuxième 
ligne, 0"' 03. 

C'est la première fois que nous trouvons, mentionnée sur 
les inscriptions de nos Catacombes, l'heure de la naissance 
du défunt. 

Les fouilles se continuent sans nous donner tout ce que 
nous pouvions espérer d'abord. Mais voici que rhypogée 
païen, découvert tout récemment, comme nous avons eu 
l'honneur de Tannoncer à l'Académie, tout près des Cata- 
combes, vient opérer une heureuse diversion. 

Si nous en avons les movens, nous ferons fouiller en 
même temps l'hypogée et le nouveau groupe de galeries. 
Nous serons particulièrement heureux de pouvoir tenir 
l'Académie au courant de nos découvertes. 



LIVKI^S OFFERTS 



M. Gagnât j)i-é.scnle un mémoiie de .M. Misiioulel : Le réyiine des 
mines h Vâpoque romaine et au moyen Age d'après les tables d'Aljus- 
trel (exlr. de la Nouvelle Revue hisloriqiie du Droit, n" de mai-juin), 
qui contient un commentaire détaillé de linscriplion récemment 
découverte en Portugal el cnniplèle l'étude publiée niitérieurement 
par l'auteur sur ce docuineiil. 

M. lli'itoN i)i: Vii.LEi-ossi-: oITre ;i l'Académie, au nom de M. le doc- 
teur Carton, médecin-major au 4'' tirailleurs, président de la Société 
archéologique de Sousse (Tunisie), les brochures suivantes : 

1. Excursion à Lenil.i (extr. du liullelin de l;i Sorii'-lé archéoli);/itjue 
de Sousse, lOOo). 

2. I.e'i hasiliffues chrétiennes d'Upenna (l'xli-. du liullelin de la 
Sociélc anhéoloi/ique de Sousse, 190(1). 



SÉANCE DU 19 JUILLET 1907 441. 

3. Les slrles de Sidi-Bou-Boiiis (extr. du Bulletin de la Société 
archéologique de Sousse, 190:)). 

4. La nécropole de Ilenchir Znura fextr. du Bullelin archéolof/ii/ue, 
1905). 

5. Cinquième chronique archéologique nord-africaine, année 1906 
(extr. de la Bévue tunisienne). 

6. Les fouilles d'El-Kenissia près Sonsse, publication de VAssocia- 
lion historique pour l'étude de IWfrique du. Nord, 190(i. 

7. Cinquième annuaire d'épigraphie africaine, 1 903- 1 906 (extr. 
des Mémoirea de la Société archéologique de, (^onstantine, vol. XXX, 
1906). 

Ces différentes publications témoignent de l'ardeur inlassable de 
M. le D'' Carton et de son activité toujours en éveil. L'Académie 
sait avec quel dévouement il sert la cause de Tarchéolog-ie africaine 
depuis de longues années et ne peut que lui être très reconnaissante 
de ses efforts et de son zèle. 



SEANCE DU 19 JUILLET 



PRESIDENCE DE M. S. REINACII. 



L'Académie lixc au vendredi 16 novembre la date de la séance 
publique annuelle. 

yi. le chanoine L'ly.s8e Chevalier, correspondant de l'Acadé- 
mie, communique une note sur l'authenticité de la Santa Casa 
de Lorette. Cette petite maison, considérée par les pieux pèlerins 
comme la maison de Nazareth, où la Sainte Vierge reçut l'Ange 
qui venait lui annoncer le mystère de Flncarnation, aurait été 
transportée par les anges, une première fois, en 1291, en Dal- 
matie, une quatrième, en 1 "295, dans la terre d'une dame Lorette. 
L'auteur du mémoire lu à l'Académie a cru qu'il avait le droit 
d'étudier ce fait avec une entière liberté et de lui appliquer les 



442 



SÉANCi: DL 19 .IllLLET 1907 



rèj-les de la ("rilique historique. J.e résultat de ses investig^ations 
a reporté à l'année 1 47'2 la première mention de cette transla- 
tion. Les documents antérieurs qu'on a fait valoir sont des faux 
dont aucun érudil ne voudrait soutenir l'authenticité, lui der- 
nier lieu on a cru pouvoir invoquer en faveur de Lorelte une 
fresque du cloilre des franciscains à (lubi)io. D'aiirrs une décou- 
verte récente, cette fresque a une réj)lique dans un tableau 
exposé à Pérouse qui, à raison de certains détails accessoires, 
concerne certainement Notre-Dame des Anji;es. 

M. Ci.iiKMo.NT-(jANNK.\L' 3 la parolc pour une communication : 
« M. Ramsav ' vient de donner une nouvelle lecture d'une 
inscriplion grecque de Salai'ama (Asie Mineure) déjà publiée 
par M. (Cousin'-, mais d'une façon incomplète. C'est la dédicace 
d'un tombeau élevé par un certain (]. Aponius F'irmus, décurion 
et opli'o de la Ala Aiuf. Geniinu doloiiornni . Le dédicant spé- 
cilie que ce tombeau sera exclusivement réservé à lui-même el à 
sa femme FI. Visellia. Toutefois, dans un codicille liual, celle-ci, 
prenant la parole en son nom personnel, ajoute que le tombeau 
pourra être affecté aussi, en partie naturellement, à ceux en 
faveur de (pii elle en disposerait par testament. 

« Ce dernier passag'e contient une difliciillé (pie ni M. Uamsay, 
ni MM. Cannât et IJesnier qui i-eproduisent ' le texte d'a|)rès lui, 
n'ont essayé de résoudre. Seul, M. Cousin a risqué une solution 
dont j'aurai à parli'i- tout à l'heure, mais pour l'écartci-. Le pas- 
saj^e est ainsi ti-anscrit par M. Hamsay ' : 

TGV 0£ .A'i'l. o'.xo' V tiia-] 

« Que |KMil bien si:.;iiiner le groupe énif^niaticpu^ ATI, laissé ainsi 
sans lecture entre deux points qui doiviMil ap|)aremniciit. d'après 



1. Sltnlies in Ihe hislori/ ;in<l :irl. etc. Abcrdccii. H'Of). p. 171. ii" 155. 

2. Kiffos le Ji'iine, j). io.'i. 

.i. licv. nrch., 100", I. p. .iOô, n° :■>'. 

1. .Il' reproduis telle (pielle la transcriplinii même de M. Hamsay qui ne 
donne le texte (pieu minuscules courantes, sauf ])oui- le i^roupe en liline 
iju il ligure en majuscules. 



SÉANCE Dl l'.l .1111,1. KT 10()7 443 

les conveiUions usuelles des épij^raphistes , représenter deux 
lettres disparues? 

« Je propose de restituer paléo^raphiqueuient : 

T0NA6 • ATI-OIKO 
T ON A 6|K1(A)T[IAIJ0IK0 Ni 

eu supposant que le A fin ,i;rou{)e considéré (ATI) est uu A' 'ii'»' 
conservé et que le troisième élément, en forme de iola, n'est 
autre chose que la branche j^auche d'un omé^a carré en majeure 
partie détruit. Le point qui suit ce dernier élément correspond 
à la partie détruite de la lettre. De l'ait, en me reportant après 
coup a la transcription en majuscules typographiques donnée par 
M. Cousin, je constate que dans notre inscription les ômég.-i 
sont bien du type carré (IAI) comme je l'avais pensé a pruiri. 
Dans sa leçon TONA€: TONjOlKO, 'e second TON entre cro- 
chets est une restitution plus ou moins heureuse mais toute gra- 
tuite, dont il n'y a lien, à mon avis, de tenir aucun compte au 
point de vue de la lecture matérielle. Au contraire, la leçon de 
M. Uamsay, issue d'ailleurs, elle aussi, d'une autopsie person- 
nelle de l'original, garde, tout inintelligible qu'elle soit en elle- 
même, et précisément parce qu'elle est inintelligible, une valeur 
objective dont il faut faire et dont je fais état. 

<( La restitution de M. Cousin impliquerait forcément la lecture 
-ovo£ TÔv otxov ((Cette demeure», sens admissible à la rigueur, 
mais qui a le désavantage d'entraîner, sans avertissement et sans 
transition, une conlradiclion choquante avec la première partie 
du texte réservant l'usage exclusif du sépulcre aux deux ayants 
droit. Tandis qu'en comprenant, comme je le fais, tov oï xâxo) 
oixov ^ >.( loutefois la demeure ou la chambre inférieure >> , la 
conjonction oà ainsi détachée met bien en lumière le caractère 
restrictif et atténuatif du codicille de F\. \'isellia par rapport à 
l'interdiction de principe énoncée par son mari. Sans compter 

I. La conjecture A = A nie paraît cire suffisamment auL(jrisée parle fait 
que la lettre se trouve dans une ri!'gion de la pien-e qui a visiblement souf- 
fert, puisque le caractère immc'diatement prc'CL'dent, celui que je restitue Ki 
a clô détruit en entier. Le m(3me argument est valable pour ma troisième 
conjecture I = W- 



444 SÉANCl:: DL 1 ' > JLlLLIiT 1 9U7 

que, si on lit comme le fait M. Cousin, ce codicille s'étendant 
■;rammaticalement à tout le .sépulcre sans distinction , rendrait 
enlièremenl illusoire ou caduque la clause fondamentale d'Apo- 
nius Firmus. Au contraire, dans Ihypothèse que je développe, 
la i-estriction, ne portant j)lus ([iic sur une certaine partie du 
sépulcre déterminée avec précision, devient conciliable, somme 
toute, a\ec ladite clause. 

« L'expression t6v oè xârw oixov désij^nerait alors tout simple- 
ment la partie inférieure de lédilice funéraire qui, comme tant 
d'autres, devait être à deux étaj^es. Le ménaf,'-e s'était réservé la 
partie haute. La partie basse demeurait disponible. C'est celle-ci 
(|iiL' la femme entend attribuer éventuellement à (|iii elle voudra 
par disposition testamentaire. Nombreuses sont les inscriptions 
funéraires où il est question de cet étaj^-^e inférieur du sépulcre 
et de son affectation soit à d'autres membres de la famille, soit à 
des esclaves ou alfranchis. C'est, si je ne me trompe, à un cas 
de ce geiu'e que nous avons affaire ici. » 

M. l>.\Mi:r.oN lit un mémoire intitulé: La théorie féodale de la 
monnaie. L'auteur se propose de démontrer tpie le droit de 
monnaie exercé par un si j^rand nombre tle l)arons et dévèques 
duraiil les premiers siècles de la féodalilé. est un démembrement 
du (li-oil ré<;alien des princes caroliuf^iens. La monnaie féodale 
est à la fois rég^alienne et domaniale. l''.lle est la propriété abso- 
lue du prince, qui en fait une source de revenus comme des 
autres parties de son domaine ; il exploite son atelier monétaire 
coinnic il exploite le moulin i)anal ou le foui- banal. Le droit 
féodal lui i-econiiaîl la fa cidté (rétai)lir sa monnaie, d'en fixer la 
valeur et de la muer. Mais l'abus des mutations provoqua des 
troubles et des protestations populaires qui enfantèrent un nou- 
veau |)riiicipe, relui de rinterx'eiilion du peiq)le, ou de ses délé- 
f^niés, dans la nuitaLion des monnaies. Ce princijjc se fait jour dès 
le début du xiv'' siècle ; il est nettement formulé enfin par Nicole 
Oresme, sous Charles \'. 



445 
Ln^Rl':S OFFERTS 



M. Heuzey offre, au nom de M. Thureau-Daiigin , l'édilion alle- 
mande du livre de M. Thureau-Dangin sur les inscriptions royales 
de Summer et d'Accad : Die Sumerischen uful Akkudischen Kuniga- 
inschriflen (Leipzig, 1907, in-8"). 

M. Saglio présente le 40'' fascicule du Dictionnaire des aniit/iiilés 
grecques et runi.iines (Paris, 11)07, in-4°). 

M. le chanoine Ulysse Chevalier, correspondant de Tlnstitut, 
dépose sur le bureau une brochure intitulée : Un document en fareur 
(le Lorette, 1310 (Rome, 1907, in-8"; extr. des « ^lélanges d'archéo- 
logie et d'histoire » publiés par l'Ecole française de Rome). 

M. Boucué-Leclercq présente à l'Académie, de la part de Fauteur 
le P. Fr. X. Kugler, S. J., le tome I d'un ouvrage qui doit comprendre 
quatre volumes, sous le titre général de Siernkunde und Sterndienst 
in Babel; assyriologische , nstrononiische und astralniythologische 
fntersucliungen. Ce premier volume, intitulé Entunckelung der 
haJji/lonischen Planetenkunde von ihren Anfiingen his auf CJiristus 
(xv-292 pp. gr. in-8", avec 24 pi. de textes cunéiformes, Miïnster, 
1907), est consacré à l'examen et au contrôle des observations 
faites, depuis le viii^ siècle a. (;., par les astronomes chaldéens 
sur la marche des planètes , observations qui leur ont permis 
de dresser des tables planétaires indiquant les positions futures 
de ces astres dans le cycle particulier à chacun. La science astro- 
nomique n'était pour les prêtres de Babylone ([uun moyen : le but 
était (Fasseoir sur des données certaines les prédictions astrolo- 
giques qu'ils se réservaient d'en tirer. ^lais cette préoccupation 
même les poussait à rechercher la plus sci'upuleuse exactitude ; et, 
en fait, le P. Kugler, vérifiant leurs données avec toutes les ressources 
de la science moderne, démontre qu'ils ont été d'excellents observa- 
teurs. M. Bouché-Leclercq fait le plus grand éloge d'un travail dans 
lequel le savant jésuite fait preuve d'une double compétence, par- 
tagée avant lui entre ses confrères et devanciers immédiats, le P. 
Epping, asti'onome, et le P.Strassmaier,assyriologue. Il estime que le 
grand ouvrage du P. Kugler, où seront pour la première fois classées 
en ordre méthodique et vues d'ensemble les conquêtes de l'assy- 



446 SÉANCE DU 26 JUILLKI 1907 

riologic, oinriia môme aux profanes l'accès d'un domaine jusqu'ici 
fermé à leur curiosilé, et — entre autres services qu'on en peut 
attendre — mettra en pleine lumière les ori^^ines de l'astrologie 
grecque, si longtemps associée, elle aussi, à l'astronomie. 



SKANGE DU 26 JUILLET 



PRESIDENCi: nie M. s. REINACII. 

M. le Président communique une lettre que \ï. Hnlleaux a 
écrite à M. le duc de J.oubat sur les IViuilles en cours dans l'île 
de iJélos. Ces fouilles dcuinenl des résultais importants et ont 
notamment rendu à la lumière les anciennes enceintes du sanc- 
tuaire d'ApollDii. antérieures à l'époque classique, avec de nom- 
breux i'rai^nicnts de \ases peints rcnidiilanl à une haute anti- 
quité. 

M. Franz Cumoiit , correspondant étranger de l'-Vcadémie, 
communique la pliotof^raphie d'un bas-relief découvert v\\ 
Syrie représentant un pi-ètre du dieu Bel s:u-i'iliant. Vwc insci'i[)- 
tion greccpu' permet de fixer la date Au inniuinuMit au i'"' ou 
u'' siècle de notre ère. 

Il commente ensuite une inscription de C.yrrlius, qui fait men- 
tion d'un asile de saint Denys établi ])ai- l'empereur Anastase. Ce 
texte éj)i^ra])hique vient corroborer les ré>ultats des recherches 
d'histoire littéraire suivant lesrpiels les œuvres apocryphes de 
Den>s l'Aréopai^ite ont été iMunposées piv;'isément en ."^yrie vers 
Tépocpu' dAnastase'. 

M. HAitia.o.N continue la lecture de son mémoire sur la mon- 
naie féodale ". 

M. Omont est désij^^né pour faire une lecture à la séance 
])ubli<pu' aiinncllc de l'Acadi'nne. 

1 . \'iiir ci-apri'-s. ; 

•J. X'oii- ci-tiessiis, p. iiî. 



447 
COMMUNICATION 



MONUMENTS SYKIENS 

PAK M. l'RANZ r.LMONT, CORRESPONDANT ÉTRANGER 

DE 1/ ACADÉMIE. 

« 

I 

Le bas-relief que reproduit la figure ci-contre d'après une 
photographie, doit avoir été découvert dans le Nord de la 
S\'rie, mais nous n'avons pu malheureusement obtenir jus- 
qu'ici de renseignements précis sur son origine '. Sa prove- 
nance exacte n'a pas davantage été indiquée à M. Cler- 
mont-Ganneau, qui. ayant reçu de M. Fournier de Salinguet 
une copie de l'inscription, a bien voulu renoncer en ma 
faveur à la communiquer à l'Académie. Qu'il me permette 
de le remercier, en commençant, de cet aimable désistement. 

Sur une plaque de basalte, haute d'environ 60 cm. sur 
75 de large, est sculpté un bas-relief incomplet à droite et à 
gauche. Le haut dé la pierre est légèrement ébréché sur toute 
la longueur de l'angle antérieur, mais à part cela la tranche 
supérieure est intacte, et par conséquent il ne manque 
aucune ligne au début de l'inscription. Vers la gauche, un 
personnage barbu, dont le visage a été mutilé par quelque 
musulman, est debout devant un autel chargé d'offrandes, 
sur lesquelles il étend les deux mains soit pour les bénir, 
soit pour faire une libation : on ne distingue plus actuelle- 
ment s'il tenait une patère. A gauche s'élève une plante 
qu'on prendrait d'abord pour une tige de lierre, mais je 
crois plutôt que l'artiste a voulu représenter un sarment de 

1. D'après une lettre que nous avons reçue postérieurement de Syrie, le 
bas-relief a été trouvé à Killiz, l'ancienne Ciliza, à 50 kiloin. env. au N.-O. 
d'Alep. 



448 



MONUMENTS SYRIENS 



vigne ; seulement il a été incapable de sculpter dans 
le hasalte dur les dentelures délicates des feuilles. De 
chaque côté du bas-relief, on distingue les restes d'un 
taureau, debout de face, dont les proportions sont plus 
grandes que celles du sacrificateur, luitre celui-ci et le 
taureau de droite, on lit dans le champ linscription : 

B ]•/;/,(.) f)iM I Vxiz: 'K~i';v/\o'j: 7jv ^('xrxwl \ E;j.ço'j? (ou 
E;j.îOu^) xai T£xv;'.ç | AvTÎcyiç 'Ettiy^v^ç | A'.07.>,?;r Map-/.:; | 
Wt-.zhri'.zz I VyJ.zz \ Qr^ziur> \ MâpOaç | à^ispojo-av. 




■■•«^^ 



^ 



I 




— *•- 1 -,"*^ - ■ - * ^ ■' 



lîas-n-lit'l' (le Killi/. (Giliza). 
Et sur la roht' du prêtre : 

Le déchiirremcnl ne laisse place à prescjue aucun doute. 
Des premières lettres on distingiu' le trait inférieur du H 
et les deux ti'aits xcrlicaux de 111. de sorte (jur le [)rcniii'r 
mot, le [)liis inipoitnuL de tous, est certain. Seul le nom 
E;j.£0'jç, ou E;j.£0'jç, est sujet à caution. 



MONUMENTS SYRIENS 449 

La forme carrée des lettres, choisie k cause de la résis- 
tance de la pierre, n'implique pas nécessairement une date 
tardive ', et ce petit monument pourrait remonter jusqu'au 
1"' siècle de notre ère. 

Ce bas-relief a donc été consacré au dieu Bel par le 
prêtre Gaïos, par sa femme et par ses enfants. On trouve 
dans su famille un singulier mélange de noms latins 
(Gains, Marcus, Petronius), grecs ('E-f,Y£VY;ç, 'Xvxizyzz 
Ai:7.ay;ç) et sémitiques (Emeth^'s (?), Thêdiôn, Martlias). 
G est une image raccourcie de la civilisation syrienne où se 
combinaient sous l'Empire les trois éléments que nous 
retrouvons dans cette onomastique. Gaïos devait d'ailleurs 
savoir médiocrement le grec : il laisse au nominatif au lieu 
de les mettre au datif les noms apposés h.-i-/.-n'.z. 

Les inscriptions grecques qui font mention du dieu Bel 
sont en très petit nombre "~, On sait cependant que le culte 
de ce dieu babylonien s'était répandu dans la Mésopotamie 
septentrionale, notamment à Edesse, et jusqu'en Syrie, 
à Apamée, à Emèse, à Palmyre, où un temple magnifique 
lui était consacré'^ et d'où Aurélien devait le transporter 
à Rome ^. 

Nous sommes très mal informés sur les cérémonies qu'on 
célébrait dans ces sanctuaires, et notre modeste bas-relief 
pourrait fournir à cet égard quelques indications intéres- 
santes. Le mauvais état de la pierre ne permet pas de 
déterminer quel genre de sacrifice offre le prêtre Gaïos; 
mais, si c'est une vigne qui s'élève derrière lui, on devra 
en conclure que Bel, de même que Dusarès, le Dionysos 

1. Cf. Bull. Acad. Belgique, août 1907. 

2. Dussaud, Noies de mylholoçfie syrienne, l'JO.3, p. 72. 

3. Sobernheim, Palmyrenische Inschriften (Mitt. dei- Voiderasiat. 
Gescllschaft), 190,'), pp. 3, 9. — Sur le temple qui aurait été construit sous 
.\ui;ustc ou Tibère, cf. Puchstein, Berliner Philoloy. Wochenschrifl, 1906, 
p. S30. Sur les prêtres de Bel à Palmyre, Clermout-Ganneau, BecHeti f/'ar- 
chéol. orientale, t. VII, pp. 12, 2i, 301. 

i. Cf. nos Bêtifiions orientales dans le iia([anisniP romain, p. 139, 150. 



450 MOMMENTS SYRIENS 

arabe ', était honoré comme un dieu des vendanges, et sans 
doute que le vin était employé dans les oiîices liturgiques. 
Un taureau pourrait avoir été placé par le sculpteur des 
deux côtés de la scène dotl'rande pour rappeler que cet 
animal était consacré à Bel, comme il Tétait à Hadad et au 
Baal de Dolichè. Le bas-relief d'Ed-Douwaïr, conservé au 
Musée du Louvre, nous montre aussi deux taureaux affron- 
tés placés devant Apollon-IIadad et Artémis-Astarté ■-^, 
Mais si 1 on observe qu'ici ces taureaux sont projDortion- 
nellement plus grands que le sacrificateur, et que leur tête, 
qui atteint le bord de la plaque, semblait, quand le monu- 
ment était complet, supporter le couronnement placé sur 
ce bloc de basalte, on sera amené à croire que l'intention 
de l'artiste a été différente. Les deux animaux. (|ui avaient 
une valeur pour ainsi dire architectonique, rappellent les 
taureaux ailés qu'on trouve fré((uemment en Assyrie 
dressés des deux côtés de la porte des monuments sacrés ou 
profanes. Ils figureraient ici aussi l'entrée du sanctuaire où 
le sacrifice s'accomplit. 

Le costume du sacrificateur mérite aussi d'être remar- 
qué : c'est la première fois, pensons-nous, (ju'on trouve 
représenté un prêtre de Bel en habit sacerdotal : longue 
robe à manches entourée d'une large ceinture, haute tiare 
conique, chaussures couvrant le pied et la cheville, tout 
cela est purement oriental. De même, les mages que Stra- 
bon observa en Cappadoce et Pausanias en Lydie, avaient 
gardé la coiffure spéciale du clergé mazdéen'. L'observation 
scrupuleuse de tous les détails rituels, la fidélité tradition- 
nelle aux formes extérieures du culte se maintinrent dans 
les religions asiati((ues, même ([uaiid K'ui- contenu se fut 
profondémenl iiiodilii' sous riiillueiice de la pensée greccjue. 

1. I'iml\ Wissdwa, Itealencyil.. s. v. 
•J. Cf. hiissaiid, .\otes. p. S!». 

.<. SI i-;il)iiii. W. :(. I.'), p. T.'<:u;. l'iui>;m., \', 27. ."> : c(. uns Monmiienls 
inifsl. ilf Millini. I. pp. Mil. •j:is. 



I 



MONUMENTS SYRIENS 451 

II 

Gyrrhus, ([\ù donna son nom à une partie montag-neiise 
de la Syrie du Nord, la Gyrrhestique, n'est guère connu 
aujourd'hui que comme siège épiscopal d'un historien et 
controversiste' célèbre, Théodoret. La cité disparue fera 
certainement encore parler d'elle. Ses vastes ruines 
s'étendent dans la solitude entre une haute colline, qui por- 
tait l'acropole, et un ravin profond bordé par de longues 
murailles, qui grimpent jusqu'à la citadelle. Une série 
d'inscriptions, qu'on y a recueillies, attestent l'importance 
durable de la ville à l'époque byzantine ^ J'y ai découvert 
au mois de mai dernier un nouveau texte, intéressant à 
divers titres malgré sa brièveté, et qui ne ma pas paru 
indigne d'être communiqué à l'Académie. 

Il est gravé sur un bloc de calcaire sculpté en forme 
d'autel (3w;j.sç). Un fût, large de 7o cm., repose sur une 
plinthe très simple et il était surmonté d'un couronnement, 
mais il ne subsiste aujourd'hui de celui-ci que la partie 



TDYAnDVAlDNYC/Dy 

KATAH<filDMrPAMM4 
rDYEVCEÊWTATnY 

AWACTAriDYXÔAClAE 
bJrHHUM^ ^ 

inférieure, dont le larmier est taillé en biseau. La hauteur, 
actuelle est de 1 "' 19, la largeur à la l)ase 40 cm. Get autel 
était couché dans un champ de blé, à 20 minutes environ 

1. Lebas-Wackliiigton. 1S30= C. I. G. s6îSl en l'honneur de Tlié()|)lule et 
Théodora. 830-812 ap. J.-C), 1831 = C. I. G. 8897 ;C:iiapol, Bull. cnrr. hell., 
XXVI. p. 187. n" 35: cf. Procope, De .Edif.. II. II. 



452 MONUMENTS SYRIENS 

à rOuest des murs de la ville ^ L'inscription se trouvait sur 
la surface adhérente au sol, et il fallut, pour l'apercevoir, 
faire retourner 1 énorme pierre. Elle est gravée peu profon- 
dément en longues lettres grêles (H. 5 cm.). Les deux 
premières lignes sont sur le biseau, les autres sur le fût. 

Comme on le voit par notre dessin sommaire, le texte est 
traversé par une longue fente, qui existait déjà au moment 
où il fut gravé, car le lapicide a manifestement sauté la 
lissure aux lignes i et ."1. Cet autel appartenait sans doute 
à quelque ancien temple avant de recevoir une inscription 
chrétienne. Depuis lors, la crevasse s'est encore agrandie^ 
écornant ou faisant disparaître quelques lettres. La lecture 
n'offre cependant aucune ditliculté : 

'E](i)? o)sî ■/.y.-y.'^'j"^izv 
v.a-hc Y;[[J,£p]cv ypi[j.\>.0!. 

TOÎ) EÙa-£|j[£jO-TaTOU 

Un seul mot est douteux : l'épithète donnée au mot 
Ypâ;j.;j.a. J ai restitué v-y.zpjv, cet adjectif étant un (jualiiicatif 
fréquemment donné aux empereurs byzantins, qu'on appelle 
même parfois r, r'r, r^'j.izo-r,: : « Votre mansuétude- ». On 
|)oiirrait songer aussi à -/-JttJicv (jui respecte l'i, et (jui aur;iil 
d'ailleurs à peu près le même sens, ou nièinc comme me le 
propose M. Clermont-Ganneau, à (}tio-i, en supposant une 
fausse lecture de Vr, au lieu d'un H carré. 

Il faut donc traduire ; « Juscpi'ici (s'étend) le refuge de 



1. Non loin delà cfilonnc à liuiL pnns clôcrite pai- M. ("hapnt n" .31) ot qiu- 
nous avons réussi à l'aire rouler aussi pour en transcrire l'insci-iptioii an 
complet. 

2. Cf. Sophokles, Lexicon. s. v. 7;|j.cOo; if, [lEOOTr,;; if. saini I.énn. l-^pisl.. 
02 cl 63 (col. sTfi, Mifînc), f, af, f,jx.époTr|; = (un iiiunsiirliido. 



MONUMENTS SYRIENS 4o3 

Saint Denys suivant la lettre indulg-ente (ou divine) du 
très pieux Anastase, notre empereur, j. » 

J'ai rendu -/.xtzo-jyiîv par « refuge », mais il ne faut pas 
l'entendre dans le sens oii nous disons un « refug"e » 
d'indigents. C'est un « refuge » ou un « asile » pour les cri- 
minels. Le mot, assez rarement employé dans cette accep- 
tion spéciale', paraît avoir appartenu au langage vulgaire 
comme son synonyme zscjsjy'.sv' ; mais les verbes y.aTxo/SJYco, 
zo;c72i£>'o) sont très usités avec la signification de « se réfu- 
gier » au pied des autels pour échapper à un châtiment 3. 

Le droit d'asile, qui existait dès une époque très reculée 
en Grèce et en Orient^ et qui appartenait, par exemple, 
en Svrie aux sanctuaires d'Apollon à Daphné-' et de Zeus 
à l^aetocécé'', passa, comme on sait, des temples païens 
aux églises chrétiennes". 11 fut réglé, soixante ans avant le 
règne d"x\nastase, par une constitution de Théodose et 
Valentinien promulguée en 431 (Cod. Theod., XI, 45, 4). 
On V voit que, comme dans l'antiquité, l'asile pouvait 
s'étendre fort loin en dehors de l'église et comprendre 
dans ses limites des maisons, des jardins, des cours et des 
portiques'^. L'administration de ce domaine, où les fugitifs 

1. Cf. infra, p. i54, n. 1. 

2. Ilpo'jçuy.ov est employé notamment par Malalas, p. 485. 6: 493, 23, éd. 
Bonn: cf. Eslienne, s. v. 

3. Sozomène, \'III, 7 : EjTpo~'.o; -lO'jTâTT'ov u.r/ji'/oi £'!; i/./j-r^'j'.oi.ç y.x-.y.- 
9'jysTv âçsÂajvEjâaL ôi toj; -poj-EseuyoTa;. Joli. Chrysost., Honiil. in 
Eufrop., III. 1, p. 386, éd. Benedict : [x't^ Àc'ys oti xarscp'JYe zaî -poeoo'Oïi. Cod. 
Theod., MIII, 45, 4 (loi de 431) : Èça-.Twv jior^ôîiav xaTasJyTj ; cf. le texte 
publié àla suite de la loi par Gothofiedus, t. III, p. 396: au bas ;éd. Ritler) : 
toi; e'.; Ta àyto)Ta-a y.aTasîjyo'jjtv OLiaiaaTr^pia. Canlacuzène, II, 22, 9 (éd. 
Bonn) : ~poç tov Tfj; i]o3ta; vewv xaTaçuysïv, àuXia «Ùtou XcTiixriaivou. 

4. Notamment chez les Juifs. re.\ercice de ce droit est minutieusement 
réj:;lé par la loi mosaïque. 

5. Strab., XVI, 2, 6, p. 750 C. 

6. Dittenberjier, Orientis inscr., 262, 13 : eTvj; t6 ijlÈv ieoôv octjXov. 

7. Mommsen, Slrafrechl. p. 4i)l. Zacharia von Linj^entiial. Gesrh. des 
griech. rôm. ReclUs, 1892, p. 326 ss. 

8. Commentaire de Godefroy au code Théod., l. c. t. III, p. 402, éd. 
Ritter. 

1907 31 



454 MO.NLMENTS SYRIENS 

étaient entretenus aux frais de Tég-lise, devait ressembler à 
celle des hospices et des couvents. Aussi trouve- t-on. dans 
un texte de Théophane, les '(j.svijTYjp-.a rapprochés des /.y-x- 

Les limites de ces asiles, toujours comme celles des 
anciens territoires sacrés, étaient marquées par des bornes 
(dpst). En être expulsé se disait £7.3A-/;0-?;vai twv 'cpo)v''. C'est 
une de ces bornes que nous venons de retrouver. Il est 
intéressant de constater qu'elle conserve encore la forme 
d'un autel. C'est w\\ souvenir de la vieille coutume qui 
accordait l'inviolabilité au supjjliant ([ui touchait l'autel 
ou s'y asseyait, se plaçant ainsi sous la sauveii^arde des 
dieux. Dans la langue même des juristes chrétiens il 
subsiste des traces de la même conception. Le code Théo- 
dosien dit que toute l'église jusqu'à ses portes les plus 
éloignées est un « autel de miséricorde » èascj '^Hv^i.z'i ■' . 

La concession tlu droit d'asile, qui constituait un privi- 
lège, une dérogation aux lois pénales, était réservée au 
souA^erain. Au i\'' siècle, à Bvzance, nous le vovons encore 
accordé spécialement par l'empereur Théophile au tond^eau 
de sa fille Marie \ Anastase dut l'octroyer ainsi, par une 
concession particulière, à une église ou à un monastère de 
Saint-Denys, ou du moins il lixa par un rescrit l'étendue du 



1. Théophane, Ann., 6259. p. 443, 2" éd. De Boor : aovaiTr;&ia -à £tç ooÇav 
Oso'j zal Tôv a'orou.£V'ov y.aTïS'jy.a olV.ou; /O'.voù; /.aOî^Ta -wi ôaoçpovov a'jT(T> 
aTpaT!'i)T(ov. 

2. Malalas, ChroniHjr.. \k 19 1, 1. l'-d. Bonn : i/.!3Xr,0cU h. t'ov ô'p'ov 'se. 
Tou rpoiouyiou] oia xarà jia'jiÀÉfDç ay.Ët}(âij.îvoç ; cf. Gothofrcdus, /. c, p. 102: 
Hy.to; To)v o'p'ov, etc. 

3. God. Theod., VIII, 45, 4 : "AXX' i'i -'. -£patT£po) fj-'/àvsi x/pt t'Ôv 
TsXs-JTaîojv Oupwv T^î £Xi'.Xr,'Jîa; âXsou jJ'Daôv toï; -pojÇcjyouaiv elvat -po^TaT- 

4. Theophan. Contin., p. lOS, 19, ôd. Honn : r:povou.'.ov oouvai 8ià XeXaçej- 
jxEVfov V) CLÙxfi [se. sur le sarcophafje] îâa^wv àauXîx; toï; is' O'.'oi; orJTroTE 
ÈY/.Xi^aaj'.v àvOpoj-oi; âXojJtv /.xl -pojçjyojaiv £X£Ï; cf. Léo Graium., p. 21 tJ, 

20. liiilili. ^ 



LtYRËS OFFERTS 4oo 

terrain où les criminels seraient sous la protection du 
martyr. 

Saint Denys était donc, sous le règ-ne d'Anastase, vers 
l'an oOO de notre ère, très en faveur à Cjrrhus. C'est là 
une chose à noter. Les historiens de la littérature chré- 
tienne, après de long-ues controverses, s'accordent généra- 
lement aujourd'hui à placer en Syrie vers la fin du v*" ou le 
commencement du v^ siècle la rédaction des apocryphes 
fameux attribués à Denys l'Aréopagite". Précisément à la 
même époque, nous voyons une des grandes villes du pays, 
la patrie de Théodoret, rendre un culte au magistrat athé- 
nien dont les lég-endes occidentales firent aussi le premier 
évêque, de Paris. Une église y était placée sous le vocable 
du martyr, et l'empereur Anastase lui accordait ou lui 
confirmait le droit d'asile. Ces faits, qu'on pourrait rap- 
procher d'autres preuves -, montrent la popularité dont 
jouissait Saint Denys en Syrie, et notre inscription vient 
ainsi corroborer indirectement les conclusions auxquelles 
ont conduit les recherches d'histoire littéraire. 



LIVRES OFFERTS 



Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule du 
mois de mai 1907 des Comptes rendus fies séances de TAcadémie 
(Paris, 1907, in-8°i. 

M. le D'' IIamy dépose sur le bureau le tirage à part de son mémoire 
sur Les premiers Gaulois (extr. de « L'Anthropoloo-ie »). 

M. Louis Léger présente un travail intitulé : Le monument de Jean 
de Luxembourg, la croix de Bohème, près de Crécy, par M. Charles 
Normand (extrait de VAmi des Monuments et des Arts, Paris, 1907) : 

1. Bardenhewer, Patrologie, 2« éd., p. 475 ss. 

2. Nous possédons un petit traité d'astronomie syriaque, qui paraît 
dater du vr siècle, et dont l'Aréopag^ite passait pour l'auteur. 11 paraîtra 
bientôt dans les « Actes du Congrès des Orientalistes d'Alger » par les soins 
de M. Kugener. Celui-ci prépare aussi la publication de deux biof^raphies 
syriaques du saint. 



4oG LIVRRS OFFERTS 

« Colle inocluii-o leiifcrmc le c()iii|ile rendu des fêtes (lui ont été 
données à Ci-écy le l''*' octobre 190'), fêles auxquelles l'Institut était 
représenté par MM. Louis Loo^er el Jules Lair, et l'Académie des 
inscriptions par MM. Emile Picot et .loret. Elle donne le texte des 
principaux discours qui ont été [irononcés et est accompagnée d'un 
certain nombre d'illustrations. 

« En ofTrant ce compte rendu à l'Académie, je suis profondément 
amif,^'! de ne plus voir auprès de moi l'excellent confrère dont le 
concours m'a été si précieux jjondanl plusieurs années. Je n'aurais 
jamais osé tenter la double entreprise qui a élé si benreusenu'nt 
exécutée, si M. Lair ne m'avait ofTerl de constiliu'r avec moi un 
comité ol d'v acce[)ter la fonction de trésorier, s'il n'avait mis à ma 
disposition sa grande expérience des alfaires et son infatigable acti- 
vité. 11 prit la peine de se rendre lui-même sur le champ de bataille, 
de négocier avec l'architecte, avec le sculpteur, avec les autorités 
locales. La besogne était assez complicjuée, puiscjuc nous avions à 
opérer sur le territoire de deux communes différentes, Crécy et 
Ii)strées-les-Crécy. H mit en compte courant dans la Caisse des Maga- 
sins "-énéraux les souscri[)tions (jui nous arrivaient de trois pays, de 
la France, de la Bohême et du Luxembourg, et nous assura de ce 
chef une majoration d'inlérêt d'environ 700 francs. Quand il s'agit 
d'organiser la fête d'inauguration, il négocia avec la Compagnie du 
Nord pour assurer le transport de nos hôtes dans les conditions les 
plus confortables et les plus économiques. 11 fui i'ànu- de nos fêtes. 
Il vconliihua par sa cordiale li()S|)ilalilr. 11 n'a i)as assez vécu pour 
voir paraître ce compte rendu d'une entreprise à laquelle il avait 
porté tant d'intérêt. .\.u moment où ce travail parait, je tiens à dire 
bien haut devant vous, mes chers confrères, tout ce (pie j'ai dû à sa 
haute expérience, à son affectueux (lévoiiemenl. Nous avons fait m 
lui une -rande perte, el notre Président lui a rendu l'autre joui- un 
éloquent hommage auquel vous vous êtes associés. Le gouvernement 
grand-ducal de Luxembourg, la municipalité de Prague avaient tenu 
à lui apporter des maniues de leur reconnaissance. II préparait, vous 
le savez, une monographie de l.i (-uupii-ne qui précéda le désastre 
de Crécy. La mort ne lui a ])as peiinis de l'achevei'. 

« Pardonnez-moi d'avoir, en rap[)elanl cette inoubliable coUabo- 
ralion. cédé à l'émotion que réveille eu moi le souvenii- du confrère 
de l'ami, du conq)agnon d'armes disparu : 

u Multis ille quidi'm lloliilis ooeidis, 
» Nulli IU'i)ilii)r ([uani niilii. •> 



457 



APPENDICE 



Rapport du secrétaire perpétuel de i." académie des inscriptions 

ET belles-lettres SUR LES TRAVAUX DES COMMISSIONS DE PUBLI- 
CATION DE CETTE ACADÉMIE PENDANT LE PREMIER SEMESTRE DE 1907, 
LU DANS LA SEANCE DU '2(î JlILLET 1907. 

Depuis mon rapport du l*"'" février 1907, ont paru et ont été 
distribués : 

Le tome III des Ohitiiaires de la proriiice de Sens (diocèse de 
Chartres). 

Le tome XXIII de V^ Histoire littérnire de la France. 

Le tome II des Historiens arméniens des croisades. 

Le fascicule I du tome II de la seconde partie du Corpns 
inscriptionum seniiticarum,i\uiQoni\e\\[. la suitedes Inscriptions 
araméennes (cahier de 250 pa^'-es et atlas de 70 planches). 

Le tome XXXVIII de nos Mémoires (première partie) en est 
resté au même point qu'à la fin du semestre précédent, ^'inp,•t- 
huit feuilles en sont tirées. Aucune copie nouvelle n'a été envoyée 
à Fimpression. 

Même situation pour les Mémoires des savants étrangers 
(t. XII). Cinquante-six feuilles en sont tirées. Deux tirag^es à 
part qui font partie de ce volume ont été distribués : Y Enquête 
sur répic/raphie chrétienne d' Afrique, par M. Paul Monceaux, 
et le Cadastre de l'Afrique romaine, par \l. Toutain. 

11 a été envoyé à l'imprimerie nationale, pour le tome XXXIX 
des j\oiices et extraits des manuscrits, une notice de M. Lan- 
ylois sur Les papiers de Guillaume de Nogaret. Le volume en 
est à sa vinyt-septième feuille. De ce volume, en cours d'im- 
pression, a paru, en tiraj^e à part, la notice de M. Omont sur Le 
manuscrit latin S Si:) de la Bibliothèque nationale contenant 
différents opuscules mathématiques de Gerhert. 



438 RAPPORT DU SLCKÉTAIRE PERPÉTUEL 

Dans les séries du Recueil des historiens de France dont 
sont charg-és MM. d'Arbois de Jubainville et Longunii, le travail 
ne cesse d'av^ancer, grâce à l'exemple d'infatigable activité que 
nos deux confrères donnent à leurs collaborateurs. 

M. d'Arbois nous fait espérer, pour la lîn de cette année, sauf 
événements imprévus, l'achèvement de deux des volumes de la 
série dont il dirige la préparation: 

1" Diplômes de Philippe /'''", par M. Maurice Prou; 

•2" Diplômes de Lothaire et Louis \ . par MM. Louis Halphen 
et Ferdinand Lot. 

11 n'y a plus, pour chacun ds ces ouvrages, qu'à mettre en 
pages les tables dont une épreuve en placard a été soumise à 
notre confrère M. J^ongnon qui veut bien réviser la partie 
géographique et qui a déjà terminé ce travail pour 51 placards 
sur 73. 

Notre confrère, M. Léopold Delisle, dont les travaux sur les 
diplômes de Philippe-Auguste sont si hautement appréciés par 
les érudits, a entrepris une édilion de ceux des diplômes 
d'Henri II, roi d'Angleterre, qui concernent les domaines que ce 
souverain possédait en France. Le duché de Normandie, l'-Anjou, 
le Poitou lui appartinrent ; il fut le mari de la duchesse de 
Guyenne. Les textes sont transcrits avec le soin que le savant 
auteur met à tous ses travaux. M. Delisle s'est même procuré 
les photographies des originaux. L'introduction est écrite; elle 
est divisée en neuf chapitres. M. Delisle a remis à M. d'Arbois 
la copie des quatre premiers chapitres; il lui remettra celle 
des chapitres suivants dès que l'imprimerie aura composé la 
partie du manuscrit qu'elle détient. Dans cette suite de pièces 
qui ont tenté la curiosité toujours aussi ouverte et aussi vive 
de notre cher doyen, on aura un heureux et imprévu com- 
plément (lu recueil dont le plan avait été dresse |)ar l'.Aca- 
démic. 

Dans la série des Ohiluaires, la rédaction el l'impression des 
textes ne marchent pas moins ra|)idcmcnl. C'est ainsi que pour 
le tome 111 [diocèses d'Orléans, d'Au.verre el de yievers) l'im- 
pression des textes qui composeront le volume louche à sa lin. 



RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 459 

Les 'M premières feuilles sont tirées ou en bon à tirer. Les 
feuilles 36 à 56 sont en pages. On prépare Tindex. 

Pour le tome V [Province de Trêves), la copiedes textes a été 
adressée à rimprimerie. Du tome VI [province de Reims] les 
48 premières feuilles sont tirées, les feuilles 49 à 91 en bon à 
tirer. La préparation de l'introduction et de l'index se poui'suit 
activement. 

La commission de {'Histoire littéraire de la France, après en 
avoir fait paraître le tome XXXIII, a déjà mis en train le 
tome XXXIV. Celui-ci s'ouvrira par un article consacré à 
Guillaume de Mandagot, par M. Viollet. Cet article est déjà 
composé en placards, et limprimerie a reçu aussi le second 
article, sur Béranger Fredol, évêque de Béziers, que signera de 
même M. \'iollet. M. Noël Valois est l'auteur d'un troisième 
article, sur Jean de Pouilly, dont la lecture a été commencée. 

La préparation des différentes parties du Corpus inscripfionum 
seniiticariini se continue sans interruption, et les éditeurs, nous 
donnent lieu d'espérer que vous recevrez avant la lin de l'année 
un nouveau fascicule de cet important recueil. Le fascicule III 
du tome II de la partie phénicienne est, me dit M. Philippe 
Berger, sur le point de paraître. Il comprendra 730 inscriptions, • 
qui porteront les numéros 1902-2430. Les huit premières feuilles 
(36-43) sont tirées; les six dernières (44-49) sont en pages et 
prêtes à recevoir le bon à tirer. Les planches (37-79) sont, elles 
aussi, gravées et prêtes à recevoir le bon à tirer. 

En ce qui concertie les inscriptions araniéennes, des mesures 
sont prises pour que le tome II, déjà représenté par un 
fascicule de 33 feuilles d'impression, qui contient tant de textes 
d'un si haut intérêt, s'achève dans des conditions qui satisfassent 
les érudits auxquels ce recueil rend d'inappréciables services. 
La matière du second et dernier cahier de ce volume sera fournie 
par le supplément promis pour les inscriptions araméennes 
proprement dites et pour les nabatéennes. On avait pu songer 
d'abord à insérer là les inscriptions palmyréniennes, dont la pré- 
paration est d'ores et déjà assez avancée ; mais le nombre de ces 
textes s'est encore accru dans ces derniers temps et il a paru 



460 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 

préférable de leur réserver le tome III, duquel on s'occupera 
dès que sera achevé le tome II. La partie des inscriptions himya- 
ritiques n'est pas non plus restée en souffrance. Aux 40 planches 
dont Texistence était constatée par mon dernier rapport il est 
venu s'en ajouter une quarante et unième. Quant au texte du 
fascicule (juatrième, aux trois feuilles qui étaient tirées en 
décembre 1906, sont venues s'ajouter cinq autres feuilles en 
pag^es (45-49), auxquelles font suite huit placards (36-43). Si 
aucune des nouvelles feuilles ainsi montées n'est encore tirée, 
c'est que, pour la première, l'éditeur espère encore, contre tout 
espoir, obtenir communication d'un texte important qu'il sait 
exister en Europe et pour lequel il ne dispose que d'une copie 
partielle. En son nom et au nom de son collaborateur M. Mayer- 
Lamhert. à la compétence et au zèle de qui il rend pleine justice, 
M. Ilartwiy Derenbourg promet de publier un fascicule en 1908. 

Le bon à tirer de la première livraison du tome II du 
Jicperloire d'éj)i(jraphie sémiliqiie a été donné au commence- 
ment du mois. Cette livraison comprend neuf feuilles d'impres- 
sion. On sait quels services rend pour la préparation du Corpus, 
ce recueil dont la rédaction est confiée à notre zélé auxiliaire, 
M. l'abbé Chabot. Il enregistre au fur et à mesure les décou- 
vertes qui se produisent dans le domaine de l'épigraphie 
sémitique. 

Nos Comptes rendus ont continué à paraître très régulière- 
ment, grâce aux soins qu'y apporte M. Léon Dorez. S'ils ne 
suivent pas d'aussi près que celui-ci le voudrait la clôture du 
mois dont ils représentent les séances, la faute en est aux 
retards que subissent encore parfois la remise des manuscrits et 
celle des dessins ou photographies qui doivent les accompagner 
ainsi que le renvoi des épreuves ; mais on peut dire, dès mainte- 
nant, que l'expérience des cahiers mensuels a pleinement réussi 
et assure aux communications faites en séance une publicité 
moins tardive. 

Sous la direction de MM. 1-oucart et (>agnat. In préparation 
du recueil des //j*cr//j/io/je.s Grxvx ad res ronianns pcrlinentes <^e 
prmrsuil régulièrement. Le tome 1 doit se terminer par les 



RAPPORT DU SECRÉTAIRE PlîRPÉTUKL 4()1 

inscriptions grecques de FEgypte, flont le manuscrit est à 
l'impression. Trois feuilles en sont déjà composées. Le tome I\' 
comprendra les inscriptions de l'Asie proconsulaire. M. Lafaye, 
qui en est chargé, va se rendre à Vienne, ces vacances, pour 
dépouiller les riches schedie que l'Académie impériale 
d'Autriche a réunies sur l'épigraphie de cette contrée et qu'elle 
veut bien mettre à notre disposition. 

M. Gagnât poursuit avec activité la lâche qu'il a acceptée, 
celle de diriger les travaux préliminaires que suppose l'exécution 
de ce Corpus des mosaïques que l'Académie songe à entre- 
prendre. 11 fallait d'abord dresser la liste complète des monu- 
ments perdus ou encore subsistants qui devraient entrer dans ce 
i^ecueil. C'est à quoi s'occupent, sous sa direction, MM. Lafaye, 
Blanchet et Gauckler. M. Lafaye s'est chargé de réunir les 
matériaux pour la Gaule narbonnaise. Il a catalogué toutes les 
mosaïques figurées ou géométriques qui ont été découvertes 
jusqu'ici dans la partie de cette province qui s'étendait à l'Est 
des Cévennes. Il a enregistré ainsi 348 numéros. M. Blanchet 
s'occupe du reste de la Gaule. Il a recherché dans les ouvrages 
généraux ou dans les périodiques locaux les mosaïques jadis 
trouvées ou encore existantes dans quarante départements situés 
au Xord de la Loire et de la vallée du Rhône. Il est arrivé ainsi 
à noter 504 numéros. L'inventaire pour le reste des provinces 
gauloises sera fait et terminé Tan prochain. M. Gauckler a, de 
même, commencé l'inventaire des mosaïques trouvées en Tunisie. 
Il en a déjà porté sur fiches plus de 600. 

Le second fascicule du tome XIII des Monuments et Mémoires 
(fondation Piot) est sous presse. 

L'Académie attend toujours les notices que lui doivent 
MM. Châtelain et Thomas sur nos anciens confrères MM. Mûntz 
et Anatole de Barthélémy, que nous avons perdus l'un en 1903 
et l'autre en 1904. 



Le Gérant, A. Picard. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS 



COiMPTES RENDUS DES SÉANCES 



DE 



L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS 



ET BELLES -LETTRES 



PENDANT L'ANNEE 1907 



PRESIDENCE DE M. SALOMON REINAGH 



SÉANCE DU 2 AOUT 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 



M. le Ministre de rinstruclion publique et des beaux-arts 
transmet à l'Académie, en la priant de leur donner toute la 
publicité désirable, un certain nombre de programmes du con- 
cernas qui aura lieu, en 1912, à Barcelone, pour l'attribution d'un 
prix de 20.000 piastres à l'auteur d'une œuvre originale d'ar- 
chéologie espagnole. 

Le Président de l'Association historique pour l'élude de l'A- 
frique du Nord adresse au Secrétaire per[)étuel la lettre sui- 
vante : 

Paris, le 26 Juillet 1907. 
Monsieur le Secrétaire perpétuel, 

L'Association historique pour l'étude de rAfricjue du Nord s'étant 
dissoute, j'ai l'iionneur, conformément à l'art. XIV de ses statuts, 
de verser à l'Académie des inscriptions et Ijelles-lettres la somme 
1907 32 



464 SÉANCE DU 2 AOLT 1907 

de treize cent (nnuante francs, reliquat île ses fonds, libre de toute 
charge. 

Veuillez agréer, etc. 

Signé : G. BoissiEii. 

L'Académie accepte la donation que lui fait l'association his- 
torique de rArri(|ue du Xord. 

M. Gagnât, au nom de l'Association dissoute, demande à TAca- 
démie si elle voudrait bien décider d'adjoindre les fonds à ceux 
de la médaille Blanchet, de façon à ce que la médaille donnée 
pour travaux et découvertes en Afrique puisse avoir une valeur 
supérieure et être décernée tous les ans. 

L'Académie décide (|u"il en sera ainsi. 

M. \'ioLLET exprime, à ce propos, le désir que des donations 
ultérieures A'iennent augmenter l'importance de la médaille. 

M. Ca(;nat fait connaître une série d'inscriptions trouvées j)ar 
M. L. Poinssot, inspecteur du service des antiquités de la Tuni- 
sie, sur la chaîne de collines voisines de Teboursouk et de 
Testour. Ces documents sont des bornes qui indiquent la limite 
entre la cité de Dougga et un domaine impérial. Cette limite est 
marquée également par un mur en pierre sèche qui suit les crèles 
des collines; le mur se prolonge au Nord jusqu'à la Medjerda ; 
dans cette partie, ainsi que le prouvent fl'autres inscriptions, 
il suit l'ancienne frontière c[ui séparait le territoire tle Carthage 
de celui des rois tle Numidie '. 

M. l'abbé Louis Martin donne lecture d'un mémcnre ^ur 
l'inscription cunéiforme perse d'un bilingue d'Artaxerxès II, lils 
de Darius (Ochusj , 405-3B'2. Cette inscription se trouve auprès 
du gi'and trilingue du palais de Darius à Persépolis, dans la 
nouvelle salle du musée du Lon\ re consacrée à l'exposition des 
découvertes de la Délégation scieiilili(|ue eu Perse, près du 
ministère des Colonies. M. ]'al)bé .Martin explique la lecture du 
texte dont il donne ensuite la (raduc-tion et termine par des 

1. ^'oir ci-après. 



SÉANCE DU 2 AOÛT 1907 465 

observations critiques, tant au point de vue épigraphique qu'or- 
thographique et grammatical. Ces observations démontrent qu'il 
y avait des erreurs dans la manière d'écrire quelques mois 
importants tels que : 

ARTiv'hSTr (Arlakhashatra), Artaxerxès. 
mitr(a) au lieu de Milhra (le dieu Soleil). 
WZRK (\\'azarka), grand. 

Elles mettent également en lumière la similitude de la langue 
cunéiforme des grands rois de Perse avec la langue sanscrite. 

Sous ce titre : « Une Athéna archaïque », M. Salomon Rkinach 
lit un mémoire où il établit la similitude d'une image de l'Athéna 
de bronze exécutée vers 470 par Mégias, le maître de Phidias, 
avec celle qui se voit sur un vase grec de la collection de M. Rome 
à Londres. La peinture de ce vase, qui date de iHO environ, 
représente un vieillard qui vient rendre grâce à la déesse, posée 
sur une colonne ionique. 

Une statuette du même type, en marbre, a été découverte sur 
l'Acropole d'Athènes; une autre, en bronze, à Cologne; enfin 
l'historien byzantin Xicétasdécrit une statue d'Athéna,en bronze, 
détruite à Constanlinople en 1203 et qui, à en juger par la des- 
cription, devait être semblable à l'original de la statuette 
figurée sur le vase atlique du v'' siècle. 

M. CLERMoNT-CiANNKAU clonuc Iccturc d'uue note inlilulée : 
Les optiones dans le Talmucl. 

Levy iNeiihhehr. Wœrlerh., l. I, p. 8) cite un passage du 
Talmiul où il est question d'un certain officier de police romain 
chargé de procéder à une arrestation : NriN \S^TTT N'^VC^N " es 
kam ein ^ Zuchtmeister der Rômer und hielt ihn rûckwarts an ». 
Il voit dans le mot définissant la qualité de ce personnage, 
N^T'CIX, une transcription du grec cù'Ôuvoç. Cette explication 
est certainement à écarter. Sans compter que le mot grec ainsi 
visé est une forme poétique de eùOuvty,? « vérificateur, juge, 
etc. », qui n'a jamais dû entrer dans la langue courante et ne 
saurait répondre à rien dans l'organisation civile ou militaire 

1. Il SL-rait plus exact de traduire " der Zuclitmeister ». 



466 NOTE SUR LA « FOSSA REGIA )) 

des Romains, la transcription du par un lef esl inadmissible '. 

Je propose de voir dans n;V"i22N — à prononcer ohliùnn ^ 
oplii'ina — une transcription très correcte du latin optio, nptio- 
nis. La forme primitive comportait peut-être un phé au lieu dun 
bel; la conrusidii pa!éoj,'-raj)hique est facile entre ces deux 
lettres; d'ailleurs, à la rij^ueur, la variation phonétique /j =; />, 
devant le t, est possible. Le mol a dû passer en hébreu par l'in- 
termédiaire (le la forme };rec((ue 67:-;(.)v. Nous avons, d autre 
part, la pi-cuve que ce mol avait jKMuHré de bonne heure dans les 
parlers indigènes de Syrie, lue inscription bilingue, latine et 
palmyrénienne-, nous montre un o/i/i'a du nuiuerus Palmyreno- 
/•»;/), dont le titre esl transcrit "j^cî". La transcription palmyré- 
nienne dilîère, sans doule, de celle du Tnlinud, mais toutes deux 
sont également conformes aux errements des langues sémitiques. 

Inutile d'insister sur le grade et les attributions bien connus 
des opliones dans l'arniée romaine*'. Placés sous les ordres 
inunédiats des centurions (pii les avaient choisis (d'où leur nom), 
ces ofliciers snl)altei-nes étaient souvent chargés de services 
particuliers, par exemple des incarcéiatinns. C'est probablement 
à ce dernier titre — tij)liii rnrveris — qu'agit en l'espèce Vopho 
romain dont, à mon avis, imu- j)arle le ])assagc talmudicpie. 



GOMMIMCATIOX 



NOri". SI U LA (i roSSA ItKUA », 

l'AU .M. L. l'UlNSSOT, INSPECTEUR DES AMlnl lllis 

DE LA TU.NLSIE. 

On sait (juc la province romaine d AlVicjue se composait 
il rori<^ine du territoire quau (li'"l)ut de la lioisiome f^uorn; 
puni(pu' les ('arllia^'-inois avaient sous leui- aniorili' iiiimé- 

1, La liu-nic r.ii^ nr pareil (lc\<)ii- l'aire ii'idcr l'étymologie proposée 

pai- Lcvy {/. v. pour le ncpiii lalniii(li(|iic. (■■\ idciumcnl d'un'irinc fri-ecquo, 
C-'*i22N ^ Kj^J'J'''^?- Il est peut-rlrc à cun-iffor paiin-iapiiicpicmcnl m 
C^-'^ZN ---'- Eùxj/ï,;, IvJTu/o: ■' 

2. On CM linuM-ra 1(1 rcprodnclicm daii> Lidl)/fiiski. Ihimlli.. p. 1S2. 
.T. Cf. (!aKiiiil. I>t(l. lies AnI. de I >ai<inl)crfr. .s-, r. 



^'OTE SLR LA (( FOSSA REGIA » 



467 



diate. Elle était séparée du royaume des princes numides 
par un fossé [fossa regia) dû à Scipion Emilien '. C'est à la 
recherche de cette fossa que je me suis attaché durant un 
récent séjour dans une région où son existence était prou- 
vée par deux textes, l'un découvert près du village de 
Chetlou, l'autre au Sud de Testour'-. 




A 800 mètres environ au Nord du village de Chetlou, 
M. Louvel a découvert, en 1901, une borne qui fut posée 
sous Vespasien (( qua fossa regia fuit » '^. Son emplacement 
est lig-uré sur la carte du Service géographique de l'armée ^ 

1. St. Gsell, Etendue de la dominntion carthaginoise en Afrique: 
Recueil du XIV' congrès des Orientalistes, 190ô, p. 3i6-3f<7; à la p. 351, 
bibliographie de la question de la fossa. 

2. C. I. L., 1 iSS2. Cf. A. Merlin, Rapport sur les inscriptions de la 
Tunisie iMouv. Arch. des Miss., XIV, fasc. 3, p. H>3). 

3. P. Gauckler, Note sur trois inscriptions de Tunisie (Bull. arch. du 
CoHi/fe, 1901, p. 413-414); R. Gagnât, Le fossé des frontières romaines 
[Mélanges Boissier, 1905, p. 227-234 ). 

4. Carte au T^rm^î» feuille de Teboursouk. Pour la partie niéi-idionale de 
la région étudiée ici on s'est servi de la carte au ,,„,',„ ' „ ■ , , IVuillc de Jama. 



468 



NOTE SLR LA <' FOSSA REGLA » 




. ^_ m'i/,',:::.. 



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Iftsfe 






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Mé^,-- ---^ 



\\V'ii'i'>> _ • 



NOTF-: SUR LA (' FOSSA REGIA » i69 

par un petit trait rouge situé au Sud-Ouest des grottes dites 
Rhar-el-Hariz et au Nord-Ouest d'Aïn-Chetlou. De part et 
d'autre de ce point, nous avons découvert il y a quelques 
semaines une sorte d'épi pierreux dont il a été retrouvé des 
tronçons plus ou moins importants, au Nord jusqu'à la ruine 
d'Henchir-el-Barhala, au Sud jusqu'à l'extrémité méridio- 
nale du Djebel-Khalled, tronçons qui se répartissent sur une 
longueur d'environ 32 kilomètres. Cet épi se présente presque 
partout comme un alignement de pierres serrées les unes 
contre les autres ' ; en de rares endroits, il est remplacé par 
une petite muraille composée seulement de deux ou trois 
assises"'. Il suit assez exactement la ligne de partage" des 
eaux qui sépare la vallée de l'Oued-Siliana des bassins des 
affluents qu'il reçoit, après avoir changé brusquement de 
direction, en aval d'IIenchir-Dermoulia. Cet épi constituait- 
il à lui seul la fossu, en était-il la bordure protectrice, ou 
bien a-t-il été construit sur son tracé, à l'époque de Vespa- 
sien, comme moins susceptible de destruction? Sans entrer 
dans la discussion de ces questions, nous avons cru pouvoir 
admettre que la limite ainsi déterminée était précisément 
celle de YAfrica vêtus et de Y Africa nova. 

C'est près d'un des derniers sommets du Djebel-Khalled, le 
sommet t)27, qu'au Sud commence la section de la limite 
relevée par nous. L'épi suit en plusieurs endroits la piste 
qui conduit d'Aïn-Tella vers le Djebel-el-Akrouat (piste des 

J. Les pierres ont été extraites de petites carrières qui ont été ouvertes 
en divers points de son parcours et sont si éloignées de toute ruine qu'il 
est certain qu'elles n'ont jamais servi qu'à sa construction. 

2. Les régions traversées sont en général loul à fait désertes et couvertes 
de broussailles parsemées çà et là de bouquets de pins: en quelques par- 
ties, elles sont d'un accès fort difficile. On s'explique dès lors la persis- 
tance dune frontière connne celle ici décrite. 

3. Cette liniile qui s'appuie sur la configuration des terrains est tout à 
fait conforme aux rares données que nous avons sur l'étendue du territoire 
de Carthage dans ces régions. On sait par exemple que Thugga, où a été 
découverte une inscription au divin Massinissa, devait faire partie du 
royaume numide (Ph. Berger, C. B. Acad. des insc, 1904, p. 106). 



470 NOTE SLI'. LA « FOSSA RKdlA )) 

crêtes), mais il épouse ])lus exactement les sinuosités de la 
ligne de partag-e des eaux n'évitant point, comme la piste, 
les difï'érents sommets de la chaîne. Quand il s'en écarte 
légèrement (dune cincjuantaine de mètres tout au plus), il 
passe plus souvent sur le versant de l'Oued-Siliana que sur 
celui (lu Khalled, laissant ainsi au rovaume numide les 
crêtes et les cols. Les quelques solutions de continuité que 
présente l'épi pierreux dans cette partie du massif sont 
trop peu considérables poui- ([u il puisse y avoir quelque 
hésitation sur le tracé de la IVonlière. (Quinze bornes, les 
unes encore del)()ul au milieu de lépi pierreux, les autres 
gisant auprès, ont prouvé que la frontière servait ici de 
limite entre le territoire de la civitiis Thufff/cnsis^ et celui 
d'un domaine impérial, le premier, croyons-nous, dont on 
constate l'existence dans VAfrica velus'. 



1. Ces quin/c bornes sont anir-i-icui-cs A la coiivorsinn de Tliiijï^a en 
mnnicipc, qni dalc de Si'ptinie-Srx t'rc. Il n't'st pas impossililc (pTellos 
soient contcinpoi'aines des Flavi(Mis ainsi (pie cclK-s tle la /'os.v,/ rc(ji:i et 
celle d'Hencliir-Zaïeta (C/. /... \'lll. 22(160. (^omme le bornaji^e fait par 
un centurion de la XIII" cohorte urbaine entre les Thnhhorenses et les 
Tliimisiii'iises ne peut se rapporter qu'à celte époque on à une époque fort 
voisine, on est en droit de se demander s il ne faut pas rattacher sinon à 
une même npéi'ation, du moins à une même |)nlili(pie, ces dill'érentes boi'ues 
il'une même réj^ion. (Cf. A. Mi-rlin. .1 propos Je rcrlensinn du iioincriiim 
pur Vpsi);isien : Mél;in(/es ik- ll(iiiii>. IMiil. p. 102. cl Hipporl sur les iiisc. 
lui. (le lu Tunisie: Sonv. urch. des Miss.. Xl\\ fasc. i, p. 160-100.) 

2. Il est assez curieu.\ de remarquer qut;, comme les domaines signalés 
juscpi'à présent, les dillei'ents chefs-lieux des subdivisions du tracliis 
l\;irlli:i(iiiuensls sont situés suit sur le lerritoii'e de IM/V/ci .Xovit soit sur 
le territoire ili' V.\fric;i velus à peu de ilistanee tle la fassu rei/iu. Tliimida 
Heijin ne l'ail ((u en ap])arenee exception à cette rè.iiie. (",'esl à Inrt. erii_\(in>- 
nous en ell'el, (pi nu riilcnl ilic t'iujiMirs, ilapi'és le lexle 88.'! du (]. l. /,. 
\'1II, a\ec Sidi.\li-el-Sedlini. Uien ne prouve (|uc ce soit à rendroil où le 
texte a été trouvé que le iiei'soimage cité par le texte Hs;< iiit exei-cé les 
fonctions de curalor reipuhticne Thimidensium lie^ioruui. (lu serait plus 
tenir de l'cchcrcher 'riiiiiuil;i lliu/ia . il cause même de S(m siinioni. en 
dehors du territoire de 1. l/>/c.i re/i/.s. Nous n'osons jiroposer de l'idciil ilier 
|)uremcnt et simplemenl avec le 'l'himida Hure Ilencliir-Kouchlialliihia . 
voisin û'I'ihi Miijiis , situ('- précisénu-nl dans inu' réf^ion de domaines 
impériau.\. 



NOTE SUR LA « FOSSA REGIA » 471 

Première borne. — A 90 mètres environ au Nord du som- 
met 627. Elle est brisée en plusieurs fragments qui se 
lisent' : 

face a r Ae s ' n : '^ 
S-FR-G-' 

face h c iY l T ' 
/HVGG- 

1. Les bornes ici décriles soiil loiiLes rcclanj^^iilaircs. Les faces épi- 
{ïraphes n'ont été que dégrossies, ce qui en rend parfois la lecture diUîcile. 
La hauleur des bornes varie de 2 "> 20 à 1 '" 25, leur largeur de "■ 60 à '" iO, 
leur épaisseur de O" 30 à 0"" 25. Les ]ilus grandes lettres ont 0" 09, les plus 
petites 0"" 04. 

2. La borne d'Aïn-el-Djemala porte sur Tu ne de ses faces caes. n. | ;i.; la 
borne d'IIcnchir-Sriu près de V'a(/.i = Bcja; porte caes. \ 7i.OnatrouvéàThi- 
bar, à gauche de la grande avenue conduisant à la maison des Pères, une 
borne portant c. n. : il faut, à notre avis, la lire aussi C(aesaris) n{o.ilri) et 
y reconnaître une borne de cesaltus[Thi]h{aritaniis) dont une nouvelle 
lecture, due à M. Merlin, d'un texte conservé à Tibar révélé l'existence, 
(^f. .1. Carcopino, L'inscripUon d' A'in-el-Djemala : Mélançfes deRome. 1906. 
p. 391-39.S et i31-132; C. /. L., VIll, 10567; A. Merlin, Rapport sur les 
insc. lut... : Xoiiv. .\rch. des Miss., XIV, fasc. 3, p. 200; U. P. Delattre, 
Bull. ;n-ch. du Comité. 1903, p. cxxxiv. 

3. Faut-il coniprendres(;i7f«.s) F..., r{e(jio) G, ou cncoi-e s{altiis] f{und i) r... 
f/...? D'autres bornes trouvées la plupart dans la même région que celles 
du Djeliel-Khalled offrent comme elles des lettres difticilesà expliquer. Deux 

bornes de Gillium portent l'une SFG||VCVI, l'autre SFG || (r/. s'y 

explique peut-être par Gilliiiin ou (iUlilaiius . Laie borne voisine d'Anno- 
bari porte d'un côté IC | IR, de l'antre IK. A Dougga, on trouve deux fois 
PHFS II PF ; et dans les environs j'ai découvert deux bornes portant l'une 
BAI', l'autre, d'un côté GG, de l'autre E'D. Deux bornes de Thigibba 
portent à la face opposée à celle que mentionne la r'^es) p{ublica) c{iiHlatis) 
Thig.Biir.. l'une PVII, l'autre PRO. Les bornes de don'iaines impériaux trou- 
vées à Aïn-el-Djemalaetà Ilenchir-Sriu portent à la faceojjposée à celle qui 
mentionne l'empereur on les empereurs, la première P'BG'F, la seconde 
F"M'R. Les cinq bornes trouvées aux environs d(! Sbeïtla portent d'un 
côté PM'S-M; de l'autre sont gravés sur l'une P-AHLI MACRINI, sur une 
autre HM et sur les trois dernières M'I'R'SO'V. 11 ne semble pas qu'au- 
cun de ces textes puisse être rapproché utilement des textes des bornes du 
Khalled.Cf. J. Toutain, Ex-voto... : Bull.arch. du Comité, J905, p. 123-124; 
R. Gagnât. ,\ote.... iliid., 1901, p. 116-117 ; D"^ Carton, Dec. arch. et épixf. en 
Tunisie. 1895, p. 205; J. Carcopino, /. c; L. Poinssot, Les insc. de Thuyya: 
Nouv. .\rcli. des Miss., XIII, n" 167 ; C. I. L., \IU. 10567. 



i72 NOTK SLR LA U FOSSA lîEGIA » 

Deuxième home. — A oOO mètres de la précédente. Elle 
présente un texte plus explicite. Sa partie inférieure est 
encore debout ; la partie supérieure qui est à terre s'y 
raccorde exactement. Comme dans toutes les bornes encore 
en place de la série, le texte concernant le domaine de 
l'empereur (face a) est tourné vers l'Est (vallée de la 
Siliana;, celui concernant le territoire de Tliug'ga vers 
l'Ouest (vallée du Khalled). 

face a C A H S • N • 

S • 1- ■ R • G • 

face h CIW'Ï ■ T H\ GG 
TP-PER TIBERINO AVG- 
LIBPRAEPOSITO MES- 

N-V 

On ne peut considérer comme absolument certaine la 
lecture de la ligne 4 de la face /j ' . A hauteur de cette 
borne, l'épi pierreux se divise en deux parties qui ne tardent 
pas à se rejoindre après avoir circonscrit un petit plateau 
(pii n a que quelques ares de superficie. 

froisième borne. — A (S() mètres' environ de la secomli'. 
La partie inférieure esl st'uie en place, mais la partie supé- 
rieure, incomplète à ii;auclie. s'y raccorde exactement : 

face a « caes. n. || .s. /". /•. >/. ». — face h « [ci]vit. \\ [ijhugg. |j 
n. VI. ,. 



1. Piiur la miMU'iolaliiPii des l)ni-ii('s, vi. la hiiriie Iriuivi'c aux environs 
(h- 'rchuniha (|ui porte d'un côlé <■ lerm. n. Vlll /'. .\nni .\mpli;ili ». de 
l'autre c Icrni. n. VJIl .fiilinriiin Flacci et Ce/.sf " liiill. urrh. iln (jniiili'. 
l'.tol, p. cxci-cxcii . 

2. C'e ehill're eomnie ceux ([ui sui\-ent n'est (|u'a|i]inixinial if. Nnus lu* 
considérons pas comme impossible qu'il y ail eu des bornes à des inler- 
valles éffaux, par exemple Ions les cinquante pas (7 i "" 2,')\ Les broussaiHes 
(pii sont par endi-uit inqx'-nélrables oui pu nou« cacher une partie des 
liiirucs. Il n'est pas iiu|>i i^siblc nmi plus que parmi li-s burues qui ne sctnl 
point rcs|('es ilelmut (juelqucs-imes se soient rnlerrées. 



NOTK SI;R la « FOSSA REGIA )) 



473 



La lecture m n. ] I. » est douteuse '. 

Quatrième hoirie. — A 100 mètres environ de la troi- 
sième. Brisée en deux parties qui gisent à terre, elle pré- 
sente les textes : 

face a « caes. n. \\ s. f. r. (j. ». — face h « civit. \\ thugg. \\ 
11. V.. » (peut-être V[IIj). 

Cinquième home. — x\ 100 mètres environ de la qua- 
trième, elle olfre les mêmes textes qu'elle, mais à la ligne S 
de la face />, nous croyons y lire N" VllI. 

Sixième home. — A 300 mètres environ de la cinquième 
borne. Gomme elle, elle est encore debout et offre les 
mêmes textes que la quatrième borne, avec cette particu- 
larité cependant qu'on ne peut rien distinguer sur la face h 
au-dessous de thugg. 

Septième borne. — A 100 mètres environ de la sixième. 
La face a est semblable à la face a des bornes précédentes ; 
sur la face h, on lit : 

CIVIT • THVGG 

T-P-PER TIBERINO 
AVG-LIB-PRAEPOSITO 
MESORVM^ 

1. Les 2" et 3" bornes sont environ à 5 kilomètres des ruines de Thimi- 
stin. Le domaine impérial dont nous avons la limite occidentale ne pouvait 
donc énormément s'étendre à l'Est; au moins dans sa partie nord, il se 
réduisait presque aux pentes très escarpées et improjjres à la cultur due 
Djebel-Khalled. Il est probable qu'il s'élargissait entre le Djebel-Akrouet 
et la Siliana. Le domaine dé])endait-il de la recfio Thiiggensis, division du 
tracliis Karthacfiniensis, ou bien, malgré le voisinage de Thugga, avait-on 
tenu compte de l'ancienne limite de VAfriai velus et de VAfrica nova, 
l'avait-on rattachée une ville située à l'Ouest du Djebel-ech-Cheid? Ce n'est 
que dans la seconde hypothèse qu'on pourrait reconnaître dans l'R des 
faces h des 15 bornes le mot regio. l'n dispensulor de la regio Thiiggensis 
nous esl connu par un texte qui parait contc-mporain soit de Marc-Aurèle 
et de Lucius Vérus soit de Marc-Aurèle et de Commode (C /. L., VIII, 
12X92). 

2. Nous ne connaissons pas d'autre mention d'un praeposiius mesortun 
(ou mesoribus). On remarquera que dans le bornage, peut-être contempo- 
rain, des territoires des Thimisiienses cl des Thahhorenses, qui n'intéresse 



474 NOTE SUR LA « FOSSA REGIA » 

La horne et la. partie de Tépi pierreux uii elle est encas- 
trée sont à 50 mètres environ à l'Ouest de la lig-ne de par- 
iagii des eaux. Cette exception au j)arti généralement adopté 
paraît avoir eu pour but de couper une assez forte courlie 
de la ligne des crêtes. 

Onzième horne. — Ce n'est qu'à 500 mètres de la huitième 
borne que nous retrouvons une neuvième borne portant d'un 
côté « caes. n. || .s. f. r. r/. », de l'autre « [c]lvit. \\ thug[g.] \\ 
n. .T.... » (lecture de la dernière ligne douteuse) '. 

Douzième horne. — A 70 mètres environ de la onzième, 
elle porte d'un cùté « cae-s. n. || .s. f. r. ;/. ». 

C I \' I T • 

T H V G G 

ryPER TIBKRINO 

AVGLIBPRARPOSITO 

MESORIin'S 

plus, iiu mriiiis (lii'fotcmciil. les doinaincs inipri'iaiix. ce n'est plus un 
t'au(f. lib. » qui cipèi-e le boi-nafrc, mais un centurion ilo la 13" cohorte 
urbaine. Les formules dans l'un et l'autre cas sont, il est vrai, assez ana- 
logues: on lit dans les diverses bornes « terminus posilim per .. »; il con- 
vient de remarquer égalenunl cpu- la diMérence est plus apparente que 
réelle. M. Caji-nal a exposé (à son cours cominent dans les domaines impé- 
riaux de rAfi-i(pie les soldats de la l.'i-^ cohorte urbaine d'abord, de la I'" 
cohorte ensuite, l'uicnt (•liar};és de la police des domaines impériaux. Le 
centurion qui posa les bornes des Thiinisuenses el des Tliuhhorenses iwdil 
donc assez vraisemblablement des rapports assez étroits avec les adminis- 
trateurs des domaines. 

1. Il coiuienl de l'aire rciiiar(|uer combien la gravure des dilTérenls 
textes est médiocre. Les leltresassezné;;li^ées des bornes du Djebel- K lia lied 
rappellent celles delà boi-ne . datée de A'espasien . trouvée àdlietlnu et 
celles de 1.1 l)i)i'ne des 'l'Iilmlxiiensi-s et des 'l'iiiililxireiises trouvée à 
Ilenchii'-Zoubia, cpiiaété posée par un centurion de la XI 11° cohorte ui-bai ne 
qu'on sait n'avoir séjourné en -Vfi'ique (pie du rèjjne de \'espasien au début 
(lu second siècle, enlin celles de l'inscription d'Henchir-Za'i'eta, contempo- 
raine (le Titus. (2omme les unes et les autres nul él é déeouv ertes dans 
une même réj^ion, il y a lieu de tenir compte tle l'indication fournie par- 
ées i-essemblauces paléoni-ajjliiqnes. On remarcpiera. en onti'e.la similitude 
de ces diverses bornes au point de \ ne de leur forme et du dégrossisse- 
ment de la pierre. 



i 



NOTE SUR LA « F08SA REGIA » 475 

TrcizicDic home. — A plus d'un kilomètre de la treizième. 
Elle est située sur un col, au point où la piste des crêtes 
croise une piste venant de Bordj-Brahim (Agbia) par Sidi- 
Krib. Dun côté on y lit « eues. n. || s. f. r. ;/. », de l'autre. 
« civit. Ij ihiifff/. Il ...r... » (lecture de la dernière lig-ne dou- 
teuse). 

Quatorzième et r/uinziènie homes. — Elles sont situées, 
Tune à 150 mètres, Tautre à 250 mètres environ de la trei- 
zième. D'un côté, on y lit (i caes. n. || s. f. r. (j. » de l'autre : 

C vt (^ R V G C^ [civit[atis) Thug[gensis)) 

La quinzième borne est la dernière des bornes relevées 
par nous qui mentionne le domaine impérial. Elle est située 
à peu près au point de croisement de la piste des crêtes avec 
une voie romaine qui, venant de la vallée de l'Oued-Khalled, 
suit la crête du Koudiat-Megenba, et, à l'extrémité nord du 
Djebel-Khalled , la partie du massif comprise entre le col où 
elle a été érig'ée et le D jebel-ech-Cheïd proprement dit, partie 
qui estdésignée parles indi<i;-ènessouslenom deDjebel-Tella; 
elle est à G kilomètres environ de la première des bornes ici 
décrites ^ . 

]. Ou reniai-(iiiei-a la grande ctendue du territoire de Thug^a, puisque les 
bornes du Djebel-Khalled sont situées à 13-10 kil.au Sud-Ouest de la -ville. 
Un texte trouvé à Ilenchir-Mansnurah, dédicace à Saturne faite par la civilas 
Thuçffjensis. nf>i\s fournit du reste une autre inilication. Ilenchir-Mansourah 
étant à s kilmiiètres au sudde Doug-ga (C. /. L.. ^'lll, lOtîlO. Cf. L. Poinssot, 
Les insc.de l'hitr/f/a : Xoiiv.Arch. des i/('.ss.,XIII, p. 163, note 1). On remar- 
quera que la ville d'Agbia qui fut municipe (C. /. L.. VIII. 1550, texte con- 
temporain de Dioctétien) est située précisément entre Thuggaet les bornes 
du Djebel-Khalled, à 4 kilomètres seulement de Dougga. C'est que sans doute 
Ag-bia n'était à rorigine qu'un sim))le rtcH.9 dé])endant de Dougga. Le texte 
IMS du C. I. L.. y\U. ne pr(iu\e en ell'et nullement qu'Agbia ait été sous 
Antonin pnffus el civilus. les paçfiis el civitas dont il y est question pouvant 
être fort bien ceux de Dougga {con(ra, C.I.L., \'I1I, p. 173). Il est particu- 
lièrement intéressant de surprendre dans ces régions le morcellement d'une 
civitas (ou si l'on préfère du territoire commun à un pagiis et à une civitas) 
entre plusieurs niunicipes. Des morcellements du même genre peuvent 
expliquer peut-être la présence, dans les textes d'une même ruine, de 
magistrats de caslella , de ciintates, de miinicipia ou de coloniae de noms 
différents. 



476 NOTE SLR LA c< FOSSA REGIA » 

Dans le Djebel-Tella , lépi pierreux offre les mêmes carac- 
tères (jue dans le Djebel-Khalled, mais on n'y a trouvé 
qu'une borne, anépiii^raphe semble-t-il, dune forme un peu 
dillérente de celle des bornes du Djebel-Khalled ; ses débris 
gisent à peu de distance du sommet G92. 

Après avoir traversé la piste qui va de Teboursouk à 
Gall'our, la limite laisse à plus de 500 mètres à l'Ouest la 
source d'Aïn-Tella et monte au signal géodésique 70 i, 
pornt le plus élevé de la chaîne. En cet endroit, d'autres 
épis pierreux constituent autour de lui une zone de quelques 
ares. La limite, après avoir descendu les pentes escarpées 
du sommet 764, suit, comme du reste la piste des crêtes, la 
ligne de partage des eaux en passant entre les escarpements 
des ravins qui descendent vers le Khalled et la Siliana. Au 
Sud-Est et au Nord-Est de Sidi-Gassem, l'épi présente des 
solutions de continuité assez considérables, les grès dont le 
sol est ici composé étant extrêmement friables et la confi- 
guration du terrain se modifiant sans cesse sous l'action des 
eaux. 

On retrouve une partie considérable de l'épi pierreux au 
Nord (lu sommet 6()0. sorte de j)romontoire projeté par le 
massif montagneux dans la direction de la Siliana, puis on 
perd de nouveau sa trace à la hauteur des sources de FOued- 
Djedeïda pour le retrouver lui pou avant de traverser un 
ravin situé à peu de distance au Sud d'IIenchir-Zaïeta. 
L'épi pierreux longe la partie orientale de la petite ruine 
d'IIenchii-Zaïeta (pii doininc le col où passe une voie 
i-omainc ' ([ui conduisait de la \aiK''e du Khalled ;i llenchir- 
Tambra ; un épi pierreux se détachant dv l'épi princi))al enve- 
loppe la ruine idle-mème. C'est à Henchir-Zaïeta (]u a été 
trouvée une inscription contemporaine de Titus (|ui a été 
classée, sous réserves, (hms le supplrinciil des niilliaires 



< )ii cil \()il lie iiiiiiibreux vcstig'cs tlaiis le xallmi de !'( )ii('<l-(îiicl(ar. 



NOTE SUR LA >< FOSSA REGIA » 477 

du C. I. />., VIII (il" 22060); malo^ré certaines difficultés 
d'interprétation, nous y verrions plutôt une borne '. 

Après avoir traversé la voie romaine, l'épi pierreux passe a 
l'Est d'une crête rocheuse et se dirige vers l'extrémité Sud- 
Ouest du Djebel-Chetlou dont il atteint les escarpements 
après avoir traversé une voie romaine qui va de la ruine 
d'Henchir-Babouch vers le village de Chetlou ; il ne pré- 
sente dans cette partie de son parcours qu'une assez courte 
solution de continuité aux environs de la ruine d'IIenchir- 
es-Souk. Je croirais volontiers que la limite était ensuite 
constituée parla crête même du Djebel-Chetlou qui est une 
véritable muraille naturelle. On retrouve du reste l'épi pier- 
reux un peu au Nord de Chetlou, au point où la crête 
s'abaissant donne passage k la piste qui va vers Aïn- 
Younès. 

Les travaux agricoles ou les eaux ont probablement fait 
disparaître l'épi pierreux auprès de la source de Chetlou, 
puisqu'on le retrouve au sommet du rocher couvert de 
ruines qui domine la fontaine, et on en suit facilement le 
tracé jusqu'à l'emplacement de la borne découverte par 
M. Louvel. A peu près en cet endroit, il croise une voie 

1. Nous ii"avoiis retrouvé au contrôle de Teboursouk qu'un des deux 
fragments de l'inscription d'IIenchir-Za'i'eta. 'Voici notre lecture assez 
dilTérente de celle de M. Hilairc reproduite par le C. 1. L. 

MAX r^iB/ 
IMPXVCQ 

CN Pl^l^RU 




Haut., 0'" 87; lar^^. 0" xl : épaiss., (t "■ 1."). A la dernière li-ne le ehilTre est 
incomplet coinnu' k' pr.Mive la hai're dépassant le X. 



i78 NOTE SLR LA « FOSSA REGLA " 

romaine qui vient comme lui d' Aïn-Chetlou . mais qui , au 
lieu de passer à flanc de coteau, suit d'abord le fond de la 
vallée. En cet endroit Tépi pierreux se divise en deux par- 
ties. Lun de ses rameaux suit assez exactement la crête qui 
domine à l'Est l'aflluent de l'Oued-Kachbar ({ui longe la partie 
orientale du Djebel-el-Kechrid, puis à 'iOO mètres au Sud 
d'Aïn-Younès tourne brusquement vers l'Est: l'autre remonte 
le petit vallon à l'issue duquel était la huine de \-dfossa, et, 
coupant la grande boucle formée par le premier rameau, le 
rejoint vers le point de la dépression située entre Rhar-el- 
llariz et .Jouf-Asleki dOii se séparent les eaux (pii coulent 
vers rOued-Kachbar et celles (jui toulent versl'Oued-Knana. 

Les coteaux ti-aversés piir l un et l'autre rameau pré- 
sentent un certain nombre d épis pierreux peu distants les 
uns des autres et parallèles à la direction générale de la 
vallée. J'ai trouvé des épis pierreux de même as[)ect et déter- 
minant des bandes analogues sur les coteaux qui sont au pied 
du Djebel-Chetlou, au Sud du Kef-Echgaga, et plus au Nord 
sur les pentes situées à l'Ouest de la ruine d'Henchir-bou- 
Nahal. Il est possible que les uns et les autres appartiennent 
à un même lotissement '. Un relevé minutieux de ces diffé- 
rents épis, tous tracés dans des terrains qui furent cultivés, 
permettra d'établir dans quelle mesure les auteurs de cette 
cadastration avaient utilisé la limite de Wifriai vc/nfi et les 
diverses voies romaines encore bien visibles (jui reliaient 
cette région maintenant déserte d'une part à la grande voie 
de Carthage à Théveste, d'autre part ii la vallée de la 
Siliana. 

L'épi pierreux constituant la limite de 1 .[/'/■ici rr/iis, après 
avoir traversé la [)iste d'Aïn-Younès à llencliir-Tambra . 
monte au sommet 'il l du Kef-Younès, puis se dirige vers 
Ilenchir-bou-Naiial -' en suivant les crêtes qui bornent au 

1. CA'. les iili;;ncmonls de pierres si^^iialos à Tlm l)iii-iiic;i i^ai- NL (".iiilcin 
{Bull, nrcli. du ('.(tmilé. 1006, p. cvcT. 

2. Hiiiiic assez cniisidérahlc sur un pitnii rinlicuv au Sud (lu(|ucl jiasse 
iMH' \iiif nunaiuf. .\ \ ai \ u sur uuc urauilc il.ill<' uu ilui>uu' de '" I l.i de 



NOTE SIK LA « FOSSA REGIA » 479 

Sud les bassins du Tabet-ech-Chérif et de rOued-Knana. A 
Henchir-bou-Nahal, il prend une direction nord-sud, coupe 
une vallée, passe aux sommets 415 et 384, et à 400 mètres 
environ au Sud de la ruine d'Ilenchir-Knana disparaît au 
milieu de champs cultivés. Dans une exploration trop rapide, 
nous n'avons pu retrouver la limite de VAfrica vêtus dans les 
massifs accidentés du Djebel-Loudj et du Djebel Asoued. 
Dans le Djebel-Djouilat nous avons été plus heureux, et en 
particulier vers la cote 206 nous avons retrouvé plusieurs 
tronçons dont l'un traverse une voie romaine qui se détache 
à Henchir-el-Barhala de la voie de Carthag-e à Théveste 
pour descendre vers la Siliana. A Henchir-el-Barhala, 
ruine étendue plusieurs fois décrite, nous perdons de vue 
de nouveau l'épi pierreux, et le temps nous a manqué 
pour le rechercher au Nord de ce pomt. C'est près des 
ruines d'Henchir-el-Barhala et non près des ruines 
d'Ilenchir-Dermoulia que fut pour la première fois décou- 
verte une bornede \a.fossa reyin. Il n'est pas douteux eneffet, 
après enquête sur les lieux, que IHenchir-el-Barhala ne 
se confonde avec le Ksar-el-Bag-hla , des environs de Tes- 
tour, où, d'après les renseignements fournis par M. B. Rov, 
le texte fut découvert. 

Seule une étude attentive des régions où l'on peut sup- 
poser le passage de la fossa regia pourra permettre de pro- 
longer au Nord et au Sud la ligne dont nous venons d'indi- 
quer le tracé. Il nous a semblé cependant qu'en tenant 
compte des données nouvelles fournies par la découverte 
du tronçon voisin de Teboursouk et de Testour et surtout 
en tenant compte de l'importance attribuée par ceux qui 
constituèrent cette frontière aux lignes de partage des eaux, 
il était possible de circonscrire dans une certaine mesure le 

diamètre. C'est à 2 kilomètres à lEst de cette ruine, à Henchir-Fallous 

(=Flouss;, qu'on a trouvé une intéressante memoria (cf. P. Gauckler, Note 

sur la vallée inférieure île la Siliana : Bull, arch.du Comité, 1S06. p. 298-299). 

1907 33 



480 NOTE SUR LA >' FOSSA REGIA » 

champ des recherches. — A lEst de la vallée de la Siliana, un 
seul point de la fossa regia nous est connu avec certitude. 
Il y a, à 2 kilomètres 1/2 à' AbthiKjni, à 'JOO mètres au Sud 
du marabout de Sidi-bou-Kramira, dans un champ voisin 
d'un ravin appelé précisément Oued-Haddada ', rivière de la 
Limite, une borne élevée sous Vespasien « qiin fossa [regi]a 
fuit » '. (^)uel était le tracé de la limite entre le Djebel-Khalled 
et Abthup^ni? S'il est assez difïicile de deviner en quel 
point elle traversait la lar^e vallée de la Siliana , il paraît 
au contraire tout indiqué de lui faire suivre dans la rég'ion 
du Djebel-Kifen-iVli-Sousou la lig-ne de partage des eaux des 
bassinsde lOued-Medjez-es-Sfa etde TOued-Miliana, puis de 
lui faire traverser en un point voisin d'Avioccala l'Oucd-el- 
Kebir(=Miliane) pour suiA're ensuite jus([u'aur)jebel-Fkirine 
la crête très élevée qui sépare les eaux qui coulent vers Tunis 
de celles qui descendent vers les Syrtes''. L'une des rivières 
qui forment llladdada près duquel la borne de la fossa 
regia a été trouvée descend du sommet, haut de 985, du 
Djebel-Fkirine. La limite ainsi restituée, et dont l'examen de 
la carte montrera, mieux que toute explication, la vraisem- 
blance , passait au Sud de T/iiniisua, au Nord de Zama 
(Jàma) et de Furni, au Sud de Gales et d'Avioccala. au Nord 
de Seressi . au Sud de Semfa , de Zucchar et d Ah/hiigni. 
Plus au Sud, il est assez difïicile d'imaginer le tracé de la 

1. Un peu au Nord de Maklar. il y a une i-égion dite Sondil-cl-IIaddad ; 
or c'est précisément par elle (pie la carte du C.I.L.. VIH, fait passer la 
limite (le I Alri(pie et de la Numidie Proeoiisulaiie. el la limite di- la Zeug-i- 
tane cl de la Hy/aeènc. 

2. R. Gagnai, Xote sur les liinites de l;i proeince roimiine d'A/riiiiie 
(C. R. de lAcud. des Jnsc., XXII, 1S9Î, p. 43 et ss. . La hnnie vient d'être 
revne il y a <pi<dipies semaines pai' M. le capitaine lie/.n du 1" tirailleurs 

algériens. 

3. On a ri'mar(pié t[iic le> limites îles territnires des cités gauloises 
n'étaient pas consliluées par des rivières, mais par des montagnes, des 
l'oréls. dos marécages... (]. .lullian. Sur le mode de form.ilion des tilës 
(jiiuloises . dans les MéUniyes Hirschfeld . I!i03;. On voit par la restilulinn 
proposée (pie les .africains avaient, selon tonte vraiseniiilance, obéi au.\ 
mêmes piinei])es. 



LIVRES OFFERTS 481 

fossa. Peut-être suivait-elle l'Oued-el-Sandine dans lequel se 
jette rOued-Haddada, puis les rives occidentales du lac 
Kelbia, de la Sebkra-Sidi-el-Hani et de la Sebkra-Ghirita. 
On trouve près du Djebel-el-Tell, à TOuest de Triag-a , un 
Henchir-el-Haddada ; on ne peut bien entendu conclure de 
son nom que la frontière passait nécessairement en cet 
endroit avant d'aboutir à Thenae (Ras-Thina). 

Au Nord de la région du Djebel-Khalled. on ne connaît de 
la fossa regia que le point où elle aboutissait. Peut-être la 
limite suivait-elle d'abord le cours de la Medjerda. Plus au 
Nord, il convient, je crois, d'attribuer à Y Africa nova non seu- 
lement, comme on l'a fait, Vaga (Béja),mais tout le bassin 
de rOued-Béja. On peut, avec quelque vraisemblance, sup- 
poser que la fossa suivait la lig-ne de partagée des eaux des 
bassins de l'Oued-Béja et de FOued-Zerg-ua, puis les crêtes 
du massif montagneux qui limite au Nord le bassin de l'Oued- 
Béja (Dj. Sobbay. Elle coupait, pour aboutir à Tabarka, en 
un point qu'il conviendrait de rechercher, la vallée de l'Oued- 
Zeen. 

Tel est, croyons-nous, du moins dans les grandes lignes, 
le tracé de la fossa regia. Les difficultés matérielles et le 
peu de temps dont nous disposions n'ont point permis de 
donner à l'exposé qui précède la précision et le développe- 
ment nécessaires ; aussi nous réservons-nous de revenir, 
après une nouvelle étude sur le terrain, sur les questions 
qui ne sont ici que posées. 



LIVRES OFP^ERTS 



M. Antoine Thomas olïre, de la part de MM. le comte de 
Souancé et Louis Duval : Comte de Souancé, Une famille Alençon- 
nahe : les Du Mesnil (Alençon. 1907; IS pages in 8"; extrait du 
lîull. (le la soc. hist. cl arch. de l'Orne]. — A remarquer dans celte 



482 sÉA^CE DU 9 août 1907 

brochure le U-xlc, déchillré sur l'original par M. Louis Duval, archi- 
viste de rOrne, des lettres d'anoblissement, en français, accordées, 
le 5 décembre 1449, à Jelmn Du Mesaii par le duc d'Alençon. On sait 
que les rois de France ont émis de bonne heure la prétention d'avoir 
seuls, dans leur royaume, le droit d'accorder des lettres de ce genre ; 
les ducs de Bretagne ne se sont pas fait faute, même au xv« siècle, 
de s'attribuer le môme droit, mais on ignorait que les ducs d'Alençon 
l'eussent aussi exercé. D'ailleurs le bénéficiaire ne parut pas avoir 
ou grande confiance dans la toute-puissance de son seigneur direct, 
le duc d'Alençon, car il eut recours plus tard à la chancellerie 
royale, el une nouvelle charte, rédigée en latin au nom de Charles VII 
et datée d'Alençon, avril 1450 (nouveau style), conféra la noblesse à 
Jehan Du Mesnil sans faire la moindre allusion au parchemin ducal. 



SÉANCE DU 9 AOUT 



PRi;siDENci: ni; m. s. rhinacii. 



Sous le titre de Mercure Iricéphale, M. S. Ueinacm lit un 
mémoire dont le sujet principal est l'explication d'un bas-relief 
découvert à l'IIotel-Dieu de Paris en 1871, représentant un dieu 
tricéphale deboul. Comme ce personnage est accosté d'un bouc, 
il est certainement identique à Mercure, ou du moins au Mercure 
gaulois assimilé au Meivure gréco-rom.iiu. 11 avait pour pendant, 
dans le même ensemble, une figure de Mors, cl le pourtour de ce 
monument était décoré de reliefs, m parlie conservés, qui 
montrent des génies emjxirlant elsuspendanl les armes de Mars. 
Suivant M. Reinach, il s'agit de la représentation symbolique et 
loyaliste (V un désarmement général de la Gaule, ordonné par 
Tibère vers l'an 15 cl auquel Slrabon a fait allusion. Dès cette 
époque, le Mars gaulois disparaît, rcniplaïc par le Mars romain, 
tandis que le Mercure gaulois, dieu pacilique el protecteur du 
négoce, devient le dieu gauloi- par exccllcnii'. peu inlluciicé par 
le lype classique du Mercure rouiain. — Le désarmement de la 
Gaule eut cette conséquence (|iic, lors du soulèvenicul deSacrovir 
el de l*'lorus, en l'an •Ji, lui \\c \n\[ armer (junn cincpiième des 



SÉANCE DU 9 AOÛT 1907 483 

insurgées et que les autres, suivant Tacite, combattirent les légions 
avec des épieux et des coutelas de chasse ; aussi la révolte Fut-elle 
promptement étouffée. 

M. Clermont-Ganneau fait une communication sur Le livre des 
Neuf Sphères. 

Parmi les ouvragées attribués par le Fihrist à Tauteur arabe, 
d'origine persane, Fadhl ben Xaubakht, qui lit plusieurs traduc- 
tions du persan pour le calife Ilâroûn er-Rechîd, il en est un 
dont le titre énigmatique a été fort discuté : ^iLkj.jjJl ^'-> 
le livre de El-NHMTAN. 

Après de Hammer, Fluegel et Suter, M. Steinschneider a 
repris récemment la question '. Il repousse avec raison les 
solutions conjecturales de ses devanciers, mais sans en proposer 
une lui-même. 

Des quelques détails fournis par le Fihrist il résulte que 
l'ouvrage devait être proprement un traité d'astrologie appliquée 
aux thèmes des génitures (jJl_»^'). Mais qu'est-ce que ^,U3^.<J!? 

De Hammer, avec sa désinvolture habituelle, a\\i Nehthaman 
et traduit « das Buch der Naturreiche >'. Ce n'est pas sérieux. 
Fluegel n'a pas été plus heureux dans son rapprochement, 
inadmissible sous tous les rapports, avec l'araméen Nm2n: 
« la consolation ». L'hypothèse de Suter, qui lit el-nehmutan et 
veut y voir une déformation du persan w nimudar » (j'-^_^ 
« modèle » et « horoscope «), ne vaut guère mieux. Au moins 
celle-ci, tout inacceptable qu'elle soit paléographiquement, a-t- 
elle le bon esprit de chercher la solution du côté du persan et 
dans l'ordre d'idées voulu ^. C'est dans cette voie, semble-t-il en 
effet, qu'il convient de s'engager, étant donné ce que nous savons 
des origines et du rôle littéraire de notre auteur; mais encore 
faut-il le faire en tenant compte des conditions paléographiques 
qui représentent un facteur essentiel du problème. 

Je serais tenté d'isoler d'abord du mot en litige un premier 
groupe qui 'ne serait autre chose que le persan iJ noh., « neuf ». 
Ce nom de nombre évoque aussitôt l'idée, si répandue chez les 



1. Urientalist. Lutter. -Zeitunç/, 1906, col. 637. 

2. Cf. le titre de l'ouvrage astrolojïique d'El-Kindi : J_j|^! O'U-^ V 



484 SÉANCK DU 9 AOLT l9ô7 

Orienlaux, des «neul' sphères », t'onsliluant pour eux Tensemble 
du monde céleste '. Dans cette conceplion, dérivée d'ailleurs 
de celles de rastrononiie et de Tastrolofiie grecques, la neuvième 
sphère est justement celle des signes zodiacaux qui jouent un si 
grand rôle dans les horoscopes généthliaques. Aujourd'hui 
encore les Persans disent couramment ^'Js iJ noh lùq « les 
neuf voûtes célestes », comme nous disons « les sept cieux » 
(« le septième ciel »). Peut-être bien noire mol énigmatique 
n'est-il qu'une déformation graphique de cette expressioii qui, 
écrite en un seul groupe, ;ji'«-^,-J, ressemble l'orl à ^,'-k^-J. Le 
« livre des neuf sphères, sur les nativités», sérail un litre répon- 
dant d'une façon bien pertinente au sujet spécial de l'ouvrage. 

Dans celte hypothèse j'ai été amené à traiter en quantité 
néo-ligeable le miin qui intervient entre le hé et le là, estimant 
qu'il a pu naître accidentellement par suite d'une jonction défec- 
tueuse de ces deux lellres. J'avais d'abord pensé à en faire élal, 
en admettant que nous pourrions avoir affaire au nombre ordin;il 
♦wj (. neuvième >» + '^^. Mais la position de l'adjectif serait 
contraire à toutes les règles; el il me parail plus simple, somme 
toute, de considérer le m?m comme issu d'une boucle parasitaire 
de la partie supérieure gauche du hé du lyiie -^.), boucle due à 
(| lelque malencontreux coup de (jalam. 

(Juanl à la confusion du f/â/ et du noun iinal, elle est loul à 
fail d'ordre paléographique, et les scribes arabes s'en sont rendus 
plus d'une fois conpal)les. 

M. Clermont-Ganneau fait ensuite une communication intilu- 
iée : Pnnchariu.s. Tue dalle de marbre , trouvée dans les fouilles 
du P. Delallre à la basilique de Mcidl'a, porte en beaux caractères 
une inscrijiliou lue ainsi par M. Héron de \'illefosse'- : 

PANCHA ///// 
V I V A S '" (ieo 

1. Voir, entre aiihvs. Mas-i)iidi. Les l'niiries d'or, I. p. 18<j et suiv. La 
tradition oscille entre les eliilTres sepi . huit . ncnlet meMiediv. Mais, linale- 
ment, c'est le chilTi-e neul^pii la einpoi-l.'. Cl". Clnvnlsolin. Die Ssalner, II, 

6i5, G71. 

2. Bull. Arch. Com. extr. des pi-.)<-.-\ erb. , mai ll'iiT. p. \\i. 



LIVRES OFFERTS 485 

Je propose de restituer à la 1. 1 : PanchH\ri], vocatif de 
Pa/jc/îvir/u.?, transcription du nom grec Ilavyctv.oç [CIG, n" 9*J()4 i. 
Ce nom, apparenté à celui de nay/xp-fiÇ, avait été admis dans 
l'onomastique juive ' ; c'est de là peut-être qu'il a passé dans 
l'onomastique chrétienne d'Afrique où nous le voyons faire 
aujourd'hui son apparition. 



LIVRES OFFERTS 



M. Senart a la parole j)our un hommage: 

« Je suis très en retard, et j'en éprouve un regret sincère, pour 
déposer sur le bureau le 1'^'' volume des Actes du Congrès interna- 
tional des Orientalistes tenu à Alger en 1905 (Paris, 1906, in-8"). 11 
comprend les mémoires relatifs à l'Inde, à l'Extrême-Orient et à la 
Grèce considérée dans ses rapports avec l'Orient. Bien que, en raison 
même du lieu où il se réunissait, le Congrès parût devoir être spécia- 
lement attiré par les études sémitiques et musulmanes, ce volume 

1. C'est ce qui résulte, en eiTet, de linscription j^rccque précitée, qui 
provient de I^ome et où on lit : riav/âpio;, Tiairip TJvaywy^ç 'EXaîa;, 
Itûv Ézaxôjv Ô£y.a, ç'.XoXao;, siXÉvtoXo;, y.aXw; (î'.tôaaî. 'Ev etpTj'vr, xoiar]a'.; 
ajTO'j. Le nom de cette synagogue romaine « de l'olivier » a depuis 
réapparu dans une autre inscription de même provenance, publiée par de 
Rossi, Bullettino,V (1867), p. 16. 

Lépitliète de oiÀoÀao;, donnée à ce vénérable père de la Synaj;Of;ue, 
plus que centenaire, offre un intérêt particulier. Ce mot, dont le sens est 
clair, n'est guère employé dans le grec ordinaire que comme nom propre 
de personne, tout au plus comme surnom d'Esculape. Il semble qu'on 
l'ait choisi ici comme répondant littéralement à l'expression sémitique 
m2" Dm " aimant son peuple », litre olliciel porté par le roi nabaléen 
Arétas IV. On a discute la question de savoir quel pouvait être l'équivalent 
grec de ce titre araméen. On avait d'abord admis çiXôÔYijioç : von Gutschmid 
{ap. PZuting, Nahat. Insclir.. p. S5; l'a repoussé comme <> stihvidrig ». 
et a proposé ï-'.Xo'raTpt;. qui vaut certainement mieu.v. Peut-être bien 
pourrait-on maintenant, sur l'autorité de ce document, penser à çiXo'Àao;, 
dont la nuance ne prête pas aux mêmes objections que celle de O'.XootiJxo:, 
car elle représente bien la nation dans son ensemble el non pas une 
certaine classe de la nation. 



486 SÉANCE DU IH AOfT 1907 

montre que les autres branches de l'orientalisme n'y ont pas été 
négligées. On y trouvera des mémoii-es importants comme celui de 
noire corres[)ondanl M. Windisch, sur la position et le développe- 
ment historiques du sanscrit et Au [làli ; de M. IMoonifjeld, sur plu- 
sieurs passages et certaines idées védiques; de notre confrère 
M. Chavannes, la traduction doctement commentée d'une trentaine 
de contes empruntés au Tripitaka chinois, très intéressante i)our le 
folklore, etc. Je cite au hasard, et simplement pour donner une idée 
(U' liniportance des travaux (pie cette pui)licalion nous rend acces- 
sibles. 

<i Je ne puis que remercier le président du (Congrès, M. Basset, de 
m'avoir confié la mission de faire à l'Académie cet hommage. C'est 
pour moi une occasion très bien venue de renouveler les souvenirs 
pai l'ailcuicnl agréables (pic m'a laissés et (pi'a laissés, je pense, à tous 
ses membres, cette section de l'Inde aux réunions de laquelle il m'a 
été donné de prendre part. » 

M. Ci.ermoxt-Ganneau dépose sur le bureau les 2* et ">« livraisons 
du tome VIII de son Recueil (rArchéolotjie Orienfale dont voici le 
sommaire : ^ 3 : Topographie de la Jérusalem antique. — § 4 : Tradi- 
tions arabes au pays de Moab. — >; a : Légendes sur l'alouette. — 
I; G : Le sépulcre de Abedrapsas. — !^ 7 : Sur les inscriptions du Lurus 
Fiirrinae. — §8: L'antique nécropole juive d'Alexandrie {Planches II 
,î V, seront publiées dans le fascicule suivant) . — >: : Forgerons, 
poètes et musiciens. — >; 10 : Fiches et notules ; Le Libyen Zabo fils 
de Xargranus. — Le Syrmaeon nabatéo-arabe. — L'acclamation 
liturgique a?'.o;. — \onna et Slephanos, de Alla. — Inscription 
romaine de Djerach. — L'higoumène Elias et l'église de Saint- 
Théodore. — Nicias. — Inscription palmyrénienue. 



SKAXCK Dl' l(J AOUT 



rni:sini;N(:i: ni-: m. s. ri:inacii. 



M. (^\r.NAT l'onmiencc la IceUire d'un mémoire sui- l'étal fies 
fouilles enlrei)rises depuis plusieurs années nu camp de Lambèsc 
j)ar le service des niouunieiils liistnri(|ues. 



sÉANci: 1)1 16 AorT 1907 487 

Sous le titre de Dépouilles et trophées, M. S. Reinach étudie, 
chez dirtërents peuples de Tanliquité, le scrupule religieux qui 
empêche le vainqueur d'utiliser pratiquement les dépouilles prises 
sur Tennemi, en particulier les objets d'équipement et les armes. 
On les brûle, on les immerge, ou les dépose en tas sur le sol 
dans un lieu consacré, on les suspend à un arbre ou le lon^- d'un 
mur; c'est l'origine des trophées auxquels il est défendu de 
loucher et (jui ne devaient subir, à Rome, aucune réparation. 
Le scrupule primitif s'atténua sous l'influence de l'amour du 
gain; mais, d'une part, les objets précieux durent être purifiés 
avant de servir; de l'autre, le caractèi'e religieux du scrupule 
continua de s'attester par l'ollVande d'une partie du butin aux 
dieux. Les exemples les plus concluants à cet égard sont fournis 
par l'histoire biblique de la prise de Jéricho; M. Reinach en 
rapproche des faits analogues, rapportés par César, Tite Live et 
Orose. Il promet de montrer prochainement comment on peut 
expliquer, en parlant de ces prémisses, la vieille légende romanie 
de Tarpeia. 

^L Glermont-Ganneau présente quelques observations. 



LIVRES OFFERTS 



M, Clermont-Ganneau offre à l'Académie, de la part des éditeurs, 
MM. Letouzey et Ané, le fascicule XXIX du Dictinnnairo de la Bible 
publié sous la direction de M. l'abbé Vigoureux. Ce fascicule contient 
la fin de la lettre et le commencement de la lettre P. 11 convient 
de signaler particulièrement l'article Palestine qui, par son étendue 
exceptionnelle et l'abondance de ses informations, constitue une 
véritable monographie d'un très grand intérêt. 



488 



SÉANCE DU 23 AOUT 



PRESIDENCK DK M. S. REINACII. 

M. ( ]i.i:iim(int-(ianm:ai donne lerlure de lii lellre suivjinlc que 
vienl de lui adresser M. le duc de Loubal, correspondant de 
TAcadémie : 

l'iiris, 21 août 1007. 
Monsieur, 

Le hasard d'une loclure rétrospective m'a mis, l'autre jour, sous 
les yeux le texte d'une lettre reproduite, il y a une huitaine d'années, 
dans la Revuo archrolnt/iijiie et adressée par vous, à cette époque, au 
Président de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Cette 
lettre, dont l'existence m'avait échappé en son temps, est rehitive à 
la création d'un fonds spécial pour l'acquisition d"anli([uités. Les 
raisons tpie vous avez fait valoir alors en faveur de la création île ce 
fonds de roulement a(hninislié par l'Académie et destiné iirincipale- 
ment à permettre aux missionnaires scientifiques de faire, sui' place 
et à bon compte, des ac(|uisitions éventuelles remboursables par les 
musées nationaux; les avantaj^es évidcMits ([ue ceux-ci retireraient de 
cette combinaison, la simplicité pratique et l'efficacité des moyens 
que vous préconisez pour atteindre h" but visé, m'ont vivcuiciil 
frappé. Je serais heureux de pouvoir contribuer au développenienl 
d'une idée qui me paraît juste cl utile et di- vous aidera en poursuivre 
l'exéculiou sur des bases plus laryes ipu- vous n'avez pu U' faire 
jus(]u'i(i. .le viens en consécpienee mettre à votre disposition une 
somme ih' iillllO francs en vous |iiianl d'(>n l'aiie, à eet elfet , 1 usage 
que vous estimerez le plus convenable. 

Af^-réez, je vous prie, Monsieui-, l'expression de ma considération 
la plus distinguée, 

Duc de Loubal. 

Après a\(»ir doinu- lecture de (•<'lle letlrc. M. Cderniont- 
Ganneau tlépose sur le bureau de l'Acadéniic la siuuuie (drcrle 



SÉANCH or 23 AOÛT 1907 489 

par le g-énéreux dcmaleur, en exprimant le vœu qu'elle soit 
employée conformément à ses intentions et Fespoir qu'elle per- 
mettra de donner à Tœuvre en question tout le développement 
qu'elle comporte. 

On croit devoir à cette occasion reproduire la lettre de 
M. Glermont-Ganneau à laquelle fait allusion celle de M. le duc de 
Loubal et qui ne fig-ure pas dans les Comptes rendus des séances 
de l'époque. Elle rappellera à ceux de nos confrères qui peuvent 
l'avoir oubliée, et elle fera connaître à ceux qui sont entrés 
depuis dans notre Compagnie, l'origine de cette fondation et 
l'objet particulier qu'elle se propose : 

Paris, le 13 février 1899. 
Monsieur le Président et cher confrère, 

J'ai eu l'honneur de communiiiuer, vendredi dernier, à notre Com- 
pagnie, un sceau à légende phénicienne archaïque, recueilli en Syrie 
par M. le D'' Lortel, doyen de la Faculté de médecine de Lyon, qui 
avait bien voulu le soumettre à mon examen. Comme je l'ai indiqué 
dans ma notice, il résulte de cet examen que ce petit monumeut pré- 
sente un intérêt exceptionnel pour l'onomastique sémitique en géné- 
ral, et pour l'onomastique biblique en particulier, tant par les 
questions qu'il soulève que par celles qu'il résout. Il serait, en con- 
séquence, souhaitable qu'il vînt prendre place dans nos collections 
publiques d'antiquités. Tel est, du reste, l'avis de notre savant 
confrère, M. Babelon, qui a bien voulu m'assurer que le Cabinet des 
Médailles et Antiques serait prêt à en faire l'acquisition moyennant 
une somme de 200 francs. 

Sur ces entrefaites, M. le D'' Lortet m'a écrit pour me dire que, 
puisque cette gemme me paraissait èlre intéressante, il se faisait un 
plaisir de me l'offrir. Je lui ai ié[)onclu pour le remercier de son offre 
gracieuse, en ajoutant, toutefois, que j'éprouvais quelque scrupule à 
l'accepter, vu la valeur matérielle assez considérable attribuée au 
petit monument. Il m'a répondu qu'il n'en persistait pas moins dans 
ses intentions libérales. 

Dans ces conditions, ma première idée avait élé de faire purement 
et simplement hommage du monument au Cabinet des Médailles et 
Antiques, au nom du D"" Lortet. Mais, à la rétlexion, une autre idée 
m'est venue que je désirerais soumettre à notre Compagnie, tout à 
fait d'accord, d'ailleurs, avec le D'" Lortet, qui s'y est rallié très 



490 SÉANCE DU 23 AOfT 1907 

volontiers et m'a laissé libre dayir à ma ^aiise pour la réaliser, si 
elle est réalisable. 

La voici en deux mots : 

J"ai Ihonni-ur d^offrir à notre Compagnie, de la part de M. le D"" 
Lortet, le sceau en question, mais à une condition. Notre Compagnie 
ne formant pas de collections archéologiques. je lui demande, en même 
temps, de vouloir bien se dessaisir du monument en faveur du Cabinet 
des Médailles et Antiques, non pas à titre gracieux , mais contre le 
payement de la somme de 200 francs à laquelle a été évalué l'objet. 
La somme touchée serait consacrée par nous à former le premier 
noyau d'un petit fonds dont je rêve depuis longtemps la création : un 
fonds de roulement permettant à l'Académie d'ouvrir à nos mission- 
naires archéologues un crédit pour l'accfuisition éventuelle, sur 
place, d'antiquités destinées à nos collections nationales, et de 
répondre ainsi à im besoin qui n'a pas encore reçu satisfaction. Nos 
Musées sont, en effet, organisés de telle façon (pi'il leur est interdit 
par leurs règlements de procéder à des arrangements de ce genre 
qui, seuls, cependant, pourraient les mettre en état de lutter avanta- 
geusement contre la concurrence, chaque jour croissante, des établis- 
sements similaires de l'étranger. L'institution récente de la Caisse 
des Musées ne leur donne pas. à cet égard, plus de latitude; si leurs 
ressources s'en trouvent augmentées, il ne leur en faut toujours pas 
moins attendre trop souvent <juc la montagne vienne à eux; d'où le 
double inconvénient il'atMiuisitions à la fois rares et chères. Ce prin- 
cipe des acquisitions surplace et à bon compte, par les soins de nos 
missionnaires scientifKjues, est, pourtant, appliqué avec profil par 
d'autres établissements de l'État, tels que le Muséum d'Histoire 
naturelle. 

En attendant le jour, peut-être lointain, où on se décidera à 
l'étendre au recrutement de nos collections archéologicpies, j'estime 
(ju'il y aurait cpielque chose à faire <lans ce sens, et je me demande 
s'il n'appartiendrait pas h l'Académie de suppléer, dans certains cas, 
au manque forcé d'inilintive de la |i;n I de I VA:\[. 

J'ai déjà obtenu de notre Compagnie — «lu'il me soit permis de le 
rappeler —qu'elle voulût l)ien tenter cette expérience, et, dans plu- 
sieurs circonstances, celle-ci a parfaitement réussi. C'est grâce à 
elle, par exemple, que nous avons pu, dans ces dernières années, 
assurer au i, ouvre. |>;ii;dysé par l'étroitesse de ses règlements, la 
possession de monuments de pn-mier ordre : les stèles araméennes 
de Ne'irab, un riche mobilier funéraire archaï(|ue de Crète, le cippe 
nabatéen de D'meir, la grande inscription phénicienne de Larnaka. 

Dans ces diverses négociations l'Académie a pris résolument 



SÉANCE DU 23 AOUT 1907 491 

l'initiative, supporté les frais et couru les risques d'une acquisition 
chanceuse, de la sortie de l'Empire Ottoman, du transport, etc. ; le 
Louvre lui a remboursé ses dépenses et est ainsi devenu , à peu de 
frais, possesseur de précieux monuments dont, pour plusieurs, l'équi- 
valent n'existe jusqu'ici dans aucun autre Musée d'Europe, et qui 
sans cette intervention, ne fussent certainement jamais entrés dans 
ses galeries. 

Malheureusement, ces sommes momentanément distraites de cer- 
tains fonds de l'Académie à ail'ectation spéciale, ont dû, comme de 
juste, y être reversées; à la prochaine occasion, il serait nécessaire 
de plaider à nouveau et, peut-être, avec moins de succès, en faveur 
de cette combinaison consentie à titre exceptionnel. Ce qu'il faudrait, 
c'est que l'exception devînt la règle, c'est que nous eussions à notre 
disposition les éléments d'un fonds propre, spécialement réservé à 
des opérations de ce genre, un fonds dont le capital même, et non 
pas seulement les intérêts, serait intégralement dépensé selon les 
besoins et, en même temps, reconstitué au fur et à mesure par les 
remboursements de l'Etat, sous forme d'acquisitions, au prix coû- 
tant, par ses Musées et établissements assimilaljles. 

J'irais même plus loin dans cette voie, s'il ne me fallait tenir 
compte d'objections que je prévois, mais qui, je n'hésite pas à le 
déclarer, ne me touchent guère pour ma part, persuadé que je suis 
d'être inspiré par les véritables intérêts de la science et d'agir au 
mieux de ceux de notre pays. J'admettrais le principe de majoration 
de prix, majoration très minime, d'ailleurs, et laissée à l'appréciation 
même et à la discrétion des établissements intéressés. Cela permet- 
trait d'accroître d'autant ce fonds et d'augmenter ainsi les ressources 
dont il serait fait, par nos soins, un si bon emploi, tout en parant aux 
déchets inévitables dudit fonds; il faut, en effet, compter avec les 
opérations manquées dont nous serions seuls à supporter les consé- 
quences pécuniaires. Cette légère majoration représenterait, en 
quekjue sorte, une prime d'assurance contre les risques inhérents à 
ce mode d'action. 

Telle est, en quelques mots. Monsieur le Président et cher confrère, 
l'économie générale du projet ({ue j'ai l'honneur de vous soumettre, 
en vous priant de vouloir l^ien consulter notre Compagnie sur la 
possibilité de la mettre à exécution. Le modeste bénéfice réalisé par 
l'Académie, grâce à la libéralité de M. le D"" Lortet, pourrait être, si 
nous le. voulons, la première graine, bien petite graine, sans doute, 
mais d'où sortiront peut-être un jour, pour nos Musées, de riches 
épis. La combinaison l'eviendrait, en définitive, à celle-ci : prendre 
de l'argent à lElat, pour en faire, à son bénéfice, un meilleur emploi 



i92 SÉANCE DU 23 AOLT 1007 

({u"il nv peut le faire lui-même, lié, comme il l'est, par ses propres 
règlements. Sans lui demander d'avances, sans toucher, d'autre 
part, à nos ressources qui ont d'autres attributions, nous arriverions, 
un quelcjuc sorte, à lui forcer doucement la main, en créant à son 
profil un fonds initial à alimentation pour ainsi dire automati(|uc. 

Notre Académie a toute qualité pour prendre cette position vis-à- 
vis de l'Etat; c'est un intermédiaire qui, en raison même de sa per- 
sonnalité morale, est au-dessus de tout soupçon, et, en raison de sa 
composition, présente toutes les conditions recjuises de conq)élcnce. 
La Commission qu'elle nommerait pour administrer le fonds de 
crédit ouvert aux missionnaires archéologues en vue d'acquisitions 
éventuelles sur place, devrait comprendre, d'ailleurs, en première 
ligne, ceux de nos confrères (|ui, appartenant aux établissements de 
lEtat intéressés à la combinaison, sont le mieux à même d'en con- 
naître et den faire connaître les besoins, de nous éclairer sur l'apti- 
tude individuelle des missionnaires aux(|U('ls il conviendrait d'accor- 
der notre confiance, de fournir à ceux-ci les instructions néces- 
saires, etc. 

Agréez, etc. 

M. A. (^hoisy a hi parole pour une conimuiucation : 

« M. Goodyear, conservateur du musée de Brooklyn, après 
avoir consacré de consciencieuses étufles à l'analyse des irrégu- 
larités que présentent les plans des édilices gothiques, a consi- 
déré comme une question connexe à celle des anomalies en plan 
celle des anomalies en élévation : il s'est attaché à reconnaître 
l'allure réelle des lignes ascendantes. 

« Il est rare qu'un faisceau de colonneltes gothiques s'élève 
suivant une direction exactement rccliligne et exactement verti- 
cale : presque toujours les colonnettes se déversent, et leur axe 
présente une courbure plus ou moins accentuée. Qu'il y ait dans 
ces irrégularités une pari d'intention ou le résultat pur et simple 
de déformations inévitables, le fait méritait une constatation 
précise; celle constatation, .M. (loodyear la faite par un pro- 
cédé aussi ingénieux que siîr. 

« Tout près de la coloimctlc il Mi^pciid un lil à phunl) et, à 
diverses hauteurs, il disjjose hori/.onlaleinenl des règles graduées 
où se lisent les écarts entre le lil à plomb et l'arèlc de la colon- 
nette. Photographiant le tout, il nou> met en possession d'un 
relevé absolument authenlicjue des faits. 



SÉANCE DU 30 AOÎT 1907 493 

« Au besoin même, la connaissance du diamètre de la colon- 
nette permet de chitTrer très approximativement les écarts : les 
photographies sont parlantes. 

« L'Académie a sous les yeux quelques exemples de ces docu- 
ments : on V trouve enregistrés des résultats qui paraîtraient 
invraisemblables si le témoignage de la photographie pouvait 
être récusé. Ainsi, à Reims, il est des travées dont l'ouverture à 
la naissance des voûtes excède de près de G '" 50 l'intervalle des 
piliers qui les portent. Si l'on attribue exclusivement cet écart 
à un effet de poussée, il donne la mesure des déformations qu'une 
voûte gothique peut éprouver sans ruptures et sans désordres 
graves, en prenant charge par un jeu séculaii'e de pressions. 

« Cet aperçu suffira pour marquer l'intérêt des questions que 
soulèvent les relevés de M. Goodyear; quelques chiffres mon- 
treront l'étendue de son œuvre. 

<( La collection comprend 1 500 clichés, dont plus de 500 ont 
été agrandis au format 60 sur 50. Une centaine sont consacrés 
à Notre-Dame de Paris; autant à la cathédrale de Reims; "275 
à celle d'Amiens ; les principales cathédrales françaises y sont 
représentées. Il serait souhaitable, pour tous ceux qu'inté- 
ressent leur histoire, qu'une partie au moins de cette précieuse 
collection pût ligurer parmi les documents conservés dans nos^ 
musées. » 

M. Gagnât achève la lecture de son mémoire sur les fouilles 
de Lambèse poursuivies depuis dix ans par le service des monu- 
ments historiques sous la direction de AL Albert Ballu. 



SÉANCE DU 30 AOUT 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 



M. Hamy donne lecture d'une étude sur le Livre de la descrip- 
tion des pdi/s, sorte de géographie généi^ale rédigée vers 1451 
ou 145'2 par le premier héraut d'armes du roi de France 
Gharles \II, (iilles le Bouvier, dit Berrv, dont il suit la vie 



494 SÉANCE DU '30 AUL T 1907 

ag-itée depuis son arrivée à Paris en 1402 jusqu'à sa niorl surve- 
nue vraisemblablement à la Cour en 1 i.").'). Gesl principalement 
entre les années l440 et liiS que se placent les voyages de 
lien-v. qui ont fourni les éléments de son petit ouvrage et l'ont 
conduit jusqu'au Sinaï d'une part et de Tautre jusqu'au cœur de 
l'Irlande. Le texte du livre du roi d'armes de France est encore 
inédit. M. Ilamy en prépare une édition annotée, où figureronten 
outre un certain nondjre de documents géographiques nouveaux 
ou mal connus de la même époque, comme le fameux Itinéraire 
de Bruges, la table de N'elletri, etc. 

M. Jean Capart, conservateur adjoint des antiquités égyp- 
tiennes aux Musées royaux de Bruxelles, lit une étude sur les 
objets en schiste découverts dans les nécropoles de ri^'gypte 
primitive et que Ion a voulu considérer comme des palettes à 
broyer le fard vert employé à la peinture des yeux. M. Capart en 
présente une nouvelle explication; il cherche à montrer que les 
palettes auraient été des objets magiquesqui se rattacheraieiil aux 
amulettes en forme de vases ou de gros scarabées de l'Egypte 
classique. Un curieux parallèle ethnographique, les chiiringa 
des Australiens, permet de retrouver en usage encore à notre 
,épo(jue des objets qui présentent avec les palettes égyptiennes 
des analogies au moins curieuses. 



/.(' (icr.in/. A. l'n:\iiii 



MAÇON, PHOTAT Kin-;UICS, I M IT.I M lU'HS 



COMPTES RENDUS DES SEANCES 

DE 

L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 

ET BELLES -LETTRES 

PENDANT L'ANNÉE 1907 

PRÉSIDExNCE DE M. SALOMON RELNACH 



SÉANCE DU 6 SEPTEMBRE 



PRESIDENCE DE M. SALOMON REINACH. 

M. Salomon Reinacii fait une communication sur Tarpeia. La 
légende de ïarpeia, la vierge romaine qui livra le Capitule aux 
ennemis et périt élouirée sous leurs armes, est surtout connue 
par les récits de Tite Live et de Plutarque ; mais il y a un grand 
nombre de variantes, parfois contradictoires, et le seul fait sur 
lequel les historiens soient d'accord , c'est le genre de mort de 
Tarpeia. On montrait son tombeau sur la roche tarpéienne et 
l'on célébrait un culte en son honneur. 

A l'époque où les Romains n'avaient pas encore de temples et 
habitaient des cabanes, la roche de Tarpeia avait été le lieu sacré 
où s'accumulaient, intangibles, les dépouilles prises à la guei^re. 
Quand l'usage de former de pareils monceaux s'effaça devant celui 

1907. 34 



496 LIVRES OFFERTS 

de suspendre les armes des vaincus dans les temples et les maisons, 
on supposa que riiéi'oïne avait péri étoufTée soiis les boucliers 
des ennemis, et Ion inventa des histoires pour justifier un si cruel 
châtiment. Comme les traîtres étaient précipités du haut de la 
roche tarpéienne, l'idée dune trahison se présentait (rdle-mème 
à l'esprit. 

Ainsi, conclut M. Reinach, la lé^-^ende de Tarpeia est un mythe 
né (I tiii rite. Le rite est celui de raccuniulalion des dépouilles; 
le mythe a pour objet d'expliquer pourquoi ces dépouilles 
runnciil un iiionceau et pèsent sur le corps de la vicr<;e tar- 
péienne qu'elles ont écrasée. 

M. Antoine Tuomas donne lecture de sa notice sur la vie et les 
travaux de son prédécesseur, M. Anatole de Barthélémy. 



IJN'IiKS Ol'l'KHïS 



M. IIkhon de Vii,i,i:k()sse oIIVc à rAcndémie, au nom de MM. De 
Pachtùre et C. Jullian, un article intitulé : Le monnnienl des nnulcs 
Pnriaiens, exlr. do l;i lieviie drx âtudes anciennes, YS., 3 (1!)07). 

Les deux auLrurs, étudiant ensendjle à nouveau le célèl)re monu- 
ment des nautes Parisiens, arrivent à cette conclusion que le texte 
|)mt:iiil le iiom de Tibrre doit s'interpréter non par un alil.ilif uiais 
par un datif: il s'agirait donc diuie offrande à Tibère et à Jupiter. 
Les bas-rclicfs formeraient une seule et même scène représentaut 
celte ollVande, un énorme turques, présentée à l'empereur par les 
anciens et par les jeunes de la corporation. La scène auiaU ainsi un 
caractère religieux et tout ;i fait gaulois. 

y\. IIkhon i>i; Vii.i.ekosse dépose ensuite sur le bureau, au nom de 
M. .1. Carcopino, ancien membre de l'Hcoii- française de Home, nu 
article inlilnlé : Inscription ù Tentâtes, extr. de la Uevue des éludes 
anciennes, IX, :i (l'.'OT). 11 sai;il d'une dédicace à Tentâtes, trouvée 
en 18^<a,à Home, près du casernement des et/uites sin<jul;ires, et dont 
M. Carcopino public un facsimilé très exact. 



Comptes rendus, 1907, p. 497, 




A. DE BARTHÉLÉMY 



lS21-in()l 



497 
APPENDICE 



NOTICE 

SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY, 

PAR M. ANTOINE THOMAS, MEMBRE DE l' ACADÉMIE, 

lue dans la séance du 6 septembre 1907. 

Messieurs , 

L'usag-e auquel j'obéis aujourd'hui — avec un retard pour 
lequel je vous dois et vous fais sincèrement des excuses — en 
venant vous parler de M. Anatole de Barthélémy, à qui j'ai 
eu l'honneur de succéder dans cette enceinte, ne remonte 
qu'à un petit nombre d'années, et déjà vous avez entendu 
plus d'une fois les doléances discrètes de ceux qui s'y sont 
conformés. Elles ne vous ont pas émus, car l'expérience a 
prouvé qu'il pouvait y avoir plaisir et profit à voir un 
helléniste aux prises avec un sinolog-ue, un sinologue avec 
l'un des fondateurs de notre archéologie nationale, un ara- 
bisant avec un érudit de terroir cantonné dans l'histoire de 
France, un médiéviste avec l'un des plus fins connaisseurs 
de l'éloquence attique... 11 est invitile de poursuivre l'énu- 
mération. 

Je serais mal venu si je me plaignais à mon tour, puisque 
le hasard indulgent de vos suffrages m'appelle à rendre un 
suprême devoir à un ancien élève pensionnaire de cette 
Ecole des Chartes dont j'ai reçu, trente-quatre ans après 
lui, le substantiel enseignement et qui, sous des régimes 
divers et par des méthodes non moins diverses, s'est effor- 
cée de réaliser le vœu du souverain qui la fonda « afin de 
ranimer un genre d'études indispensable à la gloire de la 
France et fournir à l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres tous les moyens nécessaires pour l'avancement des 



498 NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 

travaux confiés à ses soins ». Et pourtant, si étendue et si 
complexe est cette période du moyen âge où je me suis, 
moi aussi, engagé dès les premiers pas, si impérieusement 
se fait sentir, à qui voit sans mirag-e les conditions et les 
limites où la Nature contraint notre connaissance, la néces- 
sité de spécialiser ses études, (jue je me trouve obligé 
d'exciper de mon incompétence sur la plupart des sujets 
traités par M. de Barthélémy. 

A défaut dune revue critique de l'œuvre très variée et 
très morcelée du savant, que j'étais mal qualifié pour entre- 
prendre, fallait-il ébaucher un tableau et chercher à vous 
représenter l'image et la physionomie morale du parfait 
galant homme que fut votre confrère, bien que je l'eusse 
seulement entrevu au cours des visites de courtoisie qu'im- 
pose encore la tradition à ceux qui Irriguent vos suffrages, 
visites auxquelles sa bonne grâce souriante, assaisonnée 
d'une pointe de malice,' savait donner un tour si engageant 
et si savoureux? Je ne lai pas pensé ; et d'ailleurs la figure 
casquée, chère à l'Institut, qui doit sceller l'in-quarto ver- 
dàtre où dormira bientôt cette notice nécrologique , n'est- 
elle pas là pour évoquer le proverbe grec : v^au/.' 'AOr^va'Cs? 
Rappelez-vous avec quelle délicatesse achevée , en vous 
annonçant la mort de M. de Barthélémy (séance du !''■ juil- 
let 11)04), M. Maxime Collignon a fixé le souvenir des cpia- 
lités d'esprit et de cœur qui distinguaient celui qui venait 
de vous être enlevé. Songez (|ue dans d'autres compagnies 
savantes, où sa longue fréquentation lui avait créé tant 
d'amis et tant d'obligés, il a été parlé de lui en termes inou- 
bliables : par M. Léopold Delisle à la section d'histoire, 
par M. Héron de Villefosse à la section d'archéologie du 
Comité des travaux historiques, par M. (>in<piil a la Société 
de riiistoire de France. Je m'en tiens, dans cette énuméra- 
tion. aux luimmages émanés de mend)res de notii' Acadé- 
mie. Mais je ne saurais omettre de citer hors rang une 
longue notice qui a pour auteur M. Maurice Prou, profes- 



NOTICE SUR .M. ANATOLE DE BARTHELEMY 499 

seur à TÉcole des Chartes, et qui est intitulée : Lœuvrc 
numismatique cV Anatole de Barthélémy^. Ecrite à tête 
reposée et en même temps d'un cœur chaud, cette notice ne 
se renferme pas étroitement dans le cadre de la numisma- 
tique : c'est en somme toute l'œuvre de votre confrère qui 
V passe sous nos yeux, rappelée et appréciée par un savant 
qui a fait ses preuves dans la plupart des branches de l'éru- 
dition où M. de Barthéleni}^ occupait une place éminente 
et qui s'elforce d'exposer et de juger des faits, des idées et 
des méthodes sans faire acception de personne. 

J'espère que vous m'approuverez de ne pas revenir avec 
insistance sur ce qui a été si souvent et si bien dit, et d'allé- 
ger ma tâche d'autant. Votre confrère, comme vous le savez, 
avait formellement interdit qu'aucun discours fût prononcé 
à ses obsèques: vous parler .de lui avec trop de complai- 
sance serait aller indirectement à l'encontre de ses dernières 
volontés. D'ailleurs, nos séances appartiennent avant tout 
aux générations depuis longtemps disparues et non aux 
morts d'aujourd'hui ou d'hier : il faut en écarter tout ce 
qui est trop intime, tout ce que chacun de nous, en mou- 
rant, doit souhaiter qui s'abrite et se perpétue silencieu- 
sement dans le sanctuaire de son foyer ou au cœur de ses 
amis. 

I 

M. de Barthélémy naquit à Reims le 1^'' juillet 1821 : il 
reçut les prénoms de Jean-Baptiste-Antoine-Anatole. Son 
père, Hyacinthe-Glaude-Félix, était alors sous-préfet de 
Sainte-Menehould, ayant déjà derrière lui d'honorables états 
de services dans l'administration Né à Belfort le 8 mars 
1787, il avait débuté dans les bureaux de la préfecture de 
la Roehr, passé de là au Ministère de l'intérieur, et conquis 
le titre de conseiller d'État à l'àg-e de vingt-deux ans. Nommé 

1. Article paru dans la Revue niimismafiqiie. année 1901. p. S3S-150. 



.")00 NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 

sous-préfet de Luuebourg- en 1811. il s'était trouvé sans 
emploi quand les désastres de 1814 eurent fait sombrer, 
avec la fortune de Napoléon P'", la sous-préfecture de Lune- 
bourg et le département des Bouches-de-l'Elbe dans lequel 
elle était située. Fonctionnaire de carrière et d'inclination, 
le père de votre confrère accepta de la Restauration la sous- 
préfecture de Lille (30 juillet 181 iy et ne crut pas devoir 
la résigner quand Louis XVIII fut contraint de repasser la 
frontière. Toutefois, ayant été transféré à Abbeville pendant 
les Cent-.Tours, il ne se rendit pas à son poste et attendit 
les événements. Waterloo le ramena à Lille ; puis, les .sous- 
préfets (U' chef-lieu ayant été supprimés en 1817. il fut 
nommé à Sainte-Menehould. Son mariag-e, célébré à Reims 
le 28 août 1820, le fit définitivement Champenois, mais ne 
servit guère sa carrière administrative. Di.sgracié par le 
comte de Corbière (20 mars 1822j pour un discours patrio- 
tique prononcé à Valmy lors de l'inauguration du monu- 
ment de Kellermann, il rentra dans la vie privée pour n'en 
sortir ([u'après la Révolution de 1830. Nommé préfet de 
Maiiie-i'l-Loire par Louis-Philippe (5 août 1830), il eut à 
Angers un second et dernier enfant, Edouard, plus tard 
comte de Barthélémy, né le 21 novembre 1830, mort en 
1888. dont le nom est attaché à de nombreuses publications 
historicjues et nobiliaires. II devait tomber avec le gouver- 
nement ([ui lavait promu préfet et lui avait conféré la 
haute dignité de commandeur de la Légion d honneur : 
après le Maint'-el-Loire, il avait successivement administré 
les départements de Saône-et-Loire (183ti. de l;i Ibiule- 
Saùne (1838), de la Loire (1839), de la Charente-Inférieure 
(18il) et de l'Aube (1847). .Vnii de l'ordre avant tout, le 
préfet <lc lAube aurait pu continuer à servir .son pays sous 
la Républicjuc comme il l'avait servi sous Napoléon L'", .sous 
Louis \^'III t't .sous L()uis-Philipi)e, mais le gouvernement 
is.su (le la HrvnluliDM di' I8V8 fini ;i lui faire goûter délini- 
tivement un repos bien nu rilt'-. 



NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 501 

Au milieu des pérégrinations paternelles, quelle éduca- 
tion reçut le jeune Anatole? Je l'ignore. Ce qui est certain, 
c'est qu'il ne contracta pas dans le milieu familial une voca- 
tion bien ardente pour la carrière administrative dans 
laquelle son père fît tout pour le pousser, mais ([u'avi con- 
traire il s'éprit de bonne heure de la passion qui devait 
le conduire un jour au milieu de vous. Pendant que le 
père administre le département de Saône-et-Loire, le fils 
remarque une monnaie gauloise inexpliquée dans une collec- 
tion particulière de Mâcon. 11 rédige aussitôt un mémoire 
qui paraît, en 1838, dans la Bévue numismatique de Cartier 
et de La Saussaye : c'est son début, à dix-sept ans, dans mie 
science qu il dotera plus tard de deux Manuels, destinés à 
faire époque, l'un pour l'antiquité, l'autre pour le moyen âge 
et les temps modernes , et aux progrès de laquelle il ne 
cessera de travailler jusqu'à sa mort, cest-à-dire pendant 
soixante-sept ans encore. En 1839, le père passe dans un 
département voisin, celui de la Loire, et voici que dans le 
tome V du Bulletin monumental fondé par Arcisse de Cau- 
mont, la liste de la Société pour la conservation des monu- 
ments contient, à la même date, cette mention : « Anatole 
de Barthélémy, membre de plusieurs sociétés savantes , 
Montbrison, Haute-Loire [sic). » Nommé inspecteur pour le 
département de la Loire, Anatole de Barthélémy siège au 
bureau du neuvième Congrès scientifique , réuni à Lyon 
en septembre 18il, et lit en séance publique un rapport 
applaudi sur quelques monuments religieux et féodaux du 
Forez. Chose surprenante ! Il n'avait pas encore suivi les 
cours de l'Ecole des Chartes, dont il ne fut proclamé élève 
pensionnaire qu'en décembre 1842, étant déjà, depuis 
quelques mois, membre résidant de la Société des Anti- 
cpiaires de France. Amateur de la première heure, il com- 
prit qu'il lui fallait se mettre à l'école pour échapper au 
danger de n'être jamais qu'un amateur. 



V 



502 NOTICE su H M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 



11 

Ces g"af^es précoces donnés h la science n'empêchèrent 
pas M. de Barthélémy de se prêter aux vœux de sa famille 
pour If clidix (1 une carrière. Il fit son dioit à Poitiers, où 
il prit le grade de licencié, et seconda son père, connue 
secrétaire particulier, dans l'administration de la Charente- 
Inférieure. 11 fut nommé, le 2 novembre 18i'), secrétaire 
général des Côtes-du-Nord : avant même sa nomination , 
prévoyant (pie la carrière oii il s'engageait le tiendrait 
longtemps éloigné de Paris, il résig;na le titre de membre 
résidant et ne voulut plus être que correspondant de la 
Société des Antiquaires de France. Ce scrupule était peut- 
être exag^éré, mais j)arlait d'une conscience délicate: je 
vous laisse à décider s'il était plus flatteur pour l'adminis- 
tration ou pour la science. D'ailleurs, l'administration ne le 
prit pas tout entier à la science, j)uisque c'est à son long 
séjour dans les Cotes-du-Xord qu'est due la j)lace impor- 
tante (ju'occupe la Bretag-ne dans ses publications. Aussi 
peut-on croire qu'il ne se sentit pas diminué cjuand, plus 
tard, libre de toute servitude oflicielle et ayant contracté 
un mariag'e où il devait g-oûter juscpi'à sa dernière heurt- un 
]>onheur domestique sans mélang'e. il re\in( se lixer déti- 
nitivement dans la capitale, tout heureux de retrouver à la 
Société des Anti((uaires les confrères auxquels il avait dit 
«au revoir » en s'imaginant (juil leur disait «adieu». 

M. de Barlhéleinv était resté' une ([uin/aine d'années dans 
ladininistration départementale, sous trois régimes ditlé- 
rents. il était secrétaire «général des Côtes-du-Nord depuis 
plus de neuf ans loi-scpie le g^ouvernement impérial l'appela, 
hi'll décembre IS'Ji, au poste iinj)ortant de sous-préfet (li> 
Belfort. S il avait longtemps et patiemment attendu un 
avancement, sa |)art, (inaleiuent , pouvait sembler envialde. 
Pourtant, a la [)roprélure ([ue lui conliait Ci'sar, il aurait de 



NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 503 

beaucoup préféré la succession de son ami Duchalais au 
Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale, succes- 
sion que Charles Lenormant lui avait fait espérer et où il 
aurait pu faire une carrière complètement en harmonie avec 
ses aspirations'. Parti un peu à contre-cœur pour Belfort, 
il s'y trouva aux prises avec d'ardentes passions politiques 
dont il finit par être la victime. Nommé chevalier de la 
Légion d'honneur sur le champ de bataille, le 31 décembre 
1859, il dut cependant battre en retraite pour laisser le 
champ libre à d'obscures combinaisons électorales. Trans- 
féré à Neufchâtel, le 1"' mai 1860, il prit possession de son 
nouveau poste; mais, à peine installé, il sollicita sa mise en 
non-activité temporaire qui lui fut facilement accordée, le 
20 décembre de la même année, et qui devait être défini- 
tive. 

Dans un rapport daté du 16 avril 1860, le préfet du 
Haut-Rhin s'exprimait ainsi sur le compte du sous-préfet 
de Belfort , dont il demandait le déplacement : « (Qualités 
distinguées ; esprit quelquefois un peu mordant. Il paraît 
n'avoir suivi la carrière administrative que pour répondre 
au désir de sa famille ; il se serait de préférence dirigé vers 
les études qui auraient pu lui ouvrir les portes de l'Institut. » 
Ce fonctionnaire était clairvoyant. Sachons-lui gré d'avoir 
démêlé la véritable vocation de son subordonné et d'avoir 
vaguement pressenti qu'il n'était pas encore trop tard pour 
le ramener et lui rouvrir la voie de l'Institut : il suffisait 
de l'envoyer à Neufchâtel-en-Brav et de laisser faire au 
temps. La politique a sa manière à elle de rendre service à 
la science. 



1. M. de Barthélémy, avec un rare désintéressement, a fait don au Cabi- 
net des médailles, le 4 janvier 1893, de 3 729 dessins et empreintes de 
monnaies mérovingiennes recueillis par lui de toute part; beaucoup de ces 
dessins sont de Charles Robert et de Maxe-Werly (Rei'ue numism., '6' série, 
t. XI, p. 459). 



504 NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 

III 

Une fois installé définitivement à Paris, M. de Barthélémy 
y eut vite conquis la place et l'autorité auxquelles Tétendue 
de son savoir ne lui donnait pas moins de droit que la 
sûreté de son commerce, le rayonnement de sa bonté iné|)ui- 
sal)le et le charme de son espril piimesautier. Il avait déjà 
beaucoup publié : il continua avec une nouvelle ardeur. La 
numismaticjue, qui 1 avait attiré dès l'adolescence et où il 
était, depuis, passé maître à côté des Saulcy et des Lonj^pé- 
rier, resta toujours sa science de prédilection, mais elle ne 
l'empêcha pas de consacrerune partie de ses loisirs à d'autres 
branches de l'archéolog-ie et à 1 histoire proprement dite. Il 
reprit et poussa jusqu'au sixième volume le recueil com- 
mencé en 1855 avec M. Geslin de Bourg-of^ne et intitulé : 
Anciens évêchés de Bretac/ne, histoire el monuments ; il mit 
au jour un Xohilinire d'Alsace et des documents inédits sur 
la Ligue on Bretagne ; il contribua plus (pie personne à 
fonder la Revue de Cdiampaijne et à ressusciter la Jicvue 
uu/iiismatir/ue ,' enfin il donna à de g-rands périotiitjues, tels 
que la liihliothèque de l'Ecole des Chartes, la Revue arcliéo- 
lo(fi([ue, la Revue des questin/is historiques , la Revue cel- 
//(/uf. (le nombreux nilicles qui s'espacent sur le champ 
presque entier de notre histoire nationale. Les temps 
anti(pies de la Gaule, le dieu gaulois au iiiaricau , le véri- 
table enq)lacement d'Airsia, les assemblées nationales des 
Tinules avant et après la coiupiète romaine. 1rs libertés 
gauloises sous la domination romaine, l'invasion des Huns 
dans la Gaule en i51, les origines de la maison île France, 
la noblesse maternelle, les lettres d'anoblissement, l'aristo- 
cratie en France au xi\'' siècle : ces titres disent assez la 
viirieté et l'intérêt de ces articles, tous inspirés par l'unitpie 
souci de la vérité, où l'érudition est mise au service d un 
esprit avisé, bien pondéré, ennemi tles spéculations auda- 
cieuses. 



NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 505 

Dans cette production considérable, on remarquera que 
rien ne tient le milieu entre le mémoire expéditif et le lourd 
recueil de documents : le livre proprement dit, où autour 
d'un g-erme de vérité la recherche et la méditation disposent 
patiemment et harmonieusement tout ce qui est nécessaire 
pour que ce germe se développe dans tous les sens et acquière 
toute l'ampleur d'un organisme complet, le livre lui a tou- 
jours fait peur. 11 le reconnaissait lui-même, avec une 
bonne grâce charmante, dans les quelques paroles de remer- 
ciement qu'il prononça à la fin de ce banquet du 7 juin 1900 
où, sous les auspices de la Société des Antiquaires de France 
et sous la présidence de notre confrère M. Maxime GoUi- 
g-non, s'étaient groupés autour de lui, pour lui rendre un 
hommage spontané, tant d'admirateurs, d'amis et d'obli- 
gés : « J'ai publié nombre de notices, de mémoires, de bro- 
chures éparpillées partout, mais je n'ai pu faire ce que l'on 
appelle un gros volume : voilà d'où vient la confusion dont 
je vous ai fait l'aveu. » Il me semble que cette confusion 
provient d'un excès de modestie. Le souci du livre à faire, 
la satisfaction du livre fait ont produit tant de systèmes 
préconçus et enraciné tant de partis pris, dans le domaine 
de l'histoire, que vraiment on a plaisir à trouver devant soi 
un auteur qui n'a pas connu cette tyrannie. Il y a plus d une 
façon de servir la science : vous avez prouvé à M. de Bar- 
thélémy que la sienne vous agréait en l'appelant, le 11 no- 
vembre 1887, au fauteuil de membre ordinaire qu'avait 
occupé au milieu de vous Eugène Benoist. 

Cette suprême récompense allait non seulement à ses 
publications, mais aussi au rôle bienfaisant qu'il avait joué 
en mettant au service des études historiques et archéolo- 
giques, avec un complet désintéressement et une constante 
abnégation, ses loisirs et son expérience. Dans les dernières 
années de l'Empire, comme secrétaire de la Commission de 
topographie des Gaules, il avait été un des agents les plus 
dévoués des recherches et des explorations auxquelles les 



oOB NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 

g^oùts personnels de Napoléon III avaient imprimé, à défaut 
d'une direction sûre , une activité sans précédent. Parcou- 
rant la France, explorant les musées, éveillant et soutenant 
les vocations, indiquant les points intéressants à reconnaître 
et à fouiller, il avait semé partout la bonne parole'. La chute 
de l'Empire n'interrompit pas complètement son apostolat. 
Vous savez en elfet (|u'il n "a jamais cessé de siéger au 
Comité des travaux historiques et que, dans les trois sec- 
tions où lui donnait entrée le trésor de ses connaissances 
nuiltipli's, il a continué ;i rendre à la science et aux savants 
les plus signalés services. 

Ces services, la troisième République, soit rancune poli- 
tique soit oubli, ne les a pas récompensés officiellement : 
au moment de sa mort. M. de Barthélémy était encore 
chevalier de la Légion d'honneur comme lorsqu'il quitta 
Belfort, en I860-. 11 n'en dut attacher que plus de prix à 
sa nomination à l'Institut : sa modestie lavait empêché d'y 
prétendre plus tôt, et il fallut, pour le décider à poser sa 
candidature, les sollicitations énei'giques de (juelques-uns 
d entre vous qui, reconnaissant et proclamant ce qu'ils lui 
devaient, se firent conscience de le laisser en arrière. 

Malgré son grand âge, M. de Barthélémy eut son tour de 
présidence de l'Académie, en cette année liXM) oii, ainsi que 
je l'ai rappelé, la Société des Antiquaires de France organisa 
en son honneur un bancjuet solennel à l'issiu^ du(|uel ses 
amis et ses disciples lui offrirent comme souM'uii- \iii ArniD- 
riiil de (!/i/ini/);i<//i<' manuscrit, renioiilant au dchul du wiil'' 
siècle et pi'oNcnanl de la l)ilili()t lir([U(' (lu rhf\alit'r d l''on. 
Mais dès cette année même .sa santé s'altéra : le vice-j)rési- 
dcnl. M. 1(! comte Robert de Lasteyrie. dul \r suppléi-r ii 
j)lusicui's reprises, notaninirnl poui- la prt'sidciuc (K- votre 

1. Discours ilf M. Ilénm <li' ^'ill(■^l)SS(' ;iii haïKiuot du 7 jiiiu 1!)()0. 

2. Le j;:tjuvi'rncuii'nl poul ilical le uuniuia flicx alicr «li- saint (irt'fc<>ii"c le 
f/raïul, le ."io axril IHiil, surluul à oausc de si-s publications sui' les cvcclics 
(le HrcLiifiie. 



NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 507 

séance publique de novembre. Ce n'était pourtant qu'une 
fausse alerte : avec le nouveau siècle, votre confrère sem- 
bla avoir retrouvé une nouvelle vi<^ueur pour entrer dans 
la classe des octo<^énaires, qui compte toujours des repré- 
tants dans les Académies et où le nombre des places 
n'est pas limité. La trêve, malheureusement, ne dura que 
quelques années. La mort vint le prendre, à Ville-d'Avray, 
le 27 juin 1904, après une courte maladie. Catholique 
convaincu et pratiquant, il se munit du suprême A iatique et 
il partit avec sérénité, sattendant aux promesses radieuses 
d'après lesquelles le dernier spasme de Thomme qui finit 
n'est que l'élan libérateur de l'âme vers un Dieu qui dure 
éternellement. 



BIBLIOGRAPHIE DES PRINCIPALES PUBLICATIONS 
DE M. ANATOLE DE BARTHELEMY '. 

1. Rapporl sur (juelqucs monuments religieux et féodaux du dépar- 

tement de la Loire, par M. A. Barthélémy 2. — Caen, Hardel, 
1851. In-8", 28 p. (Exlr. du BuUotin monumpiilal.) 

2. Explication de quelques monnaies baronales , par M. A. Bar- 

thélémy.— Blois, Dézairs, [1843]. In-8", 2.3 p. et pi. (Extr. de la 
Revue nuniisniatif/iie.) 

3. Essai sur l'histoire monétaire du prieuré de Souvigny (Allier), 

par Anatole Barthélémy. — Clermont-Ferrand, impr. de Perol, 
1845. In-80, 16 p. et pi. (Extr. des Tablettes hist. de F Au- 
vergne.) 

4. Explication de quelques monnaies baronales inédites... — Blois, 

Dézairs, [1847]. In-8°, 22 p. et 3 pi. (Extr. de la Revue numisma- 
tique.) 

1. Une bibliographie complète, par ordre chronologique, des pul)lica- 
tions de M. de Barthélémy relatives à la numismatique, de JS38 à 1900, a 
été publiée par M. Fernand MazeroUe dans la Gazelle numisntatique fran- 
çaise, quatrième année (inoO), p. 123-132. 

2. Sic; jusque vers 1851, M. de Barthélémy fait très rarement usage de la 
particule. 



508 NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 

5. Essai sur les monnaies des ducs de Bourgogne. — S. 1., 1848. 
In-4«, 9o p. et 8 pi. [4", V, lUOo (2)].— 2« éd., s. d. Dijon, 
Lamarche et Drouelle; Paris, Rolin. In-4°. (Extr. des 3/é/ji. de 
la coniru. nrch. du drp. de la Côte-d'Or.) 

G. Notice sur quehjuos monuments du département des Côtes-du- 
Nord, rapport à M. de Caumont, par M. Anatole Barthélémy... 
et M. Charles (iuimart. — Paris, Derachc, 1849. In-8°, 32 p. 
(Exlr. du Bullelin inotiutni-nlnl.) 

7. Nouveau manuel complet de numismatique ancienne, par J. 15. 

A. A. Barthélémy ^ — Paris, Roret, 18ol. In-24, iv-4')2 p., avec 
atlas in-S" oblong (Manuels-Roret). — Nouvelle édition en 
1890. Ihid. In-IS, viii-i83 p., avec allas in-8° oblong. " 

8. Nouveau manuel complet de nuinismaticjue du moyen âge et 

moderne, par J. B. A. A. Barllielemy... — Paris, Roret, fl8.'il]. 
In-24, xxxii-464 p., avec atlas in-8" oblong (Manuels-Roret) 2. 

9. Anne de Sanzay, comte de La .Magnaiine, ab])é séculier de Lan- 

tenac, par A. Barthélémy... — Saint-Brieuc, Guyon frères, 1832. 
^1-8°, 34 p. 

10. Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne... — 

Saint-lh'ieuc, Guyon frères, 18.")i-1858, 3 tomes en I vol. in-8°. 

11. Anciens évèchés de Bretagne, histoire et monuments, par 

J. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy. — Pai-is, Dumou- 
lin, 18;j.j-1879, 6 vol. in-8" : I-IV. Diocèse de Saint-Brieuc; 
V-Vl. Bretagne féodale et militaire. 

12. Etudes sur la révolulioii en Bretagne, principidcineul dans les 

Côtes-du-Nord, par J. Geslin de Bourgogne et A. île Barthé- 
lémy. — Paris, Dumoulin, 18."i8. ^1-8", xvii-313 p. 

13. In mois en Suisse et en Lombardie [par A. de Barthélémy]. — 

Marseille, inip. ()liv(\ iSliS. In-K", tl3 p. 

I 'i . De l'Aristocratie auxix'' siècle. — Paris, Aul)i'y. ls!')'.t. In-i2, 09 p. 

1'.'). Recherches sur la noblesse maternelle. — Paris, Aubry, 1861. 
In-8°, 35 p. (Exlr. de la nililinthrtjuc de l'Ecole des dluirtea.) 

1. Sic; mais le lilrc de l'allas ixu-lc : li.irlhi'IcDii/. M. de lîartliélemy ne 
semble avoir admis l'afci'iil aij;u clans sa signature que ]joslérieurcnient à 
1S5'.. 

2. Une nouvelle édition. |)ri)riMi(li'inenl remaniée. a paru en IS90; elle est 
due aux soins exclusifs de M. Adrien Hlanchet, dont le nom (i^rure seul sur 
le litre, et <|ni a refait le livre à la deuiaudc iiièinc de M. tle Hni'l liélcmy. 



NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHELEMY 509 

16. Armoriai de la généralité d'Alsace, recueil officiel dressé par les 

ordres de Louis XIV et publié pour la première fois. — Paris, 
Aubrv, 1861. In-8». 

17. La justice sous la Terreur. — Nantes, Forest et Grimaud, 1862. 

ln-8°, 18 p. 

18. Nouvelles observations contre la noblesse maternelle. — Paris, 

Dumoulin, 1865. In-8°, 20 p. (Extr. de la Revue nohiliaire.) 

19. Le cliàleau de Corlay (Côtes-du-Nord). — Paris, Aubry, 1865. 

ln-8°, 38 p. (Exlr. de la Revue de Bretagne et de Vendée.) 

20. Numismatique mérovingienne. Liste des noms de lieux inscrits 

sur les monnaies mérovingiennes. — Paris. Aubry, 186.^. In-8°, 
24 p. (Extr. de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes.) 

21. Numismatique mérovingienne. Étude sur les ouvrages, les 

noms de lieux et la fabrication de la monnaie. — Paris, Aubry, 
1865. In-8°, 22 p. (Extr. de la Revue archéologique.) 

22. Alésia, son véritable emplacement. — Paris, Palmé, 1867. ln-8°, 

67 p. (Extr. de la Revue des questions historiques.) 

23. La légende de saint Budoc et de sainte Azénor. — Saint-Brieuc, 

Guyon, 1867. In-S", 16 p. (Exlr. des Mémoires de la Société 
d'émulation des Côtes-du-Nord .) 

24. Les Assemblées nationales dans les Gaules avant et après la 

conquête romaine. — Paris, Palmé. 1868. In-8'', 46 p. (Extr. de 
la Revue des questions historiques.) 

25. De la (jualification de chevalier. — Pans, Dumoulin, 1868. In-8°, 

30 p. (Extr. de la Revue historique nohiliaire.) 

26. Etude sur les lettres d'anoblissement. — Paris, Dumoulin, 1869. 

ln-8°, 31 p. (Extr. de la Revue historique nohiliaire.) 

27. La campagne d'Attila, invasion des Hunsdansles Gaules en 45L.. 

— Paris, Palmé, 1870. In-8°, 62 p. (Extr. de la Revue des ques- 
tions historiques.) 

28. De la divinité gauloise assimilée à Dis pater à l'époque gallo- 

romaine. {Revue celtique, t. I (1870), p. 1-8.) 

29. Etude sur les monnaies antiques recueillies au mont Beuvray de 

1867 à 1872. — Autun, impr. Dejussieu, 1872. In-8", 30 p. et pi. 
(Extr. des Mémoires de la Société éduenne.) 



V)[{) NOTICE SUR M. ANATOLE DE BARTHÉLÉMY 

.'{0. Les libertés gauloises sous la domination romaine, depuis Tan ">0 
h laii 27 avant J.-C. - Paris, Palmé, 1872. In-8°, 32 p. fExtr. 
de la Ik'viie des qucslidiis hislorii/ues.) 

31 Les origines de la maison de France. — Paris, Palmé, 1873. In-S", 
37 p. (Exlr. de la Bevuc des questions historiques.) 

32. Étude sur des monnaies gauloises trouvées en Poitou et en 

Saintonge. — Poitiers, Dupré, 1874. In-S», 42 p. et pi. (Extr. des 
Méni. de la Soe. des Antiquaires de l'Ouest.) 

33. lissai sur la monnaie parisis. — Paris, 1875. In-S", 31 p. 'Extr. 

des Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l' Ile-de- 
France.) 

34. Les Temps anticjucs de la Gaule. - Paris, Palmé, 1877. In-8», 

43 p. (Extr. de la Revue des questions historiques.) 

35. Études héraldiques. — Paris, Dumoulin, 1878. In-8°, 26 p. 

30. Choix de documents inédits sur Ihistoire de la Ligue en Bretagne. 

— Nantes, Société des bibliophiles bretons et de l'histoire de 
Bretagne, 1880. In-8°, 209 p. 

37. Étude sur une vie inédite de saint Tudual attribuée au vi<= siècle. 

— Paris, 1884. In-8°, 20 p. Extr. des Mémoires de la Société 
nntionnle des Antiquaires de France.) 

38. La chambre du Conseil do la Sainte-Union de Morlaix, cayer 

pour les affaires de la ville. — Nantes, impr. Forcst et Giraud, 
1885, In-S", 132 p. (Extr. de la Revue histori>/ue de VOuest.) 

39. Recueil des pierres tombales des églises et couvents de Chcâlons- 

sur-Marne, par MM. Anatole et Edouard de Harllirlciny. — 
Paris, Champion, 1888. In-IO, 207 p. 

40. Essai de classification chronologi(pic des différents groupes de 

monnaies gauloises. — '^Paris , impr. nat., 1890. In-8", 8 p. 
(Extr. des Comptes rendus d>- l'Ai-ndémie des insrrii)lions et 
belles-lettres.) 
41 Instructions adressées par le Comité des travaux historiques et 
scientifiques aux corresp(Midanls du Ministère de linstruction 
publi((uc et des beaux-arts. Numismatique de la France, par 
Anatole de Barthélémy, l""'' partie. Épo([ues gauloise, gallo- 
romaine et mérovingienne. Paris, Leroux, IS'.Ml. In-8", 48 p., 
fig. '. 

1. On nmarfiiic dans celte brochure une liste combinée des noms de 
lieux et des noms d'iinmnu's relevés sur les monnaies, fini constitue une 



SÉANCE DU 13 SEPTEMBRE 1907 511 

42. Note sui' lOiigine de la monnaie tournois. — Paris, impr. nal., 

1896.1n-4°, 14 p. (Extr. des Mémoires de V Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres.) 

43. Souvenir du banquet otTert à M. A. de Barthélémy par ses con- 

frères de la Société des Antiquaires de France le 7 juin lUOU. 
— A Paris, chez Champion, l'JOO. In-S", 14 p. et portraits. 



SÉANCE DU 13 SEPTEMBRE 



PRESIDENCE DE M. S. REINACH. 

j\l. B. Haussoullier donne Texplication d'un chilFre grec qui 
se trouve dans un papyrus récemment découvert en Egypte et 
qui figure très fréquemment dans les inscriptions milésiennes. 

M. Héron de Villefosse communique un rapport du R. P. 
Delattre sur les fouilles de la Basilica majornm, dans le terrain 
de Mcidfa, à Garlhage. 

Cette basilique dont le plan comportait neuf nefs , comme 
celle de Damous-el-Karita, était, dans toute son étendue, occupée 
par des sépultures. .Au milieu de la grande nef se trouvait la 
« confession », petite chapelle assez basse, de forme carrée, avec 
absidiole, et ([ui renfermait les corps des saints vénérés dans 
la basilique , notamment ceux de sainte Perpétue et de sainte 
Félicité. Tout a été ruiné et dévasté à une époque fort ancienne; 
cependant le soin avec lequel le P. Delattre a conduit ses fouilles 
permet de reconstituer assez facilement la décoration intérieure, 
mosaïques, chancel, pilastres sculptés, ornements en stuc, etc. 
La confession était surmontée d'une voûte d'arête ; les parois 
étaient revêtues d'un enduit blanc. La grande nef de la basilique 

édition nouvelle des listes séparées publiées antérieurement par l'auteur, 
en 1865 (Bihl. de l'École des Charles, p. 412-164, noms de lieux) et en 1881 
(même recueil, p. 283-305, noms de personnes). 

1007. 35 



512 SÉANCE DU 13 SEPTEMltUi; l!Ml7 

était (.■oiiveiie eu lerriissc, et les eaux de pluie, Iduiiiaul sur 
cette terrasse, alimentaient une vaste citerne déjà en partie 
déblavée. Des milliers de fra^^ments d'inscriptions ont été 
recueillis, ainsi qu'un bon nombre d'épitaphes entières ou faciles 
à compléter. M. rarchitecte Blondel a dressé un plan de la 
confession el M. Henry lîourbon en a ex'écuté de belles photo- 
graphies '. 

M. le comte Alexandre de Laborde a la pai-ole pour une com- 
munication : 

« Char<,''é,il y a déjà quelque tenip-. par la Société des Biblio- 
philes François, d'étudier les (Hlférents manuscrits à peintures 
de la Cité de Bien de saint Auf^ustin, j'ai i-euconlré. au c-ours de 
ce travail, le manuscrit 246 (ancien C. C. 1". 1.^ de la Biblio- 
thèque Sainte-Geneviève, qui est un bel exemplaire de la tra- 
duction de la Cilé de Dieu faite par liaoul de Praelles. Ce manu- 
scrit a été copié après 1 i73 sur les manuscrits français 18 et 11> 
de la Bibliothèque nationale. Sa décoration, ([ui api)artient à 
n'irole de Tours, est une réduction de celle du manusci-il origi- 
nal. C'est ce qu'a déjà indiqué M. Thuasne clans un excellent 
travail paru dans la Revue des liihliolhcques de 18U8. 11 me sera 
facile d'en donner la preuve quand je publierai la comparaison 
des miniatures correspondantes des deux exemplaires. 

.. Le manuscrit de wSainte-Geneviève ne porte ni mention de 
possesseur, ni si^natui'c. ni arnioirio , mais les boi-dures enlu- 
minées de ses feuillets présentent en maint> endroits la devise 
suivante : ^ a nATivirn': m'a iiuui.i':, ainsi {|ue vous pouvez vous en 
rendre comple par les liois présentes hélio<,M'avures que j'ai fait 
faire par M. Dujardin et (pie j'ai Ihonncur de faire j)asser sous 
vos yeux. 

« Celte (le\ise a\ail déjà été si},'-nalée par M. KoIiIl-i- dans le 
(luInhKjue de l;i /li/Jiolhèque S;iiule-(ieiierière. par M. le comte 
hurricn dans son Jacques de /lesancaii et pai- M. l,(''opol(l 
l)elisle dan- un article paru dans le .lnunuil des S.ir.inis de 
i8U8 on il discutait avec l'autorité tle son ('•indiliou les conclu- 
sions du nu-moire précité de M. 'l'huasue el en_L;a<,'^eait les tra- 

1 . Vnir ci -;i|)ii's. 



SEANCE DU 13 SEPTEMBRE 1907 513 

vailleurs à faire une étude r()ni[);vrative des dillerents manuscrits 
histoi'iés de la Cilé de Dieu, émanant de THcole de Tours. Je 
n'entrerai pas ici dans le détail des questions générales qui ont été 
soulevées à ce sujet. Je me contenterai de fi ire que cette devise 
n'a pas été expliquée ni identifiée. 

« La forme compliquée qu'elle présente, ce mot Va qui la 
commence et qui logiquement aurait dû être T.\, m'a fait penser 
qu'elle cachait un nom (celui du possesseur du manuscrit) dont 
les lettres auraient été rangées dans un autre ordre destiné à 
olfrir un semblant de sens. 

« Dès lors, le problème consistait : 

1° A trouver un nom propre composé de ces dix-sept mêmes 
lettres ; 

2° A prouver que ce nom avait été porté par une personnalité 
vivante aux environs de 1473; 

3° A faire ressortir que ce nom s'appliquait à un personnage 
d'un ordre social et d'une culture intellectuelle de nature à 
expliquer la présence entre ses mains d'un exemplaire décoré de 
la Cité de Dieu. 

« Après avoir cherché la solution en prenant comme point de 
départ Thiehaul^ qui se trouve dans la devise, ainsi que Marie ^ 
Mahaut., ce qui ne me donna aucun résultat, puis enfin Mathieu, 
j'ai fait subir aux dix lettres restantes une interpolation mathé- 
matique et je suis arrivé au nom bien français de Beauvarlet. 

« Ce personnage de Mathieu Beauvarlet ne vous est certai- 
nement pas étranger. On le rencontre, avec sa signature et son 
paraphe , à chaque page des comptes royaux de l'époque com- 
prise entre 1450 et 1479, au Cabinet des Titres, dans les cartons 
des Archives nationales, dans les copies de comptes des collections 
Gaignières et Clairambault, ainsi que dans les Lettres de Louis XI 
éditées par M. Vaesen. 

« Il est dénommé successivement notaire, secrétaire du Boi, 
qrenetier du (/renier à sel de Nogent-sur-Seine , commis à la 
Recette générale de toutes les finances et Receveur général sur 
et au delà des Rivières de Seine et Yonne. En 1473, on trouve 
le document suivant : « Lettres de provision de l'oflice de géné- 
ral conseiller sur le fait et gouvernement des finances en faveur 
de maître Mathieu Beauvarlet, cy devant général Receveur des 



514 SKANCF. or 13 septembre 1907 

dites finances sur et au delà les Rivières de Seine et Yonne, en 
considération de ses bons, grans, notables et continuels services 
qu'il a par long-temps et dès son jeune aage faits au feu Roi et 
encore fait tous les jours pour et au lieu de M' Jehan Herbert, 
qui en a esté deschargé; donné à Jargeau le 2 novembre 1 i73, 
serment es mains de Mons. le (Chancelier le 4 novembre suivant; 
expédié par les généraux le dit i novc'ml)re 1173. « 

« Je rencontre encore son nom dans le compte de 1179 où il 
reçoit ^lOO livres pour «ses voyages et chevauchées»; mais 
ceux de 1481 et les suivants sont muels à son égard. Il avait 
épousé Jacquette Lefolmarié et en avait eu une lille, Marie, 
dame d'Eslernay, qu'il avait mariée à Jean Raguier, trésorier des 
guerres, fils de son collègue. Il était mort avant 1500, car dans 
un procès civil que soutient à celte date sa veuve, Jacquette 
Lefolmarié, il est cité ainsi : Feu Mathieu Beanrarlel, conseiller 
(lu lioi el général de France. 

K Celait donc un personnage bien connu dans le monde des 
seigneurs, dans celui des riches bourgeois et parmi les officiers 
de la cour de Charles V'II el de son successeur. Il faisait partie 
de cette bourgeoisie éclairée, travailleuse et légiliincment ambi- 
tieuse, qui portail le poids réel des allaires sous le grand règne 
de Louis XI. Les charges et les allaires aiix([uelles il était mêlé 
l'avaient eni'ichi. lui I i7i, de concert a\ec Jean Loni'ré, il prèle 
de l'argent au Roi, et sa |)arl esl de mille écus d'oi-. La même 
année, il reçoit du Roi une gratification de 3(tO(» livres. C'est 
vers cette époque, de 1 17.') à 1 180. que. dexciin riche el lais- 
sant, il a dû l'aire exéculei- ce bel exempiaii-e du traité de saint 
Augustin. 

(( Du reste, il était en relation avec tout un monde de lettrés 
cl de biblio[)hiles. Lu I itiS, nous le voynnv tenir sur les lonts 
baptismaux Guillaiinu' Hudé, avec la lanle de I eid'ant el (înil- 
launie de Corbie, président an [jarlemcnt de l*an<, et nous savons 
par .M. Léopold Delisle et par .M. ()niont (jue .Ican Hudé, son 
ami et |)eut-êlre son parent, avait — lihniiiini cniacissiinus — 
des maiiuscrils de théologie et de médei'ine. l{emar(pions en 
passant fpic Jean Hudé élait le beau-frère de niaitre L^tunne 
Chevaliei-. poni- lecpu'l .lean l'"oiu(piet de 'l'ours venait de Ira- 
\'ailler si ^Mnipl ncu'-cnienl . 



SÉANCE DU 13 SEPTKxMimK 1907 ."15 

« II fréquentait Charles de Gaucourl, chaml)ellan du Roi, qui 
avait fait exécuter le manuscrit de la Cilé de Dieu sur lequel 
avait été copié son propre exemplaire; Robert Ga^uin, conseil- 
ler du Roi et général ministre de Tordre de la Trinité, qui avait 
donné à l'artiste les indications pour historier les volumes; Jean 
Bourré, maître des comptes, qui plus tard racheta le manuscrit 
de Charles de Gaucourt; l'amiral Malet de Graville,qui ultérieu- 
rement eut cet exemplaire de troisième main ; Wolfart de 
Borssele, qui avait une Cité de Dieu, conservée actuellement 
dans une bibliothèque étrangère; Tanneg^ui Du Chastel, le car- 
dinal Balue, Jacques d'Armagnac, Louis de Bruges, Philippe 
de Commines, qui tous possédaient des exemplaires de la Cité de 
Dieu, richement décorés, et que j'ai retrouvés, actuellement 
catalogués, dans les différentes bibliothèques de l'Europe. 

(( Je vous rappellerai que, dans votre séance du 26 avril de 
cette année, M. le comte Durrieu vous a fait une communication 
sur un manuscrit de Boccace, conservé à la bibliothèque de 
Munich et dont les peintures sont présentement attribuées à 
Jean Foucquet. Ce sagace érudit vous a prouvé que ce manuscrit 
portait le nom gratté de Laurens Gyrard, dont la devise Sur ly 
n'a regard, anagramme de son nom, orne la bordure. Or son 
Laurens Gyrard, était, comme notre Mathieu Beauvarlet, notaire 
et secrétaire de Charles VII et de son successeur. Ce sont deux 
identifications du même genre. M. Durrieu est allé du nom à la 
devise; j'ai été conduit de la devise au nom. 

« Sans pouvoir vous apporter une pièce certifiant que Mathieu 
Beauvarlet a fait exécuter pour lui le manuscrit de la Biblio- 
thèque Sainte-Geneviève, je pense que le faisceau de preuves 
que j'ai rassemblées et qui fait l'objet de la présente communi- 
cation, suffira pour vous convaincre que la devise Va hativeté 
m'a brûlé est bien celle de ce fidèle serviteur des rois Charles VII 
et Louis XII. » 

M. Omont commence la lecture d'un mémoire du R. P. 
Delehaye sur les légendes g-recques des saints militaires. 



10 



COMMUNICATION 



LA UASILICA MAJOKUM. 

TOMBEAU DKS SAINTES PERPÉTUE ET FÉLICITÉ, 

1-Al! I.i; H. P. DKLAITKE, COHKESPONDANT OE l'aCADÉMIE. 

Depuis la découverte de la pierre tombale de sainte 
Perpétue et de sainte Félicité, Texploration de la BasUica 
Miijorum a été poursuivie avec entrain. 

Le plan du vaste monument, malgré Tétat lamentable 
des ruines, se précise chacjue jour davantage. C'était une 
église à neuf nefs comme la basilique de Damous-el-Karita; 

Dans toute son étendue, elle était occupée par des sépul- 
tures. Partout, ;i la profondeur moyenne de I '" 50, on 
rencontre des squelettes ou di-s dépots dossements. 

Au milieu de la g^rande nef, nous avons découvert la 
confession, petite chapelle centrale, de forme carrée (3 '" 00 
X 3 '" 70), avec absidiole faisant face à une niche carrée de 
1 mètre de côté en plan. Cette chapelle était pavée d'une 
mosaïque dont il subsiste deux portions. A gauche de 
l'absidiole, on voit encore lui angle encadré d'uiu' lorsade, 
et il la |iartit' opposée on reconnaît un paon. 

C'est là assurément (|ue reposèrent les corps sainls hono- 
rés dans cette égalise, et comnu', selon b' (exte de N'ictor 
de Vite, les principaux de ces corps étaient ceux de sainte 
l*erpé(ue et de sainte Félicité, hasilicnni ni.iinrii/n ii/ii cof- 
jior.i sniichifiiin ni;i/'/ i/fii/ii l 'cfjit'l une ntijiif l'ciicilatis 
sejuilln siiiit^, on ne peul doider cjue ce ne soit là le lieu 

I . llisi . piTs. r.i;i(/.. I. :<. 



LA BASILICA MA.HMII \r 



517 




en 



518 I.A BASILICA MA.IORUM 

véritable de leur tombeau. Aussi lai-je fait déblayer avec 
un soin particulier. Un plan avec coupes et une vue en ont 
été exécutés par un architecte, M. Elie Blondel. L.es diffé- 
rentes phases de cette exploration ont été reproduites en pho- 
tographie par M. Henry Bourbon. Ces documents permettront 
de mieux siiivie le récit de nos fouilles. (Voir la fig. 1.) 

Je fis dabord creuser au-dessous du niveau de la mo- 
saï(^ue détruite. On rencontra, comme au-dessus, un amas 
de décombres dans lesquels je notai des pierres de taille, 
d'énormes moellons , des chapiteaux de pilastre sculptés 
conservant des traces d'enduit et de couleur, des tuiles bri- 
sées, les unes plates, les autres courbes, des briques tabu- 
laires , des morceaux de chancel ou plutôt de fencstcUa 
confessionis , des bases de colonnes et de colonnettes , un 
orifice de regard avec feuillure , une portion de disque de 
marbre ayant servi de couvercle, des fragments de cor- 
niche, des ornements en stuc, de nombreux morceaux de 
marbre de diverses couleurs. Plusieurs de ces fragments 
portent des lettres. Deux d'entre eux permettent de com- 
pléter le nom Aquilinus appartenant ;i un texte dont nous 
avons déjà recueilli beaucoup de morceaux qui révèlent une 
liste de noms propres au génitif, peiit-êtri' une liste de 
martvrs. Deux autres petits fragments sont de même marbre 
et de même épaisseur que la dalle des martyrs Saturus, 
Safurninus, Bevocudis, Seciunhilus. Félicitas et Perpétua, 
découverte précédemment. D'autres morceaux proviennent 
d'une belle inscription , gravée en grands caractères de 
forme particulière et très soignée, rappelant le type des textes 
danuisiensde Rome.Ony reconnaît les lettres RCH. (l'ig. 2.) 

Tous ces débris recouvraient et remplissaient une auge 
centrale, profonde, en maçonnerie, enduite intérieurement 
et située entre dt'ux autres creusées en pleine terre. L'auge 
centrale él;iil à (U)uble étage. En tamisant la poussière de 
décombres (juelle renfermait , je recueillis ({uelques débris 
d'ossements, en particulier plusieurs os de mains et de 



LA BASILICA MAJORUM 



519 



pieds, puis quelques cubes de mosaïques, un clou en fer, 
une g-oupille en bronze, des petits clous de même métal à 
tète sphérique et une lamelle provenant, semble-t-il, d'une 
serrure, enlin des frag-ments d'amphores. 




Fiji'. 2. • — Inscription de la Basilica Majorum. 

Les vestiges d'une serrure et les petits clous révèlent une 
cassette ayant sans doute renfermé des reliques. 

Quant aux débris d'amphores, je serais disposé à y recon- 
naître les restes de récipients ayant contenu quelque docu- 



o20 LA BASILICA MA.IORUM 

ment écrit sur parchemin, usag-e que nous avons constaté 
sous la mosaïque primitive des seize martyrs dans la basi- 
lique dUpenna, près d'Enfidaville '. 

D'après cette exploration, il semble que la confession ne 
renferma d'abord qu'une seule aug-e à double étatise, chacjue 
étage pouvant contenir les restes de plusieurs martyrs. 
Plus tard, sur les flancs de cette auge primitive on creusa 
en pleine terre deux autres tombes, puis en avant de l'absi- 
diole on entailla le sol et l'extrémité de l'auge centrale de 
façon à la transformer en une sorte de caveau pouvant rece- 
voir d'autres reliques. Enfin, dans l'absidiole même, on 
creusa une excavation rectangulaire g-arnie intérieurement 
d'une belle plaque de marbre jaune veiné. Il y eut là aussi 
assurément un dépôt de reliques. Le pavage en mosaïque 
recouvrit le tout. 

Dans laquelle de ces excavations furent déposées les 
reliques de sainte Perpétue, de sainte Félicité et de leurs 
compagnons de mai-tyre? Il est impossible de le dire. Mais, 
on peut l'affirmer, c'est bien dans l'une ou lautre de ces 
excavations, c'est bien dans cette confession que les reliques 
de ces saints ont été déposées et honorées. Tel est aussi 
l'avis de M. Gsell qui, à la date du 2^^ juin, m'écrivait de 
Tunis : « 11 ne me paraît pas douteux que vous tenez le 
lieu de sépulture de sainte Perpétue et de ses compagnons. » 

L'absence même des corps saints (jui oui reposé dans 
cette confession nous confirme dans notre conclusion. Alors 
(jue dans toute rt'lciidue de Ynrca et de la \aste basili(jue, 
on rencontre en place dans le sol les squelettes et les 
dépôts d'ossements, ici tout a été enlevé. Lorscjue les chré- 
tiens de Cartilage voulurent soustraire à la [)rofanation des 
ennemis de leiu' foi les prt'cieuses r('li(|ucs honorées dans la 
Jiasilicu Miijoruin . ils dureul pour les aUrindri' briser la 
mosaïque. Il si-nd^le {|ue les morceaux ont alors été portés 

I. Prucès-vcrbaiix d'une double inisxion archèolo(jii{ue aux ruines delà 
lhisili([Ui' d'I'itennn Tunis. IO116 , |). 10. l.t. 16. 



LA BASILICA MAJORUM 521 

en dehors de la confession, car nous n'en avons retrouvé 
dans les décombres que de minuscules débris. 

Après l'abandon de la basilique, les ruines s'accumu- 
lèrent surtout à l'endroit de la confession. Tout s'écroula. 
Les décombres remplirent les tombes et les recouvrirent. 
Aussi les déblais du centre de la basilique tranchent par 
leur couleur grisâtre et par leur composition avec le ton 
rougeâtre de la terre sortie des fouilles dans la plus grande 
partie du monument. D'un côté, c'est un amas de pous- 
sière grise et de plâtras comme celui que produirait la démo- 
lition d'une maison en maçonnerie, et de l'autre, c'est la 
terre rougeâtre presque vierge, n'ayant été remuée que peu 
de fois pour les inhumations sans nombre occupant toute 
l'étendue du sol de la basilique. 

Partout nous avons rencontré le sol primitif à la profon- 
deur de 1 "' 50 ou 2 mètres, tandis qu'à l'entlroit de la con- 
fession il fallut descendre jusqu'à près de 6 mètres pour 
atteindre le sol naturel au fond de l'auge centrale. 

Aux quatre angles de la confession, nous avons trouvé une 
partie des piliers. Entre ces piliers d'encoignure, les parois 
latérales offrent les restes d'un pilier intermédiaire qui 
devait porter la retombée d'un double cintre. Cette con- 
fession , assez basse d'ailleurs , devait être recouverte en 
voûte d'arête, et les chapiteaux retrouvés couronnaient les 
piliers. Les parois étaient revêtues d'un enduit blanc. Cet 
enduit est bien conservé dans ce qui reste de l'absidiole et 
de la niche rectangulaire qui lui fait face. Nous n'avons pas 
constaté de traces de fresques. Une portion de moulure en 
stuc provient assurément de l'ornementation du monument. 
Dans la paroi située à gauche, lorsqu'on regarde l'absidiole, 
une sorte de niche renferme une tombe recouverte d une 
mosaïque multicolore. On v voit figurer un grand calice. 
Cette niche et cette tombe n'ont pas encore été explorées. 

Tels sont les détails qui m'ont paru mériter d'être relevés 
dans cette découverte du tombeau de sainte Perpétue et de 
sainte Félicité. 



522 



LA «ASILICA MAJORUJI 



La confession, dans la HasiUca Maiorum , occupait le 
milieu de la grande nef de la basilique qui était couverte 
en terrasse. 










Fifî. 3. — Basilica Majorum. 
Tombeaux de sainte Perpéliie et de sainte Félicité. 

Cette vaste terrasse alimenl;iil une très grande citerne 
que nous iivons déjà déblayée en partie'. Elle mesure en 
plan 10'" :;() stu' !!'" SI), et ses voûtes, à la hauteur de 



1. \'..ir la lif;. .\. 



LA BASILICA MAJORUM 



i23 




o24 l.A IJASILICA .AlAJORL-M 

7 mètres, étaient portées par quatre piliers. Nous y avons 
trouvé un trente-quatrième morceau de l'inscription des 
martvrs. C'est un fra<)^ment minuscule ([ui appartient aux 
lettres R et N de SATVRNIWS. 



Nous avons aussi trouvé dans les fouilles de la basilique 
des fragments de plusieurs plaques de marbre qui portaient 
une croix dans un double cercle , la croix encadrant une 
série de lettres. 

La plaque dont nous avons retrouvé le plus de morceaux, 
outre le cercle renfermant la cioix . portait quatre car- 
touches à queues d'aronde correspondant aux côtés. Ces 
cartouches encadraient également des inscriptions. Dans les 
bras de la croix, je crois reconnaître le nom de Secundulus, 
un des martyrs du groupe de sainte Perpétue nommé déjà 
dans l'inscription de la pierre tombale de ces martyrs. 

S 
A 

N 
SECui! *i* dtilus 
l 

u 
s 

Hauteur des lettres, 1»'" O'io'. Sous les bras horizontaux 
de la croix, une chaînette retenait Y alpha et Yonicga. 

A côté des milliers de fragments d'inscriptions recueillis 
dans les fouilles de la basilique, nous avons trouvé un bon 
nombre (réj)itaphes entières ou du moins faciles à compléter. 

La première (jue je donnerai ici paraît païenne. Elle est 
gravée en beaux caractères sur une grosse plaque de 

I. \iiii' la Hif. 1. 



LA RASlLin\ MAJORUM o25 

marbre blanc, longue de '" 2o, haute de "' 20 et épaisse 
de "' 042 : 

D a M Ci SAC Ci 
TADIA • EXTRICATVLA • PIA 
VIXITANNISXVIIIMENSII 

H- S- E- 

Hauteur des lettres, 0'" 028. 

D "autres, malgré les sigles D M S, sont peut-être chré- 
tiennes. Je signalerai l'épitaphe suivante gravée en carac- 
tères hauts de 12 millimètres sur une petite tablette de 
marbre blanc : 

DMS-TANNONIA-ANNI 
BONIA- CONIVNX • DVLCISSI 
MA-ET- KARISSIMA -INCOMPA 
RABILIS-FEMINA-CASTITATIS- 
ET • FRVGALITATIS • ET • PVDICI 
TIAE • ET • DISCIPLINAE • ET 
OMNIVM • BONORVM • EXEM 
PLVM VIXANNXXXIIET 
HIC • CVM • SVA • SOCRV- SIMI 
LI • CASV- EREPTA ■ BENE • QVIES 
^ '• V/////7///////////////// VS • VI CTO R I CVS 
///////////////////////////////CITODESE////// 

L'épigraphie de Carthage ollre fort peu d'exemples d'un 
éloge aussi complet d'une défunte. 

Dans cette épitaphe, les termes simili casii me paraissent 
se rapporter à la grande épidémie qui sévit sur Carthage 
au milieu du m'' siècle. Nous avons déjà trouvé dans ces 



')26 LA ItASlLICA MAJORUM 

mêmes fouilles un fiagmenl portant les mots : ERIPVIT 
PESTIS. 

Parmi les épitaphes sûrement chrétiennes, je placerai 
d'abord une inscription qui par la forme des caractères et 
l'expression vivas in {deo) paraît des plus anciennes. Elle 
est gravée sur une dalle de calcaire gris cendré , haute de 
0"^ 50, malheureusement brisée à droite : 

PAXCHA///////7 
VIVAS i:^T\ rleo 

Hauteur des lettres, '" 063. 

Une autre inscription, également brisée à droite, otfre 
une forme étrange. Elle est gravée sur une dalle de kadel, 
en caractères hauts do '" 07 : 

FILIOSS///// 
ARCH///7/ 

A la première ligne, au lieu de O on avait d abord gravé 
un V, puis, sans relîaeer. on a gravt' la lettre O par di'ssus. 

Deux fragments dans lesquels la lin du nom est suivie 
des quatre lettres : PRES doivent appartenir à des épitaplies 
de prr/rcs. 

11 faut sans doute reconnaître un acolyte dans Finsci-ip- 
tion suivante qui so lit sur une dalle de calcaire gris : 



AGOXIOSWS ACLII //il/Il l/vixit annis 
VI. DP .XI 11 KAL SEPB 

Ibiulcnr des lettres, '" 0:i. 

Voici l'épitaphe d'un exorcis/c : 

VIXDI:M///.v 

V.XORCASia 

IX PACc 



LA BASILICA MAJORUM 527 

Hauteur des lettres, 0'" 053. 

Sur la tranche d'un bloc de calcaire gris foncé, bien 
équarri, brisé à droite, on lit en beaux caractères hauts de 
0"' 10 : 

LAMPADIRELIGIOSIC^/V///// 

Les mots VIRGOSC qui se lisent, en lettres soignées, sur 
un fragment, indiquent l'épitaphe d'une religieuse. 

Un bon nombre d'épitaphes appartiennent à l'épigraphie 
primitive de l'église de Garthage. 

En voici trois spécimens découverts le 19 mars : 

Sur une dalle de kadel longue de "■ 65, haute de '" 35 : 

GENEROSA 

liachetle colombe 

IN PAGE 
PVELLA 

Hauteur des lettres, '" 0i5. 

Sur une dalle de calcaire blanc de même longueur que 
la précédente, haute de "' 30 : 

RESTVTVS 
IN PAGE 

Hauteur des lettres, 0'" 09. A la première lig-ne, le 
second T n'est pas barré. 

Sur une dalle de marbre bleuâtre, longue de 0'" 80 et 
haute de 0'" 31, on lit dans un cartouche à queues d'aronde, 
entre un calice et une colombe : 

NIGE IN 
PAGE 

Hauteur des lettres, 0'" 065. 

1907. 3(J 



f)2tS LA BASILICA MAJORUM 

Je pourrais donner ici toute une série de ces textes. 
En voici un qui se lit sur une petite plaque de marbre 
blanc long-ue de 0'" 34 et haute de 0'" 12 : 

FELIX IX PAGE 

~ ~ colonilje 



Hauteur des lettres, "' 02 en moyenne. 

L'épitaphe suivante montrera en quel état nous trouvons 
parfois ces inscriptions. Elle est gravée sur une pla(|ue de 
cipolin, brisée en 25 morceaux : 

•HERCLANIVS 
•IN PAGE 

Hauteur des lettres, '" Oi-. 

Sur une dalle de marbre blanc, longue de '" 49 et haute 
de '■' 28:; : 

EVTIGHIVS DVLGIS 

IX PAGE 

llauLour niovenne des lelLres, 0'" 01. 
Sur une dalle de calcaire gris : 

NATALIGVS 
FIDELIS IN PAGE 

Beaux caractères hauts de '" Oo. 

Nous avons trouvé plusieurs tombes recouvertes de mo- 
saïques. 



LA BASILICA MAJOKUM 



529 




Fig. 5. — Basilica Majoiuni. — Mosaïque a\'ec int^cripLiuii. 



530 LA BASILICA MAJOKUM 

Voici deux épitaphes de cette catég-orie : 

Dans un double cercle formant couronne entre deux co- 
lombes et des palmes, les unes et les autres renversées par 
rapport à l'inscription, on lit : 

VICTORI 
A IN PAGE 
{sic) VICXTAN 

NIS XVIIII 
D I E S XV 

Hauteur des lettres, "' Oo. 

Également dans un double cercle, accosté à droite d une 
colombe renversée portant une grappe de raisin, on lit : 

BONI 

F A T I V S 

IN PAGE 

{sic) VIGXTANN 

IS VI 

Hauteur des lettres. "' OG. 

Ces deux mosaïques, avec une troisième dont l'inscription 
a été presque entièrement détruite ', ont été faites ensemble 
pour recouvrir trois tombes continues. (Voir la fîg. o). 

Je termine cette nomenclature sommaire par une épi- 
taj)he qui me paraît des moins anciennes. 

Sur une dalle de calcaire, longue de 0'" .')î> et haute de 

0'" r;3 : 



1. Dans celle mosaïque, l'insciMplion était accoslce à ^auclic de deux 
objets ressemijlant à des innillels. 



LIVRES OFFERTS 



S31 



-f MAVRICELVS FIDE 
LIS IN PAGE VIXIT ANO 



SLXXDPGiIDO 
Hauteur des lettres, 0™ 04. 

L'ensemble de ces inscriptions funéraires continue à bien 
convenir à la Basilica Majora m , une des plus anciennes 
assurément, sinon la plus ancienne de Carthage, comme 
l'indique son nom. 

C'est la première fois que nous pouvons donner d'une 
façon certaine son appellation vraie à une église de Car- 
thage; ce résultat permettra, j'espère, de déterminer le nom 
d'une autre basilique que j'ai découverte précédemment, 
celle de Damous-el-Karita. 



LIVRES OFFERTS 



M. n. Omont dépose sur le bureau de rAcadémie, au nom de 
M. Paul Perdrizet, maître de conférences à l'Université de Nancy, 
une brochure sur VArt symbolique du moyen âge, à propos des 
verrières de Véglise Sainl-Etienne, à Mulhouse (Mulhouse, 1907, in-8°, 
24 pages et 2 planches; extrait du Bulletin de la Société industrielle 
de Mulhouse). 

C'est le texte d'une conférence donnée à la Société industrielle de 
Mulhouse, le 27 mars 1907, et dans laquelle M. P. Perdrizet a résumé 
l'étude, faite en collaboration avec M. le pasteur Lutz, qui précède 
l'importante publication due à ces deux savants du Spéculum humanae 
salvationis (Mulhouse, 1907, 2 vol. in-fol.), œuvre anonyme que 
M. P. Perdrizet restitue au célèbre auteur de la Vita Christi, Ludolphe 
le Charti'eux. L'abondante illustration symbolique, qui accompagne 
beaucoup d'exemplaires du Spéculum, a fourni des modèles, dès le 
xiv^ siècle, aux peintres et aux sculpteurs, et l'artiste, auquel on doit 
les verrières de l'église Saint-Élienne de Mulhouse notamment, a suivi 



532 SÉANCE DU 20 SEPTEMBRE 1907 

pas à pas les figures du Spéculum telles qu'on les retrouve dans un 
manuscrit conservé aujourd'hui à Mmiicli (n° 23433). 

M. Hkuon de Villefosse offre à l'Académie, au nom de M. Félix 
Mouret, un volume intitulé : Sulpice Sévère ;) l'rinwliac (1907, in-8°) : 

« Bien des régions se sont disputé Ihonneur de posséder les ruines 
de l'antique monastère de Primuliac où vécut Sulpice Sévère. Les 
uns ont recherché cette localité dans les environs de Narbonne, les 
autres près de Béziers. M. Félix Mouret croit pouvoir en déterminer 
la position précise à Saint-Bauzille d'Esclatian, sur la commune de 
Vendres (Hérault). Son ouvrage renferme un certain nombre de 
documents inédits; il est accompagné de !)elles planches en photo- 
typie reproduisant les documents archéologiques, découverts à Saint- 
Bauzille, qui servent à appuyer sa thèse. » 

M. Maspeho présente les première et seconde livraisons du Plan 
fies nécroiiolcs fliéhaincK pul)lié par le Service des antiquités de 
l'Egypte. 



SÉANCE DU 20 SEPTEMBRE 



PRÉSIDENCE DE M. S. lîKINACII. 



M. Maurice (liiiusirr amionre à rAcNuK'mie (|ue les frajinieuls 
deMénaiidre, découverts en l^gypte. à Koiu-lshkaou, par M.Gus- 
tave Lefebyre, sont aujourd lui i coiuplèlcnuiit imprimés et vont 
être publiés très prochainement. Il donne leclure d'une scèfie 
enlière, empruntée à Tune des comédies ainsi retrouvées qui est 
iiif iiulée VAr/)i/r;i(fc. 

Le pKÉsn)ENT communique, au nom de M. le ^\\lv de Loubat, 
correspondant de l'Académie, une Ictlre de .M. (ialuicl Leroux, 
conceriianl la découverte, à Délos, d'un vaste édifice à colonnes, 
rectangulaire, long de 57 mètres sur 3.") de